ESCHATON est un journal qui paraîtra au rythme qu’arrivera à soutenir son actuel unique auteur, Julien Gunzinger. Toutes les personnes désireuses de participer à cette aventure rédactionnelle sont invitées à me contacter sur mon adresse email: jgunzinger@hotmail.com
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Sommaire:

Editorial: Ça suffit! P.1
Pourquoi ESCHATON? P.2
Ni à gauche, ni à droite, cap sur la vérité p.2-5
Bravo au Jura! p.5
Le préservatif, premier membre de la trinité moderne p.5-7
Nos frères d’Orient p.8
Les preuves de l’existence de Dieu p.8-10
Roman feuilleton: « La légende des quatre clés »: p. 10-11

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ESCHATON NO 1 Pâques 2009






ESCHATON NO 1 Pâques 2009
Editorial:

Ça suffit!

Oui ça suffit ! Assez de reptation, assez de propos feutrés, assez de retenue et, soyons francs, assez de lâcheté ! Cela fait bien longtemps maintenant que la stratégie destinée à nous faire honte, à nous ramollir, a été mise en place. Force est de constater qu’elle a produit ses effets. Elle consiste à faire de notre foi une option privée, parmi d’autres, et, souterrainement, à nous reléguer dans une sorte de parc animalier imaginaire, au milieu des licornes et des vouivres. Se dire catholique, cela revient à faire l’aveu que l’on vit dans un autre âge quand ce n’est pas dans un autre monde. Entre gens instruits, entre personnes ayant un brin de lucidité, la foi catholique ne peut être, c’est l’évidence, qu’un avatar de la croyance au Père Noël. Pour peu que vous fassiez le dos rond lorsque ces considérations s’abattent sur vous, pour peu que vous tendiez la joue, on vous regardera encore avec une bienveillance mâtinée de condescendance. Mais si vous secouez le joug de la bien-pensance et sortez du rôle de gentil idiot naïf et crédule qui vous est assigné, si vous osez défendre le catholicisme intégral, alors vous vous exposerez à toutes les avanies, à toutes les calomnies, à toutes les manœuvres diffamatoires. Alors les « cymbales du monde » retentiront dans vos oreilles pour tenter de vous intimider et de vous réduire au silence.
Ça suffit ! Notre Saint Père, un homme de plus de quatre-vingt ans, se mesure presque seul actuellement aux suppôts du monde. « Si tu peux laisser mentir sur toi toutes les bouches folles sans mentir toi-même d’un mot(…) tu seras un homme mon fils » écrivait Kipling. Eh bien pour ma part je n’hésite pas à dire en présentant Benoît XVI « Ecce homo », voici « l’homme » ! A l’heure où d’autres goûtent tranquillement à une retraite légitime, ployant sous les ans, il s’avance devant le tribunal des hommes, il ose s’aventurer au milieu de l’arène et tenir des propos de vérité aux aspirants Pilate de notre monde, à tous les détenteurs du magistère de la culture de la mort. Il se fait donner des leçons de courage par le théologien suisse Hans Kung, cette boursouflure d’égocentrisme, qui ose prétendre que le courage est du côté de ceux qui, comme lui, demandent la levée du célibat des prêtres ou l’ordination des femmes, le droit au divorce, conteste la loi naturelle... Comme si le courage consistait à faire écho aux revendications du monde. Des éditorialistes insanes lui ordonnent de suivre la voie qu’ils lui désignent. Les médias, dans une orgie mimétique - dont nous croyions jusque-là que seuls les marchés financiers avaient l’apanage - reprennent tous les mêmes accusations mensongères, manipulent ses propos, désinforment. On parlait d’athlète de Dieu pour qualifier Jean Paul II, Benoit XVI, lui, doit être vu comme son héros.
Ça suffit ! Nous autres catholiques avons été menés en bateau. Et nous voici au cœur de la grande épreuve. Elle est semblable à celle qui terrifiait les apôtres sur le lac Tibériade. Naïvement, nous avons cru possible la grande réconciliation avec le monde, mais le monde n’a jamais eu pour autre ambition que de nous retourner comme des crêpes. Et si nous renonçons à le convertir, c’est lui qui nous convertira. En nous complaisant dans une foi invertébrée, donnant des gages à ceux qui la relèguent du côté de la seule subjectivité, nous les avons invités à occuper tout l’espace public, à formuler les lois conformes à leurs propres religion et métaphysique(*) et ils prétendent maintenant nous enseigner le contenu même de notre foi.
Ça suffit ! Nous, catholiques, sommes les dépositaires d’une science (de dieu, du monde et des hommes) deux fois millénaire. Nous sommes des héritiers dont la mission consiste, comme dans la parabole des talents, à faire fructifier cet héritage. Nous avons à nous tenir droits au milieu des tempêtes, le regard tourné vers le foyer de notre foi : le Christ, notre vigie, toujours tendu de toutes les fibres de son être vers le Père. Même quand notre peu de foi le croit assoupi.

(*) Dans l’article « ni à droite, ni à gauche, cap sur la Vérité ! » nous revenons sur ce que nous entendons par ce terme de métaphysique

Julien Gunzinger



Pourquoi Eschaton ?

C’est un mot grec qui signifie fin des temps. C’est à cette racine que puise le terme eschatologie, la théologie des fins dernières. Précisons d’emblée que nous n’entendons pas, en faisant de ce terme le titre de notre journal, nous situer dans une perspective fondamentaliste qui prétendrait, de jugement certain, pouvoir interpréter certains événements comme étant annonciateurs de la fin des temps. Nous n’élaborerons aucun scénario en la matière. Car comme nous l’a enseigné le Christ : "Quant à la date de ce jour, et à l’heure, personne ne les connaît, ni les anges dans les Cieux, ni le Fils, personne si ce n’est le Père"(Mt 24,36). Au Ve concile du Latran(1516), pour conjurer ce littéralisme fondamentalisme, il a ainsi été décrété : "Nous ordonnons à tous ceux qui exercent la charge de la prédication ou qui l'exerceront dans l'avenir qu'ils ne présument pas de fixer dans leurs prédications ou dans leurs affirmations un temps déterminé pour les maux futurs, soit pour l'avènement de l'Antéchrist, soit pour le Jugement: attendu que la Vérité dit « Ce n'est pas à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a fixés de sa propre autorité », ceux donc qui, jusqu'à présent, ont osé émettre de pareilles choses, ont menti, et il est avéré que, par leur fait, un grand dommage a été porté à l'autorité de ceux qui prêchent sagement." Pour autant et conformément à toute la tradition, nous nous autorisons à recourir à l’interprétation typologique. C'est-à-dire que tout comme le sacrifice de l’agneau pascal préfigure celui du Christ(*), certains événements, pour être compris dans toute leur portée, doivent être saisis à la lumière de celle de la fin des temps. Par ces qualités de Prophète reçues du St Esprit, le chrétien est en effet en mesure d’apprécier certains événements comme préfigurant le retranchement ultime qu’opérera notre Seigneur à son retour. « Alors deux hommes seront aux champs : l’un est pris, l’autre laissé ; deux femmes en train de moudre à la meule : l’une est prise, l’autre laissée »(Mt 24,40-41) Etant naturellement acquis que, tant que l’économie du salut n’est pas achevée, il est toujours possible pour quiconque, par la pénitence et le sacrement du pardon, de renouer avec la grâce.
« Alors on vous livrera à la détresse on vous tuera, vous serez haïs de tous les païens à cause de mon nom(…)ils se livreront les uns aux autres, ils se haïront entre eux. »(Mt 24,9-10).C’est à la lumière de ces paroles du Christ que doivent être ainsi compris le déchaînement de violence dont a été victime Benoît XVI à la suite de ses dernières positions courageuses concernant la levée de l’excommunication de la fraternité St Pie X et ses réserves sur les campagnes de prévention contre le sida fondées que sur le préservatif. La désinformation, les cris d’orfraie qui ont suivi la publication de l’excommunication « laetae sentiae » qui a frappé une partie de l’équipe médicale et la mère de la petite fille qui a été avortée au Brésil ont permis de mettre au jour une même ligne de fracture préfigurant celle qui apparaîtra au retour du Christ.
Il nous a ainsi semblée que ces trois événements donnaient à voir quelque chose anticipant la fin des temps. Benoît XVI, dans un discours tenu au séminaire romain, citant St Paul, a lui-même attribué ces assauts « aux bêtes fauves » qui mordent et dévorent.
Une ligne de fracture béante est donc apparue. Pour ceux qui n’en étaient pas encore convaincus, elle se situe naturellement entre l’Eglise et le monde, mais elle traverse l’Eglise catholique elle-même. Ces événements récents ont par conséquent eu l’effet d’un coup de fouet qui nous a sorti de notre torpeur. C’est pourquoi nous avons appelé ce journal « ESCHATON ». Journal qui doit servir de point de ralliement aux catholiques de bonne volonté de la région ( et d’ailleurs par le biais du site)mais aussi à tous les traqueurs de vérité désireux de ne plus servir de dociles cavaliers au mensonge et à la désinformation galopante.

