Les réels enjeux de la liberté religieuse

La question de la liberté religieuse est centrale dans la crise de l’Eglise. Pour la Fraternité St Pie X c’est certainement le foyer purulent d’où découle la déconstruction en cours de la théologie et de la liturgie, pour l’Egise conciliaire il s’agit d’une réelle avancée, faisant droit à la dignité ontologique de l’homme.  Le ralliement de l’abbé Dominique Fabien  Rimaz à cette doctrine de la liberté religieuse se fonde, selon ce  que j’ai pu en juger en lisant son blog, sur 3  arguments principaux :

1)    la liberté religieuse a les faveurs des papes depuis Vatican II c’est donc qu’il faut s’y rallier

2)    la liberté religieuse est de tradition puisque la contrainte dans la foi a toujours été condamnée

3)    la liberté religieuse qui a été condamnée par le passé concernait les rapports entre l’Eglise et l’Etat. Cette condamnation était donc circonstancielle, la conception de l’Etat ayant considérablement changé depuis ( argument défendu par Martin Rohnheimer)

 

Les deux premiers sont des arguments d’autorité. Le second nécessite cependant des précisions sur les termes employés. Celles-ci seront données dans le traitement du troisième argument, c’est pourquoi je répondrai au deuxième argument après avoir résolu le troisième.

 

Certes, il est vrai que les papes, depuis Vatican II, ont défendu la liberté religieuse et s’en sont faits parfois les champions auprès des instances internationales comme l’ONU. Il s'agit d'un argument de poids et doit inciter celui qui conteste cette doctrine à beaucoup de prudence. Nous n’avons pas, en tant que catholique, la liberté de dissentir à ce que défend le pape. Nous ne pouvons opposer au Magistère de l’Eglise un magistère suprême de la conscience. On ne peut donc pas admettre que le « théologien aurait toute liberté pour mettre en doute ou refuser l’enseignement non-infaillible du Magistère » (Donum veritatis, n. 33)

Tout enseignement du magistère jouit donc d’une présomption d’orthodoxie. Reste que le magistère n’est infaillible que lorsqu’il fait usage des notes d’infaillibilité et que hors ce cas le pape peut très bien se tromper. La chose est si clairement convenue que  le décret Gratien ( qui doit être vu comme l’ancêtre du droit canonique) prévoyait : le premier siège n’est jugé par personne sauf s’il dévie de la foi”. La tradition de l’Eglise admet donc que le magistère peut proposer des enseignements erronés et  le simple fidèle peut être parfaitement autorisé à manifester ses interrogations dès lors que l’enseignement qu’on lui impose lui semble être en contradiction avec le magistère antécédent. C’est ce qu’exprime de façon très explicite St Paul (*).

On comprendra donc que l’accusation de protestantisme, souvent portée par l’abbé Rimaz contre la FSSPX est parfaitement inepte, puisque comme l’explique un puissant théologien contemporain anonyme « Quand donc le dissentiment l’est au nom de la fidélité au magistère antécédent mis à mal par le magistère actuel, un tel dissentiment ne relève pas du libre-examen, mais de la soumission au magistère, pour autant précisément que le magistère antécédent soit réellement contredit par le magistère actuel ; la charge de la preuve incombant à qui dissent. Un tel dissentiment n’est donc légitime qu’à la condition sine qua non que le théologien qui dissent puisse prouver la contradiction des doctrines du magistère actuel au magistère antécédent(…) »

 

Venons-en donc au troisième argument qui consiste à récuser que la doctrine de Dignitatis humanae serait en contraction avec le magistère antérieur.

 

Le philosophe Martin Rohnheimer est la dernière personnalité d’envergure à avoir produit une thèse allant dans le sens de l’herméneutique de la continuité sur le sujet. Selon lui, les condamnations de la liberté religieuses par les papes du XIXe relevaient d’un cadre contingent des rapports entre l’Eglise et l’Etat. Il écrit « Ainsi, Grégoire XVI et Pie IX, pour ne mentionner que ces deux papes, avaient identifié le droit fondamental du citoyen moderne à la liberté de religion, de conscience et de culte à une négation de la vraie religion. Et cela car ils ne pouvaient pas s’imaginer qu’une vérité religieuse et une vraie Eglise puissent exister sans que cette dernière ne soit également soutenue par l’Etat et la politique, et respectée par le droit civil. » Il prend donc ces deux papes pour des parfaits imbéciles qui n’étaient pas instruits des réalités du début de l’ère chrétienne.


