|
Vendredi 10 Février 2012
|
|
Blog de promotion de la doctrine sociale catholique et de résistance au mondialisme
Dans ce numéro une grande interview de Michel De Jaeghere qui décortique les mécanismes de la christianophobie.
Sommaire
Éditorial : une occasion manquée
Dans ce numéro
témoignage de Magdi Allam
Interview de Michel De Jaeghere
L'Irlande a plié
La propagande, troisième membre de la trinité moderne
L'exposition de L'AJAM
Nos frères d'Orient
Roman feuilleton: la légende des quatre clés
Éditorial
Une occasion manquée
Les évêques suisses ont récemment appelé à voter contre l’initiative s’opposant à la construction de minarets en Suisse. Par le passé on se souvient que Jean Paul II avait embrassé le Coran. Depuis Vatican II, une grande partie du clergé et de nombreux théologiens n’ont eu de cesse de vouloir serrer sur leur poitrine l’humanité entière en adressant à toutes ses composantes de vibrantes déclarations d’amour. C’est naturellement le rôle de l’Eglise de réunir sous son aile l’humanité blessée dans son intégralité. Mais la forme que cette sollicitude a prise, ces 30 dernières années, peut, dans certains cas, laisser perplexe. Parfois les moyens, dit-on, desservent la fin. Or le message de l’Eglise emprunte depuis trop longtemps maintenant les catégories du monde pour se propager. Cela s’est fait progressivement, insidieusement. L’aggiornamento de Vatican II, qui était nécessaire, a malheureusement débouché sur une trop grande complaisance à l’égard du monde. C’est un thème qui traverse tout l’enseignement de notre Saint-Père. Les catégories du monde, autant philosophiques ( les idées de liberté, de tolérance, d’amour même), que médiatiques ( la société du spectacle, l’exaltation du sentimentalisme, de l’émotionnel) imprègnent désormais, pour une large partie, le discours et les pratiques de l’Eglise. Cela a pour effet un affadissement de la foi et un étiolement de son intelligence. Pire, cela contribue à nous rendre totalement étrangers à notre tradition millénaire. Pour que la foi soit féconde, il lui faut être sans cesse en dialogue avec la Raison. C’est le combat essentiel que mène Benoît XVI, remettre la raison au cœur de la foi. Or pour aller dans ce sens il est important de ne pas succomber aux catégories du monde qui, elles, sont depuis bien longtemps la proie d’idéologies séculières, exaltant une liberté irresponsable, une tolérance creuse, un amour tout à la fois sentimentalo-romantique et boueux. L’absence de consistance des catégories du monde était compensée, autrefois, par les grands mythes révolutionnaires ( du progrès, de la science, du peuple), désormais ce sont les montages de la société du spectacle qui y pourvoient : l’exacerbation de l’émotionnel et du sentimentalisme larmoyant.
Or le message des évêques, au sujet des minarets, tombe dans ces travers. Dans notre société multiculturelle, nos évêques estiment qu’il faut, pour désamorcer toute tension et tendre au respect mutuel, que chaque communauté puisse se rattacher à ses traditions. L’intention est noble, elle se réclame de la démocratie, on ne peut que louer cet élan solidaire et fraternel. Mais on est en droit d’attendre de nos évêques autre chose qu’un discours humide de bons sentiments que la moindre officine droit-de-l’hommiste est capable de produire. Il est proprement aberrant que les évêques n’aient pas saisi là l’occasion de rappeler ce que la démocratie devait précisément au christianisme, lui qui, en dégageant un espace autonome au politique, a précisément rendu possible son émergence. À l’heure où la société se déchristianise à vitesse grand V, il serait plus qu’urgent que nos évêques produisent, dans un effort d’intelligence de la foi en continuité avec Benoît XVI, un enseignement sur ce qu’organiquement et historiquement la démocratie doit aux principes chrétiens. Ils auraient pu ainsi rappeler ce grand principe métaphysique, assumé depuis des millénaires par la tradition catholique, que le champ politique est balisé par « une vison du monde » qu’il ne produit pas, que l’espace politique relève ultimement d’orientations religieuses ou philosophiques qui lui sont préalables. Ils auraient en conséquence, par contraste, pu montrer en quoi l’islam résorbe quant à lui le politique dans le religieux et est ainsi consubstantiellement étanche à toute idée de démocratie. Nos évêques auraient enfin pu situer l’enjeu sur le plan dont ils ont la charge : la défense et l’expansion du christianisme, en rappelant que l’islam est une religion à prétention universelle concurrente qui par essence refuse la distinction du temporel et du spirituel. Car chaque signe de renoncement du monde occidental à défendre et propager ce qui est à source est inévitablement intégré, dans le monde musulman, comme une marque de faiblesse, affermissant son ambition de conquête. Le monde musulman sait lui pertinemment que les enjeux réels se situent à ce niveau.
Dans ce numéro
Ce numéro est largement consacré aux problèmes politico-culturels et à leur instrumentalisation par l’idéologie dominante actuelle : celle du métissage ( voire article sur l’exposition de l’AJAM) et du mondialisme ( voire article : L’Irlande a plié). La question des minarets est ainsi décisive, puisqu’à travers la réponse que donnera le peuple suisse sera révélée, à la face du monde, la conscience qu’il a encore de ses racines chrétiennes et de sa propre identité. La Suisse est désormais attaquée sur tous les fronts par la coalition composée des euro-atlantistes, qui cherchent à faire diversion à ses dépens pour masquer les politiques économico- financières meurtrières qu’ils mettent en place ; du colonel Kadhafi qui veut faire de la Suisse un marche-pied dans sa logique de reconquête de prestige sur le magrehb musulman ; des libertaires-jouisseurs, qui cherchent à tirer profit de l’affaire Polanski pour nous ringardiser. Notre petit pays est ainsi curieusement continuellement, cette année, sous les projecteurs de l’actualité internationale. La volonté manifeste, énorme, de le faire rentrer dans le rang est disproportionnée par rapport à ce qu’il représente sur la scène internationale en termes géopolitiques usuels. N’est-ce pas là le signe que se joue en fait une partie aux enjeux hors du commun qui débordent de la politique ? C’est parce que la Suisse représente encore dans ce monde un pays où la liberté n’est pas un vain mot, où les fondements de la société sont encore largement soutenus par les valeurs traditionnelles et le bon sens paysan, où nulle part ailleurs dans le monde le peuple n’est autant appelé à participer à la chose publique ( la res publica), que sa dimension réelle, son poids réel est lesté d’une charge symbolique toujours plus grande. Si bien que plus les attaques de toute part se font manifestes, plus le rôle et la responsabilité de la Suisse se dilatent symboliquement et plus cela exacerbe en retour, dans le camp adverse, l’envie de la réduire. C’est ce qui confère aux votations du 29 novembre une importance toute particulière. Alors que l’Europe plonge jour après jour dans le grand reniement, refusant d’assumer ses racines chrétiennes, la Suisse osera-t-elle assumer pleinement son identité ? Notre pays parviendra-t-il à affirmer que la religion chrétienne, au regard de la culture qui est la sienne, des institutions qui sont les siennes, ne saurait être mise sur un pied d’égalité, sur notre sol, avec la religion musulmane ? Mais surtout osera-t-elle braver la religion du laïcisme qui est le plus sûr agent, actuellement, de la déconstruction de la démocratie, de l’identité des nations, de l’identité des peuples et de l’identité de ses membres ? Aucun être sur cette terre, aucun Etat sur cette terre ne peuvent faire l’économie d’avoir à hiérarchiser les principes et les valeurs qui l’animent. Or à l’origine de tout notre patrimoine se trouve l’inspiration chrétienne. C’est elle qui est le creuset de toute notre richesse morale, culturelle, politique et matérielle. La pierre d’angle est celle qui supporte toutes les autres, nous a enseigné le Christ.
Ce que je soutiens c’est que le laïcisme de nos jours est le plus sûr ennemi de notre civilisation. C’est pourquoi cette votation est un piège. Les évêques n’en ont malheureusement pas pris la mesure. Leur appel à voter contre l’initiative sans identifier les coordonnés du piège est déplorable. D’un côté nous avons en effet l’UDC qui se drape dans les atours du laïcisme, cherchant à interdire les minarets au motif que l’islam est, nous l’avons dit, totalement étanche à l’idée de distinction des pouvoirs temporels et spirituels. De l’autre nous avons les musulmans qui exigent, au nom de la laïcité, une parité de traitement avec la religion chrétienne. Ils revendiquent en conséquence le droit de construire les édifices religieux de leur choix. En se voulant le champion de la laïcité, Oskar Freisinger a ainsi été taclé magistralement par Tarik Ramadam lors d’un récent débat. Ce dernier n’a en effet pas eu de peine à relever l’incohérence du discours de monsieur Freisinger, en montrant que ses arguments n’entrent précisément pas dans le cadre de la laïcité dont il prétend pourtant être le plus ardent défenseur. L’UDC, dans cette affaire, cherche à capitaliser sur ce que l’idéologie du laïcisme, hérité de la philosophie des lumières, laisse tapi dans l’ombre, est incapable de conceptualiser : la démocratie doit son existence à une configuration théologico-philosophique que le christianisme a rendue possible. C’est une vérité à la fois historique et philosophique qui est totalement occultée, mais qui, sous une forme confuse, est bien présente dans les esprits. Or l’UDC n’a cherché qu’à récupérer ce sentiment populaire parfaitement légitime en agitant l’épouvantail de l’islamisme. Fidèle en cela à sa stratégie populiste flirtant avec la démagogie, elle cherche à exploiter ce qui fermente dans nos esprits à force d’être étouffé. Condamner la seule l’UDC pour cette raison serait cependant tout à fait injuste, puisque les autres partis sont eux responsables, par fossilisation idéologique, du refoulement de la spécificité du christianisme, ce moteur de notre civilisation. Ni l’UDC, ni naturellement tous les partis de la bienpensance, qui sont tous des laïcistes idolâtres, n’a donné forme à ce sentiment populaire étouffé, n’en a dégagé l’enseignement historique et philosophique pour engager le débat sur la nécessité d’une redéfinition et d’une reformulation du concept de laïcité. C’était à nos évêques de situer le débat sur ce terrain là. Mais ils se sont empressés de se fondre dans le décor. Alors que faire ? L’enjeu est de taille. Mon sentiment est que l’Islam ne représente pas, pour l’heure, une menace directe. Mais il saura exploiter chacune de nos faiblesses ( voire témoignage de Magdi Allam plus bas), chacune de nos démissions, faire fond de notre inconsistance. Dès lors que nous continuerons à saper les racines de notre civilisation, que nous nous convertirons toujours plus à cette religion molle, flasque et ignorante qu’est le laïcisme nous serons incapables de nous faire respecter des musulmans, incapables d’en contenir l’expansion, car l’Islam, à l’image de son brillant porte-parole, Tarik Ramadan, sait parfaitement jouer de toutes nos contradictions.
Pour ma part, je ne vois donc qu’une seule parade à ce piège. Il s’agirait de conférer au vote blanc l’expression de ce refus de se faire broyer par l’idéologie du laïcisme. De faire passer par ce vote blanc(1) la nécessité que s’ouvre un débat sur la question de la laïcité, de ce qui est à la source de notre civilisation et de nous donner les moyens d’engager ensuite un dialogue d’égal à égal avec l’islam, pour pouvoir aborder frontalement toutes les questions que posent sa présence sur notre sol. Il s’agirait donc de nous prononcer non pas dans un mouvement réactif à l’égard de l’islam ( qui a par ailleurs sa grandeur) mais dans un mouvement de réaffirmation en conscience, rationnel, de nos racines spirituelles. Pour la défense du christianisme, pour la rechristianisation de notre société et de ses institutions ( pour s’opposer à la religion rampante décrite dans l’article : la propagande,, troisième membre de la trinité moderne et dont parle Michel De Jaeghere dans l’entretien qu’il nous a accordé). Car la démocratie, si elle n’est pas irriguée du sang du Christ, ne peut être qu’une démocratie de façade.
(1). Les évêques auraient pu prendre la tête de ce mouvement. Ce qui par ricochet aurait pu avoir une conséquence notable sur nos institutions en faisant sortir le vote blanc de son statut actuel de vote n
Témoignage de Magdi Allam
Magdi Allam est cet ex-musulman qui fut baptisé Cristiano par Benoît XVI à Pâques 2007. Il vit sous protection policière, 24 h sur 24, car menacé de mort. Il réagit à la prise de position des évêques suisses sur les minarets. Extraits :
"Les politiciens, les représentants de la société civile et les médias du monde entier ont voulu commémorer solennellement le huitième anniversaire de la tragédie du 11 septembre 2001 [...]. Mais on est passé très discrètement sur le troisième anniversaire de la leçon magistrale du Pape Benoit XVI à l'Université de Ratisbonne, le 12 septembre 2006, qui a marqué le point culminant de la réussite du terrorisme islamique dans sa guerre de censure [...]. En soi, ce fait est emblématique de la réalité de la soumission à l'idéologie de l'islamiquement correct qui s’est imposé immédiatement avec la réaction d'apaisement adoptée par le cardinal Jean-Louis Tauran, Président du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux. [...] La veille même de l'anniversaire du discours de Ratisbonne, la Conférence des Evêques Suisses s’est officiellement prononcée en faveur de la construction de mosquées avec des minarets et a appelé ses compatriotes à voter « non », le 29 novembre [...].
