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Vendredi 24 Mai 2013
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Blog de promotion de la doctrine sociale catholique et de résistance au mondialisme
Suite à mon article ( la démo(n)cratie à l'assaut du Magistère) sur la pétition demandant l'abandon de l'obligation du célibat ecclésiastique, j'ai engagé un échange avec le diacre Didier Berret. Vous pouvez consulter cet échange dans les commentaires de l'article précédent. J'ai estimé que son dernier message méritait un long développement.
Commentaire du diacre Didier Berret
merci d'avoir pris le temps de cette réponse... effectivement tout est question d'interprétation...
toutefois qqch me chiffonne... comment et sur quels critères faites vous le choix entre les "bons" et les "mauvais" évêques ? tous sont reconnus par le Pape et s'ils ne sont plus en communion, ils doivent quitter... il me semble qu'il faut faire une différence essentielle entre dogmatique et pastarale. les applications pratiques du contenu de la foi s'adaptent aux circonstances et aux époques sans toutefois dénaturer la foi.
un seul exemple... la prédication des laïcs... Notre évêque en donnant cette possibilité, ne se met pas en dehors de l'Eglise. il le fait en accord et en communion avec le pape qui octroie à notre diocèse cette mesure d'exception. comment contester certaines de ses décisions et mettre à ban ceux qui en remettent en questions d'autres. y aurait-il deux poids deux mesures ? Notre évêque du reste est à ce point proche du pape que ce dernier vient de l'appeler à Rome.
l'an dernier (ou il y a deux ans... ) Benoît XVI a convoqué les évêques pour discuter de l'ordination des hommes mariés... le point n'est pas définitivement clos et reste ouvert...comment en serait-il autrement d'ailleurs puisque notre Eglise compte en son sein, depuis tjs, une partie de son clergé marié... j'ai vécu suffisamment longtemps en Orient pour le savoir... faut-il les exclure de la communion romaine ?
l'histoire de l'Eglise en 2000 ans montre des tâtonnements, des aller-venues sur des questions disciplinaires comme celle-là, comme sur la manière de vivre la liturgie... (qui reste aujourd'hui variée selon les rites et les pays aussi... (en Afrique, il est inconcevable de ne pas danser durant une eucharistie... et le pape en voyage ds ces pays vit les liturgies avec ces éléments là... ) cela ne remet jms en cause l'essentiel du message chrétien, invariable depuis le début.
Très belle fête de l'Assomption
Cher monsieur,
Vous me demandez quels sont mes critères me permettant d'affirmer que la crise dans l’Eglise et la perte de la foi chez de nombreux catholiques résultent des manœuvres de certains évêques.
C’est très simple, il faut:
1) étudier l’histoire de l’hérésie moderniste et son contenu
2) étudier la stratégie qu’elle a déployée pour s’imposer
3) se pencher sur l’orthodoxie des enseignements des évêques depuis 40 ans.