(*)Ou encore l’Eglise naît de la côte percée du Christ comme Eve fut extraite du côté d’Adam. "Dieu fit tomber le Christ dans le sommeil de la mort. De son côté percé par la lance jaillit la femme nouvelle: Marie, l’Eglise, mères de tous les vivants." (Jean 19, 34).



Ni à gauche, ni à droite, cap sur la vérité!

Après trois décennies au cours desquelles le monde a été sommé, par la grande machine à décerveler que constitue l’industrie de l’information-spectacle, de s’en remettre pieds et poings liés aux exigences prédatrices des oligarchies financières, le turbo capitalisme s’est littéralement explosé la tronche sur le mur du réel en 2008. La violence du choc a été phénoménale. Alors que nous n’en sommes encore qu’à tenter d’ouvrir les paupières dans l’attente de l’arrivée de l’équipe de désencastrage, déjà nous pouvons cependant nourrir certains motifs de stupéfaction, voire d’épouvante. Car l’équipe de désencastrage qui se profile au loin semble être formée de ceux-là même qui nous ont précipité dans le mur. Sur tous les plateaux de télévision, dans les journaux, les mêmes experts et hommes politiques qui nous vantaient les vertus des marchés financiers dérégulés défilent dans un ballet incessant, plastronnant que l’Etat doit désormais assumer ses responsabilités. Barak Obama à peine élu, ne voilà-t-il pas qu’il s’encanaille des mêmes conseillers, des mêmes responsables politiques, qui sous l’administration Clinton, ont doté - moyennant des mesures chocs de dérégulation - le moteur du capitalisme de quelques turbos supplémentaires ? Les mêmes qui parlaient d’austérité budgétaire, de rigueur monétaire, de privatisation, dérégulation, de main invisible des marchés dézinguent ceux qu’ils ont été pour se convertir aux bonnes recettes du docteur Keynes. A la vue du tourbillon schizophrénique dans lequel est emporté tout le petit monde des forgeurs d’opinion, on devrait légitimement penser qu’à la sortie des plateaux de TV, studios de radios ou salles de rédaction les attendent des comités d’accueil bienveillants qui les emmènent d’urgence en maison d’internement. Eh bien non ! On a beau se frotter les yeux, depuis le mois d’octobre, les mêmes « experts » sont toujours là à échafauder ou commenter des plans de relance en bon petits keynésiens orthodoxes. Alors quoi ? Dire un jour « je suis Napoléon » et le suivant « je suis Jeanne d’Arc » n’est-ce pas faire la démonstration de son profond déséquilibre mental ? Chers lecteurs, nous allons peut-être vous surprendre, mais nous croyons qu’il n’y a absolument pas de quoi faire des bonds d’épouvante. Non que l’épouvante que nous éprouvons ne soit pas légitime, mais elle a en fait pour toile de fond un jeu de dupes bien plus profond qu’on ne l’imagine. La parade schizophrénique à laquelle nous assistons n’est en somme rien que parfaitement logique.

A l’époque où la gauche avait un certain fondement doctrinal, du temps où elle osait puiser dans le corpus marxien, quelques concepts cliniques étaient utilisés avec une réelle pertinence. Le travail salarial était ainsi reconnu comme la racine de l’aliénation primitive par laquelle le capitalisme subordonnait les masses à ses finalités. Le marxisme, pour dément lui aussi qu’il fut, avait cependant compris que le capitalisme suivait une logique de destruction, qu’il prospérait en réduisant l’ensemble du réel « au froid paiement en argent comptant. » Cette logique était fondamentalement incompatible avec une reconnaissance de la dignité humaine puisque celle-ci, pas plus qu’une autre notion métaphysique, ne pouvait résister à ses assauts. En soumettant au contrat marchand le travail, il viciait à sa racine la dynamique d’émancipation de l’homme, sa force productive, et faisait du prolétaire qui adhérait doctrinalement au travail salarial un traître à sa classe. Le capitalisme ne pouvant se développer qu’en balayant toute entrave (morale, culturelle, spirituelle) à l’extension des rapports marchands, il lui faut en effet sans cesse repousser les limites de son emprise, puiser dans de nouvelles ressources collectives, tant matérielles que symboliques. Par le passé, sa première attaque se porta sur la conquête de l’espace champêtre collectif ( ce fut l’époque des enclosures dont Karl Polanyi a rendu compte dans son maître ouvrage « la Grande transformation »). Aujourd’hui il porte son offensive sur les ensembles symboliques mais aussi sur nos corps, leur génétique. Oui mais nos conquêtes sociales l’ont fait reculer direz-vous ? Nous sommes parvenus par moment à dompter la bête. Telle a toujours été la ligne des réformistes, contre celle des révolutionnaires marxistes, qui bien plus instruits, tant des réalités anthropologiques que métaphysiques, avaient levé le voile sur une partie du vice originel du capitalisme. Ainsi qui peut plonger au cœur de la folie qui travaille notre époque comprendra que la régulation du capitalisme est une vue de l’esprit.

La voie réformiste n’a jamais été qu’un contournement du capitalisme par lui-même. Alors que l’appareil de production s’était mis à gripper, à dangereusement rejoindre les analyses marxistes qui avaient prédit l’effondrement du capitalisme consécutivement à la baisse tendancielle du taux de profit, celui-ci a muté dans les années 30-40. Ce fut le tournant fordiste du capitalisme, théorisé par Keynes et qui a servi de vache à lait à tous les sociaux démocrates pour asseoir leur opposition au marxisme. Marx n’avait pas prévu cette mutation. Il avait encore moins prévu la seconde qui eut lieu dans les années 70. Celle qui s’est épanouie par la levée des interdits moraux fondateurs de toute civilisation, selon la logique de l’économie du désir. En effet, dans les années 70, progressivement les institutions, les entreprises publiques, les règlementations qui avaient servi à redonner du souffle au capitalisme moribond des années 30-40 ne semblèrent plus nécessaire aux oligarchies. Elles virent alors dans la financiarisation de l’économie, c'est-à-dire la création d’argent virtuel, le moyen le plus avantageux pour elles de huiler le système sans avoir à redistribuer au travail la part de la plus-value qui lui était nécessaire pour consommer. Le crédit y pourvoyant.

