L’Irlande a donc pliée sous le joug. Là aussi un petit pays a concentré sur lui toute l’attention. Mais au contraire de la Suisse l’Irlande était elle, intégrée dans « le machin », comme l’appelait de Gaule, et ne pouvait que se soumettre. Elle avait intégré l’Europe convaincue que cette adhésion lui serait profitable sur tous les plans : économique, politique... et en effet au plan matériel, en deux décennies, l’Irlande a fait un bond prodigieux vers plus de prospérité. Mais qu’est-ce que la richesse matérielle, doit-elle être la boussole qui détermine nos choix ? En intégrant l’UE, l’Irlande s’est aligné sur les options économiques et financières de l’Europe qui, depuis les années 70, a été plus libérale, plus dérégulatrice que sa mère nourricière, les USA. Or ce sont ces options qui sont à l’origine de la crise planétaire dans laquelle nous commençons à peine à nous débattre. Si bien que les progrès économiques de l’Irlande vont fondre comme neige au feu ( elle est d’ailleurs sur le point d’être mise en faillite et de devoir passer sous les fourches caudines du FMI). L’appât était beau. L’Irlande a pu y goûter. Mais la récréation est terminée. L’Europe tombe désormais son masque. La période que nous vivons actuellement est en cela prodigieusement instructrice, car nombre de nos mythes modernes révèlent aujourd’hui leur vrai visage. Il suffit de se donner la peine de s’informer en dehors des canaux officiels, soit par de bons livres, soit par internet pour comprendre la tartufferie que fut tout à la fois, l’Europe, la mondialisation libérale, le combat contre les discriminations, la démocratie sans Dieu.

