Année après année il se confirme que les éditoriaux de monsieur Chapatte, dans le Quotidien jurassien, relatifs au pape et à l’Eglise catholique sont des concentrés de tous les clichés et de toutes les contre-vérités ventilés par la doxa. Il est vrai qu’il n’est pas le seul dans sa profession à se faire ainsi le perroquet de la doxa, tant les journalistes qui traitent de ces questions dans les médias officiels ont généralement autant de moyens(intellectuels et spirituels) pour le faire qu’un hippopotame pour jouer de la clarinette.

L’éditorial dont monsieur Chapatte nous gratifie aujourd’hui au sujet de la récente déclaration du pape concernant le préservatif n’échappe naturellement pas à cette règle. Monsieur Chapatte recourt ainsi à toute une mise en scène rhétorique pour parvenir à l’effet désiré : l’Eglise catholique, à travers la personne du pape, est en décalage avec la réalité, a toujours un wagon de retard avec les nécessités du temps.

Analysons un peu la méthode faite d'outrance, de déformation, d’omissions et d’affirmations gratuites. Cela se révélera très instructif sur la réelle connaissance qu’a la corporation des commentateurs autorisés (quoique « illégitimes ») des enseignements de l’Eglise.

Monsieur Chapatte écrit que pour la première fois un pape ose désormais parler du préservatif sans le dénoncer comme un mal absolu. C’est donc que cela a été fait par le passé. C’est naturellement une sottise totale, puisque si l’Eglise a toujours considéré comme un mal la contraception, ce n’est qu’à l’acharnement médiatique que l’on doit cette impression que le préservatif est devenu sa seule préoccupation. Réellement, l’Eglise, par la voix du pape, n’a jamais parlé dans une encyclique du préservatif, ni dans Humanae vitae, ni dans Centesimus annus, ni dans Evangelium vitae. Par contre d’une façon infiniment subtile, belle et mystique les papes ont expliqué la place qu'occupe la sexualité dans le projet divin.

Mais il n’y a pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, et pire journaliste que celui qui impute péremptoirement des propos à une personne qu’il ne se donne pas la peine de lire. La preuve, monsieur Chapatte, quelques lignes plus haut, reprend une des ses antiennes favorites « Rome s’est cependant préoccupée trop longtemps de morale seulement et pas assez de foi et de charité. »

Pour écrire une chose pareille il faut s’ endormir sur l’essentiel des encycliques produites par le magistère pour n’être réveillé que lorsque le boucan médiatique tire à vue sur l’une d’elles évoquant des points de morale. Il faut résumer l’enseignement de l’Eglise à ce que votre attention issue d'un dressage pavlovien a su capter.

La démonstration est facile à faire. Jean Paul II a écrit une quinzaine d’encycliques. Quatre d’entre elles ont ouvertement un contenu moral, les autres traitent de l’eucharistie, d’œcuménisme, de l’Esprit Saint, de la miséricorde de Dieu, de la mission etc. Sur les 4 encycliques à portée morale, deux abordent les questions d’éthique sexuelle, les deux autres parlent de doctrine sociale.
Voyons ce qu’il en est avec Benoît XVI. Trois encycliques à ce jour. Une encyclique à contenu morale, mais relative à la doctrine sociale. Aucune ne portant sur l’éthique sexuelle. (on peut faire la même démonstration avec les papes antérieurs naturellement).

Mais à quoi servent alors ces clichés propagés de façon constante? A quoi servent ces déformations et contre-vérités répétées à satiété (certainement servilement, par conformisme, sans intention de mentir)? A laisser entendre que l’Eglise est crispée sur les questions de morale et à fortiori sur le PRESERVATIF, qu'elle est à mille années lumières des réalités de ce monde. Elles servent à créer une image rebutante de l’Eglise.

Ce premier résultat obtenu, monsieur Chapatte, peut, par contraste, se montrer grand seigneur, ouvert et tolérant en félicitant le pape pour ses récents progrès. Il écrit « Il est donc remarquable que ce même pape tienne quelques mois plus tard un langage plus nuancé. » et un peu plus loin « Le réalisme a fini toutefois par s’imposer au pape » Si j’avais le talent de Flaubert, une telle condescendance pourrait m’inspirer la création d’un Homais à la puissance dix. Mais voyons ce qui suscite cet élan de contentement de soi chez ce monsieur Homais qui fait dans le journalisme. Il s’agit naturellement de la phrase du pape dans laquelle ses détracteurs ont l’impression qu’il s’est rendu à leurs arguments. Monsieur Chapatte produit un extrait de la déclaration, mais en omettant de mentionner avec précision l’exemple que le pape à pris pour illustrer son propos. Or en s’y référant, il devient aisé de comprendre que Benoît XVI, contrairement à ce que prétendent tous les journalistes alignés sur leur ignorance(ce qui ne les empêche nullement de se gonfler de suffisance) ne fait que développer un propos qu’il avait déjà tenu il y a plusieurs années.