La gauche « progressiste », social-démocrate, ayant liquidé toute attache doctrinale avec le marxisme, ayant donc lié son sort au développement du consumérisme, se retrouva sans plus aucun bagage conceptuel pour s’opposer à la montée en puissance du turbo capitalisme. Au nom de la compétitivité internationale, elle se fit alors la championne de la redistribution, ce qui était une façon d’avaliser le primat de l’économie sur le social, les mesures sociales n’ayant d’autre légitimité que le développement de la croissance. Dans les différents pays où elle accéda au pouvoir, elle se cantonna à faire croire qu’elle pilotait, à l’avantage de tous, la dérégulation économique. Mais compte tenu de son adhésion doctrinale à l’économie marchande, elle ne fit dans les faits que se soumettre aux diktats des oligarchies avec encore plus de complaisance que la droite, voulant se faire accréditer auprès de ses anciens ennemis de classe comme une bonne et docile élève. Elle réussit cependant à faire diversion, à masquer le vide prospectif où elle était ensevelie, en occupant le terrain du sociétal, en investissant dans l’agit prop tout azimut ( lois contre les discriminations, pacs, campagne pro-préservatif, lutte pseudo anti-raciste, régulation des sans papiers, homoparentalité…) Par là, elle ne fit en fait que mettre au jour le destin qui lie structurellement la gauche bobo-social-libertaire à la droite libérale d’affaires depuis mai 68. La réalité de cette congruence entre les deux composantes de l’alternance qu’on nous présente comme la garantie d’une saine démocratie est à ce point avancée ,de nos jours, que le pouvoir médiatique, totalement inféodé à cet ordre libéral-libertaire, a pour mission d’en empêcher la prise de conscience, de la camoufler.

Mai 68 doit ainsi être considéré comme l’acte fondateur qui permit à la gauche libertaire de liquider la gauche marxienne au nom du « jouissez sans entrave » quand la droite d’affaires faisait de même avec la droite traditionnelle et conservatrice au nom du développement économique. Les meilleurs analystes marxistes modernes comme Michel Clauscard, Jean-Claude Michéa ont en détail su rendre compte de la parfaite connivence idéologique entre les deux seuls camps légitimes de l’alternance dont on veut nous faire croire qu’elle est l’expression même d’une saine démocratie.
Ainsi de fait, toutes les démocraties occidentales sont désormais entre les mains d’un seul et même parti qui a su se donner, comme Janus, deux visages, pour duper les gogos que nous sommes. À l’aide du système médiatique qui l’a oint, cette fausse alternance doit donc être regardée comme une figure nouvelle du totalitarisme. C’est ce qui permet de comprendre que untel puisse se faire un jour l’oracle de l’ultra-libéralisme et le suivant le prophète de l’Etat providence sans que le monde médiatique n’y trouve rien à redire, bien au contraire.

Naturellement tous ceux qui ont sur le réel, l’état de notre culture et du monde, deux guerres mondiales de retard, ceux-là mêmes qui brament pour un oui et pour un non au retour du fascisme, de l’ordre moral, du nazisme ou que sais-je encore, sont parfaitement incapables de saisir qu’ils sont, eux, les idiots utiles de ce totalitarisme qui se met en place et qui est largement plus subtil que tous les autres. Sa grande force est d’avoir su liquider les structures lourdes du parti unique, qui était le propre des anciens totalitarismes, pour investir dans celles plus légères de la communication de masse, de la manipulation idéologique éhontée. Par ce biais, ce totalitarisme s’est logé au cœur même de son ennemi ( la démocratie légitime, celle qui est ordonnée à la loi naturelle), pour lui sucer toute sa moelle sans toucher à sa façade. Les autres totalitarismes devaient recourir aux massacres de masse, détruire les corps, celui qui se met en place ne les touche pas pour l’instant, il agit directement sur les âmes, détruisant en l’homme toute intériorité.

Le marxisme a toujours été intellectuellement largement supérieur aux autres doctrines politiques modernes car il a su très tôt débusquer le ver dans le projet des Lumières et des théoriciens du contrat. Ce sont ces deux mouvements idéologiques qui ont jeté les bases des sociétés libérales qui sont globalement les nôtres en occident depuis le milieu du XIXe. Le marxisme a en effet d’entrée porté le fer de son argumentation au cœur de l’imposture métaphysique de ces deux mouvements qui promeuvent une humanité libre de toute attache (culturelle, nationale, religieuse), douée de la liberté totale de définir ses propres valeurs, une humanité élevée hors sol en somme. Marx n’a eu de cesse de combattre cette conception purement formelle des libertés politiques et sociales. Car ne conférant pas aux hommes les moyens de les exercer, ces libertés ne pouvaient que profiter aux plus richement dotés et aux plus rusés, laissant le gros du bataillon se faire « bouffer le caviar sur le dos », comme disait Coluche. Au moyen du matérialisme historique - une lecture métaphysiquement orientée, mais assumée, de l’histoire des hommes - Marx donna alors une dimension messianique au prolétariat, faisant de ses valeurs le corps même des libertés politiques. En résumé, les libertés politiques n’auraient de réalité effective pour Marx que lorsque le prolétariat se les serait appropriées, donc lorsque le capitalisme serait renversé. Marx tendit en fait un miroir métaphysique aux libéraux dont toute la rouerie avait résidé - pour mettre à bas la société traditionnelle fondée sur le primat du spirituel sur le temporel - dans l’affirmation qu’ils ne défendaient aucune idée a priori de l’homme, que leur position ne relevait surtout pas d’un ordre métaphysique. Pour y parvenir, l’autorité de la science vagissante leur fut un puissant allié. Marx, lui, osa affirmer que le mouvement de l’histoire consistait en une auto-production de l’homme par l’homme, que l’état de la société n’était qu’une réfraction dans la conscience de l’organisation économique, tout étant réductible à un mouvement de conquête de l’homme sur les forces de la nature, la conscience humaine étant exclusivement déterminée par ses conditions de vie matérielle.

Pour lui, l’histoire des hommes était celle de l’homme avec un grand H (l’homme générique) dont le prolétariat était désormais l’incarnation historique qui allait unifier l’humanité en son corps. Les libertés politiques ne pouvaient donc être pleinement effectives que lorsque le pouvoir économique appartiendrait au prolétariat, le corps messianique de l’Humanité. La supériorité du marxisme réside donc dans cette position métaphysique pleinement assumée, quand le libéralisme est, lui, un matérialisme honteux. Car où ailleurs que dans son corps pulsionnel et ses objets de satisfaction immédiate, l’homme peut-il être regardé effectivement comme un être totalement isolé, aux désirs purement individuels, irréductibles à ceux des autres ? Depuis 200 ans, en fait, ce que le libéralisme nous vend comme étant le propre de la dignité de l’homme ( sa liberté d’indifférence, permettant à chacun de se choisir comme bon lui semble), ce n’est que sa dimension la plus primitive, son être pulsionnel, passionnel.