On est désormais pris de vertige entre ce que l’Europe prétend être et ce qu’elle est vraiment. On pourrait croire que c’est le résultat du dévoiement de son projet originel. Or à la vue des dernières révélations de certains dossiers américains secrets déclassifiés , il n’en est rien.
Prenons les problèmes dans l’ordre. Que nous enseigne l’affaire irlandaise ? Que les élites dirigeantes européennes ne prennent même plus le soin de faire croire que l’Europe est au service des peuples et sous leur contrôle, que toute la rhétorique démocratique n’est qu’un mensonge. Le peuple irlandais s’était prononcé contre le traité de Lisbonne une première fois. Ayant mal voté aux yeux des élites européennes, il fut sommé de revoter. La manœuvre fut un peu moins grosse qu’en France, puisque chez nos voisins le peuple ne fut pas même appelé à se prononcer sur la copie d’un texte ( le traité constitutionnel) qu’il avait refusé. Le traité de Lisbonne lui fut ainsi imposé par ses élites politiques qui se reproduisent désormais, à la faveur d’un système médiatico-politique totalement verrouillé, sans plus aucun lien avec les aspirations populaires. En Irlande le peuple ne pouvait tout de même pas être contourné. Il fut ainsi reconvoqué pour voter correctement cette fois-ci. Or c’est bombardé de fausses promesses que les Irlandais se déplacèrent pour ratifier, cette fois-ci, le traité de Lisbonne. Les partisans du « oui à Lisbonne » ont en effet menti éhontément, faisant du slogan « YES for jobs » l’argument massue de leur campagne. Mais dès le lendemain des votations ils se déjugèrent. Le ministre des Finances s’étant empressé de déclarer : « Nous n’avons jamais promis d’emploi en retour du "oui" ». Le gouvernement avait aussi mis l’accent sur le fait que l’Irlande avait obtenu des concessions sur la neutralité, l’avortement et la perspective de garder un poste dans la commission qui se mettra en place en 2014. Or l’européiste Patrick Martin-Genier est récemment passé aux aveux b« La neutralité sur la scène internationale est aujourd’hui un leurre. La question de l’avortement est une question éthique plus que politique et la Cour européenne des droits de l’homme saurait censurer une attitude contraire aux droits de chaque femme de décider en la matière. Quant au poste de commissaire, que restera-t-il de cette promesse en 2014 et après ? »]b
D’autre part la Commission européenne a violé le principe de son mandat. Elle qui a pour charge que l’application des traités en vigueur, a investi sur ses fonds (150 000 euros) la diffusion de 1,1 millions de brochures, distribuées gratuitement dans les journaux du dimanche, une poignée de jours avant la votation.
Quelques jours à peine après la ratification du traité, les européistes ont poursuivi leur campagne de déstabilisation et de chantage à l’égard du dernier opposant au traité, la Tchéquie. Le trilatéraliste Pierre Lellouche expliquait notamment : "Vaclav Klaus ne pourra tenir très longtemps (...) La pression sur lui pour qu'il signe sera très forte (...) s'il veut bloquer à lui tout seul le sort institutionnel de 500 millions d'Européens, il y aura des choses désagréables pour la République tchèque". Or le président tchèque, Valcav Klaus, est animé d’une détermination qu’il puise dans son catholicisme, comme il l’a reconnu à notre Saint Père lors du voyage de ce dernier en Tchéquie « Vous nous avez apporté - pour reprendre vos paroles - une nouvelle espérance! Votre grande foi, votre courage dans l'expression d'opinions qui ne sont pas toujours politiquement correctes et partagées par tous, votre engagement en faveur des idées et des principes fondamentaux de notre civilisation et du christianisme sont ici pour nous donner à tous un exemple et pour nous encourager. »
Ainsi ce que l’Europe se révèle être désormais, pour quiconque se donne la peine de s’informer : une machine à broyer les peuples, à enregistrer les exigences des lobbies transnationaux, à étendre la culture de la mort, à déconstruire les identités nationales, à étouffer la démocratie réelle, on se tromperait fondamentalement en croyant que telle ne fut pas sa vocation dès le départ. De Gaule en a certes retardé l’épanouissement un certain temps, mais dans l’esprit des pères fondateurs , l’Europe devait se construire en détruisant les nations pour permettre à terme une intégration dans un ensemble encore plus vaste, un espace politique et économique commun avec les USA. Alors qu’à chaque campagne pro-européenne, sur notre sol, mais également dans les pays de l’UE, la nécessité de l’Europe est exaltée pour peser face aux USA, dès l’origine les USA ont été parmi les plus ardents défenseurs de la construction européenne. Au point que l’Europe telle qu’elle existe n’est en fait que l’émanation du projet américain. Monet fut ainsi toujours un ardent défenseur des Etats-Unis d’Europe. De Gaule, qui voyait clair dans son jeu, le considérant comme un agent américain, s’y opposa toujours, parfaitement conscient qu'une Europe fédérale serait à la botte des USA.
Grâce à l’alliance des nationaux et des communistes, le projet de la CED, soutenu à bout de bras par les USA, finançant pas millions la campagne en faveur de sa ratification, fut défait en France. Monnet et les euro-atlantistes se rabattirent alors sur une autre stratégie consistant à imposer des procédures, des engrenages. La doctrine de l'engrenage (spill over effect) c’est « le secret de la construction européenne est celui d'une dialectique entre la force des engagements fondamentaux, et le développement spontané de ses multiples effets d'engrenage. » ( 30 nov 1989, Jacques Delors). C'est la théorie des liens des liliputs, qui insidieusement et progressivement, doivent entraver l’action politique. C’est une stratégie crypto-marxiste, fondée sur le primat de l'économie, qui rêve donc de l'extinction du politique. C’est la même conception de la gestion technicienne et procédurale de la politique théorisée par un Alain Minc qui voyait dans les contraintes imposées par Maastricht l'incarnation du « cercle de la raison » . Petit à petit, de traité signé en arrêt de la Cours de justice des communautés faisant jurisprudence, c’est l’ensemble des prérogatives des Etats qui est transféré à l’Europe. Jusque-là jamais on avait vu des Etats transférer définitivement, irréversiblement leur souveraineté à l'extérieur de leur sphère naturelle de légitimité qui est le peuple ou la nation. Avec Maastricht et Amsterdam on est en effet passé de l'ère des limitations temporaires, volontaires et réversibles de la souveraineté ( l'ère des traités) à celle d'un transfert illimité et irréversible de la souveraineté. Comme l’a dit Roland Dumas en 1991 « En France, déterminée à jeter les bases d’une union à vocation fédérale(…), nous avons pris pour Maastricht le parti d’une mutation fondamentale vers une entité supranationale. » Le principe de subsidiarité institué par Maastricht rend en effet les Etats subsidiaires. « dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exlcusive, la communauté n'intervient (...) que si et dans la mesure où les objectifs de l'action envisagée ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante par les Etats membres et peuvent donc(...) être mieux réalisés au niveau communautaire. » On trouve par contre 19 matières de compétence communautaire exclusives: politique commerciale douanière, libre circulation des personnes, transport, industrie et concurrence, environnement, recherche, mise en œuvre de la charte sociale européenne, santé, développement du tiers monde, protection du consommateur et tourisme. S'y ajouteront, avec Amsterdam, la politique de sécurité et de justice et la politique étrangère. L’Union Européenne a donc vocation à s’occuper de toutes les compétences anciennement dévolues à chaque nation. Avec le traité de Lisbonne les décisions pourront être prises à la majorité. Les Etats nationaux seront donc juridiquement totalement sous la tutelle de l’Etat fédéral. D’ores et déjà 80% du droit national produit dans un pays comme la France est une transposition directe des décisions prises au niveau européen.

