Supplique au Saint Père : assez d’angélisme!

Depuis 40 ans l’Eglise catholique, à son sommet, semble avoir avoir succombé à un angélisme dévastateur. Que l’on se souvienne de la fameuse formule sur laquelle s’ouvre Nostra Aetate « À notre époque où le genre humain devient de jour en jour plus étroitement uni… » ou des propos tenus par Paul VI à l’ONU en 1965 « Les peuples se tournent vers les Nations-Unies comme vers l'ultime espoir de la concorde et de la paix: Nous osons apporter ici, avec le Nôtre, leur tribut d'honneur et d'espérance. » « Nous serions tenté de dire que votre caractéristique reflète en quelque sorte dans l'ordre temporel ce que notre Eglise Catholique veut être dans l'ordre spirituel: unique et universelle. On ne peut rien concevoir de plus élevé, sur le plan naturel, dans la construction idéologique de l'humanité. Votre vocation est de faire fraterniser, non pas quelques-uns des peuples, mais tous les peuples. », propos confirmés par le même Paul VI en 1970 toujours devant l’assemblée générale de l’ONU« soyez des semeurs d’idéal authentique…pour un idéal qui pousse(l’homme) à se dépasser sans cesse pour bâtir ensemble la cité fraternelle à laquelle tous aspirent et tous ont droit…l’Eglise catholique, surtout depuis l’impulsion nouvelle de son « aggiornamento » conciliaire, va à la rencontre de ce même homme que vous ambitionnez de servir ». Il y a de quoi être pris de vertige quand on sait le rôle central que joue l’ONU et ses différentes officines pour propager un ordre moral inversé articulé autour de la contraception et de l’avortement ; quand on sait que c’est de l’Unesco que sont impulsées toutes les réformes scolaires pour décérébrer les jeunes et les priver des ressources de leur raison ; quand on sait que c’est souvent sous mandat de l’ONU que sont conduites les guerres d’asservissement des peuples rebelles au Nouvel Ordre mondial ( Irak, Afghanistan, Lybie)  

 

Dans la foulée, sous prétexte de s’adresser à l’homme contemporain ( comme si la démarche n’était pas celle de l’Eglise  de toujours) l’enseignement est parfois devenu vaseux, flou, approximatif, permettant toutes les récupérations hérétiques.

 

L’heure est grave ! En octobre, la réunion d’Assise va être l’occasion pour les médias et les milieux modernistes de se livrer à une orgie de relativisme et d’indifférentisme. Pour tenter d’empêcher que le mensonge, la déformation et la manipulation déferlent, Renaissance catholique a réuni la signature de plusieurs personnalités catholiques pour faire écho à la supplique adressée par 7 intellectuels italiens inquiets de la tenue de cette rencontre interreligieuse d’Assise. Voici les passages les plus importants de cette supplique. Je joints à cette supplique la liste de toutes les personnalités catholiques qui s’y associent. Vous trouverez également la supplique dans son intégralité en fichier collé.

 

 

Très Saint-Père,

 

Nous sommes quelques catholiques très reconnaissants de l’oeuvre accomplie par vous en tant que pasteur de l’Eglise universelle ces dernières années : reconnaissants pour votre grande estime pour la raison humaine, pour la concession du motu proprio Summorum Pontificum, pour votre relation fructueuse avec les anglicans qui reviennent dans l’unité, et pour bien d’autres choses encore.

Nous prenons l’audace de vous écrire après avoir entendu, précisément pendant le massacre de chrétiens coptes, votre intention de convoquer à Assise, pour le mois d’octobre, un grand rassemblement interreligieux, 25 années après "Assise 1986".


Nous nous souvenons tous de cet événement d’il y a si longtemps. Un événement médiatique comme peu d’autres, qui, indépendamment des intentions et des déclarations eut pour effet indéniable de d’encourager dans le monde catholique l’indifférence et le relativisme religieux.

C’est à partir de cet événement qu’apparaît dans le peuple chrétien l’idée que l’enseignement séculaire de l’Église, «une, sainte, catholique et apostolique», sur le caractère unique du Sauveur, était en quelque sorte relégué aux archives.