Le matérialisme historique et la matérialisme honteux du libéral ordinaire sont donc traversés par une grande fracture, car le matérialisme du marxisme a toujours eu une dimension générique, l’homme individuel y est subordonné à l’homme générique, c’est ce qui lui permet de ne pas perdre de vue la réalité sociale ontologique de l’homme, alors que le matérialisme des libéraux est platement égocentrique. Mais ces deux matérialismes se rejoignent ultimement pour célébrer dans la matière le principe de toute vie. Historiquement le matérialisme n’a été dominé sur une longue période que par le Christianisme, qui a toujours affirmé le primat du spirituel sur le matériel et est doté de réels moyens pour irriguer de sa vérité tout le corps social ( à la différence du platonisme et de l’aristotélisme qui, tout en étant rationnellement largement supérieurs au matérialisme ne pouvaient entraîner les masses).

Le marxisme ayant été heureusement liquidé, car étant le plus cohérent dans sa folie il est également le plus précocement destructeur, nous sommes donc désormais arrivés à l’ère du matérialisme hédoniste. Désormais la métaphysique cachée au cœur du projet libéral-libertaire donne sa pleine mesure dans les faits : l’homme n’est plus qu’un consommateur articulé à son tube digestif. La crise et les angoisses qu’elle génère permettent de saisir à quel point notre civilisation est captive de la logique consumériste. Quand reviendra enfin le retour du Dieu croissance ? Pourtant la force agissante de cette métaphysique atteindrait rapidement ses limites si elle était cantonnée à la seule sphère économique traditionnelle ( celle des biens de consommation de base et d’équipement). Ce qui donne à notre époque un relent de dégénérescence et décomposition avancées c’est que l’indéterminisme métaphysique, le ressort principal du libéralisme, a fait souche dans nos mœurs, détricotant tous les ensembles symboliques qui seuls peuvent faire tenir une société. Ce fut là, et ça l’est toujours, la grande mission historique de la gauche sociétale. Faisant de tous les sujets des choix de vie purement personnels, l’indéterminisme métaphysique a ainsi porté à toute la chaîne de la vie, par la légalisation de l’avortement, un coup terrible en la frappant en son maillon initial, le plus faible. Toléré au départ pour des raisons purement sanitaires, le meurtre pour raison de confort s’est rapidement engouffré dans la brèche. L’indéterminisme a également largement détruit la famille en valorisant le nomadisme sexuel irresponsable. Faisant de la liberté sexuelle le saint graal de sa quête, il a propagé dans tous les esprits la pornographie de masse (sous couvert de campagne anti-sida). Au nom de la libre expression, il a laissé les plus jeunes et fragiles d’entre nous satisfaire leurs pulsions primitives à travers l’industrie du cinéma et des jeux vidéos, dont nous goûtons quotidiennement maintenant les fruits pourris. Cette levée de toutes les entraves morales et symboliques se situe donc dans le prolongement parfaitement logique de la métaphysique honteuse du libéralisme. Elle offre au déploiement des forces du marché les nouveaux gisements dont il a inlassablement besoin. Ses prochaines conquêtes passent par la reconnaissance du mariage homosexuel et de l’homoparentalité, achevant de détruire la famille traditionnelle. Elle plongera définitivement l’humanité dans le chaos lorsqu’elle permettra, par la manipulation génétique, la redéfinition de notre corps de chair. Elle ne pourra être interrompue, encore et toujours, que par le soulèvement moral et spirituel des chrétiens.

Julien Gunzinger




Bravo au Jura!

L’affaire des sites pornographiques consultés par une poignée de fonctionnaires durant leurs heures de travail a fait couler beaucoup d’encre. Nous tenons ici à féliciter le gouvernement et ses services de communication. Au café du commerce on a beaucoup commenté le bien-fondé de la transparence voulue par les autorités cantonales. « Dans quel autre canton de telles révélations auraient-elles été faites sur la place publique ? Une fois de plus on est la risée de tous » a-t-on entendu. Tout au contraire, nous considérons que le traitement de cette affaire a été doublement judicieux. Car, d’une part, si le gouvernement n’avait pas agi comme il l’a fait, des fuites auraient eu lieu et l’Etat aurait été accusé de vouloir épargner les fonctionnaires. La rumeur n’aurait par ailleurs pas manqué d’enfler la réelle envergure de l’affaire. Au final les fonctionnaires auraient été encore davantage brocardés. D’autre part, au travers de cette mesure disciplinaire collective, l’Etat a rappelé l’un des principes qui doivent gouverner la morale publique : en aucun cas la pornographie doit être considérée comme une activité normale. On peut en effet légitimement penser que jamais des mesures disciplinaires autres que ponctuelles et individuelles n’auraient été prises si des fonctionnaires avaient été convaincus d’avoir navigué des heures durant sur le web à la recherche d’un voyage au prix le plus avantageux. Ce second point n’a cependant pas été suffisamment développé à notre goût. Il aurait en effet incombé à l’Etat de rappeler le caractère tout à fait odieux de ces sites et que les consulter justifiait une telle mesure collective.
Notons encore que si l’Etat a su rappeler, même timidement, les principes de la morale publique, une leçon de morale personnelle nous a été donnée par l’une des personnes impliquées, qui a eu le courage de prendre les devants et de reconnaître que sa fonction était incompatible avec ces consultations compulsives.
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Le préservatif, premier membre de la trinité moderne.


La polémique qui n’a cessé d’enfler au cours du voyage du pape en Afrique est révélatrice de l’état des mœurs de notre société, mais elle traduit tout autant le relâchement intellectuel intégral des élites culturelles et politiques de notre temps. Le pape s’est en effet assuré lors de ce voyage un capital de moqueries, d’insultes, de dénigrements dont il pourra tirer des rentes à vie, dût-il atteindre l’âge de Mathusalem. Coïncidence providentielle, les déclarations du pape sont venues contrer par leur fraîcheur les miasmes du grand happening que les adorateurs de la capote s’apprêtaient à célébrer sur France 2 au motif, naturellement éminemment noble, de la lutte contre le sida.

En guise d’apéritif, plusieurs relégués du temps médiatique se sont jetés sur la proie pontificale pour tenter d’exister à ses dépens avant de retourner à leur placard. Ainsi a-t-on entendu Alain Juppé en France considérer que le pape commençait « à poser un vrai problème », Christophe Dechavanne a traité ses propos « d’ignobles » et exigé du Président de la République qu’il inonde « le pays de préservatifs », Marie-George Buffet a qualifié ses propos d'"irresponsables" et de "criminels". Puis sont venus les commentateurs patentés, comme le prétendu expert en catholicisme du Matin Pascal Décaillet, trop heureux de pouvoir faire chorus autour de l’infâme, écrivant que factuellement le pape avait tort, Pierre-André Chapatte du QJ l’accusant d’être en « décalage avec les réalités humaines ». Les ONG ont emboîté le pas, comme « l'Aide Suisse contre le Sida », considérant les remarques de Benoît XVI comme irresponsables. Enfin le temps des titulaires des chaires de la bien-pensance est arrivé à l’heure du plat de résistance. A l’image de Patrick Timsilt qui a qualifié de Benoît XVI de vieux monsieur en robe, de Daniel Cohn Bendit, s’autoproclamant comme toujours porte-parole d’une unanimité imaginaire, « on n’en veut plus de ce pape », de Rama Yade « ahurie » par ces propos « régressifs ». Ils ont bouffé du pape en veux-tu en voilà jusqu’à s’en faire péter la panse, pour finir par conclure leur goinfrerie dans un récital de rots convenus :« surtout sortez couvert » « jamais sans ta capote ».

