J’entame ici un cycle d’articles qui se propose d’analyser le mondialisme sous son angle spirituel, philosophique, culturel et historique ( les autres articles sur le sujet déjà publiés ici ici ici et ici ) . Ces articles ne prétendent à aucune exhaustivité, ils ont pour modeste ambition de brosser à grands traits les axes principaux du mondialisme. Il s’agit donc de tirer une sorte de portrait robot de cette idéologie pour en comprendre la cohérence d’ensemble et identifier l’étendue de son infiltration dans notre monde culturel, politique et social.

Prologue

Comme le disait Jacques Maritain, rien ne surgit dans l’horizon des hommes qui ne fût auparavant conçu dans son esprit(1). L’homme étant cet être qui a la raison pour motif de son action, il faut requérir son adhésion intellectuelle pour le faire agir et a fortiori participer à un projet politique. C’est pourquoi la politique est toujours articulée à une vision du monde, une conception de l’homme et de sa destinée qui renvoie infailliblement à un positionnement métaphysique, religieux ou les deux sur les questions ultimes : la matière est-elle souveraine, Dieu existe-t-il, une force impersonnelle gouverne-t-elle le monde ?

La grande gageure des modernes est de croire que l’on peut faire de la politique sans promouvoir une métaphysique( ou une religion) qui prend parti sur ces questions(2). Le monde moderne vit dans l’illusion que ces questions ont été expurgées de la scène politique, reléguées dans le sanctuaire de la vie privée. Comme un enfant qui en fermant les yeux croit avoir fait disparaître l’objet de sa peur, le moderne se masque délibérément la vue et prend son aveuglement pour le témoignage le plus authentique de son goût pour la vérité.

Mais il ne suffit pas de décréter que toutes les religions ou métaphysiques sont écartées de la sphère publique pour qu’elles le soient dans le réel. Le baron de Münchhausen a peut-être la faculté de s’affranchir de l’attraction terrestre en se tirant par les cheveux, mais uniquement dans notre imaginaire Ainsi, ce n’est que dans un monde imaginaire qu’une théorie politique comme celle qui gouverne nos régimes (laïcisme démocratique libéral) peut décréter que la question de l’absolu n’est pas au fondement du lien politique et social et qu’elle est purement privée. Car cette théorie est belle et bien traversée de part en part par une représentation de l’absolu. Cette théorie prend en effet le parti que l’absolu n’est pas doué d’une volonté exigeant de l’homme qu’il se réfère à elle dans l’organisation de la cité. Position purement pragmatique pour éviter que chaque chapelle ne s’écharpe, rétorqueront les partisans de cette théorie laïciste. On peut le concéder sur un plan purement pragmatique. Mais il n’en reste pas moins que le constat demeure : l’univers des hommes s’organise autour d’une conception de l’homme, d’une métaphysique,( voire d’une religion ?) qui jamais ne se présente comme telle, qui jamais n’est avouée. Le laïcisme est donc, dans les faits, rigoureusement le contraire de ce qu’il prétend être.

Ce premier moment me semblait important avant d’entamer l’étude des ressorts spirituels du mondialisme, car il est le premier des mensonges du mondialisme que l’on peut démasquer. Il est fondateur, tous les autres mensonges du mondialisme sont structurés de la même manière pour leur permettre de s'emboiter les uns dans les autres comme des poupées russes.

A suivre…Prochain article du cycle: « les ressorts spirituels du mondialisme »

(1) "C'est par l'esprit que tout commence ; et c'est au fond de l'âme de quelques hommes, dans la vie de ce "nous" qui, comme dit Aristote, n'est rien du tout quant au volume et quant à la masse, que tous les grands événe¬ments de l'histoire moderne se sont formés. La cellule où Luther a discuté avec le diable, le poêle où Descartes a eu son fameux songe, l'endroit du bois de Vincennes où Jean¬-Jacques, au pied d'un chêne, a trempé son gilet de pleurs en découvrant la bonté de l'Homme naturel, voilà les lieux où le monde moderne a pris naissance."(Jacques Maritain, trois réformateurs)

(2) « Ecrire sur la politique sans l’avoir fait d’abord sur la métaphysique est certes une spécificité moderne. Mais l’auteur de la théorie politique ne peut l’avoir pensée sans référence consciente ou inconsciente, explicite ou implicite à sa pensée de la nature humaine et à sa vision du monde. (…) Mais pourquoi écrire aujourd’hui uniquement sur la politique ? Pourquoi ce raccourci typiquement idéologique. Peut-être parce que la politique « ne pose pas problème » à notre époque ? Ou peut-être est-elle la seule à en poser ? peut-être surtout que l’idéologue n’a rien d’un philosophe contemplatif de la vérité. la « théorie » idéologique n’est pas contemplée mais postulée par l’idéologque et celui-ci écrit pour une seule fin : prendre le pouvoir. Le traité de politique idéologique n’est finalement qu’un long tract. Comme le souligne Julien Freund, l’idéologie n’est une conception du monde – Wetlanschauun dirait Schleiermacher – qu »à base politique ». parce qu’elle est, nous le répétons, une pensée d’action, sa théorie est nécessairement incomplète »( Maxence Hecquard, les fondements philosophiques de la démocratie moderne)


Julien Gunzinger

Rédigé par Julien Gunzinger le Vendredi 25 Juin 2010 à 08:25 | Commentaires (0)

Profil
Julien Gunzinger
Blog d'un catholique jurassien

"Nous te prions, Seigneur, de faire de nous des combattants de la foi inflexibles et miséricordieux, témoins brûlants, dans ce monde ravagé par l’apostasie, de ton alliance nouée dans ton sang."



Galerie

RSS ATOM RSS comment PODCAST Mobile