L'histoire et la stratégie du modernisme
Vous laissez entendre que tous les évêques en place sont forcément en communion avec Rome sans quoi ils auraient été déposés. C’est naturellement une blague, car le propre de l’hérésie moderniste est de ne pas de se présenter à visage découvert, d’agir souterrainement, discrètement, en déconstruisant progressivement la saine théologie, en plaçant ses pions de manière à tenter de mettre échec et mat le Pape, à tenter de le neutraliser. L’histoire de la pénétration du modernisme n’est pas linéaire, elle est faite de flux et de reflux. Les premiers modernistes, les catholiques libéraux, ont été jugulés par Grégoire XVI ( Mirari vos) , la seconde vague a buté contre St Pie X (Pascendi), la 3e vague a été démasquée par Pie XII (Humani Genersi). Mais les mesures d’étouffement de l’hérésie que Saint Pie X avaient su imposer n'ont malheureusement pas été suffisamment reconduites après la publication d’Humani Generis, si bien que les modernistes ont pu se recomposer des forces et ont bondi sur la première occasion pour mordre. Cela s’est produit juste après Vatican II, quand l’Eglise baissa naïvement sa garde(*). La trop grande naïveté qui régnait à l’époque à la curie, les illusions que certains se faisaient sur une réconciliation possible avec le monde ont ouvert une brèche aux loups. Si bien que les papes se sont eux-mêmes trouvés cernés. Depuis Paul VI, les papes n’ont tout simplement plus les moyens de gouverner et de réduire au silence les loups qui surfent sur l’idéologie soixante-huitarde et usent de leurs relais dans les médias ( Michel de Jaeghere dans l’interview m’a accordée explique très bien toutes les séquences de cette prise d’otage par médias interposés). Dès 1969, le cardinal Gut pouvait ainsi témoigner « ils se sont imposés ( les modernistes). Ces initiatives prises sans autorisation , on ne pouvait plus, bien souvent les arrêter, car cela s'était répandu torp loin. dans sa grande bonté et sagesse, le st Père (Paul VI) a alors cédé, souvent contre son gré".
Trahisons et défaillances épiscopales
Le problème n’est donc pas pastoral, loin de là. La dimension pastorale du Concile Vatican II a servi aux loups pour faire croire que les changements n’affectaient pas la doctrine, qu’il ne s’agissait que d’apporter des ajustements cosmétiques. Il n’en était rien. Les évêques subversifs avaient en tête la mise en application du programme moderniste ( certains consciemment, d’autres en simples petits moutons suiveurs). En quoi consistait-il, ce programme? Peu avant sa mort Pie XII déclarait « c’est tout un monde qu’il faut refaire depuis les fondations ! » et ajoutait « de sauvage, le rendre humain » Lui, que le faux esprit de Vatican II ( celui qui est coextensif au monde culturel profane et qui a les médias pour principal moteur) taxe d’immobilisme, de conservatisme, était exactement l’inverse. Il devançait de mille coudées tous les petits activistes révolutionnaires. Il devinait, comme le devinaient déjà Pie XI, Saint Pie X et les papes du XIXe le délire de débauche qui allait devenir l’âme du monde moderne. Il avait en tête le seul programme civilisateur possible : la chrétienté. Le faux esprit du concile, c’est l’exact contraire: non pas prendre à bras le corps le monde pour le porter vers la grâce, mais révolutionner l’Eglise : d’immuable la rendre mouvante, de surnaturelle la rendre raisonnable, et de contemplative la rendre agitée, mondaine.
Et comment si sont-ils pris ? En enseignant formellement l’erreur, par petites touches.
Comme Mrg Adam, évêque de Sion, affirmant en 1973 « qu’il est interdit, sauf indult, de célébrer selon le rite saint Pie V, qui a été aboli par la constitution missale romanum du 3avril 1969 ». En juillet 73 l’assemblée des évêques suisses lui emboitait le pas en décrétant « il n’es plus permis de célébrer la messe selon le rite de saint Pie V »
Comme le nouveau missel des dimanches de 1969 et 1973 où il était affirmé tranquillement qu'à la Messe " il s'agit simplement de faire mémoire de l'unique sacrifice déjà accompli "
Comme l’épiscopat français enseignant au début des années 70 « la mutation de civilisation que nous vivons entraîne des changements dans la conception même du salut apporté par le Jésus Christ » ce qui est en rupture totale avec Dei filius « Car la doctrine de la foi que Dieu a révélée n'a pas été livrée comme une invention philosophique aux perfectionnements de l'esprit humain, mais elle a été transmise comme un dépôt divin à l'Épouse du Christ pour être fidèlement gardée et infailliblement enseignée. Aussi doit-on toujours retenir le sens des dogmes sacrés que la sainte Mère Église a déterminé une fois pour toutes, et ne jamais s'en écarter sous prétexte et au nom d'une intelligence supérieure de ces dogmes. »
Comme Mrg Pierre D’Ornellas en 2008 « l’Eglise n’interdit rien à personne, quand on éclaire le trottoir, on n’oblige pas à marcher dessus !Donner de la lumière, ce n’est pas obliger à vivre d’une certaine manière »
Comme la commission doctrinale des évêques de France en 2004 « la lecture chrétienne ne conteste pas la lecture juive, chacune ayant son propre registre d’interprétation. Que l’une ait raison n’entraîne pas que l’autre ait tort. »
Parfois les enseignements ne contiennent pas formellement des erreurs, ils contiennent juste des propos propres à entretenir la confusion.