Selon les us et coutumes des pontes de la com, cette opération de calomnie a été construite en recourant au détournement total du sens total des propos de Benoît XVI. Une phrase a été ex traite de son contexte pour servir de pâture à la meute des vociférateurs évoquée plus haut et nous eûmes ainsi droit à tous leurs commentaires, fruits du dressage pavlovien exercé sur deux générations par la fameuse « libération sexuelle. »

Le passage qui précédait la phrase incriminée mettait l’accent sur la nécessité de donner de l’âme aux rapports sexuels. Le pape en concluait naturellement qu’à défaut d’une saine éducation en la matière, les campagnes fondées sur le préservatif aggravaient la situation. Son propos transpirait le respect de l’autre, rayonnait d’amour authentique ( pas sa pâle copie qui oscille entre guimauve et pornographie et qui infeste nos esprits.)

A l’heure où tout le monde va clamant « il faut moraliser le capitalisme, il faut moraliser le capitalisme », où les nouvelles ligues de vertu parlent d’interdire le tabac dans les cafés au motif du respect du prochain, le lieu où les enjeux du rapport à l’autre exigent le plus de respect, le plus de subtilité, devrait-il être, comme par miracle, soustrait à tout discours éthique, soustrait à toute finalité morale et spirituelle ? Faudrait-il, en la matière, se contenter d’un traitement hygiéniste de la question : mets une capote et copule comme bon te semble ? Comme si seul le discours technicien avait droit de cité. Le paradoxe qui surgit ici devrait au moins mettre la puce à l’oreille des thuriféraires de la capote. Si, avant de servir de caisses de résonance à l’idéologie de mort qui les domine, ils étaient des êtres humains encore doués d’intelligence et de sens moral, ils pourraient commencer par se poser la question : n’y a-il pas une corrélation possible entre l’usage de la capote et le déploiement monstrueux des pratiques déviantes en matière sexuelle ( tournante, pédophilie) ? N’y a-t-il pas une corrélation entre le « tout est possible en matière sexuelle pour peu que tu mettes ta capote » et la criminalité sexuelle qui sévit, les passages à l’acte effrayants qui deviennent notre quotidien? Une fois familiarisé avec le vertige que soulèvent ces questions, pourraient-ils alors se poser la question ultime : l’exhortation à ne jamais quitter sa capote ne procède-t-elle pas d’un vice qui non seulement est peut-être à l’origine du sida mais en plus favorise son extension? Donné comme remède,le préservatif ne peut-il pas devenir le catalyseur de la maladie, puisqu’il a été un des canaux par lequel la libération sexuelle s’est propagée, par lequel tout le monde a été sommé de jouir ?(voire notre encadré en fin d’article). Le traitement dont ont bénéficié les propos du pape permet de mesurer le niveau de conditionnement dont nous sommes victimes. Depuis plus de 20 ans en effet la question de la capote a servi de cheval de Troie à « la révolution sexuelle » pour étendre ses tentacules sur nos esprits.
La dynamique de la révolution sexuelle relève des principes métaphysiques identifiés dans l’article « ni à droite, ni à gauche, cap sur la vérité » de ce numéro. Selon elle, l’homme est un être qui ne relève d’aucun ordre, il est soumis aux aléas de son seul désir, il n’a à actualiser aucune essence qui le définit en tant qu’homme. Il est pure liberté. Quels que soient les élans qui l’animent, il doit pouvoir les satisfaire. Chaque homme est un empire dans un empire. Il n’y a aucune norme sociale ou ontologique qui doive entraver sa jouissance individuelle. « Ma liberté s’arrête ou comme celle des autres », s’empressent cependant d’ajouter, pour se donner un vernis de bonne conscience, les nouveaux clercs de cette religion. Certes, mais la formule est creuse. Elle s’adosse à une métaphysique qui, en faisant de chaque personne un atome totalement isolé des autres, la dispense d’assumer une responsabilité autre que celle que dégage la mécanique des chocs. Autrement dit, ne peuvent m’être imputables que les actes qui extérieurement touchent directement mon semblable. Tous les actes que je pose et qui affectent mon semblable dans l’ordre symbolique, ontologique ou social ne sont tout simplement pas de ma responsabilité. On le voit, cette métaphysique est dispensatrice d’une compréhension de la moralité on ne peut plus light. Elle ne risque pas de poser de graves problèmes de conscience à ses adeptes. C’est naturellement bien là sa finalité.

Or les grands prêtres de la révolution sexuelle ont réussi, à l’aube des années 80 à court-circuiter toutes les questions que soulevait la menace de pandémie du sida. Il ont imposé leur charia, menaçant de mort médiatique toute personne qui entendait traiter cette pandémie comme toute autre avant elle : isoler les groupes à risque et combattre les pratiques qui favorisaient son extension (vagabondage sexuel, sodomie, usage de seringues). Ce qui relevait de la pure catégorie sociologique - une notion comme celle de minorité - a été promu au rang de catégorie éthique. La tristesse naturelle que nous éprouvions à l’endroit des personnes frappées par le sida a été convertie en une sommation de reconnaître la légitimité de leurs pratiques. Dès lors nous étions mûrs pour devoir reporter tous nos espoirs sur le préservatif. Du même coup les pouvoirs publics tombaient dans le piège qui leur avait été savamment tendu. L’Etat se faisant le chantre, par d’infâmes campagnes pro-préservatifs, de la liberté sexuelle la plus débridée. Certaines scènes de ces campagnes sont restées gravées dans mon jeune esprit d’alors. Notamment celle d’un court métrage où deux gamins de 15 ans discutaient de leurs prouesses sexuelles, l’un finissant pas s’indigner de ce que lui rapportait l’autre en ces termes « tu peux baiser avec n’importe qui, le ou la prendre comme tu veux, mais surtout mets ta capoooooooooote ». Le film était naturellement largement subventionné. Dans ce tumulte de campagnes, d’émissions, d’interventions pro-capote, seule l’Eglise catholique, par la voix de Jean Paul II, osa à l’époque braver la charia. Les milieux gays, pro-choice et autres mouvements tout à l’égout ( style pro-euthanasie, pro-manipulation génétique) qui se structuraient à l’époque pour reprendre le flambeau de la révolution sexuelle initiée par la génération précédente, comprirent vite que l’Eglise catholique, en la personne du Pape, restait la seule Institution suffisamment charpentée pour de ne pas se prosterner devant eux. Ils tiennent désormais le haut du pavé, représentent une force de frappe terrible. Ils ont réussi à convaincre les législations de nombreux pays de les protéger d’un bouclier législatif qui les met à l’abri de toutes les réactions que leurs provocations induisent. Ce sont eux qui orchestrent les attaques contre l’Eglise, celle au sujet de la levée de l’excommunication tout comme celle de l’excommunication « laetae sentiae » de l’équipe médicale qui a avorté la petite fille du Brésil.