Il insiste en soutenant « Cela dit, on ne peut toutefois affirmer qu’il s’agirait dans ce cas d’interprétations magistérielles du droit naturel ou de la loi morale naturelle susceptibles de faire l’objet de l’infaillibilité. Il s’agit là de réalisations et d’applications concrètes qui, à l’époque où elles sont entreprises, peuvent être contraignantes pour les fidèles catholiques, et exiger leur obéissance. Mais en aucun cas il ne s’agit d’enseignements qui ne pourraient être récusés par des décisions magistérielles postérieures » Dans cette perspective, la doctrine de la liberté religieuse ne se situe pas sur le plan dogmatique, mais sur celui de la seule doctrine sociale, susceptible de fluctuer  en fonction des époques. Vatican II aurait donc soulagé l’Eglise d’un fardeau historique qui ne remontait pas à la tradition apostolique sur la fonction et le devoir de l’Etat. L’effort de recherche d’une continuité entre la tradition et Vatican II sur le sujet ( effort porté notamment par le théologien Dom Basile) est vain puisque le sujet central, le rôle de l’Etat, est soustrait à la dogmatique et peut donc évoluer sans que cela porte atteinte à la continuité magistérielle. La démarche de Martin Rohnheimer  consiste donc à dire que les devoirs de l’Etat définis par le passé (promouvoir la religion catholique et lutter contre ce qui entrave son expansion) ne doivent pas être compris comme un élément constitutif de la doctrine de la foi catholique. L’ennui c’est que Quanta Cura exprime clairement le contraire en se référant aux plus hautes autorités de  la Tradition « De plus, contrairement à la doctrine de l’Écriture, de l’Église et des saints Pères, ils ne craignent pas d’affirmer que la meilleure condition de la société est celle où l’on ne reconnaît pas au pouvoir la charge de réprimer par la sanction des peines les violateurs de la religion catholique, si ce n’est dans la mesure où la tranquillité publique le demande. »(Quanta cura)

Rohnheimer voudrait faire croire que Pie IX n’avait en tête que la lutte contre l’indifférentisme ( l’idée qu’il est indifférent d’un point de vue moral d’avoir la foi catholique ou non, indifférentisme que  combat également Vatican II). Mais on le voit, Pie IX convoque la grande Tradition non seulement pour combattre l’indifférentisme mais également pour expliquer qu’il est contraire à la doctrine catholique de contester le devoir de l’Etat de réprimer les fausses religions. Quanta Cura, condamne avec vigueur l’idée que “le droit ecclésiastique n'a pas compétence pour châtier de peines temporelles les violateurs de ses lois” (§ 11). Pie IX parle à ce sujet de “chimères extravagantes et tant de fois condamnées des novateurs” :

«  Au milieu donc d'une telle perversité d'opinions corrompues, Nous souvenant de Notre charge Apostolique, dans notre plus vive sollicitude pour notre très sainte religion, pour la saine doctrine, et pour le salut des âmes à Nous confiées par Dieu, et pour le bien de la société humaine elle-même, Nous avons jugé bon d'élever à nouveau Notre Voix Apostolique. En conséquence, toutes et chacune des opinions déréglées et des doctrines rappelées en détail dans ces Lettres, Nous les réprouvons, proscrivons et condamnons de Notre Autorité Apostolique ; et Nous voulons et ordonnons que tous les fils de l'Église catholique les tiennent absolument pour réprouvées, proscrites et condamnées. »(Quanta Cura)

Nous sommes donc en présence d’une rupture manifeste dans l’enseignement du Magistère. Il suffit de mettre en parallèle le texte déjà cité de Quanta Cura et celui un passage de Dignitatis humanae pour s’en convaincre:

« Et contre la doctrine de la Sainte Écriture, de l’Église et des saints Pères, ils affirment sans hésitation que : “la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violations de la loi catholique, si ce n’est dans la mesure où la tranquillité publique le demande”.(Quanta cura)

C’est exactement ce que soutient Dignitatis humanæ :

"Le Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à la contrainte de la part tant des individus que des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu’en matière religieuse nul ne soit forcé d’agir contre sa conscience ni empêché d’agir selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d’autres, dans de justes limites."