Comme ceux tenus pas la commission doctrinale des évêques de France, toujours en 2004 « l’adhésion du concile de Jérusalem aux dispositions formulées par Jacques, « frère du Seigneur »(Gal 1,19), montrera l’influence de la famille de Jésus sur l’apôtre Pierre et sur l’Eglise naissante. L’affirmation de l’existence de frères et sœurs de Jésus questionnera la compréhension de l’énoncé dogmatique de la virginité perpétuelle de Marie. La présentation de ces résultats »
Comme Mrg Genoud qui chapitre deux catholiques lui ayant exprimé leur idéal de voir tous les peuples se convertir au catholicisme« vous n'êtes pas catholiques quand vous dites ça! parce que le concile dit et demande que l'on respecte les autres et ne demande pas du tout que le monde soit catholique, il demande que le monde soit aimant et finalement l'amour, il n'y en a qu'un et il a un grand A."
Comme l’épiscopat français affirmant « l’acceptation des mots nature et personne est aujourd’hui différente de ce qu’elle était au Ve siècle ou dans le thomisme »
Je m’arrête là, ce ne sont pas les exemples qui manquent. Or aucun de ces évêques n’a jamais été inquiété.
l'homélie prêcher par des laïcs
Vous citez ensuite l’exemple de la prédication des laïcs auquel notre évêque aurait consenti. J’évoquais pour ma part l’homélie. La prédication des laïcs dans certaines célébrations liturgiques est reconnue par le code de droit canonique. Mais il est rigoureusement interdit à des laïcs de prêcher l’homélie. Les évêques n’ont pas le droit d’accorder de dérogation. En plus des textes magistériels qui précisent que l’homélie relève exclusivement des personnes ordonnées( code de droit canonique, Redemptionis Sacramentum, Ecclesiae de mysterio) en 1987, le conseil pontifical pour l'interprétation des textes législatifs a répondu par la négative à la question : « l'Évêque diocésain peut-il dispenser de la prescription du canon 767 §1 qui réserve l'homélie au prêtre ou au diacre ? ».
J’ai personnellement écrit à ce sujet au nonce apostolique. Celui-ci m’a répondu que les évêques suisses étaient parfaitement conscients qu'il ne revenait pas aux laïcs de prêcher l'homélie. Voici un extrait de sa réponse "en suisse, suite au concile Vatican II, des théologiens laïcs ont commencé, dans certains diocèses, à faire l'homélie lors de la Messe. cependant, avec la publication du Droit canonique et des autres affirmations de la loi universelle de l'Eglise, il s'est avéré que cette façon de faire n'est pas légitime.
les évêques suisses, dont la tâche est pastoralement délicate, en sont bien conscients et travaillent en vue d'une harmonisation de la pratique de l'homélie dans les paroisses selon les normes liturgiques universelles. cependant, tout changement nécessite du temps et de la patience." On ne saurait donc exciper d’une prétendue autorisation de l’évêque pour justifier cette grave rupture de communion liturgique.
perspective historique sur le célibat des prêtres
Sur la question du célibat des prêtres, je ne sais pas à quelle réunion, qui aurait eu lieu il y a un ou deux ans, vous faites allusion. Cette année une convention théologique traitant de la question s’est déroulée à Rome. Il ne s’agit jamais, lors de ces réunions, de discuter si l’obligation doit être maintenue ou non mais, tout au contraire, d’en approfondir le sens, la légitimité. Si vous lisez la constitution apostolique sur les ordinariats personnels des anglicans, vous constaterez qu’il s’agit paisiblement de les conduire à la règle commune de l'Église latine. Les concessions sont temporaires. D’ici quelques dizaines d’années le clergé catholique de « rite anglican » marié aura disparu.