L’Eglise, depuis « Humanae vitae » de Paul VI, a tout de suite compris le danger que faisaient peser les méthodes de contraception de masse sur le corps social. Elle a tout de suite instruit le monde des catastrophes qui étaient en germe dans la déconnexion de la sexualité avec la procréation. C’est dans cette déconnexion décuplée par les techniques modernes que réside en effet le cœur de la logique de mort qui emporte notre société : avortement, exploitation des embryons, clonage thérapeutique et reproductif, manipulation génétique, eugénisme, euthanasie… C’est cette logique de mort qui rend exsangue notre civilisation, la prive des forces nécessaires pour affronter l’avenir. Il est clair que cette vérité est avant tout une vérité de foi, qu’elle demande, pour l’accueillir de croire pleinement en l’Incarnation du Logos.

En revanche, il suffit de porter un regard lucide, objectif, non idéologique sur les faits actuels pour avoir une confirmation de sa pertinence. Quand la sexualité est justifiée à ne chercher que son plaisir, l’avortement, lorsqu’une grossesse non désirée intervient, ne peut être considérée que comme un dommage collatéral et doit pouvoir être pratiqué. Le plaisir devient la norme en tout. La vie d’un être humain faible, incapable de se défendre est alors totalement déclassée par rapport à celle d’un adulte entravé dans sa quête de jouissance. De même un enfant qui présente, lors d’une amniocentèse, des risques d’anormalité doit être, selon la même logique, tué dans l’œuf. De même on doit pouvoir recourir à ce matériau humain que sont les embryons pour combattre des maladies. Autorisons donc leur exploitation. Et puis qu’est-ce qui interdit d’envisager la création d’enfants médicaments en somme? ( c’est déjà fait). Enfin, un être humain auquel la vie ne peut plus procurer de plaisir devrait pouvoir être tué avec l’aide du corps médical. On le voit, pris dans cet emballement funeste, le sens moral ne peut plus que sombrer, l’intelligence s’assécher, la vie spirituelle agoniser.

Ainsi le peu de sens moral qu’il nous reste est désormais utilisé à stigmatiser un vieil homme, certes courageux comme un lion, qui est lui en phase avec le réel comme peu d’entre nous. Car c’est bien à lui naturellement que le réel donne raison, comme le rappellent Edward C. Green, directeur du Projet de recherche sur la prévention du sida à la prestigieuse université de Harvard aux Etats-Unis et des récents chiffres de l’ONU ( voire encadré: des chiffres et des experts qui donnent raison au pape.)

La seule bonne nouvelle qui surnage sur ce torrent de m… vient d’Orient. Le patriarche de Moscou, certainement écoeuré par les flots pestilentiels qui ont submergé Benoît XVI, a pris fait et cause pour lui, rappelant que ses propos doivent être entendus comme ceux de tout chrétien censé.



Encadré : Des chiffres et des experts qui donnent raison au pape

Edward C. Green est directeur du Projet de recherche sur la prévention du sida à la prestigieuse université de Harvard aux Etats-Unis. Voilà ce qu’il déclare dans la National Review Online « Le Pape a raison. Ou pour répondre plus précisément : les meilleures données dont nous disposons confirment les propos du Pape. » « Il existe une relation systématique, mise en évidence par nos meilleures enquêtes, y compris pris celles menées par l’organisme “Demographic Health Surveys” financé par les Etats-Unis, entre l’accès facilité aux préservatifs et leur usage plus fréquent et des taux d’infection par le virus du sida plus élevés, et non plus faibles. Cela pourrait être dû en partie au phénomène connu sous le nom de “compensation du risque”, ce qui veut dire que lorsque l’on a recours à une “technologie” de réduction du risque comme le préservatif, l’on perd souvent le bénéfice lié à la réduction du risque par une “compensation” qui consiste à prendre davantage de risques qu’on ne le ferait en l’absence de technologie de réduction du risque. »
Autrement dit, le préservatif diminue le risque de contamination – sans l’annuler - mais favorise les comportements à risques qui aboutissent à davantage de contaminations.

Plus important encore, les chiffres de l’ONU pour l’Afrique sont parfaitement éloquents. Partout où l’éducation, l’abstinence et la fidélité ont été promues plutôt que la simple distribution de préservatifs, la progression du sida a été enrayée. De même lorsque les jeunes retardent l’âge de leur premier rapport et ne multiplient par les partenaires la séropositivité chute généralement de 50%. Cela a été constaté au Zimbabwe, au Burkina Faso, en Ethiopie, au Cameroun. Les morts y sont en nette diminution : – 200 000 par rapport à 2006 et 2007. En Ouganda, où l’Eglises, en coopération avec le gouvernement, a particulièrement pu sensibilisé la population aux thèmes de l’abstinence et de fidélité, le taux d’infection est tombé de 15 à 5%. Désormais 6,2% des Ougandais de 15 à 49 ans sont séropositifs, ils étaient 15% au début des années 1990. Par contraste, le taux d’infection progresse dans d’autres pays où les campagnes ne se sont fondées que sur le préservatif.



Nos frère d’Orient : la prière de Jésus.

Dans cette rubrique nous nous efforcerons humblement de jeter une passerelle vers la tradition orthodoxe. Le monde orthodoxe mérite en effet que nous nous penchions sur les trésors de spiritualité qu’il recèle, ainsi que sur les grands axes de sa théologie. Le grand projet de Benoît XVI, à la lumière duquel il faut également saisir son geste de clémence à l’égard de la fraternité St Pie X, s’inscrit en effet dans sa ferme volonté de résoudre les obstacles qui empêchent encore une pleine communion avec nos frères d’Orient. Dans les discussions entre les deux confessions, il a ainsi été rappelé aux délégations catholiques que le monde catholique devait parvenir à faire son unité avant de viser une unité plus vaste comprenant le monde orthodoxe.

