Pie XII et Jean Paul II: la sainteté n’exige-t-elle pas patience et vertu?
Pierre-André Chapatte


Le pape Benoît XVI dépose cette année sous le sapin de Noël des cadeaux qui embarrassent. Des cadeaux sous la forme de la proclamation de «vénérables» de deux de ses prédécesseurs, Jean Paul II et Pie XII, étape décisive sur la voie de leurs prochaines béatifications ou canonisation. Pour le premier, le processus de béatification paraît prématuré. Pour le second, il est en l’état franchement troublant.
Les critères de la sainteté ne sont pas forcément tous les mêmes devant Dieu ou devant Rome. Les papes paraissent devenir de saints hommes par leur seule fonction. Une tradition s’installe en effet qui porte le pape à élever quasi systématiquement à la sainteté son ou ses prédécesseurs. Ce n’était pas la coutume autrefois. Benoît XVI s’inscrit dans cette nouvelle habitude et la bouscule à la fois en allant plus vite que les autres. Comme quoi l’accélération du mode de vie saisit aussi le Vatican.
Pour Jean Paul II, le processus de béatification a été mis en route deux mois seulement après sa mort alors qu’une attente de cinq ans constitue la norme habituelle. Admirateur et proche collaborateur de son prédécesseur, Benoît XVI a sans doute ici été sensible à la «vox populi» qui clamait sur la Place Saint-Pierre de Rome à la mort de Jean Paul II «Santo subito» (saint tout de suite). Même si cette voix du peuple n’était pas si spontanée que l’on pensait et qu’elle avait été savamment orchestrée, selon la correspondante du journal français La Croix, notamment par la communauté des Focolari, des dignitaires de la Curie romaine et des prélats polonais. Quoi qu’il en soit et au-delà même des miracles qui peuvent lui être attribués pour accéder à la sainteté, son rayonnement et son rôle historique ont conféré à Jean Paul II une dimension exceptionnelle et incontestable. Le passe-droit dont il bénéficie aujourd’hui pour sa béatification est en outre censé faciliter la procédure engagée par Benoît XVI pour Pie XII.
Car le cas de Pie XII est autrement plus complexe et sujet à polémique. Le processus de sa béatification avait été lancé par Paul VI en 1967 mais laissé en l’état en raison des controverses soulevées par son attitude durant la Deuxième Guerre mondiale face à l’Holocauste. On reproche au pape de l’époque son pesant silence face à l’extermination des juifs par le régime nazi. Ses défenseurs lui sont au contraire gré de sa prudence toute diplomatique qui a permis de sauver aussi des vies et de garder le contact avec les catholiques allemands. La décision de Benoît XVI fâche la communauté juive et suscite pas mal d’incompréhension dans les rangs des catholiques eux-mêmes. Ce pape austère et traditionnel n’a pas laissé le souvenir du saint homme dont le Vatican voudrait nous convraince aujourd’hui.
Ici aussi Benoît XVI pèche par trop de précipitation. L’histoire n’a pas encore pu trancher de l’attitude exacte de Pie XII durant la dernière guerre. Il faudrait pour cela que les archives du Vatican soient ouvertes. Or elles ne le sont pas encore. C’est dire que le pape prend une décision qui restera entachée du soupçon en refusant de laisser les historiens éclaircir d’abord les faits historiques. Il expose aussi l’Eglise au risque d’un désaveu si les archives, une fois accessibles, venaient à confirmer un silence coupable de Rome à face à la question juive. La sainteté n’exige-t-elle pas patience et vertu?


Commentaire de cet éditorial du 24 décembre


En cette fin d’année, monsieur Chapatte ne pouvait que faire écho aux grognements de la meute. Quand on a une réputation de journaliste modéré, soucieux plus que tout du respect de la dignité humaine, quand on situe au firmament de la production intellectuelle les commentaires des éditorialistes parisiens bon teint, quand on rêve d’en être adoubé, il ne faut pas manquer une seule occasion de donner des gages à la pensée unique. C’est ainsi que monsieur Chapatte, à sa manière, à fleurets mouchetés, s’est fait le colporteur, en début d’année, de tous les clichés ineptes au sujet du pape.
On mesure les ravages accomplis par la propagande sur un esprit lorsque celui-ci accepte l’usage que la propagande fait du sens des mots, lorsqu’il n’est plus capable de prendre le moindre recul avec lui. J’ai bien peur que nous en soyons là avec monsieur Chapatte. C’est ainsi que le mot de traditionnel, dans ce montage pavlovien, est immédiatement connoté négativement. Monsieur Chapatte faisant reproche à Pie XII de son côté austère et traditionnel.

D’autres mots sont particulièrement choyés par les éditorialistes dans le vent, ceux comme "polémique"," troublant", "controversé". Ces termes se coulent avantageusement dans une rhétorique sans aucune consistance, molle, une rhétorique désengagée, de spectateur qui n’offre prise à aucune réfutation mais qui se prête à merveille à toutes les opérations de dénigrement. Ces termes permettent de ne prendre aucune position et donc d’esquiver toute réfutation. C'est une rhtéorique d’eunuque, précisément celle dont abusent nos éditorialistes au sujet de Pie XII. Ils pourraient dire, « le pape Pie XII a commis telles ou telles choses condamnables », ou « Pie XII n’a pas jugé bon de faire telle chose indispensable » . Mais parler ainsi, avec cette netteté ( comme je l'ai fait ici ), demande de connaître son sujet et peut vous valoir d’être contesté sur le fond. On comprend pourquoi nos éditorialistes ne veulent pas occuper ce terrain là. Ils préfèrent se réfugier dans le prétendument neutre, dans le descriptif. La preuve que Pie XII est controversé, que son élévation au rang de vénérable est sujet à polémique c’est que nous l’affirmons, et que cette affirmation est reprise en boucle.
C’est ainsi que va la propagande moderne : cent bouches folles, répétant toutes la même chose, font l’actualité. Elles n’apportent rien, aucun élément pour attester que ce qu’elles disent est vrai si ce n’est qu’elles le disent. Et tout ce vide sonore, tout ce vide retentissant se permet au final de faire des reproches à notre pape actuel, de jeter le soupçon ( un de plus) sur ses pratiques, d’affirmer qu’il a péché.
Ô vanité des vanités ! Ô néant !!!

Julien Gunzinger

Rédigé par Julien Gunzinger le Jeudi 24 Décembre 2009 à 14:18 | Commentaires (0)

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"Nous te prions, Seigneur, de faire de nous des combattants de la foi inflexibles et miséricordieux, témoins brûlants, dans ce monde ravagé par l’apostasie, de ton alliance nouée dans ton sang."



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