Je me demande si un seul des évêques suisses sait que l'Abraham musulman n'a rien à voir avec l'Abraham biblique, que le Dieu du Coran n'a rien à voir avec le Dieu qui s'est fait homme et qui s'incarne dans Jésus, et donc que l'islam ne peut en aucun cas être considéré comme une religion monothéiste au même titre que le judaïsme et le christianisme. Il n'est pas étonnant que, le 15 septembre 2006, le Président du Groupe de travail «lslam», Monseigneur Pierre Bürcher, se soit fait le porte-parole des «musulmans blessés» par le discours de Benoît XVI à Ratisbonne, en soutenant le fait que «les musulmans de Suisse demandent une clarification», et en décla rant que «le respect et la tolérance ne sont pas à sens unique. Que chaque religion doit respecter l'autre. Et que la seule attitude à adopter est la règle d'or : «faites à autrui ce que vous désirez que l’on vous fasse». [...]
L’islamiquement correct, je l’ai touché du doigt sur la feuille distribuée à la messe du dimanche, le 6 septembre, dans toutes les églises d’Italie, avec un encadré intitulé «Pour un dialogue interreligieux, l'Eglise catholique et l'islam», et une photo du Pape serrant la main d'un membre de la délégation musulmane des prétendus «138 sages de l'islam», à côté de Tariq Ramadan. Eh bien, justement ce personnage, l'idéologue de nationalité suisse le plus célèbre des Frères Musulmans en Europe, est le principal promoteur de la stratégie qui vise à la fois à légitimer et à mettre sur pied d'égalité, l'islam, Allah, le Coran, Mahomet et la Charia, et à faire reconnaître que l'islam est partie intégrante des racines historiques de la civilisation européenne, comme le judaïsme et le christianisme. Cette stratégie est maintenant patronnée par l'Organisation de la Conférence Islamique, le cadre unitaire de près de 50 pays à majorité musulmane. [...]
Dans cette Europe laïque, relativiste et déchristianisée, les musulmans vont de l’avant avec détermination pour faire reconnaître leur paternité de notre civilisation. Au moment où nous avons honte de proclamer la vérité historique des racines judéo-chrétiennes, eux se proposent de combler le vide identitaire avec les prétendues racines musulmanes de la civilisation européenne. Et si nous permettons qu'aux racines judéo-chrétiennes se substituent les racines musulmanes, il ne restera substantiellement rien de nous : sans âme, sans valeur et sans identité, nous disparaîtrons."
Interview de Michel De Jaeghere
Michel De Jaeghere est journaliste et écrivain. Il a publié plusieurs livres sur la situation de l’Eglise dans le monde contemporain, ainsi que sur les procès qui lui sont injustement intentés. Il dirige les Universités d’été de Rennaissance catholique et la publication de leurs Actes (derniers parus : la Pensée Unique, la France doit elle disparaître ?). Livres principaux : Enquête sur la christianophobie ; La repentance. Histoire d’une manipulation ; Confiteor ou la paix de l’Eglise, Ite Missa est.
Vous dénoncez dans vos livres le dénigrement systématique dont est victime l’Eglise. Comment expliquer l’apathie du catholique de base à l’égard de cette volonté persistante de destruction ?
Elle s’explique d’abord par le fait que ce dénigrement procède par un système du « goutte à goutte ». L’Eglise est périodiquement mise en cause par des campagnes de grande ampleur, comme celle que nous avons connue au début de l’année 2009 à l’occasion de la levée de l’excommunication des quatre évêques de la Fraternité Saint Pie X, mais celles-ci sont préparées par des attaques plus chafouines, où le catholicisme est discrédité de façon latérale, sur certains détails, certains aspects. On habitue, petit à petit, l’opinion à ce que la foi catholique soit considérée comme une opinion marginale, décalée, un peu ridicule, parfois dangereuse si elle est prise au pied de la lettre. On conduit les braves gens par une progression subtile de provocations, une accumulation d’images, de lois, d’informations à ne plus ressentir comme choquantes des situations qui le sont objectivement. Les catholiques en finissent, par là, par perdre conscience de ce qui se passe , à considérer comme normales des choses qui auraient horrifié leurs parents, qui les auraient eux-mêmes horrifiés il y a dix ou vingt ans : propos scabreux tenus à la télévision, expositions blasphématoires, caricatures de ce qu’ils sont dans les films, les romans, les séries de télévision, éloge sans retenue de toutes les déviances, quand ce ne sont pas les perversions. Quand surviennent les grandes campagnes contre l’Eglise, la violence de l’attaque, les amalgames diabolisants, les plongent dans la stupeur. Ils ne réagissaient pas jusqu’alors parce qu’ils n’avaient pas le sentiment d’être attaqués dans leur foi. Dorénavant, ils s’en abstiennent parce qu’ils sont terrorisés par la brutalité de l’adversaire
D’autres fois, on tente d’associer les catholiques eux-mêmes aux attaques dont l’Eglise fait l’objet, en créant une dialectique entre la hiérarchie et la « base ». Exploitant des situations marginales, on donne ainsi la publicité que l’on sait aux affaires de pédophilie qui impliquent un prêtre, en insinuant que c’est son célibat qui l’a poussé au crime, que le vrai responsable est l’institution, considérée comme criminogène, quand nul n’aurait idée d’incriminer l’Education nationale lorsqu’un instituteur est mis en cause dans une affaire de même nature.
On met de même en accusation l’enseignement moral de l’Eglise –sur la contraception, l’avortement, l’euthanasie-en affectant de croire qu’il est celui des vieux célibataires coupés des réalités de la vie qui forment la hiérarchie, et en invitant les catholiques de base à s’en désolidariser. Après avoir insulté leur foi, on met ainsi à l’épreuve leur fidélité en misant sur leur lâcheté.
Ce que vous dites révèle également une absence d’accompagnement et d’explication de ces événements de la part des autorités religieuses. Les paroissiens sont livrés à eux-mêmes. Les prêtres et évêques manquent-ils à leur devoir d’accompagnement, d’enseignement ?
Je pense qu’il y a une très grande naïveté de la hiérarchie de l’Eglise vis-à-vis des médias. Elle a tendance à les considérer en effet comme neutres, et soucieux d’information objective, au lieu de les considérer globalement comme hostiles. Or dans le monde de l’information, la bienveillance à l’égard de l’Eglise n’est pas la règle, elle est l’exception. La hiérarchie catholique croit aux professions de foi d’honnêteté des journalistes. Elle n’a pas une pleine conscience du fait que le courant dominant lui est opposé. Les choses commencent à changer un peu, puisque l’on a vu depuis une dizaine d’années quelques évêques commencer à ouvrir les yeux. En l’an 2000, notamment, le cardinal Billé, alors président des évêques de France, a relevé devant l’Assemblée générale de la conférence épiscopale française que l’Eglise faisait l’objet d’un « procès latent » fait d’ une accumulation d’accusations, de gestes de méfiance, de dérision, d’occultation, d’ostracisme, de soupçon. Mais la majorité de nos évêques me semble en être restée à l’idée, développée par René Rémond dans son Histoire de l’anticléricalisme en France, selon laquelle l’antichristianisme aurait été suscité, au XIXe siècle, par la prétention de l’Eglise à régenter la vie sociale . A partir du moment où, le catholicisme avait renoncé, à Vatican II, à promouvoir un ordre social chrétien, l’anticléricalisme, pensaient-ils, tomberait de lui-même. René Rémond prévoyait en 1975 la fin prochaine de l’anticléricalisme en expliquant qu’il n’avait été provoqué que par la condamnation du monde moderne par Pie IX et St Pie X ; que le concile ayant proclamé au contraire la réconciliation de l’Eglise avec ses anciens adversaires, il avait ouvert des temps nouveaux, où la haine du christianisme n’aurait plus sa place dans la société.
Les faits se sont chargés de démentir cette prophétie imbécile, puisque nous voyons que l’hostilité demeure, et même qu’elle s’exacerbe, en dépit du ralliement officiel de la hiérarchie ecclésiastique à la liberté de conscience et aux idéaux de la modernité. La vérité est que ce que la société moderne a en horreur, ce n’est pas le cléricalisme (elle en a reproduit les travers dans le monde profane, avec l’autorité qu’elle a concédé aux « intellectuels »), ce qu’elle hait, c’est le Christ.
Dans votre livre sur la Repentance vous montrez comment les évêques de France, notamment à l’occasion de leur déclaration de Drancy, au mépris de l’histoire, ont sali l’action de l’Eglise durant la 2e guerre mondiale ; comment les journalistes éminents, comme Henri Tincq, manipulent l’information. Comment expliquer cette connivence entre les journalistes et les évêques qui usent des mêmes procédés ?
Dans ces deux catégories il y a des minorités agissantes. Mettre en cause « les journalistes » serait trop général. Une petite poignée d’entre eux servent de leaders d’opinion. Ce que dit le chroniqueur du « Monde » va être répété par les radios, les chaînes de télévision, la presse locale. Il suffit parfois de quelques journalistes bien formés pour lancer des slogans qui vont ensuite faire boule de neige et être diffusés partout par des idiots utiles, des gens qui ne font que répéter sans les comprendre quelques formules toutes faites.
Dans le cas d’Henri Tincq, qui a été longtemps l’un de ces leaders, je montre dans mon livre comment il a analysé dans une page entière du Monde, assortie d’un éditorial, une déclaration du Saint Siège (le document de réflexion chrétienne sur la Shoah) dont il n’avait pas eu communication en lui faisant dire point par point le contraire de ce qui s’y trouvait. Il ne s’en est jamais ni expliqué ni excusé. On pourrait multiplier de tels exemples.
Il en va de même pour les évêques. La déclaration de Drancy en donne l’illustration. Il y a eu au sein de l’épiscopat français un noyau dirigeant qui a manipulé les faits et les textes et supervisé la rédaction d’une déclaration diffamatoire à l’égard de l’Eglise et de la France. Mais il ne s’agissait que d’une partie des évêques et ceux-là même qui l’ont signée n’en ont certainement pas vu toute la portée.
Pour prendre un exemple précis, cette déclaration faisait une allusion au silence de certains catholiques vis-à-vis de la persécution des Juifs au moyen d’une citation de François Mauriac. Or, cette citation était extraite de la préface que Mauriac avait donnée au « Bréviaire de la haine » de Léon Poliakov. Et elle est au cœur d’une démonstration où Mauriac accuse Pie XII d’indifférence à l’égard de la persécution des Juifs. Le silence dont parle Mauriac, c’est le silence de Pie XII. La déclaration de Drancy prenait ainsi à son compte cette mise en accusation du pape, mais sans le dire explicitement. C’était un message codé à l’intention de la communauté juive. Pour le décrypter, il fallait remonter à la source, grâce à une note de bas de page. Il est évident que la plupart des évêques qui ont signé la déclaration de Drancy ne l’ont pas fait. Ils ne savent pas eux-mêmes ce qu’ils ont signé.
Dans votre pièce de théâtre Confiteor ou la paix de l’Eglise vous mettez en scène un cardinal qui manigance des intrigues pour faire échouer le rapprochement entre les personnages qui vous sont inspirés par les figures de Mgr Lefebvre et du cardinal Ratzinger. Quelle volonté claire de destruction prêtez-vous au noyau des journalistes et des évêques, dont vous venez de parler, et au cardinal mis en scène dans votre pièce ?