La liberté religieuse ne se démontre pas, comme le voudrait le deuxième argument, par le fait que jamais la tradition n’a admis de coercition appliquée pour forcer à croire. Personne n’a jamais contesté qu’il était illégitime de contraindre au for interne. L’enjeu se situe au niveau du for externe, il est profondément civilisationnel. Il touche au rapport entre le bien commun temporel et sa fin surnaturel. Il concerne donc directement le salut du plus grand nombre. C’est de charité dont il est question ultimement dans les problèmes Quanta cura versus   Dignitatis humanae. 

L’enseignement de Quanta Cura est celui d’une alternative claire et nette : soit l’on fonde la civilisation sur le Christ et les prérogatives de son Eglise soit la civilisation s’écroule. Il a pour lui :  Gregoire XVI, Mirari Vos; Pie IX, Qui Pluribus, Etsi Multa, Quanta Cura; Leon XIII, Arcanum, Aeterni Patris, Au Milieu des Sollicitudes, Cum Multa, Diuturnum, Humanum Genus, Immortale Dei, Libertas, Longinqua, Nobilissima Gallorum Gens, Officio Sanctissimo, Quod Apostolici Muneris, Rerum Novarum, Sapientiae Christianae, Tametsi Futura Prospicientibus; S. Pie X, E Supremi, Iamdudum, Il Fermo Proposito, Iucunda Sane, Notre Charge Apostolique, Pascendi, Vehementer Nos; Benoît XV, Ad Beatissimum Apostolorum; Pie XI, Divini Illius Magistri, Divini Redemptoris, Mit Brennender Sorge, Quadragesimo Anno, Quas Primas, Ubi Arcano Dei Consilio; Pie XII, Ad Apostolorum Principis).  Cette alternative se retrouve également très précisément dans Summi Pontificatus, de Pie XII.(**)

 
La spéciosité de Dignitatis humanae réside dans le fait qu’en rabattant tout l’enjeu du problème sur le seul for interne, elle évacue la question de l’ordre social juste fondé en vérité sur la loi naturelle et la loi révélée. Elle abandonne toute idée d’un ordre voulu par le Créateur députant l’Etat au service de la béatitude. Elle laisse ainsi le champ libre aux mensonges, à la corruption, aux erreurs qui détournent les hommes de leur vocation : faire leur salut. Par quoi on voit que la question de la liberté religieuse est connexe à celle de l’œcuménisme. Nous sommes en régime ouvert, les fausses religions, les erreurs peuvent se développer sans que cela soit préjudiciable pour le salut du plus grand nombre nous assène-t-on. N’ayons pas peur d’exprimer le dire : une telle façon de concevoir les choses joue le jeu des forces des ténèbres.  

Puisque Dignitatis Humanae parle le langage du droit, il est parfaitement faux de faire l’économie des distinctions for interne / for externe et privé / public ou encore droit subjectif / droit objectif. Personne ne conteste le droit à chacun d’avoir le culte privé qu’il veut se donner. Mais le culte public d'une religion concerne lui le for externe et public. Il s’ensuit que l’autorisation ou l'interdiction d'un culte public relève de l'exercice de la puissance publique : l'Etat. Or l’autorisation de la pratique publique de n’importe quel culte est reconnue par le droit public issu de la Révolution de 1789. Un peu moins de 200 ans plus tard, les libéraux catholiques tentaient de  rallier l’Eglise à la Révolution en garantissant ce droit comme un droit naturel objectif.  Par droit naturel il faut comprendre en raison de la nature de l’homme ( et par conséquent inaliénable) et par droit objectif, attaché à un objet concret : ici le culte public de n'importe quelle religion, donc de tous les cultes.