Reste le statut des Eglises orientales où certains prêtres sont mariés. Dans une perspective d’unité, la question du célibat a été sainement comprise comme ne devant pas entraver le retour à la communion. Mais l’argument consistant à dire que l’existence de ce clergé marié légitime l’abandon du célibat dans l’Eglise latine relève d’une logique totalement abstraite. Cette revendication correspond à un principe de droit purement formel qui n’a pas sa place dans une question spirituelle de cette envergure. Le célibat des prêtres est le fruit d’une conquête, il résulte d’une dynamique spirituelle profonde d’approfondissement de la vie sacerdotale. « Dès les Ier et IIe siècles, un courant très fort pousse au célibat ecclésiastique » écrit Daniel Rops. La « continence parfaite » « pour le royaume » est une tradition très ancienne. Ainsi, le concile D’Elvire en l’an 300 déclarait « Il est interdit aux évêques, prêtres et diacres, c'est-à-dire aux clercs voués au ministère de l’autel, d’entretenir commerce avec leur femme et d’engendrer des enfants, quiconque enfreindra cette défense sera destituté de sa cléricature ». St Jérôme, au Ive siècle, écrit « Les apôtres étaient vierges, ou du moins ils gardèrent la continence après leur mariage ; les évêques, les prêtres, les diacres doivent être vierges ou veuts avant d’être ordonnés, ou du moins vivre toujours en continence après leur ordination. » Un canon du concile de Carthage de l’an 390 précise : « il convient que les saints évêques et les prêtres de Dieu, ainsi que les lévites, c’est-à-dire ceux qui sont au service des sacrements divins, observent une continence parfaite, afin de pouvoir obtenir en toute simplicité ce qu’ils demandent à Dieu ; ce qu’enseignèrent les apôtres, et ce que l’antiquité elle-même a observé, faisons en sorte, nous aussi, de le garder. » Mais lors du concile de Trullanum II ( jamais reconnu par Rome), les orientaux, tout en se référant paradoxalement au concile de Carthage en 390 assouplirent le principe de la continence parfaite, et permirent un usage du mariage les jours où les prêtres ne célèbrent pas l’eucharistie. C’est sur ce concile que repose toujours la règle en matière de célibat des prêtres dans l’orthodoxie. Il s’agit donc d’une interprétation incorrecte du concile de Carthage. Au IIe concile de Latran en 1139, c’est par miséricorde envers la difficulté qu’avaient de nombreux prêtres, dans une période où la ferveur était en crise ( pas comme de nos jours cependant), à suivre la règle de la continence parfaite qu’il fut décidé d’instaurer la loi du célibat. Comme le disait Jean XXIII « le célibat est un sacrifice que l’Eglise s’est imposé librement, généreusement, héroïquement ».. L’erreur a donc été commise par les Eglises orientales. La règle de la continence parfaite est apostolique, la règle du célibat est dans sa parfaite continuité. On peut donc, par charité, accorder certaines dérogations aux Eglises orientale issue d’une tradition biaisée. Mais - et c’est là tout le sens des enseignements du magistères répétitifs et des réunions théologique sur le sujet - en en rappelant constamment la richesse et la fécondité dans l’attente confiante qu’un jour les Eglises orientales feront leur cette règle. Par contre, permettre aux Eglises latines de revenir sur cette règle, ce serait douter de la grâce et de notre tradition. Ce serait un acte impie.