Nous nous souvenons tous des représentants de toutes les religions réunis dans une église catholique, l’église Sainte Marie des Anges, avec un rameau d’olivier à la main : comme pour signifier que la paix ne passe pas par le Christ mais, indistinctement, par tous les fondateurs d’un credo quel qu’il soit (Mahomet, Bouddha, Confucius, Kali, le Christ...).

Nous nous souvenons de la prière des musulmans à Assise, la ville d’un saint qui avait fait de la conversion des musulmans un de ses objectifs.

Nous nous souvenons de la prière des animistes, de leur invocation aux esprits des éléments, et de celle d’autres croyants ou représentants de “religions athées” comme le jaïnisme.

Ce “prier ensemble”, quel qu’en soit le but, qu’on le veuille ou non, a eu pour effet de faire croire à beaucoup que tous priaient “le même Dieu”, seulement avec des noms différents. Au contraire, les Écritures sont claires : «Tu n’auras pas d’autre Dieu que moi» (premier commandement), «Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie : nul ne vient au Père que par moi» (Jn 14, 6)(….)

Nous nous rappelons donc avec consternation, revenant 25 années en arrière, les poulets décapités sur l’autel de Sainte-Claire selon des rituels tribaux et le sanctuaire de l’église Saint-Pierre profané par une statue de Bouddha placée sur l’autel, au-dessus des reliques du martyr Vittorino, tué 400 ans après Jésus-Christ pour témoigner de sa foi.

Nous nous rappelons les prêtres catholiques qui se sont prêtés à des rites d’initiation d’autres religions : des scènes horribles car, si il est "stupide" de baptiser dans la foi catholique un adulte qui ne croit pas, il est tout aussi absurde qu’un prêtre catholique ait à subir un rituel dont il ne reconnaît pas la validité ou l’utilité. En faisant ainsi, on finit juste par faire passer une idée : que les rites, tous les rites, ne sont que des gestes humains vides de sens et sans effets. Que toutes les conceptions du divin se valent. Que toutes les morales qui émanent de toutes les religions, sont interchangeables.

Voilà, cet “esprit d’Assise” sur lequel les médias et les secteurs les plus relativistes de l’Eglise ont brodé, jetant la confusion.

(…)Nous trouvons donc un réconfort à nos perplexités dans de nombreuses déclarations de papes qui ont toujours condamné un tel “dialogue”. Un congrès de toutes les religions avait déjà été organisé, en effet, à Chicago en 1893 et à Paris en 1900. Mais le pape Léon XIII était intervenu pour interdire toute participation des catholiques.

La même attitude fut celle de Pie XI, le pape qui condamna l’athéisme nazi et communiste, mais déplora dans le même temps la tentative d’unir les gens au nom d’un sentiment vague et indistinct, sans religion, sans le Christ. Dans son encyclique Mortalium animos (Epiphanie 1928), relativement aux congrès oecuméniques, le pape Pie XI affirmait :

«Convaincus qu’il est très rare de rencontrer des hommes dépourvus de tout sens religieux, on les voit nourrir l’espoir qu’il serait possible d’amener sans difficulté les peuples, malgré leurs divergences, religieuses, à une entente fraternelle sur la profession de certaines doctrines considérées comme un fondement commun de vie spirituelle. C’est pourquoi, ils se mettent à tenir des congrès, des réunions, des conférences, fréquentés par un nombre appréciable d’auditeurs, et, à leurs discussions, ils invitent tous les hommes indistinctement, les infidèles de tout genre comme les fidèles du Christ, et même ceux qui, par malheur, se sont séparés du Christ ou qui, avec âpreté et obstination, nient la divinité de sa nature et de sa mission.

De telles entreprises ne peuvent, en aucune manière, être approuvées par les catholiques, puisqu’elles s’appuient sur la théorie erronée que les religions sont toutes plus ou moins bonnes et louables, en ce sens que toutes également, bien que de manières différentes, manifestent et signifient le sentiment naturel et inné qui nous porte vers Dieu et nous pousse à reconnaître avec respect sa puissance. En vérité, les partisans de cette théorie s’égarent en pleine erreur, mais de plus, en pervertissant la notion de la vraie religion ils la répudient, et ils versent par étapes dans

le naturalisme et l’athéisme».