En effet, du temps où il s’appelait Joseph Ratzinger, l’actuel Benoît XVI s’était livré, devant des journalistes de la presse étrangère en Italie, à un commentaire très intéressant d’un discours tenu par Jean Paul II sur la question du sida (*) Jospeh Ratzinger expliquait « Se polariser sur le préservatif comme moyen de prévention, c’est mettre au second plan toutes les réalités et tous les éléments humains qui entourent le malade, et qui doivent demeurer présents dans notre réflexion. La question du préservatif est marginale, je dirais casuistique. » Or la casuistique, précise Tony Anatrella, dans le livre d’où je tire cet extrait, est « une démarche de réflexion morale appliquée à un cas précis(étude d’un cas), en vue de prendre une décision réfléchie et responsable. Dans cette étude, on tient compte de la situation de la personne, de ce que disent les principes de théologie morale et le droit canon, mais aussi les sciences pour éclairer le débat. »(l’Eglise et l’amour). C’est donc dire que le préservatif ne peut être un mal absolu ( comme l’est par exemple la mise à mort de quelqu’un pour la seule raison qu’il est d'une origine décrétée nuisible ou inférieure).


Nos messieurs Homais qui font dans le journalisme devraient donc s’instruire un minimum avant de déblatérer que ce même pape tient désormais des propos plus nuancés. Car l’exemple que prend le pape pour présenter l’usage du préservatif comme un éventuel moyen de vivre de façon plus humaine sa sexualité est très précis. Cela concerne un prostitué mâle. En l’occurrence le fait de mettre un préservatif n’a aucune finalité contraceptive. Cela n’a qu’une finalité préventive dans le cadre d’une relation moralement d’ores et déjà doublement inacceptable. Un peu comme si lors d’un braquage avec prise d'otages un des braqueurs refusait de se servir d’une arme chargée. Son acte serait totalement condamnable, mais à un degré moindre que celui de son complice disposant d’une arme chargée. Comme le dit le pape, l’usage d’un préservatif dans l’exemple du prostitué mâle n’est pas considéré par l’Eglise comme une « une solution réelle, ou morale ».

Bref tout le propos de monsieur Homais est à côté, ce n'est qu'une pure construction fantasmatique. Et son final est à l’image de tout le reste, du pur jus de cervelle porté à ébullition par un imaginaire déréglé et par de mauvaises lectures.. « Les affaires de pédophilie qui secoue l’Eglise ont sans doute contribué à cette approche plus pragmatique des problèmes. Les événements ont contraint Benoît XVI à prendre en compte toute la dimension des souffrances humaines, pour les victimes de la pédophilie, mais aussi celles du sida. » Mêler les réflexions du pape sur le préservatif au problème de la pédophilie de certains prêtres n’a aucun sens. C’est une fois de plus chercher à amalgamer des questions qui n’ont rien à voir. Et puis, monsieur Chapatte croit-il vraiment que le pape ne peut prendre la mesure des souffrances du monde que lorsque l’Eglise est elle-même frappée? Croit-il être le seul à être touché par les souffrances humaines? Monsieur Chapatte enchaîne « Rome ne pouvait donc ignorer plus longtemps que le sida infecte encore chaque jour 7000 personnes dans le monde (chiffres de l’ONU), surtout en Afrique où les trois quarts en meurent. » Monsieur Homais croit-il vraiment que l’Eglise se complaisait dans une sorte d’indifférence de confort jusqu’aux récents propos du pape ? On touche ici à la quintessence de l’absurde. Surtout quand il a été prouvé que tous les arguments de notre éditorialiste virtuose ne reposent sur rien. Mais monsieur Chapatte montre en fait réellement ici son vrai visage, car tout comme monsieur Homais prétendait être entièrement préoccupé du sort de son prochain alors que ses proches sombraient sous yeux sans qu’il s’en aperçoive, monsieur Chapatte continue de soutenir dur comme fer que le préservatif est la solution en Afrique, alors que tout indique qu'il fait partie du problème. (**)


(*)(15 novembre 1989, l’Eglise face au sida. Discours dans lequel le pape d’alors ne parla jamais du préservatif).

(**)Rapport de l’Illinois Right to Life Committee. : "En fait, l’étude indique que, sur 42 femmes dont les partenaires ont toujours utilisé des préservatifs, 12 ont contracté le HPV. Ainsi, 28.5% des femmes ont attrapé le HPV même avec une utilisation à 100% du préservatif", a déclaré William Beckman, directeur exécutif de l’Illinois Right to Life Committee.
"Qui pourrait considérer cela comme un taux d’échec acceptable alors qu’il s’agit de risquer sa vie avec un virus cancérigène ?"
Conclusion :
"Si cette étude est la preuve de quoi que ce soit, c’est la preuve que les préservatifs n’assurent pas une protection satisfaisante contre le HPV. C’était la position prise par les défenseurs de l’abstinence en premier lieu. Cette étude ne va certes bousculer leur position".