Mais  la proclamation de ce prétendu  droit a précisément été condamnée par les papes  et ceci pour la bonne raison que seul un objet bon peut être l'objet d'un droit objectif et  a fortiori lorsqu’il est question de reconnaître un droit naturel :
"Ce qui ne répond pas à la vérité ou à la loi morale n'a objectivement aucun droit à l'existence, ni à la propagande, ni à l'action."( Pie XII, Discours aux juristes catholiques italiens, 6 décembre 1953.) Logiquement, seule la vraie religion révélée de Dieu, qui est la religion catholique, peut être l'objet d'un droit objectif en la matière et aucunement les fausses religions.

Il est erroné de déduire de la reconnaissance de la liberté religieuse au for interne la garantie d’un droit naturel et objectif à ne pas être empêché de pratiquer publiquement une fausse religion ou d’en faire la promotion. Ajoutons que les dispositions personnelles des pratiquants n’y changent rien. Même s’ils sont dans un état d’ignorance invincible, cela touche au for interne : l'objet objectivement mauvais vers lequel la personne se porte (dans notre cas de figure, alors qu’il n’y a pas péché de la personne en question en raison de son ignorance non coupable) ne change pas de nature pour autant (les dispositions internes de la personne ne changent pas la nature de l’objet). L'objet mauvais demeure mauvais, il ne peut donc y avoir de droit naturel en faveur de l’exercice dudit objet ( cf.Pie XII).
Ainsi, "agir selon sa conscience" non coupablement erronée ne justifie nullement un droit dont l'objet serait une fausse religion.

Or le droit objectif à ne pas être entravé par l’Etat dans la pratique d’une fausse religion consiste, dans le droit naturel objectif (validé par Dignitatis humanae), à ne pas être empêché par la puissance publique de pratiquer la religion de son choix.

Jacques Maritain est certainement l’un des philosophes chrétiens qui porte la plus grande responsabilité dans ce renversement opéré par Dignitiatis humanae. Il a clairement réorienté toute la pensée chrétienne vers l’idée d’une nouvelle chrétienté ( par déclinaison analogique indue de la chrétienté sacrale) dont le but est « l’amitié universelle », « la fraternité universelle ». « Nous devons remarquer que là où il y a foi divine ou humaine, là aussi se rencontrent des hérétiques qui menacent l’unité de la communauté soit religieuse, soit civile. Dans la société sacrale, l’hérétique était celui qui brisait l’unité religieuse. Dans une société laïque d’hommes libres, l’hérétique est celui qui brise les communes croyances et pratiques démocratiques. Le totalitaire celui qui nie la liberté – la liberté de son voisin – et la dignité de la personne humaine » Plus haut il écrit « sous l’inspiration évangélique en travail dans l’histoire, la conscience profane a compris la dignité du peuple et de l’homme de l’humanité commune »(Christianisme et Démocratie). Ailleurs il persiste « J’ai parlé de nouvelle Chrétienté. J’aurais pu parler, au même sens de nouvelle démocratie. Car, à qui regarde au fond des choses, il apparaît qu’en dépit d’idéologies parasitaires et de malentendus tragiques, ce nom de démocraie n’est pas autre chose que le nom profane de l’idéal de chrétienté »(Messages, 5 novembre 1943)

En clair la foi catholique est affectée à l’accompagnement spirituel du processus démocratique. Mais toute cette construction pestilentielle avait pourtant déjà fait l’objet d’une condamnation par Saint Pie X « Mais plus étranges encore, effrayante et attristantes à la fois, sont l’audace et la légerté d’esprit d’hommes qui se disent catholiques, qui rêvent de refondre la société dans de pareilles conditions et d’établir sur terre, par-dessus l’Eglise catholique, « le règne de la justice et de l’amour » avec des ouvriers venues de toutes parts, de toutes religions ou sans religion avec ou sans croyances, pourvu qu’ils oublient ce qui les divise : leurs convictions religieuses et philosophiques, et qu’ils mettent en commun ce qui les unit : un dénéreux idéalisme et des forces morales prises où ils peuvent. » Il prophétisait ensuite « Que vont-il produire ? Qu’est-ce qui va sortir de cette collaboration ? Une construction purement verbale et chimérique où l’on verra miroîter pêle-mêle et dans une confusion séduisante les mots de liberté, de justice, de fraternité et d’amour, d’égalité et d’exalatation humaine, le tout basé sur une dignité humaine mal comprise. Ce sera une agitation tumultueuse, stérile pour le but proposé et qui profitera aux remueurs de masse moins utopistes. » (lettre sur le Sillon) A l’évidence St Pie X, notre dernier pape canonisé, avait tout vu, tout compris, tout anticiper, puisque nous en sommes bien là avec cette conception de la liberté religieuse qui s’est amputée de tout son versant objectif traditionnel, passant par perte et profit la  notion de for externe et public. 

