La polémique qui n’a cessé d’enfler au cours du voyage du pape en Afrique est révélatrice de l’état des mœurs de notre société, mais elle traduit tout autant le relâchement intellectuel intégral des élites culturelles et politiques de notre temps. Le pape s’est en effet assuré lors de ce voyage un capital de moqueries, d’insultes, de dénigrements dont il pourra tirer des rentes à vie, dût-il atteindre l’âge de Mathusalem. Coïncidence providentielle, les déclarations du pape sont venues contrer par leur fraîcheur les miasmes du grand happening que les adorateurs de la capote s’apprêtaient à célébrer sur France 2 au motif, naturellement éminemment noble, de la lutte contre le sida.

En guise d’apéritif, plusieurs relégués du temps médiatique se sont jetés sur la proie pontificale pour tenter d’exister à ses dépens avant de retourner à leur placard. Ainsi a-t-on entendu Alain Juppé en France considérer que le pape commençait « à poser un vrai problème », Christophe Dechavanne a traité ses propos « d’ignobles » et exigé du Président de la République qu’il inonde « le pays de préservatifs », Marie-George Buffet a qualifié ses propos d'"irresponsables" et de "criminels". Puis sont venus les commentateurs patentés, comme le prétendu expert en catholicisme du Matin Pascal Décaillet, trop heureux de pouvoir faire chorus autour de l’infâme, écrivant que factuellement le pape avait tort, Pierre-André Chapatte du QJ l’accusant d’être en « décalage avec les réalités humaines ». Les ONG ont emboîté le pas, comme « l'Aide Suisse contre le Sida », considérant les remarques de Benoît XVI comme irresponsables. Enfin le temps des titulaires des chaires de la bien-pensance est arrivé à l’heure du plat de résistance. A l’image de Patrick Timsilt qui a qualifié de Benoît XVI de vieux monsieur en robe, de Daniel Cohn Bendit, s’autoproclamant comme toujours porte-parole d’une unanimité imaginaire, « on n’en veut plus de ce pape », de Rama Yade « ahurie » par ces propos « régressifs ». Ils ont bouffé du pape en veux-tu en voilà jusqu’à s’en faire péter la panse, pour finir par conclure leur goinfrerie dans un récital de rots convenus :« surtout sortez couvert » « jamais sans ta capote ».

Selon les us et coutumes des pontes de la com, cette opération de calomnie a été construite en recourant au détournement total du sens total des propos de Benoît XVI. Une phrase a été ex traite de son contexte pour servir de pâture à la meute des vociférateurs évoquée plus haut et nous eûmes ainsi droit à tous leurs commentaires, fruits du dressage pavlovien exercé sur deux générations par la fameuse « libération sexuelle. »

Le passage qui précédait la phrase incriminée mettait l’accent sur la nécessité de donner de l’âme aux rapports sexuels. Le pape en concluait naturellement qu’à défaut d’une saine éducation en la matière, les campagnes fondées sur le préservatif aggravaient la situation. Son propos transpirait le respect de l’autre, rayonnait d’amour authentique ( pas sa pâle copie qui oscille entre guimauve et pornographie et qui infeste nos esprits.)