(*) Au lendemain du concile, Jacques Maritain constatait le mal en dénonçant "cette fièvre néo-moderniste auprès de laquelle le modernisme du temps de Pie X n’était qu’un modeste rhume des foins"
Cordialement
Julien Gunzinger
merci d'avoir pris le temps de cette réponse... effectivement tout est question d'interprétation...
toutefois qqch me chiffonne... comment et sur quels critères faites vous le choix entre les "bons" et les "mauvais" évêques ? tous sont reconnus par le Pape et s'ils ne sont plus en communion, ils doivent quitter... il me semble qu'il faut faire une différence essentielle entre dogmatique et pastarale. les applications pratiques du contenu de la foi s'adaptent aux circonstances et aux époques sans toutefois dénaturer la foi.
un seul exemple... la prédication des laïcs... Notre évêque en donnant cette possibilité, ne se met pas en dehors de l'Eglise. il le fait en accord et en communion avec le pape qui octroie à notre diocèse cette mesure d'exception. comment contester certaines de ses décisions et mettre à ban ceux qui en remettent en questions d'autres. y aurait-il deux poids deux mesures ? Notre évêque du reste est à ce point proche du pape que ce dernier vient de l'appeler à Rome.
l'an dernier (ou il y a deux ans... ) Benoît XVI a convoqué les évêques pour discuter de l'ordination des hommes mariés... le point n'est pas définitivement clos et reste ouvert...comment en serait-il autrement d'ailleurs puisque notre Eglise compte en son sein, depuis tjs, une partie de son clergé marié... j'ai vécu suffisamment longtemps en Orient pour le savoir... faut-il les exclure de la communion romaine ?
l'histoire de l'Eglise en 2000 ans montre des tâtonnements, des aller-venues sur des questions disciplinaires comme celle-là, comme sur la manière de vivre la liturgie... (qui reste aujourd'hui variée selon les rites et les pays aussi... (en Afrique, il est inconcevable de ne pas danser durant une eucharistie... et le pape en voyage ds ces pays vit les liturgies avec ces éléments là... ) cela ne remet jms en cause l'essentiel du message chrétien, invariable depuis le début.
Très belle fête de l'Assomption
Cher monsieur,
Vous me demandez quels sont mes critères me permettant d'affirmer que la crise dans l’Eglise et la perte de la foi chez de nombreux catholiques résultent des manœuvres de certains évêques.
C’est très simple, il faut:
1) étudier l’histoire de l’hérésie moderniste et son contenu
2) étudier la stratégie qu’elle a déployée pour s’imposer
3) se pencher sur l’orthodoxie des enseignements des évêques depuis 40 ans.
L'histoire et la stratégie du modernisme
Vous laissez entendre que tous les évêques en place sont forcément en communion avec Rome sans quoi ils auraient été déposés. C’est naturellement une blague, car le propre de l’hérésie moderniste est de ne pas de se présenter à visage découvert, d’agir souterrainement, discrètement, en déconstruisant progressivement la saine théologie, en plaçant ses pions de manière à tenter de mettre échec et mat le Pape, à tenter de le neutraliser. L’histoire de la pénétration du modernisme n’est pas linéaire, elle est faite de flux et de reflux. Les premiers modernistes, les catholiques libéraux, ont été jugulés par Grégoire XVI ( Mirari vos) , la seconde vague a buté contre St Pie X (Pascendi), la 3e vague a été démasquée par Pie XII (Humani Genersi). Mais les mesures d’étouffement de l’hérésie que Saint Pie X avaient su imposer n'ont malheureusement pas été suffisamment reconduites après la publication d’Humani Generis, si bien que les modernistes ont pu se recomposer des forces et ont bondi sur la première occasion pour mordre. Cela s’est produit juste après Vatican II, quand l’Eglise baissa naïvement sa garde(*). La trop grande naïveté qui régnait à l’époque à la curie, les illusions que certains se faisaient sur une réconciliation possible avec le monde ont ouvert une brèche aux loups. Si bien que les papes se sont eux-mêmes trouvés cernés. Depuis Paul VI, les papes n’ont tout simplement plus les moyens de gouverner et de réduire au silence les loups qui surfent sur l’idéologie soixante-huitarde et usent de leurs relais dans les médias ( Michel de Jaeghere dans l’interview m’a accordée explique très bien toutes les séquences de cette prise d’otage par médias interposés). Dès 1969, le cardinal Gut pouvait ainsi témoigner « ils se sont imposés ( les modernistes). Ces initiatives prises sans autorisation , on ne pouvait plus, bien souvent les arrêter, car cela s'était répandu torp loin. dans sa grande bonté et sagesse, le st Père (Paul VI) a alors cédé, souvent contre son gré".