Il est très difficile de connaître les intentions des personnes. Dans une oeuvre de fiction, on peut trancher : l’auteur prête à ses personnages des sentiments qu’il connait. Dans la réalité, il est très difficile de faire la part des choses. Il est certain qu’il y a eu et qu’il y a toujours au sein de la hiérarchie de l’Eglise des gens qui ont œuvré et qui œuvrent encore, même s’ils sont moins puissants qu’avant, à la destruction de l’Eglise préconciliaire. L’ont-ils fait par idéal (dans l’espoir qu’un prétendu retour aux sources se traduise par une « nouvelle pentecôte ») par malveillance, ou plus simplement par bêtise ? Il est impossible de le dire. On peut imaginer qu’un grand nombre d’entre eux a vraiment cru que l’Eglise préconciliaire était sur une fausse piste, qu’elle n’avait pas pris acte de la Révolution Française, de l’avènement de la modernité et qu’elle enfermait de ce fait l’Eglise dans un combat contre-révolutionnaire sans issue. Que pour faire rayonner l’Evangile, il fallait s’adapter aux conditions nouvelles de la modernité, de la Révolution Française, de la démocratie et renoncer aux combats d’arrière-garde qui enfermaient l’Eglise dans des batailles perdues d’avance (c’est à peu près le raisonnement qui a conduit, me semble-t-il Léon XIII au ralliement, et Pie XI à la condamnation de l’Action Française). On peut imaginer que beaucoup d’entre eux aient eu cela en tête. Je pense cependant qu’il y a eu aussi des destructeurs conscients, des agents infiltrés. On sait qu’il y a eu notamment en France des militants envoyés en mission par le parti communiste dans les séminaires, et qu’un certain nombre d’évêques entretiennent avec la franc-maçonnerie des liaisons dangereuses. Il faut compter aussi enfin, et peut-être surtout, avec la lassitude : le sentiment que le combat contre le monde moderne était épuisant, et qu’il n’avait aucune chance d’être gagné. Que mieux valait pour l’Eglise elle-même trouver une place, fut-elle modeste, dans le concert du pluralisme, dans le consensus de la modernité. Que cela se traduise par certains sacrifices –celui de la Messe, justement, celui de l’enseignement contre-révolutionnaire des papes du XIXe siècle- leur est dès lors apparu comme une nécessité. Cela ne s’est pas fait sans douleur, pour les plus honnêtes d’entre eux, sans un lâche soulagement pour d’autres. Chez tous avec le sentiment qu’ils ne pouvaient pas faire autrement, sauf à faire apparaitre l’Eglise comme une secte étrangère au grand courant de l’Histoire et du Progrès.
Pour rester à votre pièce de théâtre Confiteor, vous présentez le cardinal Ratzinger comme partageant la vision de Mgr Lefebvre sur l’état de l’Eglise, son « agonie ». Les deux cependant divergent sur la méthode à suivre, le cardinal Ratzinger, sous prétexte qu’un retour à la Tradition ne serait pas compris par la majorité des catholiques, se refusant à aller dans le sens de Mgr Lefebvre. L’élection du cardinal Ratzinger sur le trône de Pierre ne donne-t-elle pas finalement curieusement raison aux deux ? En effet si Mgr Lefebvre avait accepté un accord, sa Fraternité aurait certainement périclité tandis que l’élection de Benoît XVI permet désormais à ce dernier de transformer l’Eglise de l’intérieur.
C’est pour cela que j’ai fini par publier cette pièce. Je l’avais écrite à un moment où je ne savais pas quelle tournure allait prendre les événements, puisque je l’ai rédigée il y a 20 ans, après l’échec des négociations de 1988, les sacres et les excommunications. Je n’imaginais pas alors que le cardinal Ratzinger deviendrait un jour pape, lui qui avait été au cœur des négociations et qui avait vécu le fait qu’elles n’aient pas débouché sur une réconciliation comme un échec personnel. Ce que j’ai voulu montrer dans cette pièce - où les personnages sont légèrement décalés par rapport à la réalité, puisque c’est une œuvre de fiction, même s’ils sont très nettement inspirés du cardinal Ratzinger et de Mgr Lefebvre- c’est qu’ils faisaient, comme vous le dites, le même constat sur la tragédie de l’Eglise, qu’ils avaient tous les deux la volonté d’y faire face, mais qu’ils n’étaient pas d’accord sur les moyens. Il m’a semblé qu’il y avait une matière théâtrale dans le drame de ces deux personnes de bonne volonté, qui avaient certes des désaccords tactiques voire doctrinaux, mais, qui étaient animés du même amour de l’Eglise, et condamnées par les circonstances, et par la pression extérieure, à ne pas s’entendre alors que le bien de l’Eglise aurait voulu qu’il en aille autrement.
Ce que vous dites de leur complémentarité me semble vrai, puisque dans une certaine mesure le pontificat de Benoît XVI est en train de les réconcilier. Il est tout de même frappant qu’un des tout premiers actes de Benoît XVI ait été de recevoir Mrg Fellay en audience et qu’il ait mis dans la libération de la messe traditionnelle et la levée des excommunications des quatre évêques de la Fraternité Saint Pie X une énergie, une volonté peu communes et à vue humaine disproportionnée par rapport à ce que représente le traditionalisme catholique dans les faits. C’est ce que lui reprochent les progressistes qui lui disent : « on ne comprend pas que vous passiez tant de temps sur un dossier qui ne concerne qu’une poignée de gens. » Je pense que le Saint Père, comme le cardinal Hoffbauer de ma pièce, croit, non pas que ces « gens » ont raison, mais qu’ils se sont faits les dépositaires d’une vérité qui a été négligée, méprisée par les autorités de l’Eglise, et qu’une injustice leur a été faite par haine de cette vérité. Je ne pense pas que le pape soit d’accord sur tout, ni avec Mgr Lefebvre, ni avec Mgr Fellay, mais je crois que Benoît XVI estime que la Fraternité St Pie X a été injustement condamnée. Qu’elle a eu le mérite de maintenir la liturgie romaine traditionnelle, qui aurait disparu sans Mgr Lefebvre, alors que son interdiction était si scandaleuse qu’on prétend aujourd’hui qu’elle n’a jamais existé ! Celui aussi de pointer (sans doute de façon parfois un peu rugueuse à ses yeux) les risques de relativisme qui dérivaient de certains textes ambigus de Vatican II, même si le pape lui-même prétend les réinterpréter plutôt que de les condamner ou de les réformer. Jean Madiran écrit dans son dernier livre sur l’Histoire de la messe interdite, qu’il suffit, pour mesurer le rôle historique de la Fraternité Saint Pie X, de réfléchir à ce que serait la situation de l’Eglise si un homme comme Mgr Lefebvre n’avait pas existé. C’est vertigineux ! Le pape n’aurait pas eu sans doute le pouvoir de rétablir comme il l’a fait les droits de la messe traditionnelle s’il n’y avait pas eu la résistance catholique que Mgr Lefebvre a rendu possible. Je ne sais pas si, Préfet du Saint Office, il aurait eu la liberté ou ressenti l’opportunité de publier la déclaration Dominus Jesus, sur la nécessité d’appartenir à l’Eglise catholique pour obtenir le Salut qui constitue une sorte de correction magistérielle du scandale de la journée d’Assise. Si devenu pape, il aurait tenu à corriger l’expression Subsistit in, en précisant qu’elle signifie (tout au moins qu’elle doit signifier, pour être conforme à l’enseignement immémorial de l’Eglise) que l’Eglise de Dieu est l’Eglise catholique, même si des moyens de sanctification comme le baptême ou la Messe peuvent subsister, grâce à elle, hors de son périmètre visible. Je pense que le pape est conscient de cela et que, dans une certaine mesure, il est reconnaissant à Mgr Lefebvre et aux catholiques traditionalistes d’avoir mené ce combat. Qu’il reconnaît qu’il peut y avoir des ambiguïtés (des double-sens, entre lesquels il faut choisir) dans les textes de Vatican II et qu’il est légitime de les soulever. Cela ne veut pas dire qu’il soit d’accord avec Mgr Fellay sur l’interprétation de tous les textes de Vatican II (notamment sur la liberté religieuse), mais il me semble qu’il estime que cela rend une réconciliation possible.
En ce qui vous concerne, est-ce que vous pensez que la Royauté sociale du Christ est une doctrine immuable, d’actualité aujourd’hui comme par le passé ?
La royauté sociale du Christ est une nécessité qui s’impose à travers les siècles, comme nous le rappelle la prière du Pater. Mais la façon dont elle doit s’exercer peut être, me semble-t-il, sujette à discussion. Il semble que Benoit XVI estime que la définition des rapports de l’Eglise et de l’Etat est une définition contingente qui n’engage pas la foi.. Que l’Etat catholique a pu être légitime à une certaine époque (même si du byzantinisme au gallicanisme, l’histoire a montré qu’il n’était pas toujours sans danger), mais que l’Eglise peut être aujourd’hui amenée à s’adapter au fait de la naissance de l’Etat moderne, qui est un Etat d’un type entièrement nouveau, étranger à toute transcendance. Que dans ce contexte, il vaut mieux prôner, avec Pie XII, une « saine laïcité » respectueuse de la loi naturelle pour éviter que l’Etat ne s’ingère dans des domaines où son incompétence pourrait l’amener à des dérives préjudiciables à la liberté de l’Eglise.
La Fraternité Saint Pie X s’en tient à l’enseignement traditionnel, qui est celui de Pie IX et de saint Pie X, avec des arguments très forts. En proclamant que la liberté de choisir et de pratiquer sa religion au for externe (la liberté de l’acte de foi au for interne n’étant ici pas en cause, contrairement aux caricatures que colporte la presse) était un droit imprescriptible de la personne, parce qu’elle serait liée à la dignité ontologique de l’homme; en substituant, par là, la personne humaine à la vérité divine comme sujet d’un droit garanti de toute contrainte, la déclaration Dignitatis humanae a, de fait, privé par avance l’Eglise de toute autorité contraignante lorsqu’elle s’exprime dans le domaine social. Par la bouche de Jean-Paul II, comme par celle de Benoît XVI, elle a certes continué à le faire en invoquant un « ordre moral naturel connaissable par la raison », qui s’impose, à ses yeux, aux pouvoirs publics. Mais ses adversaires ont beau jeu de répondre que l’existence même de cette loi naturelle fait partie de ces croyances que l’Eglise a certes le droit de professer, mais qu’elle s’est elle-même interdit de prétendre imposer aux citoyens qui peuvent de leur côté estimer que le désordre de leurs mœurs et de leurs pensées, leur adhésion à toutes sortes de sectes, fussent elles sataniques, fait partie intégrante du « droit de vivre selon leur conscience » qu’elle leur a concédé.
Reste que la situation est rendue complexe par le fait que les chrétiens sont devenus minoritaires dans les pays de vieille chrétienté. Nous devons certes travailler à faire en sorte que le christianisme redevienne majoritaire et que nos pays soient régis par des institutions chrétiennes. Dans l’immédiat, le Saint Père est pourtant obligé de tenir compte de la relative marginalité dans laquelle le christianisme est tombé ; sa charge le condamne à se colleter avec la réalité, le monde tel qu’il est. Le modèle de l’Etat catholique tel qu’il a pu exister au Moyen-Age, a été certainement magnifique, et il est absurde que l’Eglise ait obligé, après Vatican II, certains pays comme l’Espagne ou la Colombie à se laïciser. Mais est-il, aujourd’hui, adaptable à une société qui s’est, depuis, fortement déchristianisée ? Je me pose la question. Quand Constantin s’empare de l’empire romain, qui est un empire païen, il n’en fait pas d’emblée un empire chrétien, conscient sans doute de ce que le christianisme y est minoritaire. Il institue la liberté religieuse, c'est-à-dire qu’il donne la liberté à tous les cultes, aux chrétiens comme aux païens. A ma connaissance, aucun Père de l’Eglise ne le lui a reproché. Constantin rend un culte public à Dieu, mais dans des termes très ambigus (« la Divinité ») que les païens peuvent accepter. Dans le même temps, il manifeste sa préférence en favorisant l’Eglise, en l’aidant à réunir ses conciles, en mettant la poste impériale au service des évêques. Il assure la paix de l’Eglise par des arbitrages, il défend les évêques catholiques, il intervient, à l’occasion contre les hérétiques, il réprime la magie, la divination, l’occultisme, les sectes qui préconisent des pratiques dépravées (preuve que sa conception de la liberté religieuse n’est pas celle de Vatican II, qu’elle n’est pas fondée sur la dignité de la personne humaine, mais sur les droits de la vérité et de la morale, accordés aux nécessités de la concorde et de la paix publique). Il me semble que c’est un équilibre de ce type que l’Eglise s’efforce, depuis deux siècles, de trouver avec l’Etat moderne, qui a succédé à la chrétienté. Il ne passe, à mes yeux, ni par la formulation extensive que le concile Vatican II a donné de la liberté religieuse, qui condamne l’Eglise à limiter son enseignement à un simple témoignage, ni par un retour, de toute manière utopique, à un passé idéalisé.