Avec le recul, nous pouvons dire que le pape Pie XI avait raison, même au niveau de la simple opportunité : quel a été, en fait, l’effet d’ “Assise 1986”, malgré les justes déclarations du Pape Jean-Paul II, visant à prévenir une telle interprétation ? Quel est le message relancé par les organisateurs, les médias, et même de nombreux clercs modernistes, désireux de bouleverser la tradition de l’Église ? Le message qui est passé auprès de beaucoup de chrétiens à travers les images qui sont toujours les plus évocatrices et à travers les journaux et la télévision est très clair : le relativisme religieux, qui est l’équivalent de l’athéisme.

Si tous prient “ensemble”, ont conclu beaucoup, alors toutes les religions sont “égales”, mais si c’est le cas, cela signifie qu’aucune d’elles n’est vraie.

À cette époque, vous, cardinal et préfet de la Congrégation de la Foi, avec le cardinal Giacomo Biffi et avec plusieurs d’autres avez été parmi ceux qui ont exprimé de sérieux doutes. Pour cette raison, dans les années suivantes, vous n’avez jamais participé aux répliques proposées chaque année par la Communauté de Sant’Egidio

(…)

Vous avez enseigné ces dernières années, sans être toujours compris même par des catholiques, que le dialogue a lieu et peut avoir lieu, non pas entre les différentes théologies, mais entre les différentes cultures, et non pas entre les religions, mais entre les hommes, à la lumière de ce qui nous distingue tous : la raison humaine. (…)

 

Nous craignons que, quoi que vous disiez, les télévisions, les journaux et de nombreux catholiques

l’interpréteront à la lumière du passé et de l’indifférentisme en vigueur ; que, quoi que vous affirmiez, l’événement sera lu comme une continuation de la manipulation de la figure de François, transformé par les oecuménistes d’aujourd’hui, en un iréniste, un syncrétiste sans foi. C’est déjà le cas...

Nous avons peur que quoi que vous direz, pour plus de clarté, les simples fidèles, que nous sommes aussi, partout dans le monde ne verront qu’un fait (et on ne lui montrera que cela, par exemple à la télévision) : le Vicaire du Christ non seulement parlant, débattant, dialoguant avec les représentants des autres religions, mais aussi priant avec eux. Comme si la manière et le but de la prière étaient indifférents. Et beaucoup penseront à tort que l’Église a désormais capitulé et reconnaîtront, en accord avec la pensée du New Age, que prier le Christ, Allah, Bouddha, ou Manitou est la même chose. Que la polygamie animiste et islamique, les castes hindoues ou le spiritualisme animiste polythéiste peuvent aller avec la monogamie chrétienne, la loi de l’amour et du pardon et du Dieu Un et Trine.

 

(…)

 

Très Saint-Père, nous croyons qu’avec un nouvel “Assise 1986”, aucun chrétien en terres d’Orient ne sera sauvé, ni en Chine communiste, ni en Corée du Nord ni au Pakistan ou en Irak... De nombreux fidèles, au contraire, ne comprendront pas pourquoi justement dans ces pays, il y en a encore qui meurent en martyrs pour ne pas renoncer à leur rencontre, non pas avec une religion, mais avec le Christ. Comme eux, les Apôtres sont morts. En face de la persécution, il existe des voies politiques et diplomatiques, des dialogues personnels et d’Etat :

c’est cette voie-là qu’il faut plutôt suivre, sans oublier Votre amour et Votre désir de paix pour tous les hommes. Mais cela doit se faire sans donner à ceux qui veulent semer la confusion et augmenter le relativisme religieux, antichambre de tous les relativismes, une occasion médiatique aussi appétissante que la réédition d’ “Assise 1986”.

 

Avec une dévotion filiale.