Trahisons et défaillances épiscopales
Le problème n’est donc pas pastoral, loin de là. La dimension pastorale du Concile Vatican II a servi aux loups pour faire croire que les changements n’affectaient pas la doctrine, qu’il ne s’agissait que d’apporter des ajustements cosmétiques. Il n’en était rien. Les évêques subversifs avaient en tête la mise en application du programme moderniste ( certains consciemment, d’autres en simples petits moutons suiveurs). En quoi consistait-il, ce programme? Peu avant sa mort Pie XII déclarait « c’est tout un monde qu’il faut refaire depuis les fondations ! » et ajoutait « de sauvage, le rendre humain » Lui, que le faux esprit de Vatican II ( celui qui est coextensif au monde culturel profane et qui a les médias pour principal moteur) taxe d’immobilisme, de conservatisme, était exactement l’inverse. Il devançait de mille coudées tous les petits activistes révolutionnaires. Il devinait, comme le devinaient déjà Pie XI, Saint Pie X et les papes du XIXe le délire de débauche qui allait devenir l’âme du monde moderne. Il avait en tête le seul programme civilisateur possible : la chrétienté. Le faux esprit du concile, c’est l’exact contraire: non pas prendre à bras le corps le monde pour le porter vers la grâce, mais révolutionner l’Eglise : d’immuable la rendre mouvante, de surnaturelle la rendre raisonnable, et de contemplative la rendre agitée, mondaine.
Et comment si sont-ils pris ? En enseignant formellement l’erreur, par petites touches.
Comme Mrg Adam, évêque de Sion, affirmant en 1973 « qu’il est interdit, sauf indult, de célébrer selon le rite saint Pie V, qui a été aboli par la constitution missale romanum du 3avril 1969 ». En juillet 73 l’assemblée des évêques suisses lui emboitait le pas en décrétant « il n’es plus permis de célébrer la messe selon le rite de saint Pie V »
Comme le nouveau missel des dimanches de 1969 et 1973 où il était affirmé tranquillement qu'à la Messe " il s'agit simplement de faire mémoire de l'unique sacrifice déjà accompli "
Comme l’épiscopat français enseignant au début des années 70 « la mutation de civilisation que nous vivons entraîne des changements dans la conception même du salut apporté par le Jésus Christ » ce qui est en rupture totale avec Dei filius « Car la doctrine de la foi que Dieu a révélée n'a pas été livrée comme une invention philosophique aux perfectionnements de l'esprit humain, mais elle a été transmise comme un dépôt divin à l'Épouse du Christ pour être fidèlement gardée et infailliblement enseignée. Aussi doit-on toujours retenir le sens des dogmes sacrés que la sainte Mère Église a déterminé une fois pour toutes, et ne jamais s'en écarter sous prétexte et au nom d'une intelligence supérieure de ces dogmes. »
Comme Mrg Pierre D’Ornellas en 2008 « l’Eglise n’interdit rien à personne, quand on éclaire le trottoir, on n’oblige pas à marcher dessus !Donner de la lumière, ce n’est pas obliger à vivre d’une certaine manière »
Comme la commission doctrinale des évêques de France en 2004 « la lecture chrétienne ne conteste pas la lecture juive, chacune ayant son propre registre d’interprétation. Que l’une ait raison n’entraîne pas que l’autre ait tort. »
Parfois les enseignements ne contiennent pas formellement des erreurs, ils contiennent juste des propos propres à entretenir la confusion.