L’Irlande a plié
L’Irlande a donc pliée sous le joug. Là aussi un petit pays a concentré sur lui toute l’attention. Mais au contraire de la Suisse l’Irlande était elle, intégrée dans « le machin », comme l’appelait de Gaule, et ne pouvait que se soumettre. Elle avait intégré l’Europe convaincue que cette adhésion lui serait profitable sur tous les plans : économique, politique... et en effet au plan matériel, en deux décennies, l’Irlande a fait un bond prodigieux vers plus de prospérité. Mais qu’est-ce que la richesse matérielle, doit-elle être la boussole qui détermine nos choix ? En intégrant l’UE, l’Irlande s’est aligné sur les options économiques et financières de l’Europe qui, depuis les années 70, a été plus libérale, plus dérégulatrice que sa mère nourricière, les USA. Or ce sont ces options qui sont à l’origine de la crise planétaire dans laquelle nous commençons à peine à nous débattre. Si bien que les progrès économiques de l’Irlande vont fondre comme neige au feu ( elle est d’ailleurs sur le point d’être mise en faillite et de devoir passer sous les fourches caudines du FMI). L’appât était beau. L’Irlande a pu y goûter. Mais la récréation est terminée. L’Europe tombe désormais son masque. La période que nous vivons actuellement est en cela prodigieusement instructrice, car nombre de nos mythes modernes révèlent aujourd’hui leur vrai visage. Il suffit de se donner la peine de s’informer en dehors des canaux officiels, soit par de bons livres, soit par internet pour comprendre la tartufferie que fut tout à la fois, l’Europe, la mondialisation libérale, le combat contre les discriminations, la démocratie sans Dieu.
On est désormais pris de vertige entre ce que l’Europe prétend être et ce qu’elle est vraiment. On pourrait croire que c’est le résultat du dévoiement de son projet originel. Or à la vue des dernières révélations de certains dossiers américains secrets déclassifiés , il n’en est rien.
Prenons les problèmes dans l’ordre. Que nous enseigne l’affaire irlandaise ? Que les élites dirigeantes européennes ne prennent même plus le soin de faire croire que l’Europe est au service des peuples et sous leur contrôle, que toute la rhétorique démocratique n’est qu’un mensonge. Le peuple irlandais s’était prononcé contre le traité de Lisbonne une première fois. Ayant mal voté aux yeux des élites européennes, il fut sommé de revoter. La manœuvre fut un peu moins grosse qu’en France, puisque chez nos voisins le peuple ne fut pas même appelé à se prononcer sur la copie d’un texte ( le traité constitutionnel) qu’il avait refusé. Le traité de Lisbonne lui fut ainsi imposé par ses élites politiques qui se reproduisent désormais, à la faveur d’un système médiatico-politique totalement verrouillé, sans plus aucun lien avec les aspirations populaires. En Irlande le peuple ne pouvait tout de même pas être contourné. Il fut ainsi reconvoqué pour voter correctement cette fois-ci. Or c’est bombardé de fausses promesses que les Irlandais se déplacèrent pour ratifier, cette fois-ci, le traité de Lisbonne. Les partisans du « oui à Lisbonne » ont en effet menti éhontément, faisant du slogan «« YES for jobs » l’argument massue de leur campagne. Mais dès le lendemain des votations ils se déjugèrent. Le ministre des Finances s’étant empressé de déclarer : « Nous n’avons jamais promis d’emploi en retour du "oui" ». Le gouvernement avait aussi mis l’accent sur le fait que l’Irlande avait obtenu des concessions sur la neutralité, l’avortement et la perspective de garder un poste dans la commission qui se mettra en place en 2014. Or l’européiste Patrick Martin-Genier est récemment passé aux aveux « La neutralité sur la scène internationale est aujourd’hui un leurre. La question de l’avortement est une question éthique plus que politique et la Cour européenne des droits de l’homme saurait censurer une attitude contraire aux droits de chaque femme de décider en la matière. Quant au poste de commissaire, que restera-t-il de cette promesse en 2014 et après ? »
D’autre part la Commission européenne a violé le principe de son mandat. Elle qui a pour charge que l’application des traités en vigueur, a investi sur ses fonds (150 000 euros) la diffusion de 1,1 millions de brochures, distribuées gratuitement dans les journaux du dimanche, une poignée de jours avant la votation.
Quelques jours à peine après la ratification du traité, les européistes ont poursuivi leur campagne de déstabilisation et de chantage à l’égard du dernier opposant au traité, la Tchéquie. Le trilatéraliste Pierre Lellouche expliquait notamment : "Vaclav Klaus ne pourra tenir très longtemps (...) La pression sur lui pour qu'il signe sera très forte (...) s'il veut bloquer à lui tout seul le sort institutionnel de 500 millions d'Européens, il y aura des choses désagréables pour la République tchèque". Or le président tchèque, Valcav Klaus, est animé d’une détermination qu’il puise dans son catholicisme, comme il l’a reconnu à notre Saint Père lors du voyage de ce dernier en Tchéquie « « Vous nous avez apporté - pour reprendre vos paroles - une nouvelle espérance! Votre grande foi, votre courage dans l'expression d'opinions qui ne sont pas toujours politiquement correctes et partagées par tous, votre engagement en faveur des idées et des principes fondamentaux de notre civilisation et du christianisme sont ici pour nous donner à tous un exemple et pour nous encourager. »
Ainsi ce que l’Europe se révèle être désormais, pour quiconque se donne la peine de s’informer : une machine à broyer les peuples, à enregistrer les exigences des lobbies transnationaux, à étendre la culture de la mort, à déconstruire les identités nationales, à étouffer la démocratie réelle, on se tromperait fondamentalement en croyant que telle ne fut pas sa vocation dès le départ. De Gaule en a certes retardé l’épanouissement un certain temps, mais dans l’esprit des pères fondateurs , l’Europe devait se construire en détruisant les nations pour permettre à terme une intégration dans un ensemble encore plus vaste, un espace politique et économique commun avec les USA. Alors qu’à chaque campagne pro-européenne, sur notre sol, mais également dans les pays de l’UE, la nécessité de l’Europe est exaltée pour peser face aux USA, dès l’origine les USA ont été parmi les plus ardents défenseurs de la construction européenne. Au point que l’Europe telle qu’elle existe n’est en fait que l’émanation du projet américain. Monet fut ainsi toujours un ardent défenseur des Etats-Unis d’Europe. De Gaule, qui voyait clair dans son jeu, le considérant comme un agent américain, s’y opposa toujours, parfaitement conscient qu'une Europe fédérale serait à la botte des USA.
Grâce à l’alliance des nationaux et des communistes, le projet de la CED, soutenu à bout de bras par les USA, finançant pas millions la campagne en faveur de sa ratification, fut défait en France. Monnet et les euro-atlantistes se rabattirent alors sur une autre stratégie consistant à imposer des procédures, des engrenages. La doctrine de l'engrenage (spill over effect) c’est « le secret de la construction européenne est celui d'une dialectique entre la force des engagements fondamentaux, et le développement spontané de ses multiples effets d'engrenage. » ( 30 nov 1989, Jacques Delors). C'est la théorie des liens des liliputs, qui insidieusement et progressivement, doivent entraver l’action politique. C’est une stratégie crypto-marxiste, fondée sur le primat de l'économie, qui rêve donc de l'extinction du politique. C’est la même conception de la gestion technicienne et procédurale de la politique théorisée par un Alain Minc qui voyait dans les contraintes imposées par Maastricht l'incarnation du « cercle de la raison » . Petit à petit, de traité signé en arrêt de la Cours de justice des communautés faisant jurisprudence, c’est l’ensemble des prérogatives des Etats qui est transféré à l’Europe. Jusque-là jamais on avait vu des Etats transférer définitivement, irréversiblement leur souveraineté à l'extérieur de leur sphère naturelle de légitimité qui est le peuple ou la nation. Avec Maastricht et Amsterdam on est en effet passé de l'ère des limitations temporaires, volontaires et réversibles de la souveraineté ( l'ère des traités) à celle d'un transfert illimité et irréversible de la souveraineté. Comme l’a dit Roland Dumas en 1991 « En France, déterminée à jeter les bases d’une union à vocation fédérale(…), nous avons pris pour Maastricht le parti d’une mutation fondamentale vers une entité supranationale. » Le principe de subsidiarité institué par Maastricht rend en effet les Etats subsidiaires. « dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exlcusive, la communauté n'intervient (...) que si et dans la mesure où les objectifs de l'action envisagée ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante par les Etats membres et peuvent donc(...) être mieux réalisés au niveau communautaire. » On trouve par contre 19 matières de compétence communautaire exclusives: politique commerciale douanière, libre circulation des personnes, transport, industrie et concurrence, environnement, recherche, mise en œuvre de la charte sociale européenne, santé, développement du tiers monde, protection du consommateur et tourisme. S'y ajouteront, avec Amsterdam, la politique de sécurité et de justice et la politique étrangère. L’Union Européenne a donc vocation à s’occuper de toutes les compétences anciennement dévolues à chaque nation. Avec le traité de Lisbonne les décisions pourront être prises à la majorité. Les Etats nationaux seront donc juridiquement totalement sous la tutelle de l’Etat fédéral. D’ores et déjà 80% du droit national produit dans un pays comme la France est une transposition directe des décisions prises au niveau européen.
Ainsi la voie suivie par l’Union Européenne au cours de son édification est riche d’enseignements sur la finalité recherchée et sur sa réalité foncière. Non seulement elle s’est édifiée en suivant la stratégie des engrenages, par le tissage de liens juridiques de lilliputs toujours plus contraignants et en extrayant des traités, selon le principe d’interprétation de « l’effet utile » (le texte a une finalité implicite dont seuls les juges connaissent l'existence ; on interprète donc le texte non en fonction de ce qu'il dit mais du but présumé qu'il poursuit). On n’exposait ainsi pas directement les objectifs poursuivis, évitant de susciter l’hostilité des peuples - mais elle a comme autre principe matriciel l’idée crypto-marxiste que le politique est le reflet des rapports économiques. Toute la construction de l’union européenne est donc une tentative de court-circuitage de la démocratie, de contournement de la volonté populaire et de soumission de celle-ci aux diktats économiques et juridiques extraits de traités absolument inintelligibles. L’inintelligibilité des traités européens ( les articles qui les composent étaient estimés à plus de 500000 à l’époque du traité d’Amsterdam, en 1996) étant parfaitement délibérée. Elle permet aux commissaires, juges et experts de dégager le sens prétendument implicite qu’ils renferment, en privilégiant tel ou tel point, articles ou clauses selon les nécessités de l’idéologie qui les domine. La construction de l’Union Européenne est donc entièrement sous la coupe d’une idéologie. L’idéologie que Jean-Claude Michéa, entre autres, ne cesse de dénoncer, cette idéologie qui veut que les hommes ne sont que des monades parfaitement étrangères les unes aux autres, mues par le seul ressort de leur égoïsme et que rien de transcendant ne relie. Ce qui est parfaitement troublant c’est que cette idéologie, qui est, à quelques variantes près, communément partagée par le libéralisme et le marxisme, n’a pas d’autre recours pour devenir opérante que la construction de vastes ensembles économico-politiques s’édifiant en s’asseyant sur la liberté des peuples, en les trompant, les manipulant, en les circonvenant. L’exemple de L’Irlande, de la France et de la Tchéquie le démontre assez bien.
Si bien que la réalité visée par l’Union Européenne n’a absolument rien à voir avec la construction d’un espace politique et économique susceptible de pouvoir peser face aux USA. Elle n’est pas davantage la garante de la spécificité des peuples qui la composent et encore moins de la liberté de ses membres. C’est une machinerie qui, à l’instar de celle que Orwel a décrite dans « 1984 », procède par la destruction du langage ( par le mensonge systématique, la subversion sémantique des mots, comme ceux de liberté, de démocratie etc), la destruction des identités pour promouvoir un type d’homme nouveau totalement déraciné, rendu totalement étranger à lui-même, sujet docile des ses appétits matériels, du mensonge publicitaire et de la propagande politico-financière. Le cadre national a toujours été conçu par les élites mondialistes comme étant le verrou à faire sauter pour permettre aux sociétés multinationales de donner leur pleine mesure dans l’exploitation des peuples. L’argument puant consistant à faire croire que l’Europe était nécessaire pour s’opposer aux USA ne serait recevable que si les élites européennes n’étaient pas issues du même moule idéologique que celles des USA. Or c’est naturellement tout le contraire. L’Europe, bien plus que les USA, fut ainsi, dès ses débuts, à la pointe de la dérégulation économique et financière, le terrain de chasse des multinationales. Les multinationales exercent en effet sur Bruxelles un lobbying de tous les instants. La Commission travaille déjà quotidiennement avec les quelque 15000 lobbyistes privés de Bruxelles. Les arcanes du pouvoir bruxellois, avec les montagnes d’articles de ses traités, les tombereaux d’arrêts produits par ses tribunaux, est totalement hors d’atteinte d’un contrôle citoyen. Et ce ne sont pas les députés européens, pour la plupart inféodés aux intérêts mondialistes, et dotés de toute façon de pouvoirs infimes, qui pourraient inverser la donne. Le Parlement Européen n’est que la vitrine, l’alibi démocratique d’une entreprise oligarchique.