Mgr Hugh Slattery, évêque de Tzaneen, en Afrique du Sud :
"L'Afrique du Sud et les pays voisins du Botswana et du Swaziland ont les taux d'infection les plus élevés au monde et les taux de distribution de préservatifs également les plus élevés. La conclusion est évidente : plus de préservatifs signifient plus de cas de SIDA et plus de morts. Il est bien sûr ‘politiquement incorrect' aussi bien ici que dans le monde occidental, d'envisager l'éventualité que le préservatif puisse en réalité alimenter cette maladie mortelle au lieu de la freiner"

Deux études scientifiques américaines qui précisent que le préservatif renforce la propagation du Sida : ici et ici

Edward C. Green est directeur du Projet de recherche sur la prévention du sida à la prestigieuse université de Harvard aux Etats-Unis. Voilà ce qu’il déclare dans la National Review Online « Le Pape a raison. Ou pour répondre plus précisément : les meilleures données dont nous disposons confirment les propos du Pape. » « Il existe une relation systématique, mise en évidence par nos meilleures enquêtes, y compris pris celles menées par l’organisme “Demographic Health Surveys” financé par les Etats-Unis, entre l’accès facilité aux préservatifs et leur usage plus fréquent et des taux d’infection par le virus du sida plus élevés, et non plus faibles. Cela pourrait être dû en partie au phénomène connu sous le nom de “compensation du risque”, ce qui veut dire que lorsque l’on a recours à une “technologie” de réduction du risque comme le préservatif, l’on perd souvent le bénéfice lié à la réduction du risque par une “compensation” qui consiste à prendre davantage de risques qu’on ne le ferait en l’absence de technologie de réduction du risque. »
Autrement dit, le préservatif diminue le risque de contamination – sans l’annuler - mais favorise les comportements à risques qui aboutissent à davantage de contaminations.

Plus important encore, les chiffres de l’ONU pour l’Afrique sont parfaitement éloquents. Partout où l’éducation, l’abstinence et la fidélité ont été promues plutôt que la simple distribution de préservatifs, la progression du sida a été enrayée. De même lorsque les jeunes retardent l’âge de leur premier rapport et ne multiplient par les partenaires la séropositivité chute généralement de 50%. Cela a été constaté au Zimbabwe, au Burkina Faso, en Ethiopie, au Cameroun. Les morts y sont en nette diminution : – 200 000 par rapport à 2006 et 2007. En Ouganda, où l’Eglises, en coopération avec le gouvernement, a particulièrement pu sensibilisé la population aux thèmes de l’abstinence et de fidélité, le taux d’infection est tombé de 15 à 5%. Désormais 6,2% des Ougandais de 15 à 49 ans sont séropositifs, ils étaient 15% au début des années 1990. Par contraste, le taux d’infection progresse dans d’autres pays où les campagnes ne se sont fondées que sur le préservatif.

Mgr N’Koué, évêque de Natitingou dans le Nord du Bénin

"Lors de la rencontre des évêques du Bénin et d’une délégation du ministère de la santé à Kandi, le 23 novembre dernier, la délégation ministérielle a bien reconnu l’efficacité des moyens préconisés par l’Eglise ; de là une question : pourquoi ne met-on pas autant de vigueur et d’investissement pour promouvoir ces deux moyens ? Non seulement on ne les prend pas en compte, mais encore on les occulte, ce qui est encore plus coupable. Cette délégation a reconnu aussi que le préservatif en latex n’est pas fiable à 100%. Elle a aussi reconnu que la chaleur chez nous et le peu de soin qu’on porte à la conservation des produits pharmaceutiques détériorent les préservatifs et diminuent encore leur supposée efficacité. (...)
Plus on fait la promotion du préservatif, plus on encourage les dépravations sexuelles et plus le nombre de cas de sida augmente. Les statistiques nous disent que l’année dernière il y a eu en Afrique 2,4 millions de victimes. Le sida tuerait 11 fois plus que nos guerres ethniques. Cela ne peut réjouir que ceux qui proclament que l’Afrique est surpeuplée. Il y a des voies plus puissantes, plus efficaces et surtout plus humaines que le préservatif : l’éducation intégrale des adolescents et des jeunes, l’usage responsable de la sexualité. L’exhortation au port du préservatif tend à dévaloriser la sexualité et à l’ordonner au seul plaisir immédiat. Le sexe sans amour nous rabaisse au rang de l’animal ou de la bête en chaleur. Il est urgent de retrouver le chemin du bon sens et de la responsabilité. «Errare humanum est», on peut se tromper mais persévérer dans son erreur c’est diabolique. Et c’est triste de savoir que ce sont nos pauvres piécettes qui font tourner les usines des pays étrangers qui fabriquent ces préservatifs qui ne préservent pas. Pauvre Afrique, secoue la tête et dis NON au préservatif. Aie pitié des nombreux orphelins abandonnés à leur sort."!



Julien Gunzinger

Rédigé par Julien Gunzinger le Mardi 23 Novembre 2010 à 13:38 | Commentaires (2)