 

Conclusion :

La liberté religieuse version DH et l’œcuménisme pratiqué depuis 30 ans sont les deux versants d’une même perte de foi. Comme il a été décrété que le salut du plus grand nombre n’était pas dépendant d’un ordre chrétien, d’un juste ordonnancement du temporel au spirituel, il faut bien considérer que les hommes peuvent trouver « des moyens » de salut hors de la foi catholique. Les sectes proliférant en  régime libéral, les grandes religions de salut concurrentes ne pouvant faire l’objet d’une juste répression, le magistère, qui a plié sur la liberté religieuse, doit sans cesse élargir les conditions d’accès au salut du plus grand nombre. C’est pourquoi nous trouvons de grandes approximations sur la doctrine du salut dans les documents du Concile ou dans les lettres encycliques de Jean Paul II, c’est pourquoi le magistère, entraîné par le poids des principes libéraux qu’il a consacrés, est engagée, alors qu’il prétend pourtant le combattre, dans un processus de validation du relativisme. Nous payons là le prix de la désolidarisation du magistère avec la doctrine de la Royauté sociale du Christ.

 

(*) Gal 1,8 Eh bien ! si nous-même, si un ange venu du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous avons prêché, qu'il soit anathème !

(**)
St Pie X est extrèmement clair sur les termes de l'alternative "Non, Vénérables Frères, – il faut le rappeler énergiquement dans ces temps d’anarchie sociale et intellectuelle où chacun se pose en docteur et en législateur, – on ne bâtira pas la cité autrement que Dieu ne l’a bâtie ; on n’édifiera pas la société, si l’Église n’en jette les bases et ne dirige les travaux ; non, la civilisation n’est plus à inventer, ni la cité nouvelle à bâtir dans les nuées. Elle a été, elle est ; c’est la civilisation chrétienne, c’est la cité catholique. Il ne s’agit que de l’instaurer et la restaurer sans cesse sur ses fondements naturels et divins contre les attaques toujours renaissantes de l’utopie malsaine, de la révolte et de l’impiété : omnia instaurare in Christo."



 

Julien Gunzinger


Rédigé par Julien Gunzinger le Mardi 19 Juillet 2011 à 07:01 | Commentaires (4)

Commentaires

1.Posté par olivarus le 19/07/2011 12:10
**** La tolérance chrétienne et la liberté religieuse ****Il faudrait ajouter à votre excellent texte, un couplet sur la tolérance chrétienne. Nos adversaires confondent la tolérance qui n'est pas un droit mais une nécessité relative pour éviter un mal plus grand, au droit qui est associé à la vérité de l'ordre naturel. Plus un Etat est obligé de tolérer le mal plus ses conditions s'écartent de la perfection. Le mal que l'on tolère est justifié par la nécessité d'éviter un mal plus grand, le risque de guerre civile ou la suppression des libertés par exemple. Dieu lui même ne veut le mal qu'il tolère mais veut permettre que le mal arrive car il veut la liberté de faire le bien. Saint Augustin en rajoute une louche: Dieu ne permettrait pas un mal si grand s'il n'avait en vue un plus grand bien.Autrement dit, ce que la prudence de l'Eglise tolère n'est pas un droit mais un pis aller. Alors que les libéraux accordent une liberté sans bornes et dépassent la mesure et en viennent à avoir plus d'égards pour l'erreur et le vice que pour la vérité et la vertu. Ses mêmes libéraux restreignent d'ailleurs souvent les libertés de l'Eglise, lui font procès de manquer de tolérance, de douceur et de patience et lui font un crime de ce qui est précisément son mérite. Je me régale à cet égard de l'encyclique Libertas de Léon XIII, pur chef d'oeuvre de subtilités alors que nos modernes conciliaires pataugent dans l'apostasie en confondant la tolérance religieuse qui n'est pas un droit à l'erreur de la fausse religion. Ce concile est....(cnesuré à la demande de l auteur)Maritain sacrifie trop à sa femme juive, son libéralisme inavoué vient de là à mon avis. Il est difficile de ne rien concéder publiquement de ce que l'on a concédé dans son intimité, cela n'ôte rien à ses mérites par ailleurs.Cordialement