Nous sommes donc désormais arrivés au stade terminal du développement historique de l’idéologie qui a éclos dans les esprits hostiles à l’Eglise au cours du XVIIIe. Cette idéologie a été portée par deux jambes au cours des XIXe et XXe : par le communisme et le libéralisme. Le premier s’est effondré dans le fracas que nous savons à la fin du siècle passé. Son frère gémellaire, le libéralisme politique et économique, n’est désormais plus très loin de connaître le même sort. Le communisme lui a permis de faire illusion un siècle durant, mais structurellement il est animé de la même rage contre tout ce qui est beau, tout ce qui est vrai, tout ce qui est bon. Il est un antihumanisme sur toute la ligne. Il porte une responsabilité plus grosse que le communisme car il en est la souche. C’est lui, qui originellement, à détourné les principes du christianisme, les a coupés de leur base transcendante. Les penseurs des Lumières ont opéré ce hold-up. Ils ont lancé l’humanité occidentale dans une course éperdue vers une liberté d’artifice qui, au final, se révèle être pour ce qu’elle : un slogan destiné à permettre aux oligarques, aux puissants de s’en mettre plein les poches ; un outil formidable de déconstruction de l’homme, le réduisant à un simple tube digestif articulé à son téléviseur, ses supermarchés, ses sites pornographiques, ses divertissement décérébrants, ses joutes sportives abrutissantes.
Julien Gunzinger
La propagande, troisième membre de la trinité moderne.
Dans les deux précédents numéros nous avons identifié que notre civilisation reposait sur deux piliers. Le premier s’est édifié petit à petit et a été couronné d’une parure dorique lors de la révolution sexuelle. C’est pourquoi nous avons fait du préservatif son symbole. Il soutient notre désordre moral actuel, notre hébétude intellectuelle. Le second a, lui aussi, eu une lente édification. Sa construction s’est soudainement emballée dans les années 90 et le début des années 2000 lui faisant défier le ciel. Ce second pilier soutient toute la dérégulation économique et financière. Il a donc l’argent pour symbole. Mais les deux font système. Le second a besoin du premier pour pouvoir étendre sa logique à tous les domaines de la société. Le premier est l’alibi intellectuel et moral du second. Il proclame que la liberté individuelle est la quintessence de toutes nos valeurs, que l’homme est une dignité absolue qu’il doit être souverain dans tous ses choix, qu’aucune règle surplombante ne doit le limiter. Chacun doit avoir le droit de mener son existence comme il l’entend dans tous les domaines : sexuel, économique, religieux... Le seul principe limitatif est celui du respect de la liberté de l’autre. Ce principe induit donc que les hommes ne limitent leurs élans égoïstes que parce qu’ils attendent que les autres feront de même en retour. C’est un principe qui loge l’intéressement au cœur de la relation sociale, qui en fait le seul principe de régulation. En quoi il est précisément amoral puisqu’il n’attend pas des hommes une conduite morale pour des raisons morales ou, mieux, spirituelles, mais pour des motifs d’intéressement. C’est ce principe qui est le foyer infectieux de notre civilisation. Le point d’engloutissement qui prend les allures de trou noir à mesure que le temps passe. Pourquoi ? Parce qu’il est le point de fuite que nous nous sommes donné pour ne plus avoir à nous interroger sur la finalité de nos actions sur terre, pour ne plus avoir à les penser, pour ne plus avoir à porter le fardeau de notre nature humaine. Il est l’expression de notre démission de notre statut d’animal rationnel, d’animal politique. Il fait tout reposer sur une imposture, une contradiction dans les termes : il fait dépendre notre respect de l’autre de notre intéressement. Il est une machination, au sens fort, celui de piège, dans lequel l’humanité occidentale est tombée depuis plusieurs siècles. Je ne vais pas faire ici l’inventaire des étapes qui ont permis à cette machination d’étendre sa toile. Il s’agit juste de comprendre que ce principe a été promu pour se substituer à l’idée classique selon laquelle l’homme a à réaliser sa destinée d’homme, à actualiser son humanité. Que celle-ci n’est pas un donné, que celle-ci ne se réduit pas à la liberté. Cette idée, forgée à la fois par la pensée grecque et par la pensée judéo-chrétienne, ne suppose donc que l’homme ne doit pas être gouverné par ses seules envies privées, ses seules pulsions, mais que tout au contraire il doit les travailler pour les intégrer à un plan qu’il n’a pas choisi, celui de Dieu ou de la nature. Faute de quoi il tombe dans la démesure, l’hybris qui le transforme soit en animal dépravé, une bête, soit en un être bouffi d’orgueil, une pâle caricature du divin. Dans la vision classique, l’homme n’est pas ce qu’il veut être, mais il peut vouloir ou refuser ce qu’il a à actualiser pour devenir un être humain. Partant de là, la société l’y aide par les lois positives qu’elles posent et qui sont l’expression, dans la réalité humaine, toujours contingente, instable, précaire et soumise au règne du péché, de l’ordre transcendant perçu par la raison humaine. Les lois sont donc inévitablement discriminantes, frappant d’interdit ce qui n’est moralement pas susceptible de mener l’homme à sa pleine maturation. Le terme majeur de la doctrine sociale des anciens et de l’Eglise c’est celui de bien commun. Il existe un ensemble de lois, de normes qui, si elles ne sont pas respectées, concourent à détruire le lien social, à rendre l’homme étranger à sa vocation, sa finalité. Or la pierre angulaire de tout l’édifice sociale c’est le respect de la famille, de l’institution familiale. Détruisez la famille et les sociétés seront tout simplement privées de leur source de jaillissement. La pierre de voûte de l’édifice sociale c’est ensuite l’homme spirituel qui a su actualiser les vertus en lui pour devenir le compagnon fidèle de ses semblables et des dieux. Toute la législation doit donc consister à protéger la famille contre toutes les revendications susceptibles de la dénaturer et à éveiller en l’homme le goût de ce qui est élevé qui seul peut lui attacher la fidélité de ses semblables et du Dieu. La discrimination entre le bien et le mal est au cœur de la pratique de ceux qui ont à charge la vie politique. Celle-ci est totalement au service de la promotion d’une certaine idée du Bien. Or c’est précisément contre cela que veut absolument se protéger tout le montage technico-politique moderne. Il ne faut jamais que le bien moral soit convoqué. Le principe de toute morale étant la liberté, rien ne doit venir préalablement la limiter. A elle seule de se déterminer, sans qu’aucune norme ne pèse sur elle. Là où les anciens auraient vu le plus sûr moyen de rendre toute vie sociale impossible, de mener toute civilisation à sa ruine, nous voyons la plus précieuse de nos valeurs. L’espace public doit être vierge de toute morale, il faut l’expurger de tous les résidus de l’ancienne vision. C’est à ce travail que s’emploient les « ligues de vertus » modernes au nom des droits de l’homme. Il faut que les homosexuels puissent se marier, adopter des enfants puisqu’ils le souhaitent, que les drogués puissent se procurer les substances de leurs choix, que tous les hommes et les femmes puissent aller et venir dans les pays de leurs choix, s’y établir s’ils le souhaitent, que l’on puisse choisir le sexe de son enfant ou alors se débarrasser de ce même enfant si la grossesse n’est pas venue au moment opportun, il faut pouvoir se planter tout ce que l’on veut là où l’on veut, avec qui l’on veut etc…Ainsi en Allemagne, écrit Jean-Claude Michéa « la prostitution est devenue un métier comme un autre, certaines ouvrières licenciées par le Capital se sont vu logiquement proposer par l’ANPE locale, au titre de leur reconversion, l’emploi d’hôtesses de charme dans les nouveaux Eros Centers”. Et oui, puisque tout est affaire privée, en fin de compte personne ne peut jeter un discrédit moral sur un tel métier, en conséquence cette profession doit être considérée comme n’importe quelle autre. C’est le règne de la liberté, youpi ! Et si d’aventure certains ne sont pas d’accord, c’est qu’ils sont opposés à la liberté, qu’ils sont fascistes, bref des salauds.
La stigmatisation, le déclassement moral de ceux qui considèrent que le bien commun ne tient pas essentiellement dans l’accroissement sans limite des libertés individuelle devient alors l’argument réflexe de toutes les nouvelles ligues de vertus qui, dans de nombreux pays, se sont dotées de tout un arsenal répressif judiciaire. Il devient dès lors évident qu’elles sont les propagatrices d’un nouvel obscurantisme, les fractions avancées d’une religion qui refuse de s’assumer comme tel : la religion de l’homme divinisé. Elles son obscurantistes parce qu’elles empêchent le débat d’avoir lieu, parce qu’elles étouffent le raisonnement rationnel par le martellement de leurs dogmes qui entraînent ipso facto la relégation morale de ceux qui s’y opposent. Mais jamais elles ne s’assument dans leur dimension religieuse. C’est toute la différence entre cette religion qui avance masquée et la religion chrétienne, qui, elle a également soumis les institutions temporelle à sa finalité ( la béatitude) mais en se présentant ouvertement comme une religion. Les chrétiens ont toujours exposé les tenants et aboutissants de leur foi, les ont toujours assumés, revendiqués. C’est ce qui leur a valu toutes les persécutions dont ils ont été victimes sous l’Empire romain. C’est du sang des martyrs qu’a fleuri la chrétienté. Or la déchristianisation, la soumission progressive des institutions aux finalités de la religion de l’homme divinisé s’est, elle, faite de façon rampante. C’est par le réseau de la franc-maçonnerie, des sociétés secrètes que les forces se sont coalisées pour creuser souterrainement, sous la chrétienté, des galeries qui finiront par engloutir l’ordre chrétien et l’ordre classique. Cette religion de l’homme divinisé n’a pas affronté frontalement l’ordre chrétien, elle n’a pas osé présenter au grand jour ses objectifs, son programme. Un tel tour d’esprit est perceptible dès la naissance de la philosophie politique moderne chez un auteur comme Machiavel, qui assigne à la politique non plus la mission de veiller à l’édification morale des hommes, par une législation idoine, mais celle d’user de tous les moyens possibles pour maintenir la stabilité sociale, en légitimant, au besoin, l’exaltation des passions les plus viles. La politique est dès lors conçue en dehors du cadre du bien commun traditionnel. Elle n’a plus à promouvoir les grands principes qui favorisent le plein épanouissement en l’homme de ses vertus, elle doit tendre vers une simple technique de gestion des affaires humaines, instrumentalisant les hommes pour garantir la paix sociale. Dès l’aube de la modernité, les hommes sont réduits au statut de rouages de la mécanique sociale. On y exclut toute idée de finalité, de destinée humaines. Au cœur de la pratique politique s’inscrit donc cette idée qu’il faut manipuler, tromper, agir en secret, ne plus viser le bien commun. Il faut aiguiller en sous-main, ne pas exposer toutes les lignes du programme, imposer une logique d’engrenage. Et c’est là la grande perversité du paradoxe. Car à mesure que l’on avançait masqué, que l’on agissait en dissimulant, en pilotant le destin des hommes à leur insu, on ne cessait de le faire au nom de la liberté, de la démocratie. La franc-maçonnerie doit être comprise comme la puissance occulte emblématique de ce retournement. Elle dont l’action est essence nouée autour du secret. La doctrine politique qui émergera alors de deux siècles d’application progressive de cette pratique rampante sera le libéralisme.