Comme ceux tenus pas la commission doctrinale des évêques de France, toujours en 2004 « l’adhésion du concile de Jérusalem aux dispositions formulées par Jacques, « frère du Seigneur »(Gal 1,19), montrera l’influence de la famille de Jésus sur l’apôtre Pierre et sur l’Eglise naissante. L’affirmation de l’existence de frères et sœurs de Jésus questionnera la compréhension de l’énoncé dogmatique de la virginité perpétuelle de Marie. La présentation de ces résultats »
Comme Mrg Genoud qui chapitre deux catholiques lui ayant exprimé leur idéal de voir tous les peuples se convertir au catholicisme« vous n'êtes pas catholiques quand vous dites ça! parce que le concile dit et demande que l'on respecte les autres et ne demande pas du tout que le monde soit catholique, il demande que le monde soit aimant et finalement l'amour, il n'y en a qu'un et il a un grand A."
Comme l’épiscopat français affirmant « l’acceptation des mots nature et personne est aujourd’hui différente de ce qu’elle était au Ve siècle ou dans le thomisme »
Je m’arrête là, ce ne sont pas les exemples qui manquent. Or aucun de ces évêques n’a jamais été inquiété.
l'homélie prêcher par des laïcs
Vous citez ensuite l’exemple de la prédication des laïcs auquel notre évêque aurait consenti. J’évoquais pour ma part l’homélie. La prédication des laïcs dans certaines célébrations liturgiques est reconnue par le code de droit canonique. Mais il est rigoureusement interdit à des laïcs de prêcher l’homélie. Les évêques n’ont pas le droit d’accorder de dérogation. En plus des textes magistériels qui précisent que l’homélie relève exclusivement des personnes ordonnées( code de droit canonique, Redemptionis Sacramentum, Ecclesiae de mysterio) en 1987, le conseil pontifical pour l'interprétation des textes législatifs a répondu par la négative à la question : « l'Évêque diocésain peut-il dispenser de la prescription du canon 767 §1 qui réserve l'homélie au prêtre ou au diacre ? ».
J’ai personnellement écrit à ce sujet au nonce apostolique. Celui-ci m’a répondu que les évêques suisses étaient parfaitement conscients qu'il ne revenait pas aux laïcs de prêcher l'homélie. Voici un extrait de sa réponse "en suisse, suite au concile Vatican II, des théologiens laïcs ont commencé, dans certains diocèses, à faire l'homélie lors de la Messe. cependant, avec la publication du Droit canonique et des autres affirmations de la loi universelle de l'Eglise, il s'est avéré que cette façon de faire n'est pas légitime.
les évêques suisses, dont la tâche est pastoralement délicate, en sont bien conscients et travaillent en vue d'une harmonisation de la pratique de l'homélie dans les paroisses selon les normes liturgiques universelles. cependant, tout changement nécessite du temps et de la patience." On ne saurait donc exciper d’une prétendue autorisation de l’évêque pour justifier cette grave rupture de communion liturgique.
perspective historique sur le célibat des prêtres
Sur la question du célibat des prêtres, je ne sais pas à quelle réunion, qui aurait eu lieu il y a un ou deux ans, vous faites allusion. Cette année une convention théologique traitant de la question s’est déroulée à Rome. Il ne s’agit jamais, lors de ces réunions, de discuter si l’obligation doit être maintenue ou non mais, tout au contraire, d’en approfondir le sens, la légitimité. Si vous lisez la constitution apostolique sur les ordinariats personnels des anglicans, vous constaterez qu’il s’agit paisiblement de les conduire à la règle commune de l'Église latine. Les concessions sont temporaires. D’ici quelques dizaines d’années le clergé catholique de « rite anglican » marié aura disparu.