La tradition orthodoxe a, largement plus que la catholique, conservé les formes primitives de la liturgie. Celle-ci baigne dans une sorte d’intangibilité qui lui donne une profondeur inouïe. Lors de la venue récente à St Marcel du groupe Yaroslavl’ il nous a ainsi été donné de goûter, pendant 1h30, à la subtilité des harmonies byzantines, à la chaleur des sonorités slaves. Ce groupe de Neuchâtel magnifiquement dirigé par Yan Greppin se propose ainsi de faire découvrir une partie du répertoire liturgique byzantin et slave. Ce concert fut ainsi pour moi l’occasion de mieux saisir ce que Yan Greppin m’avait une fois expliqué : la musique n’atteint sa plénitude que dans le chant sacré. Porté par cette colonne de sonorités, d’harmonies, de chants, l’âme est élevée dans des sphères où les émotions sont portées à un tel degré d’incandescence qu’elle se sent à la merci du moindre souffle. Paradoxalement cet état d’intensité maximale voisine avec un sentiment de paix parfaite. Après une pareille initiation on ne peut en effet plus apprécier la musique pop dans toutes ses variantes, tout autant que la musique dite classique, que comme le miroir brisé de la musique sacrée. Ce n’est qu’en elle que tout ce qu’entend susciter la multitude des genres musicaux issus de la sécularisation trouve son unité.
Cet état de paix est précisément l’état recherché par la spiritualité orthodoxe, qui vise le repos de l’âme en Dieu, l’acquisition de la Paix du Christ. « Je vous donne la paix, je vous donne ma paix, non pas comme le monde la donne. » Elle est l’aboutissement du projet en divinisation de l’homme que l’orthodoxie, plus que la tradition catholique, a toujours mis en exergue de toute sa pensée, de toute sa sagesse. En effet selon la parole de St Athanase « Dieu s'est fait homme, pour que l'homme puisse devenir Dieu". De St Antoine le Grand, à St Grégoire de Palamas en passant par les pères Cappadociens, le moine Evagre, Jean Chrysostome, Jean Cassien chacun a apporté sa contribution à la célèbre parole de St Pierre selon laquelle Dieu s’est fait homme pour nous rendre "participant de la nature divine" (2 Pierre, 1:4). Tous les trésors de cette spiritualité ont ensuite été refondus par le courant monastique de l’hésycasme ( du grec hésuchasé qui veut dire : reste tranquille). La voie hésychaste n'est pas autre chose que la voie de cette déification, voie d'union à Dieu. La théologie hésychaste trouve son plein achèvement dans la prière de Jésus qui permet de rester en prière en permanence, tout le long du jour, au milieu des activités mondaines. La prière de Jésus se conjugue avec une attention de tous les instants à tout ce qui entoure l’orant, elle doit être comprise comme une sollicitation continuelle du Christ, demandant à Dieu de venir habiter dans notre corps ("temple du Saint Esprit" selon Saint Paul, 1 Corinthiens 6:19). En voilà la formule traditionnelle : « Seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu, fais-moi miséricorde, à moi pécheur. » Par l’exigence d’attention que l’orant doit porter à l’authenticité de son intention, cette prière ne doit donc surtout pas être considérée comme une formule magique. Ce serait en dénaturer totalement le sens. Elle est toujours l’œuvre d’un homme présent pleinement à lui-même et à ce qui l’entoure. Ce qui faisait dire à St Jean du Sinaï «L'hésychaste est celui qui aspire à circonscrire l'incorporel dans une demeure corporelle, — suprême paradoxe."

Les preuves de l’existence de Dieu

L’occident a opéré, au cours des XVIe et XVIIe siècles, une mutation radicale de ce que jusqu’alors on avait entendu par rationalité. Toutes les grandes traditions de sagesse ont en effet toujours considéré dans la Raison, non seulement la faculté qui permettait à l’homme de dominer le règne animal par le surcroît de moyens qu’elle mettait à sa disposition, mais surtout celle qui lui assurait de s’élever des données empiriques pour rejoindre l’ordre ultime des choses, leur essence. Pour les deux grandes traditions dont le christianisme a épousé les contours pour en subvertir le contenu, la tradition hébraïque et la tradition grecque, l’existence d’un Etre supérieur ne relève pas d’une donnée de la foi, mais doit être comprise comme une réalité de Raison. Ce n’est qu’au cours des XVIe et XVIIe siècles que la Raison fut progressivement rabaissée pour être ensuite réduite à sa dimension utilitaire, simple appendice de la vie biologique lui permettant de persévérer dans son être plus avantageusement que les autres créatures. La Raison fut ainsi déchue de son ancien statut qui en faisait le signe de la destination suprasensible de l’homme. Elle devint instrumentale, au service du projet biologique, au service des parties inférieures de l’homme. C’est dans ce renversement total de perspective qu’il faut comprendre le grand défi lancé à la modernité par Descartes : que l’homme devienne maître et possesseur de la nature.

Pour les anciennes traditions de sagesse, la vie biologique était une étape en vue de l’intellectualité, la vie contemplative. Le but de l’homme était de s’immortaliser en actualisant ses parties les plus nobles et non pas de durer à tout prix sur cette terre. La modernité naissante, elle, conçoit exactement le projet inverse, précisément parce qu’elle a déchu la Raison de sa position native, l’a réduite à être la servante de la vie biologique.

Toute l’épopée de la modernité est en fait contenue dans ce vice originel de la rationalité moderne. L’homme n’étant plus polarisé par les fins sublimes de sa nature, il n’est plus qu’un appétit qui va. Tout son être se porte vers son for externe pour exiger de la nature, et des autres, qu’ils satisfassent ses désirs sensibles. Toutes les ressources de la Raison sont investies dans la technique qui devient le prolongement de la main captatrice. Quant à ceux qui ne trouvent pas place dans ce projet, ils sont au pire broyés dans les rouages de la société technicienne, au mieux, s’ils montrent quelques dons artistiques, affectés à son ornementation.

La pensée mit trois bons siècles à tirer toute la mesure de cette révolution métaphysique. Au XVIIIe apparut alors Kant qui pensa (croyait-il) avoir définitivement fait glisser la pierre tombale sur la fosse que Galilée et Descartes avaient entrepris de creuser à la Raison( avec un grand R) et que Hobbes, Locke, Rousseau avaient recouverte de pelletées de terre. Avec Kant l’acte de décès de la Raison métaphysique est orgueilleusement prononcé à la face du monde. Feuerbach, Comte, Marx, Nietzsche et tous les penseurs qui s’en sont laissés imposer par lui et qui s’inscrivent dans son sillage poussent alors sa propre logique jusqu’au bout : s’il n’y a plus moyen d’établir rationnellement l’existence d’une nature humaine, de Dieu ou de l’ordre du cosmos, alors cela ne peut que vouloir dire que tout ce qui s’abrite derrière ces termes est vide de contenu, n’est qu’une donnée de notre appareil psychique. On peut dès lors concéder encore aux faibles le droit de croire à de telles chimères, mais les esprits forts se doivent de concevoir d’ores et déjà l’architecture de l’humanité nouvelle, fragile esquif voguant hagarde dans l’univers. A ciel ouvert, le XXe siècle deviendra alors le laboratoire des docteurs Diafoirus appelant toujours à de nouvelles saignées et auxquels une bonne moitié de l’humanité servira de cobaye.

Le XXIe siècle commence, lui, sur les chapeaux de roue : fanatisme religieux, fanatisme laïque, fanatisme des droits de l’homme, fanatisme économique et financier, fanatisme libéral. Devant la folie meurtrière du XXe siècle, nous avons fui comme des écoliers, à peine extraits des griffes perverses d’un sadique, pour nous blottir dans les bras de sa mère. Nous ne cessons de plonger au cœur du chaos qui jalonne l’histoire de la modernité depuis que notre Raison a été mutilée. Plus que jamais le réel nous semble opaque, plus que jamais nous sommes démunis devant ses emballements. En nous privant de toutes les dimensions de la Raison nous avons tout simplement éteint la lumière et, enténébrant notre vue, nous avons tant poussé l’ordre naturel des choses dans ses retranchements, que nous recueillons maintenant les fruits de sa colère.

Or il est une vérité dont personne ne peut faire l’économie, à moins de faire du langage lui-même un discours aussi vide et stérile qu’un pet de mouette lâché au grand large. C’est que l’existence de Dieu est un fait de Raison. Les preuves données par Aristote et reprises par St Thomas d’Aquin au XIIIe siècle sont toujours d’actualité, car elles sont des vérités éternelles. Les cinq preuves inventoriées par St Thomas ont toutes la même structure logique. C’est pourquoi je ne recourrai qu’à la plus évidente d’entre elles.