Ainsi la voie suivie par l’Union Européenne au cours de son édification est riche d’enseignements sur la finalité recherchée et sur sa réalité foncière. Non seulement elle s’est édifiée en suivant la stratégie des engrenages, par le tissage de liens juridiques de lilliputs toujours plus contraignants et en extrayant des traités, selon le principe d’interprétation de « l’effet utile » (le texte a une finalité implicite dont seuls les juges connaissent l'existence ; on interprète donc le texte non en fonction de ce qu'il dit mais du but présumé qu'il poursuit). On n’exposait ainsi pas directement les objectifs poursuivis, évitant de susciter l’hostilité des peuples - mais elle a comme autre principe matriciel l’idée crypto-marxiste que le politique est le reflet des rapports économiques. Toute la construction de l’union européenne est donc une tentative de court-circuitage de la démocratie, de contournement de la volonté populaire et de soumission de celle-ci aux diktats économiques et juridiques extraits de traités absolument inintelligibles. L’inintelligibilité des traités européens ( les articles qui les composent étaient estimés à plus de 500000 à l’époque du traité d’Amsterdam, en 1996) étant parfaitement délibérée. Elle permet aux commissaires, juges et experts de dégager le sens prétendument implicite qu’ils renferment, en privilégiant tel ou tel point, articles ou clauses selon les nécessités de l’idéologie qui les domine. La construction de l’Union Européenne est donc entièrement sous la coupe d’une idéologie. L’idéologie que Jean-Claude Michéa, entre autres, ne cesse de dénoncer, cette idéologie qui veut que les hommes ne sont que des monades parfaitement étrangères les unes aux autres, mues par le seul ressort de leur égoïsme et que rien de transcendant ne relie. Ce qui est parfaitement troublant c’est que cette idéologie, qui est, à quelques variantes près, communément partagée par le libéralisme et le marxisme, n’a pas d’autre recours pour devenir opérante que la construction de vastes ensembles économico-politiques s’édifiant en s’asseyant sur la liberté des peuples, en les trompant, les manipulant, en les circonvenant. L’exemple de L’Irlande, de la France et de la Tchéquie le démontre assez bien.

Si bien que la réalité visée par l’Union Européenne n’a absolument rien à voir avec la construction d’un espace politique et économique susceptible de pouvoir peser face aux USA. Elle n’est pas davantage la garante de la spécificité des peuples qui la composent et encore moins de la liberté de ses membres. C’est une machinerie qui, à l’instar de celle que Orwel a décrite dans « 1984 », procède par la destruction du langage ( par le mensonge systématique, la subversion sémantique des mots, comme ceux de liberté, de démocratie etc), la destruction des identités pour promouvoir un type d’homme nouveau totalement déraciné, rendu totalement étranger à lui-même, sujet docile des ses appétits matériels, du mensonge publicitaire et de la propagande politico-financière. Le cadre national a toujours été conçu par les élites mondialistes comme étant le verrou à faire sauter pour permettre aux sociétés multinationales de donner leur pleine mesure dans l’exploitation des peuples. L’argument puant consistant à faire croire que l’Europe était nécessaire pour s’opposer aux USA ne serait recevable que si les élites européennes n’étaient pas issues du même moule idéologique que celles des USA. Or c’est naturellement tout le contraire. L’Europe, bien plus que les USA, fut ainsi, dès ses débuts, à la pointe de la dérégulation économique et financière, le terrain de chasse des multinationales. Les multinationales exercent en effet sur Bruxelles un lobbying de tous les instants. La Commission travaille déjà quotidiennement avec les quelque 15000 lobbyistes privés de Bruxelles. Les arcanes du pouvoir bruxellois, avec les montagnes d’articles de ses traités, les tombereaux d’arrêts produits par ses tribunaux, est totalement hors d’atteinte d’un contrôle citoyen. Et ce ne sont pas les députés européens, pour la plupart inféodés aux intérêts mondialistes, et dotés de toute façon de pouvoirs infimes, qui pourraient inverser la donne. Le Parlement Européen n’est que la vitrine, l’alibi démocratique d’une entreprise oligarchique.

Nous sommes donc désormais arrivés au stade terminal du développement historique de l’idéologie qui a éclos dans les esprits hostiles à l’Eglise au cours du XVIIIe. Cette idéologie a été portée par deux jambes au cours des XIXe et XXe : par le communisme et le libéralisme. Le premier s’est effondré dans le fracas que nous savons à la fin du siècle passé. Son frère gémellaire, le libéralisme politique et économique, n’est désormais plus très loin de connaître le même sort. Le communisme lui a permis de faire illusion un siècle durant, mais structurellement il est animé de la même rage contre tout ce qui est beau, tout ce qui est vrai, tout ce qui est bon. Il est un antihumanisme sur toute la ligne. Il porte une responsabilité plus grosse que le communisme car il en est la souche. C’est lui, qui originellement, à détourné les principes du christianisme, les a coupés de leur base transcendante. Les penseurs des Lumières ont opéré ce hold-up. Ils ont lancé l’humanité occidentale dans une course éperdue vers une liberté d’artifice qui, au final, se révèle être pour ce qu’elle : un slogan destiné à permettre aux oligarques, aux puissants de s’en mettre plein les poches ; un outil formidable de déconstruction de l’homme, le réduisant à un simple tube digestif articulé à son téléviseur, ses supermarchés, ses sites pornographiques, ses divertissement décérébrants, ses joutes sportives abrutissantes.

Julien Gunzinger

Rédigé par Julien Gunzinger le Mardi 20 Octobre 2009 à 22:10 | Commentaires (0)

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"Nous te prions, Seigneur, de faire de nous des combattants de la foi inflexibles et miséricordieux, témoins brûlants, dans ce monde ravagé par l’apostasie, de ton alliance nouée dans ton sang."



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