A l’heure où tout le monde va clamant « il faut moraliser le capitalisme, il faut moraliser le capitalisme », où les nouvelles ligues de vertu parlent d’interdire le tabac dans les cafés au motif du respect du prochain, le lieu où les enjeux du rapport à l’autre exigent le plus de respect, le plus de subtilité, devrait-il être, comme par miracle, soustrait à tout discours éthique, soustrait à toute finalité morale et spirituelle ? Faudrait-il, en la matière, se contenter d’un traitement hygiéniste de la question : mets une capote et copule comme bon te semble ? Comme si seul le discours technicien avait droit de cité. Le paradoxe qui surgit ici devrait au moins mettre la puce à l’oreille des thuriféraires de la capote. Si, avant de servir de caisses de résonance à l’idéologie de mort qui les domine, ils étaient des êtres humains encore doués d’intelligence et de sens moral, ils pourraient commencer par se poser la question : n’y a-il pas une corrélation possible entre l’usage de la capote et le déploiement monstrueux des pratiques déviantes en matière sexuelle ( tournante, pédophilie) ? N’y a-t-il pas une corrélation entre le « tout est possible en matière sexuelle pour peu que tu mettes ta capote » et la criminalité sexuelle qui sévit, les passages à l’acte effrayants qui deviennent notre quotidien? Une fois familiarisé avec le vertige que soulèvent ces questions, pourraient-ils alors se poser la question ultime : l’exhortation à ne jamais quitter sa capote ne procède-t-elle pas d’un vice qui non seulement est peut-être à l’origine du sida mais en plus favorise son extension? Donné comme remède,le préservatif ne peut-il pas devenir le catalyseur de la maladie, puisqu’il a été un des canaux par lequel la libération sexuelle s’est propagée, par lequel tout le monde a été sommé de jouir ?(voire notre encadré en fin d’article). Le traitement dont ont bénéficié les propos du pape permet de mesurer le niveau de conditionnement dont nous sommes victimes. Depuis plus de 20 ans en effet la question de la capote a servi de cheval de Troie à « la révolution sexuelle » pour étendre ses tentacules sur nos esprits.
La dynamique de la révolution sexuelle relève des principes métaphysiques identifiés dans l’article « ni à droite, ni à gauche, cap sur la vérité » de ce numéro. Selon elle, l’homme est un être qui ne relève d’aucun ordre, il est soumis aux aléas de son seul désir, il n’a à actualiser aucune essence qui le définit en tant qu’homme. Il est pure liberté. Quels que soient les élans qui l’animent, il doit pouvoir les satisfaire. Chaque homme est un empire dans un empire. Il n’y a aucune norme sociale ou ontologique qui doive entraver sa jouissance individuelle. « Ma liberté s’arrête ou comme celle des autres », s’empressent cependant d’ajouter, pour se donner un vernis de bonne conscience, les nouveaux clercs de cette religion. Certes, mais la formule est creuse. Elle s’adosse à une métaphysique qui, en faisant de chaque personne un atome totalement isolé des autres, la dispense d’assumer une responsabilité autre que celle que dégage la mécanique des chocs. Autrement dit, ne peuvent m’être imputables que les actes qui extérieurement touchent directement mon semblable. Tous les actes que je pose et qui affectent mon semblable dans l’ordre symbolique, ontologique ou social ne sont tout simplement pas de ma responsabilité. On le voit, cette métaphysique est dispensatrice d’une compréhension de la moralité on ne peut plus light. Elle ne risque pas de poser de graves problèmes de conscience à ses adeptes. C’est naturellement bien là sa finalité.

Or les grands prêtres de la révolution sexuelle ont réussi, à l’aube des années 80 à court-circuiter toutes les questions que soulevait la menace de pandémie du sida. Il ont imposé leur charia, menaçant de mort médiatique toute personne qui entendait traiter cette pandémie comme toute autre avant elle : isoler les groupes à risque et combattre les pratiques qui favorisaient son extension (vagabondage sexuel, sodomie, usage de seringues). Ce qui relevait de la pure catégorie sociologique - une notion comme celle de minorité - a été promu au rang de catégorie éthique. La tristesse naturelle que nous éprouvions à l’endroit des personnes frappées par le sida a été convertie en une sommation de reconnaître la légitimité de leurs pratiques. Dès lors nous étions mûrs pour devoir reporter tous nos espoirs sur le préservatif. Du même coup les pouvoirs publics tombaient dans le piège qui leur avait été savamment tendu. L’Etat se faisant le chantre, par d’infâmes campagnes pro-préservatifs, de la liberté sexuelle la plus débridée. Certaines scènes de ces campagnes sont restées gravées dans mon jeune esprit d’alors. Notamment celle d’un court métrage où deux gamins de 15 ans discutaient de leurs prouesses sexuelles, l’un finissant pas s’indigner de ce que lui rapportait l’autre en ces termes « tu peux baiser avec n’importe qui, le ou la prendre comme tu veux, mais surtout mets ta capoooooooooote ». Le film était naturellement largement subventionné. Dans ce tumulte de campagnes, d’émissions, d’interventions pro-capote, seule l’Eglise catholique, par la voix de Jean Paul II, osa à l’époque braver la charia. Les milieux gays, pro-choice et autres mouvements tout à l’égout ( style pro-euthanasie, pro-manipulation génétique) qui se structuraient à l’époque pour reprendre le flambeau de la révolution sexuelle initiée par la génération précédente, comprirent vite que l’Eglise catholique, en la personne du Pape, restait la seule Institution suffisamment charpentée pour de ne pas se prosterner devant eux. Ils tiennent désormais le haut du pavé, représentent une force de frappe terrible. Ils ont réussi à convaincre les législations de nombreux pays de les protéger d’un bouclier législatif qui les met à l’abri de toutes les réactions que leurs provocations induisent. Ce sont eux qui orchestrent les attaques contre l’Eglise, celle au sujet de la levée de l’excommunication tout comme celle de l’excommunication « laetae sentiae » de l’équipe médicale qui a avorté la petite fille du Brésil.

L’Eglise, depuis « Humanae vitae » de Paul VI, a tout de suite compris le danger que faisaient peser les méthodes de contraception de masse sur le corps social. Elle a tout de suite instruit le monde des catastrophes qui étaient en germe dans la déconnexion de la sexualité avec la procréation. C’est dans cette déconnexion décuplée par les techniques modernes que réside en effet le cœur de la logique de mort qui emporte notre société : avortement, exploitation des embryons, clonage thérapeutique et reproductif, manipulation génétique, eugénisme, euthanasie… C’est cette logique de mort qui rend exsangue notre civilisation, la prive des forces nécessaires pour affronter l’avenir. Il est clair que cette vérité est avant tout une vérité de foi, qu’elle demande, pour l’accueillir de croire pleinement en l’Incarnation du Logos.