Jean Claude Michéa définit ainsi le tableau à double entrée du libéralisme « (…) la droite moderne ( celle qui a renoncé à rétablir l'alliance du trône et de l'autel) représente l'entrée par le marché et son expansion perpétuelle, la gauche moderne ( celle qui a définitivement renoncé depuis Mai 68 étudiant, au compromis historique passé avec le mouvement ouvrier socialiste lors de l'affaire Dreyfus) représente le mode d'entrée privilégié par le Droit et sa culture transgressive (…)c'est pourquoi le clivage historique droite/ gauche, tel qu'il en est venu à fonctionner de nos jours, est la clé politique ultime des progrès constants de l'ordre capitaliste. Il permet, en effet, de placer en permanence les classes populaires devant une alternative impossible. Si elles cherchent à se mettre à l'abri des effets économiques du libéralisme elles vont alors avec la gauche valider toutes les conditions culturelles du système qui engendre ses effets. Soit elles se révoltent contre cette apologie perpétuelle de la trangression et elle tombe entre les griffes de la droite et l'extrême droite qui démantèlent leurs conditions d'existence matérielles. (…)Les raisons qui commandent ce double développement ( logique du droit- logique capitaliste) sont structurellement les mêmes: l'épuration éthique à laquelle chacun de ses appareils est tenu de se livrer n'est que la contrepartie pratique de ce renoncement à « penser la vie humaine selon son bien ou selon sa fin »(Manent, Pierre). Ce processus qui organise tout est sans sujet donc sans fin. Cette configuration morale du droit libéral c'est la notion de limite qui devient impensable. C'est donc, en dernière instance, sous l'effet de sa propre logique qu'une société libérale se trouve contrainte, comme Marx l'avait compris « de révolutionner constamment l'ensemble des rapports sociaux. » et de fouler aux pieds toutes « les relations patriarcales et idylliques. » ( manifeste) » ce bouleversement continuel de la production ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes. » C'est pourquoi l'époque moderne est ontologiquement ordonnée à l'idée que « le but final n'est rien et que le mouvement final est tout » (Bernstein Eduard) »
Or notre époque a ceci de merveilleux que désormais la grande jonction s’est opérée, là sous nos yeux. Les règnes du préservatif et du fric ont scellé leurs noces ( en cela le mariage de Carla Bruni, représentante gauche bobo, et de Nicolas Sarkozy, est l’illustration planétaire symbolique de cette fusion des deux lignées du libéralisme) , ils sont les fruits pourris de cette religion honteuse qui restait tapie dans l’ombre et qui prétend désormais sortir de la tanière d’où elle tirait les ficelles. Tout est tellement évident, là, étalé sous nos yeux. Chacun d’entre nous, dès lors qu’il se donne la peine d’un peu réfléchir, peut faire le constat qu’une feuille de papier à cigarette ne sépare plus la gauche de la droite. Le grand vide dans lequel se débat la pensée dite de gauche ne doit plus être cherché ailleurs. La pensée dite de gauche est dorénavant inexistante, exsangue, parce que dès son origine elle n’est qu’une des jambes du programme. L’idéologie libérale contenait, avec l’opposition gauche-droite, les deux grands pôles nécessaires à la réalisation du projet religieux dont le libéralisme est l’instrument. C’est par ce mouvement polarisé ( gauche- droite) que la religion qui gît sous le libéralisme a mené à bien son projet, en faisant descendre dans les institutions ses dogmes. C’est ainsi que s’est faite l’aliénation de notre société à cette religion. Toujours sous couvert de liberté, de démocratie. Désormais gauche et droite peuvent tomber le masque. Les hommes sont si bien conditionnés à tout évaluer en terme de gains individuels ( ils ont été si bien dissociés), à considérer le travail productif et économique comme la matrice de toute vie sociale, à demander aux médias officiels leur ration quotidienne de pseudos infos (faite de people, de sport, de mensonges, de consommation, d’occultation, de manipulation) que cette religion croit pouvoir sortir au grand jour. Mais comme les vampires elle se décomposera sous l’intensité de la Lumière.
Ce qui est proprement vertigineux quand on prend la peine de réfléchir, c’est que tous les thèmes du libéralisme sont issus du christianisme. Qu’il s’agisse de liberté, d’ égalité, de la notion de dignité humaine, de personne. Toute leur force, leur consistance conceptuelle est dûe au travail des plus éminents philosophes et théologiens chrétiens. Mais ils sont coupés de leur base transcendante, rabattus sur un plan immanent. Les modernes les utilisent sans aucune piété filiale, ils prétendent qu’ils sont opérants en dehors de leur lieu de vie surnaturel qu’est l’Eglise, en dehors de leur rattachement au corps du Christ. Chesterton disait que le monde est plein « de vertus chrétiennes devenues folles ». Soljenitsyne a développé la même idées aux émissaires parisiens qui venaient lui remettre en décembre 2000 le grand prix de l’Académie des sciences morales. Il leur parla de la « crise profonde qui s’annonce » et il leur en donna la cause « Il y a cinq siècles, l’humanisme s’est laissé entraîner par un projet séduisant : emprunter au christianisme ses lumineuses idées, son sens du bien, sa sympathie à l’égard des opprimés et des miséreux, son affirmation de la libre volonté de chaque être, mais en essayant de se passer du Créateur de l’Univers »
Encore une fois, tout est là désormais, sous nos yeux. S’il l’on devait utiliser une métaphore animalière pour caractériser la société qui s’est édifiée en vampirisant les grands thèmes chrétiens, ce n’est pas l’image du Léviathan qui nous viendrait immédiatement en tête, mais celle de cet animal imaginaire, fantastiquement abruti dont parle Flaubert, le catoblépas qui vit en se bouffant lui-même. Notre société, à force d’exalter, en les sécularisant, des valeurs qui sont socialement structurantes qu’en Jésus Christ, laisse une pulsion de mort la travailler au plus profond de son être, la diriger vers toujours plus de reniement, de dégoût de soi. La famille est désormais en lambeau, la confiance en la beauté, la vérité, en l’effort, est à terre. Les prothèses techniques doivent suppléer à tout. L’homme n’est plus qu’une béance de revendications de droits, de plaisirs, de confort qui sont en train de l’engloutir. Cornelius Castoriadis faisait le même constat lorsqu’il écrivait que le capitalisme a hérité « d’une série de types anthropologiques qu’il n’avait pas créés et n’aurait pas pu créer lui-même : des juges incorruptibles, des fonctionnaires intègres et werberiens, des éducateurs qui se consacrent à leur vocation, des ouvriers qui ont un minimum de conscience professionnelle, etc… ces types ne surgissent pas et ne peuvent pas surgir d’eux-mêmes, ils ont été créés dans des périodes historiques antérieures, par référence à des valeurs alors consacrés et incontestables : l’honnêteté, le service de l’Etat, la transmission du savoir, la belle ouvrage..(…). Or nous vivons dans des sociétés où ces valeurs sont, de notoriété publique, devenues dérisoires, où seule compte la quantité d’argent que vous avez empochée, peu importe comment, ou en nombre de fois où vous êtes apparu à la TV. Le seul type anthropologique créé par le capitalisme et qui lui était indispensable au départ pour s’instaurer, était l’entrepreneur schumpetérien : personne passionnée par la création de cette nouvelle institution historique, l’entreprise, et par son élargissement constant moyennant l’introduction de nouveaux complexes techniques et de nouvelles méthodes de pénétration du marché. Or même ce type est détruit par l’évaluation actuelle ; pour ce qui est de la production, l’entrepreneur est remplacé par une bureaucratie managériale ; pour ce qui est de faire de l’argent, les spéculations à la Bourse, les OPA, les intermédiations financières rapportent beaucoup plus que les activités entrepreneuriales .(…) En même temps donc qu’on assiste, moyennant la privatisation, au délabrement croissant de l’espace public, on constate la destruction des types anthropologiques qui ont conditionné l’existence même du système » (La montée de l’insignifiance, Cornelius Castoriadis)
Le grand projet libérateur de l’occident est une machine à tout pulvériser. Son seul but est de promouvoir l’individu, tout ce qui ne ressort pas de la logique de la quête individualiste ne passe pas au travers du maillage extrêmement fin de son tamis. Pour atteindre sa réalité actuelle, il fallut que les générations succèdent aux générations, cédant les unes après les autres aux sirènes du grand projet en émancipation qui devait congédier de notre horizon la faim, l’exploitation, l’ignorance. Mais dès le départ ce projet était bancal, dès le départ il reposait sur du sable, sur le mensonge. Dès le départ il avait le prince du mensonge pour inspirateur. « vous deviendrez comme des dieux ». Et c’est dans ce sens que les minorités agissantes n’ont cessé de projeter l’humanité, par détournements progressifs de ce qui en fait sa réelle grandeur : devenir par le Christ à la ressemblance de Dieu. Ces minorités agissantes composées des plus fins esprits de chaque époque et portées par l’égout collecteur de toutes les idéologies ( Lumières, socialisme, scientisme, nationalisme) : la franc-maçonnerie et son formidable réseau de solidarité à travers les élites du monde entier. Ces minorités agissantes elles-mêmes noyautées par des initiés encore plus élevés en grade, plus retors, plus puissants. Tout le programme de l’occident se résume à une entreprise de manipulation, un système de poupées russes, où ceux qui croient tenir les commandes sont obscurément également pilotés par d’autres. L’ensemble de ce programme n’a pas d’autre finalité que de déconstruire le projet de Dieu qui était de faire des hommes des partenaires libres, consentants par amour à ses vues et qui dépêchait ses anges auprès de lui pour l’aider, le soutenir dans sa marche jusqu’au ciel. Mais il fut, on le sait, contesté dès le départ par Lucifer, celui qui avait été le plus nanti de dons par le Créateur, qui refusa de se mettre au service de cette ridicule créature, si fragile et débile à la naissance : l’homme ( non serviam). Lucifer qui, depuis, conspire à la destruction du projet divin en faisant de l’homme sa proie, en cherchant à obtenir de lui qu’il se détourne, qu’il oublie jusqu’au nom du Fils du Créateur venu sur terre pour tout réintroduire dans les plans de Dieu. Au cœur du mensonge moderne retentit donc toujours plus sourdement le mensonge« vous deviendrez comme des dieux. » destiné à soumettre l’humanité à une camisole de fer, plus implacable que tous les totalitarismes déjà expérimentés. Au cœur du mensonge moderne se trouve le gnosticisme, cette spiritualité qui est véritablement la seule concurrente réelle de la révélation. Cette spiritualité qui eut sa grandeur à l’époque où l’homme ne disposait pas encore de la révélation, développée par voie toute naturelle par les grands philosophes antiques comme Pythagore ou Platon. Elle faisait de l’homme, en sa partie la plus noble, l’âme, une parcelle du divin par laquelle, au moyen de l’ascèse, l’homme pouvait réintégrer sa nature divine. Cette spiritualité était une pierre d’attente pour les gentils. Le christianisme l’absorba en l’élaguant de toutes ses branches folles. Mais le malin savait pouvoir s’en servir comme la fondation future de son dessein, car il savait que le gnosticisme conserverait toute sa force attractive par l’orgueil qu’il pouvait susciter chez l’homme, par l’espoir qu’il lui insufflait de pouvoir se faire dieu sans passer par la soumission à l’autorité du Christ, communiquée à son Eglise. Sa force attractive s’en trouva décuplée à mesure que le christianisme réalisait son œuvre, enrichissant les royaumes, enrichissant les esprits, les libérant de l’esclavage ( en Occident il disparaît au VIIIe), donnant aux hommes les moyens de maîtriser la nature ( les abbayes furent les centres d’ingénieries de l’Occident qui rendirent possible la révolution technique de la Renaissance). Toutes les valeurs de liberté, d’égalité, de progrès, lestées d’une réalité existentielle toujours plus prégnante, devinrent autant de tentations pour les hommes de se croire affranchis de la dette qu’ils devaient au Christ. C’est cet orgueil que le malin capitalisa en l’orientant vers le gnosticisme, là où il devinait que l’Occident le rejoindrait à son tournant. Cette spiritualité gnostique est celle qui anima ainsi, dès sa naissance, la franc-maçonnerie. A son contact, elle s’était imprégnée de toutes les conquêtes morales du christianisme. La FM allait ainsi pouvoir les jouer contre l’Eglise elle-même, qui en était la mère et la gardienne.