2.Posté par pertinax le 19/07/2011 17:46
Personnellement sans y connaître grand chose en théologie je vois la chose ainsi:

On peut en effet avoir un doute sérieux sur la validité de cette doctrine de la liberté religieuse. Mgr Lefebvre a écit un livre là dessus: Mes doutes sur la liberté religieuse, que je n'ai pas lu mais j'ai lu beaucoup de textes de lui sur la question et je dois avouer que ces arguments sont convaincants. Principalement j'ai l'impression que Mgr Lefebvre se méfiait de cette notion de liberté religieuse car il y voyait une concession dangereuse à ce qui était - c'est certain - une exigence d'ordre politique de la franc maçonnerie. Il me paraît incontestable que dans le déroulement pratique des choses, au point de vue politique, c'est bien cela qui s'est passé. Il y a eu pression de la franc maçonnerie. Et l'Eglise a cédé.

Alors maintenant, puisque l'Eglise, politiquement, s'est couchée, et on peut même imaginer que les pressions étaient tellement fortes avec des menaces de rétorison tellement épouvantables, qu'elle a été, humainement, obligée de se coucher. C'est personnellement ce dont je suis convaincu. Et je ne trouve pas bien qu'on tente maintenant, après coup, d'habiller d'arguments théologiques ce qui a été une faiblesse politique.

On peut, me semble-t-il, admettre que dans l'appréciation de sa marge de manoeuvre politique, Rome avait légitimemenmt le droit de considérer qu'il y avait lieu de faire cette concession politique. On peut dire aussi que, bien entendu, dans certains pays, par exemple les pays communistes ou les pays musulmans, la théorie contestable de la liberté religieuse peut permettre de défendre les intérêts des chrétiens et des catholiques. Donc cela peut se justifier, prudentiellement.

Reste la question des conséquences pratiques de la déclaration sur la liberté religieuse. Il ne s'agissait pas de lutter contre les abus de l'Inquisition. Mais en Valais, à Fribourg, on avait des constitutions cantonales qui instituaient des petits états catholiques. D'ailleurs même dans les cantons protestants, la religion évangélique réformée était religion d'état. Ces états confessionels menaçaient-ils la liberté et surtout la DIGNITE humaine? A l'évidence nullement!

Et nous devons nous poser la question: puisque, à la demande expresse de Rome, c'est à dire du Nonce, les cantons catholiques ont du modifier leurs constitutions pour les mettre en conformité avec la liberté religieuse, le résultat a-t-il été favorable du point de vue de la défense de la foi? Evidemment non. C'est tout le contraire qui est vrai. Les attaques officielles sournoises contre l'Eglise, contre la religion, contre la foi, ne connaissent plus aucune barrière. Aujourd'hui l'école publique diffuse officiellement des abominations comme les "études genre". Et ceci n'est qu'un exemple parmi tant d'autres du caractère luciférien de ce que dispense cet état "libéré" de toute religion. De telles choses n'auraient pas été possibles dans un état comme le Valais ou Fribourg avec leurs constitutions catholiques telles qu'elles existaient encore en 1960. Il y aurait eu pour l'Eglise des possibilités de résister. Aujourd'hui elle est impuissante. Elle ne peut rien faire. Elle est pieds et poings liés.

C'est d'ailleurs bien ce que voulaient les rusés qui ont exigé de l'Eglise à Vatican II qu'elle se couche sur cette question. Ils savaient ce qu'ils faisaient.

En conclusion, si c'est aux fruits qu'on connait l'arbre, force est de constater que la liberté religieuse est une mauvaise chose. Ce fut, même prudentiellement et politiquement, une mauvaise chose. Une erreur politique.