En revanche, il suffit de porter un regard lucide, objectif, non idéologique sur les faits actuels pour avoir une confirmation de sa pertinence. Quand la sexualité est justifiée à ne chercher que son plaisir, l’avortement, lorsqu’une grossesse non désirée intervient, ne peut être considérée que comme un dommage collatéral et doit pouvoir être pratiqué. Le plaisir devient la norme en tout. La vie d’un être humain faible, incapable de se défendre est alors totalement déclassée par rapport à celle d’un adulte entravé dans sa quête de jouissance. De même un enfant qui présente, lors d’une amniocentèse, des risques d’anormalité doit être, selon la même logique, tué dans l’œuf. De même on doit pouvoir recourir à ce matériau humain que sont les embryons pour combattre des maladies. Autorisons donc leur exploitation. Et puis qu’est-ce qui interdit d’envisager la création d’enfants médicaments en somme? ( c’est déjà fait). Enfin, un être humain auquel la vie ne peut plus procurer de plaisir devrait pouvoir être tué avec l’aide du corps médical. On le voit, pris dans cet emballement funeste, le sens moral ne peut plus que sombrer, l’intelligence s’assécher, la vie spirituelle agoniser.

Ainsi le peu de sens moral qu’il nous reste est désormais utilisé à stigmatiser un vieil homme, certes courageux comme un lion, qui est lui en phase avec le réel comme peu d’entre nous. Car c’est bien à lui naturellement que le réel donne raison, comme le rappellent Edward C. Green, directeur du Projet de recherche sur la prévention du sida à la prestigieuse université de Harvard aux Etats-Unis et des récents chiffres de l’ONU ( voire encadré: des chiffres et des experts qui donnent raison au pape.)

La seule bonne nouvelle qui surnage sur ce torrent de m… vient d’Orient. Le patriarche de Moscou, certainement écoeuré par les flots pestilentiels qui ont submergé Benoît XVI, a pris fait et cause pour lui, rappelant que ses propos doivent être entendus comme ceux de tout chrétien censé.

Julien Gunzinger

Encadré : Des chiffres et des experts qui donnent raison au pape

Edward C. Green est directeur du Projet de recherche sur la prévention du sida à la prestigieuse université de Harvard aux Etats-Unis. Voilà ce qu’il déclare dans la National Review Online « Le Pape a raison. Ou pour répondre plus précisément : les meilleures données dont nous disposons confirment les propos du Pape. » « Il existe une relation systématique, mise en évidence par nos meilleures enquêtes, y compris pris celles menées par l’organisme “Demographic Health Surveys” financé par les Etats-Unis, entre l’accès facilité aux préservatifs et leur usage plus fréquent et des taux d’infection par le virus du sida plus élevés, et non plus faibles. Cela pourrait être dû en partie au phénomène connu sous le nom de “compensation du risque”, ce qui veut dire que lorsque l’on a recours à une “technologie” de réduction du risque comme le préservatif, l’on perd souvent le bénéfice lié à la réduction du risque par une “compensation” qui consiste à prendre davantage de risques qu’on ne le ferait en l’absence de technologie de réduction du risque. »
Autrement dit, le préservatif diminue le risque de contamination – sans l’annuler - mais favorise les comportements à risques qui aboutissent à davantage de contaminations.

Plus important encore, les chiffres de l’ONU pour l’Afrique sont parfaitement éloquents. Partout où l’éducation, l’abstinence et la fidélité ont été promues plutôt que la simple distribution de préservatifs, la progression du sida a été enrayée. De même lorsque les jeunes retardent l’âge de leur premier rapport et ne multiplient par les partenaires la séropositivité chute généralement de 50%. Cela a été constaté au Zimbabwe, au Burkina Faso, en Ethiopie, au Cameroun. Les morts y sont en nette diminution : – 200 000 par rapport à 2006 et 2007. En Ouganda, où l’Eglises, en coopération avec le gouvernement, a particulièrement pu sensibilisé la population aux thèmes de l’abstinence et de fidélité, le taux d’infection est tombé de 15 à 5%. Désormais 6,2% des Ougandais de 15 à 49 ans sont séropositifs, ils étaient 15% au début des années 1990. Par contraste, le taux d’infection progresse dans d’autres pays où les campagnes ne se sont fondées que sur le préservatif.

Rédigé par Julien Gunzinger le Mercredi 15 Avril 2009 à 15:20 | Commentaires (0)

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Blog d'un catholique jurassien

"Nous te prions, Seigneur, de faire de nous des combattants de la foi inflexibles et miséricordieux, témoins brûlants, dans ce monde ravagé par l’apostasie, de ton alliance nouée dans ton sang."



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