En 1717, quand la FM se constitue, les élites occidentales sont déjà depuis un certain temps acquises au projet politique faisant de l’homme un rouage d’une grande machinerie. Machiavel, Hobbes, Pascal, Locke, Mandeville ont déjà jeté les bases théoriques qui affirment que le bien public naît des vices privés. Tout est en place au niveau moral pour que la concupiscence, l’égotisme accouchent de la société marchande. Mais il faut encore déconstruire les grandes structures symboliques et institutionnelles qui empêchent à la machine de donner toute sa mesure, il faut que le bien temporel ne soit plus soumis à l’alliance du trône et de l’autel, qui se donnent toujours pour finalité de conduire les hommes à la béatitude, ainsi toujours soumis au règne social du Christ. C’est à ce moment-là que, la FM va mobiliser la religion de l’homme divinisé, élargir l’horizon de l’humanité à celui d’un progrès infini, la lancer à l’assaut du trône divin vacant, dont le Fils a été chassé. C’est à ce moment là que ce qui n’était qu’implicite dans les premier montages de la philosophie politique moderne, chez les Machiavel, Hobbes, Locke mais aussi chez Rousseau et Kant, va accéder à un premier degré d’explicitation. La phrase célèbre de Saint-Just le résume assez bien « le bonheur est une idée neuve en Europe». Le lyrisme révolutionnaire promet ainsi à l’humanité qu’en se coupant de toute référence au transcendant elle accouchera d’une cité parfaite, elle accouchera de la Jérusalem céleste. La philosophie politique moderne, pour emporter l’adhésion des masses devait être soutenue par un horizon religieux. C’est à ce prix qu’elle allait pouvoir s’ériger en véritable dogme. Ce fut là le rôle historique de la franc-maçonnerie. Celle-ci a oint la philosophie politique moderne d’une dimension religieuse qui était seule à même de lui valoir l’adhésion des masses, la logique interne de la philosophie politique moderne, réduisant l’homme au statut de rouage d’une grande machinerie, ne pouvant d’elle-même susciter l’enthousiasme et convaincre. Cette conception mécaniste du corps social avait besoin d’une innervation spirituelle pour se mettre en mouvement. Le gnosticisme de la franc-maçonnerie était nécessaire pour provoquer cette tension spirituelle. Mais naturellement on ne présenta pas dans toute son étendue cette spiritualité gnostique comme religion de substitution. Fidèle en cela à la stratégie du secret qui lui est consubstantielle, la franc-maçonnerie se contenta, dans un premier temps, d’exalter l’idéologie du progrès, de l’homme tendu vers son achèvement historique. L’essentiel était de déconstruire l’ordre classique, qui établit la cité humaine dans un rapport de sujétion à la loi naturelle, au prétexte que celle-ci est aliénante, ne fait pas droit à la liberté humaine, l’entrave. L’essentiel était d’éliminer en l’homme l’idée qu’il devait son existence et sa survie au respect d’un ordre transcendant de la nature ou de la volonté du Créateur, de libérer en lui les aspirations démiurgiques. Une fois ces principes intégrés au niveau de l’organisation des sociétés, ils allaient progressivement pouvoir produire leurs fruits. Où l’on retrouve les deux grands axes qui s’adossent l’un à l’autre, identifiés en début d’article, transposés à leur niveau opérationnel ultime : l’idée que le seul jeu des intérêts privés produit tout à la fois une société d’abondance et pacifiée et l’idée que doit cheminer, en parallèle à son développement, la déconstruction de toutes les formes publiques de normativité, de tous les interdits moraux. La machinerie économique, vers laquelle tend toute la philosophie politique moderne, n’est donc possible que si conjointement, au plan culturel, est intériorisée la structure religieuse gnostique perverse qui fait de l’humanité un démiurge et de chaque homme un petit dieu. Chacune des grandes étapes de ce processus : la Révolution Française, la Révolution industrielle, la Révolution d’octobre, la Révolution culturelle, la Révolution sexuelle, la Révolution libérale, la Révolution verte actuelle, est toujours le fait d’une avant-garde « éclairée », qui recourt aux mensonges de la propagande, à la manipulation, mobilisant les énergies spirituelles du gnosticisme en exaltant une idée perverse de la liberté, écho lointain mais toujours plus retentissant du « vous serez comme des dieux » prononcé par le maître du mensonge au temps d’Adam et Eve, au jardin d’Eden…
L’exposition de l’AJAM
Les photos sont d’une grande beauté, en grand professionnel Pierre Montavon a su capter des situations de vie intense, des expressions qui rendent matériel un arrière-plan moral, la grâce qui se dégage de l’effort, de la solidarité, de la concertation, de la concentration… A travers l’œil de l’artiste, la dignité de tous ces hommes et ces femmes devient palpable. Les qualités artistiques de ces photos sont telles que cela rend d’autant plus regrettable et rageante l’instrumentalisation dont elles sont victimes. Car le texte qui les porte les fait en effet déchoir de leur dimension artistique pour les rabaisser au rang de vulgaire matériel de propagande. Les laconiques « sans elle ? », « sans lui ? » « sans vous ? » plaquent sur les photos un propos faux, idéologique, qui malheureusement brise tout ce que la photo par elle-même contenait de puissance et de force, tout ce qu’elle pouvait spontanément susciter de bienveillance envers les étrangers qui vivent, transpirent, souffrent, travaillent, meurent chez nous. Lorsque j’ai vu ces photos pour la première, un père de famille en faisait le décryptage pour ses enfants. Décryptage fidèle à l’intention voulu par l’AJAM. « cette photo veut dire que sans cette personne albanaise, cette dame handicapée ne pourrait pas obtenir les soins dont elle a besoin » expliquait-il. Exactement le message que veut faire passer cette campagne et qui naturellement est une escroquerie. La réelle beauté de ces hommes et de ces femmes au travail, dont témoignent ces photos, ne recouvre en rien le message qui nous est asséné. Non, leur beauté n’a rien à voir avec le sentiment de culpabilité qui insidieusement veut nous être transmis. Ce n’est pas parce que sans elles nous serions à nu, paumés, sans recours que ces personnes sont belles. C’est parce que ces personnes sont belles pour ce qu’elles sont et donnent que l’artiste a pu produire des photos d’une telle qualité. Cette campagne malheureusement témoigne de la violence symbolique qui s’exerce sur la beauté, celle-ci ne peut pas se soutenir par elle-même, elle doit être légitimée par une orientation idéologique. L’art, en Occident, est en effet largement passé sous la coupe des idéologies oeuvrant à la transformation du monde, au renversement de l’ordre naturel, à l’avènement d’idéaux toisant les réalités du passé.
Que disent ces affiches? Que sans le travail des migrants un pays comme la Suisse serait dépourvu de quantités de compétences indispensables. C’est évidemment un mensonge. Si de nos jours nous avons besoin de la main d’œuvre étrangère pour assurer bon nombre de tâches et également pour assurer le renouvellement des générations, nous le devons entièrement à un ensemble de choix politiques. A commencer par les choix politiques d’hostilité envers la natalité et d’hostilité envers la famille. Il n’y a aucune fatalité, comme le voudrait signifier ces affiches. Cette situation pourrait être renversée. Ce qui est pervers dans cette campagne c’est précisément qu’elle accrédite l’idée que nous devrions être reconnaissants envers les étrangers de nous faire pitance de leur sueur, comme si sans eux nous serions sans ressource. Encore une fois, je ne dis pas que les étrangers sur notre sol n’ont pas des tombereaux de mérite à faire valoir. Tout au contraire, je sais toute la bravoure qui en anime plus d’un pour avoir travaillé moi-même, par le passé, pour une association d’aide aux requérants d’asile. Ces hommes et femmes qui ont dû quitter leur pays ( quelles qu’en soient les circonstances c’est toujours un déchirement) méritent notre estime. Alors pourquoi ces affiches mutilent-elles la réalité, pourquoi prennent-elles le parti de nous faire honte ? Car c’est bien là l’un des ressorts de cette campagne, puisqu’elle cherche à nous rendre plus accueillants, réceptifs ( sous-entendu : nous ne le sommes pas assez) sous prétexte que sans eux nous serions dans une sacrée panade.
Il y a deux explications de fond, à mon sens, à cette situation. La première c’est que tout simplement les auteurs de cette campagne communient à une idéologie qui ne leur permet pas de poser la question de la présence des étrangers sur notre sol en dehors des termes de celle-ci. Cette idéologie est celle du métissage. Le métissage est par lui-même bon, il faut organiser le grand brassage des peuples, car cela relève d’un mouvement tout à la fois naturel et historique irréversible. Cette idéologie a besoin d’être alimentée en permanence pour qu’elle devienne incontournable, pour qu’elle devienne force opérante. C’est une prophétie auto-réalisatrice. Elle s’adosse aux réalités actuelles non pas pour en dégager ce qu’elles doivent à des montages politiques ( ce qui les renverrait à leur contingence) mais pour les considérer comme la confirmation de ce qu’elle professe. La seconde explication c’est l’idée qu’on ne rejoint l’autre que par l’émotionnel. Qu’on ne peut parler de l’autre qu’en termes de pour ou contre, qu’en mobilisant des affects binaires. Cette deuxième explication recouvre pour partie la première, car ce que la première explication suppose c’est que nous sommes embarqués dans un mouvement qui départage le bien du mal. Le bien étant l’abandon des composantes identitaires passées, le mal étant la fidélité à celles-ci. C’est naturellement une survivance du marxisme qui, de la gauche à la droite, est désormais unanimement partagé. Elle résorbe toutes les questions de société dans les termes de problèmes moraux, reléguant dans l’angle mort tout ce qui est postulé en amont en termes de vérités. Et notamment celles-ci : est-il vrai que la destinée de l’humanité est d’aller vers le métissage généralisé ? Est-il vrai qu’il en résulte un plus grand bien? Quelle idée du bien commun cela suppose-t-il, quelle idée du statut des identités collectives ( les nations) cela suppose-t-il ? Ne faudrait-il pas, eu égard à la particularité de notre identité, à son terreau civilisationnel propre, prendre des mesures pour la défendre etc ? Le meilleur moyen de délégitimer ces questions est alors de tout faire passer dans le registre du pour ou contre, dans le registre émotionnel ( d’où la formulation de la question qui ne laisse pas de place au raisonnement). Où l’on voit pourquoi l’idéologie du métissage a besoin, pour que les a priori métaphysiques qui la structurent restent tapis dans l’ombre ( c’est le cas même chez le plus grand nombre de ses adeptes), de faire usage des catégories morales du bien et du mal et de situer le débat sur un plan purement émotionnel.
Le résultat c’est donc que cette campagne veut nous faire croire qu’il nous faut être non seulement reconnaissants envers les étrangers qui travaillent chez nous ( ce que je suis le premier à admettre) mais surtout que sans eux nous ne serions rien ( réduits au statut d’handicapés sans aide, donc de dépendance ontologique radicale). C’est sur cette pente que l’on veut nous entraîner. À la question « sans lui ? » nous sommes sommés de répondre : nous ne serions rien. C’est là l’escroquerie. Et celle-ci est programmatique. Cela traduit un parti pris idéologique puisque cela masque le réel ( les choix politiques faits de ne pas soutenir la natalité, la famille) cela traduit une volonté de nous entraîner plus en avant. La technique est celle de la mise en abîme. On nous présente notre réalité comme une fatalité, un constat de dépendance ontologique radicales, sans alternative, pour nous faire adhérer à la solution contenue dans le terme même de l’énoncé : il n’y a de survie que par l’autre. Il n’y a d’issue que dans le métissage, le brassage. Et si vous n’en êtes pas conscients c’est que vous êtes vraiment aveugles. La beauté des photos, leur charge émotionnelle étant totalement soumises à cet objectif, et par là-même, malheureusement, pour partie dévaluées.
Catholiques et orthodoxes
Qu’est-ce qui nous unit ? qu’est-ce qui nous sépare ?
Les écueils à franchir avant d’arriver dans la vérité de ces deux questions sont nombreuses. En particulier :
- L’enseignement du Magistère romain est la référence pour les catholiques. Mais il n’a pas d’équivalent chez les orthodoxes. Ce qui ne veut pas dire que le consensus y soit impossible, mais il est plus difficile de l’exprimer en positions claires et précises.
- Ces questions concernent la vie même du corps du Christ. La rupture de la communion entre nos deux Églises peut être comparée à un accident ayant arraché un membre du corps. Il faudrait donc avoir à la fois l’objectivité du chirurgien, qui dresse un tableau clinique le plus réaliste possible, et la passion du patient, car c’est de notre corps qu’il s’agit !
- Comme dans toute rupture, la tentation de majorer les torts de l’autre et de minimiser les siens a toujours été présente dans les relations catholiques-orthodoxes. L’apparition récente d’une tentation inverse chez les catholiques( auto-culpabilisation systématique), loin d’équilibrer le premier travers, l’a perverti – d’autant qu’on ne trouve guère l’équivalent chez les interlocuteurs orthodoxes du dialogue. On peut voir un effet pervers très net de cette attitude de catholiques latins dans la facilité avec laquelle ils condamnent les catholiques orientaux en reprenant, au mépris de la vérité historique et de la charité élémentaire, toutes les accusations de la polémique orthodoxe contre ces derniers.
1) Ce qui nous unit.
La succession apostolique, les sacrements, la liturgie ( orthodoxes et catholiques orientaux partagent exactement la même liturgie, la seule différence est que les catholiques font aussi mention du Pape de Rome)(1), la vénération de la Vierge Marie, le culte des Saints…
Et le Pape ?
Peut-on ajouter le Pape comme élément d’union entre catholiques et orthodoxes ? Il faut répondre oui – et justifier ce paradoxe. Si on se place au niveau de l’exercice de la primauté du successeur de Pierre, il est évident qu’orthodoxes et cartholiques ne sont pas d’accord sur ce point. Mais cet exercice de la primauté a évolué au cours des siècles, et il n’y aucune raison qu’il ne le fasse pas encore, dans un sens qui permettrait un rapprochement des deux Eglises. Jean Paul II le suggère fortement dans son Encyclique sur l’Unité Ut unum sint.
Mais si on se place au niveau du principe d’un rôle particulier, personnel et de primauté de l’évêque de Rome, ce rôle est généralement reconnu par les orthodoxes. Un exemple récent de cette reconnaissance, la déclaration signée en 1991 par les membres du comité mixte catholique-orthodoxe de France :
« La primauté particulière de l’évêque de Rome tient au fait que Rome fut le lieu de prédication et du martyre de Pierre – l’apôtre de la profession de foi – et de Paul, unis dans l’offrande de leur vie pour l’Eglise. »
Certes les déclarations du patriarche œcuménique, niant, devant les évêques suisses, le 14 décembre 1996, toute la primauté à Pierre, vont dans un sens opposé, mais elles relèvent plus de l’épisode que d’une volonté de rupture.