Francesco Agnoli,

Lorenzo Bertocchi,

Roberto de Mattei,

Corrado Gnerre,

Alessandro Gnocchi,

Camillo Langone,

Mario Palmaro.__

 

 

Les signataires de cette supplique :

 

  • Jean-Claude Absil, professeur de lettres et de philosophie
  • Jean Barbey, docteur en droit, professeur d’histoire du droit à l’Université du Maine
  • Abbé Claude Barthe, écrivain
  • Francine Bay, écrivain
  • Pascal Bernardin, écrivain
  • Anne Bernet, écrivain, journaliste
  • Vincent Beurtheret, musicien, philosophe
  • Françoise Bouchard, écrivain
  • Franck Bouscau, professeur agrégé à la Faculté de droit de l’Université de Rennes 1, avocat
  • Jean-Pierre Brancourt, docteur en droit et lettres, professeur à l’Université de Tours
  • Gabrielle Cluzel, écrivain
  • Yves Collet, écrivain
  • Eugenio Corti, écrivain
  • Henri Courivaud, professeur de droit
  • Michel De Jaeghere, journaliste
  • Jean-Pierre Dickès, docteur en médecine, président de l’ACIM
  • Ghislain de Diesbach, écrivain
  • Xavier Dor, docteur en médecine, président de SOS-Tout-Petits
  • Louis Fontaine, écrivain, éditeur
  • François Foucart, journaliste, écrivain
  • Hubert de Gestas, secrétaire général de Notre-Dame de Chrétienté
  • Ivan Gobry, docteur en philosophie, professeur honoraire des Universités, écrivain
  • Benjamin Guillemaind, écrivain, président de Sauvegarde et promotion des métiers
  • Daniel Hamiche, journaliste
  • Jacques Heers, agrégé d’histoire, professeur honoraire des Universités
  • Hugues Kéraly, cinéaste, écrivain, journaliste
  • Alain Lanavère, maître de conférences à la Sorbonne et à l’Institut catholique de Paris
  • Bernard Leconte, écrivain
  • Hubert Le Griel, avocat honoraire au Conseil d’Etat et à la Cour de cassation
  • Henry de Lesquen, X, ENA, haut fonctionnaire
  • Jean-Pierre Maugendre, président de Renaissance Catholique
  • Dominique Millet-Gérard, professeur des Universités
  • Jean Monneret, docteur en histoire, écrivain
  • Louis Nghiêm Minh Dûng, docteur en médecine, écrivain
  • Jacques Oswald, X, ancien directeur des Cahiers de l’Ordre Français
  • Dominique Paladilhe, écrivain
  • Daniel Pannier, docteur en histoire
  • Hugues Petit, docteur en droit, professeur à l’Université de Grenoble
  • Philippe Pichot-Bravard, docteur en droit, écrivain
  • Baron Hervé Pinoteau, membre de l’Académie internationale d’héraldique, écrivain
  • Louis Pozzo di Borgo, écrivain
  • Philippe Prévost, écrivain
  • Arnaud Raffard de Brienne, écrivain
  • Christophe Réveillard, docteur en histoire, chercheur
  • Alain Rostand, vice-président de Renaissance Catholique
  • Christine Sauty de Chalon, écrivain
  • Abbé Guillaume de Tanouärn, docteur en philosophie, écrivain
  • Dominique Tassot, ingénieur des Mines, président du CEP
  • Guillaume de Thieulloy, docteur en sciences
  • Abbé Philippe Laguérie, supérieur général de L’institut du Bon Pasteur

 




 

correspondance_europeenne_n229.pdf Correspondance_europeenne_n229.pdf  (125.7 Ko)


Rédigé par Julien Gunzinger le Mardi 12 Juillet 2011 à 07:05 | Commentaires (1)

Profil
Julien Gunzinger
Blog d'un catholique jurassien

"Nous te prions, Seigneur, de faire de nous des combattants de la foi inflexibles et miséricordieux, témoins brûlants, dans ce monde ravagé par l’apostasie, de ton alliance nouée dans ton sang."



Galerie

RSS ATOM RSS comment PODCAST Mobile