3.Posté par David le 19/07/2011 21:23
Je comprends bien la nuance du for interne ou externe, mais il me semble qu-une telle position (categorique) serait intenable aujourd-hui. Au 19eme siecle, quand il y avait encore de grandes juridictions chretiennes en occident tandis que les terres mahometanes etaient sous domination occidentales, ca pouvait encore marcher.

Si l-Eglise tenait ce genre de discours aujourd-hui elle exposerait volontairement les chretiens vivant en minorite dans les pays musulmans ou autres a des persecutions infiniment plus importantes que celles actuelles, voir leur erradiquation pure et simple. En tant que civilisation, on a le devoir de montrer l-exemple pour que nos freres soient au moins "toleres" en pays minoritaire. Si on appliquait a la lettre ce genre de truc, en face ils ne se generaient plus pour massacrer les chretiens.

Donc on est plus dans la bonne epoque pour ce genre de position et il me semble que la liberte de religion ne nuit pas a la foi de ceux qui la recherchent. Dans ce sens il est a mon avis abusif de citer a tour de bras le fameux : ..."si nous-même, si un ange venu du ciel vous annonçait un évangile différent de celui que nous avons prêché, qu'il soit anathème"... A mon sens, on ne parle pas la d-evangile, juste de la liberte de l-accepter ou non. Les papes ont donc change une modalite de propagation de la foi et pas le fondement de la foi.

Desole pour les accents, j-ecris avec un clavier etranger...

4.Posté par Morlier le 19/10/2011 15:14
Bjr.
Félicitation globale pour votre remarquable article quant à bien saisir que le fond du problème posé par la Liberté religieuse hétérodoxe, réside dans le concept nouveau de l'Etat après la Révolution. C'est ce point que j'ai moi-même creusé, pour aboutir à la conclusion que le grand coupable, c'est le Concordat de 1801 de Pie VII avec Napoléon. En effet, la Liberté religieuse de Vatican II n'est pas un début, c'est un aboutissement. C'est facile à comprendre. L'Etat, depuis la Révolution, ne reconnaît pas constitutionnellement le vrai Dieu, et encore moins qu'Il est à l'origine du pouvoir politique. Donc, cet Etat, tout naturellement, pratique la... Liberté religieuse. A lui, on ne peut guère reprocher cela. Mais par contre, c'est à la papauté qu'on peut reprocher d'avoir avalisé cela par la pratique concordataire post-révolutionnaire avec ce genre d'Etats constitutionnellement athée qui pratique donc la Liberté religieuse. Car en effet, la structure juridique concordataire inclut la légitimité de toutes et chacune des parties concordataires, qui est ipso-facto supposé dans cet acte d'essence synallagmatique. Qu'on en ait ou non conscience, le simple fait pour le pape de signer concordat avec une partie, c'est lui reconnaître validité et légitimité. Ainsi donc, le mal vient de là. Car si je reconnais et oblige le catholique à reconnaître une validité et légitimité à un Etat qui, professant l'athéisme constitutionnellement, pratique donc la Liberté religieuse, je vais être OBLIGE tôt ou tard de reconnaître et professer ladite Liberté religieuse hétérodoxe elle-même, selon l'adage bien connu : si je ne vis pas comme je pense, je vais être obligé de penser comme je vis. Depuis 1801, le pape, par la seule pratique concordataire avec des Etats constitutionnellement athées, a fait vivre la chrétienté PAR LES MOEURS dans la Liberté religieuse, et, tout naturellement si je puis dire, elle a fini par poser en droit à Vatican II, un siècle et demi plus tard, ce qu'elle pratiquait en fait depuis 1801. Même saint Pie X n'a pas su comprendre cela, et dénoncé la partique concordataire avec des Etats constitutionnellement athées comme la source principale de la déviance libérale-chrétienne. J'ai écris tout un livre là-dessus qui pourrait vous intéresser, dont le titre, va tout vous dire : "J'accuse le Concordat !", copié, ce titre, du "J'accuse le Concile !", de Mgr Lefebvre. Faites le lien suivant, il est sur Internet : http://www.fatima.be/fr/editions/avm/accuse.php. Bien à vous in Christo Rege, Vincent Morlier, vmorlier@club-internet.fr

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