Reste le statut des Eglises orientales où certains prêtres sont mariés. Dans une perspective d’unité, la question du célibat a été sainement comprise comme ne devant pas entraver le retour à la communion. Mais l’argument consistant à dire que l’existence de ce clergé marié légitime l’abandon du célibat dans l’Eglise latine relève d’une logique totalement abstraite. Cette revendication correspond à un principe de droit purement formel qui n’a pas sa place dans une question spirituelle de cette envergure. Le célibat des prêtres est le fruit d’une conquête, il résulte d’une dynamique spirituelle profonde d’approfondissement de la vie sacerdotale. « Dès les Ier et IIe siècles, un courant très fort pousse au célibat ecclésiastique » écrit Daniel Rops. La « continence parfaite » « pour le royaume » est une tradition très ancienne. Ainsi, le concile D’Elvire en l’an 300 déclarait « Il est interdit aux évêques, prêtres et diacres, c'est-à-dire aux clercs voués au ministère de l’autel, d’entretenir commerce avec leur femme et d’engendrer des enfants, quiconque enfreindra cette défense sera destituté de sa cléricature ». St Jérôme, au Ive siècle, écrit « Les apôtres étaient vierges, ou du moins ils gardèrent la continence après leur mariage ; les évêques, les prêtres, les diacres doivent être vierges ou veuts avant d’être ordonnés, ou du moins vivre toujours en continence après leur ordination. » Un canon du concile de Carthage de l’an 390 précise : « il convient que les saints évêques et les prêtres de Dieu, ainsi que les lévites, c’est-à-dire ceux qui sont au service des sacrements divins, observent une continence parfaite, afin de pouvoir obtenir en toute simplicité ce qu’ils demandent à Dieu ; ce qu’enseignèrent les apôtres, et ce que l’antiquité elle-même a observé, faisons en sorte, nous aussi, de le garder. » Mais lors du concile de Trullanum II ( jamais reconnu par Rome), les orientaux, tout en se référant paradoxalement au concile de Carthage en 390 assouplirent le principe de la continence parfaite, et permirent un usage du mariage les jours où les prêtres ne célèbrent pas l’eucharistie. C’est sur ce concile que repose toujours la règle en matière de célibat des prêtres dans l’orthodoxie. Il s’agit donc d’une interprétation incorrecte du concile de Carthage. Au IIe concile de Latran en 1139, c’est par miséricorde envers la difficulté qu’avaient de nombreux prêtres, dans une période où la ferveur était en crise ( pas comme de nos jours cependant), à suivre la règle de la continence parfaite qu’il fut décidé d’instaurer la loi du célibat. Comme le disait Jean XXIII « le célibat est un sacrifice que l’Eglise s’est imposé librement, généreusement, héroïquement ».. L’erreur a donc été commise par les Eglises orientales. La règle de la continence parfaite est apostolique, la règle du célibat est dans sa parfaite continuité. On peut donc, par charité, accorder certaines dérogations aux Eglises orientale issue d’une tradition biaisée. Mais - et c’est là tout le sens des enseignements du magistères répétitifs et des réunions théologique sur le sujet - en en rappelant constamment la richesse et la fécondité dans l’attente confiante qu’un jour les Eglises orientales feront leur cette règle. Par contre, permettre aux Eglises latines de revenir sur cette règle, ce serait douter de la grâce et de notre tradition. Ce serait un acte impie.
(*) Au lendemain du concile, Jacques Maritain constatait le mal en dénonçant "cette fièvre néo-moderniste auprès de laquelle le modernisme du temps de Pie X n’était qu’un modeste rhume des foins"
Cordialement
Julien Gunzinger
Rédigé par Julien Gunzinger le Dimanche 15 Août 2010 à 07:10
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Commentaires (1)
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Julien Gunzinger
Blog d'un catholique jurassien
"Nous te prions, Seigneur, de faire de nous des combattants de la foi inflexibles et miséricordieux, témoins brûlants, dans ce monde ravagé par l’apostasie, de ton alliance nouée dans ton sang."
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