Tout ce qui est a une cause. Il n’est pas de réalité mondaine qui doive son existence à elle-même. Or si l’on remonte la chaîne des causes à l’infini, sans y mettre un terme, il est impossible que rien ne soit. Pour la simple raison, que si z a pour cause y qui a pour cause x, qui a pour cause w et si w n’a pas pour cause v, w pas plus que x, pas plus y, pas plus z ne sont. Or Z est, donc v doit être. Il faut donc qu’à la chaîne des causalités existe un terme, une cause non causée. Cette cause non causée, dit St Thomas, est ce que d’ordinaire nous appelons Dieu. Une cause non causée est ce qui est par soi, a l’être en soi, c’est l’acte pur, l’être pur. L’Etre dans sa plénitude si l’on veut. Il ne peut pas ne pas exister une cause transcendante au monde, une cause que l’on doit appeler L’Etre. C’est bien ainsi que Dieu se donne d’ailleurs à se connaître à Moïse « je suis qui je suis. »(Ex 3,14) Oui, très bien, peut-on objecter, mais cet Etre peut très bien être la matière par exemple, le cosmos pris dans son entier et ayant toujours existé. Impossible ! Car si la matière était cette cause, si elle était plénitude d’Etre, alors il n’y aurait de toute éternité qu’une matière compacte, traversée d’aucun mouvement. En effet si la matière est l’Etre, alors elle est nécessairement de toute éternité et aucun changement ne saurait intervenir puisqu’un changement introduit une nouveauté. Pour qu’il y ait changement il faut que ce qui n’était pas devienne. Mais d’où la matière tirerait-elle cette nouveauté ? Du néant ? Si la matière était l’Etre, rien ne pourrait jamais s’ajouter ou être soustraite à elle, puisque pour se faire elle devrait soit rejoindre le néant ou tirer quelque chose du néant. Ce qui ne veut absolument rien dire. Ainsi si la matière est l’Etre, rien de nouveau ne peut y être introduit, donc aucun changement ne peut intervenir. Ce qui est manifestement contraire à la réalité. Mais alors cette cause en soi, si elle n’est pas matérielle, est esprit, auquel cas comment expliquer la matière ? Parce que cette cause est substance transcendante, Etre pur, absence de limite. Par là même cet l’Etre peut appeler à l’existence ce qu’il veut ( comme la matière), introduire de nouvelles formes dans la matière ou la doter de mouvement. Qui peut le plus peut le moins. L’analogie de la page blanche vaut ce qu’elle vaut mais elle dit un peu ce qu’il est en est de l’Etre. En effet sans support substantiel(comme l’est une page blanche) aucune couleur ne peut apparaître, sans un Etre, substance transcendante, aucune matière douée de mouvements et animée ne peut être.

On peut emprunter aux données de la science moderne d’autres éléments pour mieux faire comprendre cette preuve. Le deuxième principe de la thermodynamique nous apprend que l’énergie dans l’univers va en se dégradant. C’est ce que l’on appelle le principe d’entropie. En se dégradant l’énergie empêche les liaisons électroniques de se faire au sein de la matière. Ainsi si la matière était l’Etre et que l’univers avait toujours existé, l’énergie se serait en fait déjà totalement dégradée et la vie ne pourrait de toute éternité jamais s’être développée, de toute éternité il n’y aurait jamais eu que de la matière inerte. Une autre démonstration empruntant des données au corpus scientifique est celle dite du singe dactylographe. Celle-ci s’énonce ainsi : la probabilité pour qu’un singe écrive par hasard une seule ligne de 20 caractères d’une page de Hamlet est de 26 à la puissance 20, soit la probabilité d’acheter consécutivement quatre billets de loterie et de gagner le gros lot à chaque fois. Transposé à l’origine des plus petits organismes vivants, cet argument probabiliste rend totalement impossible l’émergence de la vie selon les seules lois du hasard. En effet, sachant que le plus petit organisme vivant nécessite, pour assurer des fonctions élémentaires d’assimilation et de reproduction, une séquence parfaitement agencée de cent mille bases azotées, la probabilité pour que le hasard ait présidé à cet agencement est de 4 à la puissance cent mille. En fait cela relève du zéro absolu. Il est strictement impossible, que la forme la plus élémentaire de l’existence prenne vie d’elle-même, en s’abandonnant aux seules mécanismes du hasard. Il faut donc postuler l’existence d’un Etre organisateur, intelligent.

La dernière objection qu’on peut opposer à ces démonstrations est celle de l’absurde. Vous avez raison, rétorque ainsi le partisan de l’absurde, la raison ne peut que poser l’existence d’un premier principe transcendant. Toutefois le hic, c’est que la raison n’a pas forcément raison. Le réel peut être irréductible à la raison, auquel cas vous n’avez rien prouvé du tout. Cet argument est une version remodelée, moderne, de celui dont Kant s’est servi. Kant disait qu’avoir le concept de quelque chose, ce n’est pas disposer de cette chose. Avoir le concept de 100 thalers ce n’est pas les avoir en poche. La raison opère un passage à la limite indu lorqu’elle infère de l’existence d’un concept l’existence de la chose qu’il décrit. Certes, mais partir du concept d’un objet pour en induire l’existence est une dynamique que ne suivent précisément pas nos démonstrations. Et puis c’est oublier que le concept de 100 thalers prend bien racine dans le réel. Pour en avoir le concept il faut bien qu’ils existent quelque part ( peut-être pas dans notre poche, certes). Partir du réel pour en induire l’existence d’un Etre premier, ce n’est pas partir d’un concept, mais du réel, l’existence des choses pour rendre compte de leur raison d’être. Or la personne qui objecte que la raison n’a peut-être pas forcément raison ne quitte pas le domaine de la rationalité quand elle pose son énoncé. Elle attend de son interlocuteur qu’il lui dise : c’est vrai, vous avez raison. Comme quoi elle se place elle aussi sous le patronage de la raison pour faire valoir son argument. Si bien que celui-ci revient à dire : en raison, la raison n’a pas forcément raison. Ce qui est à proprement parler un énoncé vide de sens qui fait écho au pet de mouette que nous évoquions au début de cet article.

Ainsi la reconquête de la Raison est un des premiers jalons que la foi doive s’efforcer de poser pour barrer la route à toutes les pensées irrationnelles, à tous les fanatismes qui, manipulant le réel, le mettant au supplice, nous expose à en subir la violence du retour. Ce projet a toujours été celui de Jean Paul II, comme en attestent ses encycliques « Fides et ratio » et « Veritatis splendor », de même que de Benoît XVI, qui s’en est fait l’ardent promoteur dans son discours de Ratisbonne, lorsqu’il y a défendu l’idée que la Raison métaphysique était le réel lieu de compréhension et de fécondité autour duquel les différentes religions et traditions du monde pouvaient se retrouver pour œuvrer à une authentique concorde. De façon plus générale, c’est ce projet qui gouverne toute la tradition de l’Eglise catholique, faisant du christianisme le seul rationalisme intégral, puisque par l’incarnation du Logos il nous a été donné de nous unir au Fils, le Verbe de Dieu, la connaissance que Dieu ( Raison suprême transcendante à notre raison ) a de lui-même.











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Rédigé par Julien Gunzinger le Dimanche 12 Avril 2009 à 08:10 | Commentaires (3)

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Blog d'un catholique jurassien

"Nous te prions, Seigneur, de faire de nous des combattants de la foi inflexibles et miséricordieux, témoins brûlants, dans ce monde ravagé par l’apostasie, de ton alliance nouée dans ton sang."



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