Le Pape n’est pas le chef de l’Eglise. La doctrine du Christ chef de l’Eglise, définie par saint Paul, est partagée par catholiques et orthodoxes. Mais il en est le « chef visible », en tant que successeur de saint Pierre, sur lequel le Christ a voulu expressément bâtir son Eglise. Un approfondissement par les catholiques du rôle du Pape dans ces trois dimensions ( évêque de Rome, Patriarche d’Occident, pasteur de l’Eglise universelle), sans évidemment remettre en question la doctrine traditionnelle sur la primauté du Pape, facilitera un rapprochement avec les orthodoxes. De leur côté, une meilleure compréhension des notions de pouvoir et de service – tout pouvoir impliquant de service, mais tout service impliquant également un pouvoir – ira dans le même sens.
Et le Filioque ? Il peut paraître non moins paradoxal d’inclure le Filioque dans ce qui pourrait unir nos Eglises. Il faut d’ailleurs être clair : le Filioque nous divise. Et, à première vue, les Grecs ont eu raison de protester quand les Latins ont rajouté ce mot au credo universel. C’est un point de litige, mais ce n’est pas un obstacle. Il semblerait d’ailleurs qu’aujourd’hui, on s’accorde sur la formule « L’Esprit procède du Père et du Fils », qui n’est pas un compromis mais l’expression de la théologie généralement admise par les deux Eglises. Le dialogue se poursuit sur ce sujet. Preuve du caractère non essentiel de cette divergence : dans la liturgie, le Filioque est admis par plusieurs Eglises catholiques byzantines, mais n’y est jamais obligatoire.
Mais dans le mesure où le Filioque est une règle de foi de l’Eglise latine ( son adoption éventuelle dans l’Eglise universelle pourrait toujours être décidée par un Concile œcuménique), qui n’est pas imposée aux autres Eglises et qui ne risque pas d’être perçue comme hérétique par les Eglises orthodoxes, il ne saurait diviser nos Eglises. Le discours du 29 juin 1995 de Jean Paul II, en présence du patriarche œcuménique Bartolomaos Ier, et l’importante note doctrinale du Conseil Pontifical pour l’unité des chrétiens de 1995, ont considérablement clarifié le problème et posé les bases de sa résolutions.
Faut-il ajouter que tous ces points qui nous unissent sont essentiels.
2. Ce qui nous divise.
Outre l’exercice de la primauté romaine, les divergences entre catholiques et orthodoxes sont d’ordre divers. Beaucoup tiennent à un millénaire d’éloignement réciproque. Beaucoup aussi à des traditions légitimes, mais qui ne concernent pas l’essentiel de la foi.
Certaines de ces divergences tiennent au fait que les orthodoxes n’admettent pas les Conciles ultérieurs à la séparation et leurs définitions – ni bien sûr celles des papes depuis 1054 - , même s’ils ne s’opposent pas fondamentalement à ces définitions. C’est le cas des dogmes mariaux ou de la question du Purgatoire. Les orthodoxes réfutent la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception et de l’Assomption. De quel droit, disent-ils, le pape de Rome a-t-il défini ces dogmes ? Mais depuis toujours, Marie est considéré, en Orient et par tous les orthodoxes, comme l’Immaculée, la Toute Pure. Ce n’est donc pas tant l’Immaculée Conception de Marie qui est en cause, que sa définition par le Pape. De même, l’Assomption, ou la Dormition, comme disent les Orientaux, orthodoxes et catholiques. Ce sont deux façons de dire la même chose. A ceci s’ajoute que les Orientaux mettent plus l’accent sur l’aspect "mystère" et les Latins sur l’aspect doctrinal. La divergence liturgique sur l’épiclèse est due elle aussi à un développement séparé.
Les divergences sur l’existence de prêtres mariés, sur l’alléluia chanté ou non en Carême, sur le port de la barbe par les clercs, sur le rôle des diacres etc… sont d’ordre ecclésiastique – et chacune des deux Eglises a de bons fondements dans la Tradition pour justifier sa pratique. On peut s’excommunier à coup de textes conciliaires ou synodaux, chaque côté choisissant ceux qui vont dans son sens, mais n’est-il pas préférable de reconnaître la légitimité réciproque de ces traditions, en sachant qu’elles sont organiques ( on peut être à la fois partisan du célibat des prêtres latins et reconnaître la légitimité des prêtres mariés dans les Eglises orientales – ce qui est d’ailleurs la position exprimée par le Concile Vatican II) ?
Plus grave peut-être pourraient se révéler être les différences de pratique ( d’économie selon les Byzantins), en particulier dans le domaine de la pastorale du mariage. La tolérance envers le divorce et le remariage des époux chrétiens, que l’on trouve dans les Eglises orthodoxes, est un obstacle qu’elles ont mises à l’unité, qui ne saurait être minimisé.
3. L’Etoile qui guidera leurs pas.
Les problèmes posés par la divergence sur les dogmes mariaux ne doivent pas masquer la grâce immense que partagent catholiques et orthodoxes de pouvoir rivaliser dans l’amour du Christ et de sa Mère, et d’avoir donné, par d’innombrables saints, la preuve de cet amour. L’initiative pour l’unité du fondateur de l’AED(Aide à l'Église en Détresse), le Père Werenfried von Straaten, proposant aux orthodoxes russes de prier ensemble la Vierge Marie, et particulièrement à la lumière de ce qu’elle a dit à Fatima, montre certainement une voie privilégiée pour approfondir ce qui nous unit et surmonte ce qui nous oppose.
Comme l’écrit Jean Paul II dans sa Lettre sur la préparation du Jubilé de l’an 2000 : « Dans la logique de son cœur maternel », elle nous écoutera, « elle sera, pour les chrétiens en marche vers le troisième millénaire, l’Etoile qui guidera fermement leurs pas à la rencontre du Seigneur »
Diacre Didier Rance
Directeur de l’AED/France
Article publié dans la Nef no 65
(1) Il faut toutefois noter que plusieurs Eglises catholiques orientales de rite byzantin ont connu une latinisation de facto de leur liturgie. Mais la tendance est nettement à la « réorientation », sauf ca particulier – en Roumanie, par exemple, où le refus par l’Eglise orthodoxe de rendre les lieux de culte aux catholiques exacerbe les différences.
roman feuilleton: la légende des quatre clés
« Mais la vérité bien plus démente, était que Leigh avait l’impression que Christine les surveillait. Qu’elle était jalouse, qu’elle désapprouvait leur liaison, qu’elle était pleine de rancœur. Car leigh n’avait pas, quand elle montait dedans, l’impression qu’elle roulait dans Christine, mais que Christine l’avalait. »
(Stephan King, Christine)
Chapitre 2
Pour la première fois, Jonas avait rendez-vous, ce vendredi soir, permission de minuit en poche, près de la gare de Genève, avec une bande de jeunes. C’était son plus fidèle ami, Jérémie, qui lui avait obtenu son ticket d’entrée dans la « cour des grands ». L’événement était de taille comme il avait dit. Les deux garçons se connaissaient depuis la maternelle, mais c’était du temps où ils étaient les deux au collège que leur amitié s’était vraiment consolidée. Ils étaient pourtant aussi différents que peuvent l’être le renard et la poule. Jonas étant tout de ruse et de dissimulation, Jérémie tout de bavardage et de transparence. Quand Jonas cherchait une proie pour en obtenir des copies de devoirs, des programmes informatiques, des composants électroniques, Jérémie était, lui, à la recherche d’ une oreille à qui confier ce qui traversait son esprit. Mais jamais Jonas n’avait pris Jérémie pour proie, et toujours Jérémie aimait s’épancher auprès de Jonas. Jérémie frayait depuis peu avec un groupe de jeunes de 14 à 20 ans. Habitant le quartier de Champ-Fréchet de Meyrin, il y avait été tout naturellement introduit en fréquentant les caves où des groupes de musique répétaient, jouant lui-même du saxo, et fumant ses premiers joints près du terrain de football jouxtant la salle de concert communale.
Jonas ne se réjouissait pas particulièrement de cette sortie, mais il savait qu’il y jouait une partie de sa réputation, qui commençait à souffrir de l’isolement dans lequel il vivait, dans la seule réelle amitié partagée avec Jérémie. Trop souvent il s’était senti mis à nu dans un jugement de méfiance mâtinée de mépris par certains de ses camarades de classe, filles et garçons, lorsqu’il rendait compte de ses soirées de lecture ou de programmation, vierges de toute sortie entre « potes », de toute saoulerie virilement assumée dans des vomissements auroraux.
Le programme n’avait rien de palpitant. Jérémie lui avait plusieurs fois narré à quoi il passait son temps avec la bande : faire circuler quelques joints, mater des clips de cul téléchargés sur portable, commenter certaines des positions comme étant «bonnes » ou au contraires « nazes » dans des surenchères d’éclats de rire , traquer la « meuf » à la sortie des boîtes, faire parfois quelques intrusions dans ces temples de « l’éclate » quand un pote y travaillait comme portier, se lancer dans des séances de rap improvisées sur tous les rythmes gutturaux imaginables…
La soirée fut effectivement à la hauteur de la description que lui en avait faite Jérémie. Jonas s’évertua à donner le change autant qu’il pouvait. Jérémie venant souvent à sa rescousse pour vanter les talents de programmateur de Jonas. Pour le présenter sous un jour avantageux, Jérémie n’hésita pas à grossir le trait. Jonas était un génial concepteur de jeux de combats supersoniques. Ce qui ne manqua pas de titiller de nombreux intéressés qui firent le siège le Jonas pour qu’il leur fournisse quelques-unes de ses créations. « Merci Jérémie, dit Jonas à son ami lorsqu’il eut une minute en aparté avec lui, avec les commandes que j’ai, je pourrais ouvrir un magasin de jeux vidéos sans avoir quoi que ce soit en stock. Merci pour la dépanne. »
« T’en bricoleras un vite fait, et à toi les dollars ! Remercie ton pote au lieu de l’accabler» se moqua Jérémie.
Le point culminant de la soirée fut atteint lorsque Bernie, 19 ans, arriva au volant de sa BMW.
- Y a des puceaux ce soir ? cria-t-il.
- Y en a, répondit au vol Jérémie en désignant
Jonas. Allez, baptême du feu pour toi, Jonas, t’as l’occase de monter à bord de Christine. La seule bagnole au monde qui se pilote plus vite que la mort. C’est un esprit pur, guidé par le dieu de la vitesse, Bernie.
Jérémie n’en pouvait plus de faire le parrain de son pote.
- Qu’est-ce que tu délires là, Jérémie, tu m’as
jamais parlé de ça !
- Qu’est-ce que serait une soirée sans surprise ?
trouva à lui répondre Jérémie.
- C’est la règle, reprit alors un des gars qui
s’appelait Sylvestre. Quand un nouveau intègre la bande, Bernie teste s’il a les couilles solidement tenues à son levier de vitesse…
- Ce qui veut dire ? demanda Jonas
- Que tu vas ruer dans les brancards avec Christine…Qui monte avec Jonas ? demanda Sylvestre, le jeune homme de 18 ans au regard d’acier qui semblait être craint de tous, même des plus âgés que lui.
Jérémie, déjà passablement pété, s’empressa de hurler : « Moi, moi…je veux ruer jusqu’aux étoiles »
- Qui d’autre, y a de la place pour cinq ? demanda
Sylvestre.
Plus personne ne retint la proposition.
- Vous faites injure à Christine et Bernie, allez je
monte, bande de chiards.
La voiture partit en trombe, en prenant la direction du périphérique.
- Qu’est-ce que c’est que ce plan de tablard ? demanda Jonas, vert de peur, à Jérémie.
- Décoince, Jonas, t’as pas assez fumé pour apprécier l’honneur qui t’est fait. T’es dans le ventre de Christine, elle va nous chier à la vitesse de la lumière, mon pote. Accroche-toi et fume ça, répondit-il en tendant un joint à Jonas qui déclina l’offre.
À hauteur du Grand Lancy, à un feu rouge, Bernie fit vrombir son moteur. La voiture, à ses côtés sur la voie parallèle, lui fit écho.
- Ca y est, hurla Bernie, allez, Christine, aujourd’hui c’est le grand prix du Président sur l’hippodrome de Vincennes. Crache Christine, crache.
Les deux voitures s’élancèrent dans une course de fureur vers le périphérique. Elles se dépassaient mutuellement par la gauche, par la droite, surgissaient, grands phares allumées et klaxons hurlants, derrière les rares autres voitures roulant sur le périphérique à cette heure, faisaient crisser leurs pneus dans les virages, à hérisser les oreilles d’un sourd…Jonas se croyait dans le cockpit d’un avion de chasse larguant des bombes à chaque reprise d’accélération. Il avait été embarqué de force dans ce vol de nuit au-dessus du bitume de Genève, livré à la folie suicidaire de Bernie ou peut-être de Christine. Il ne savait plus très bien lequel des deux, en effet, était aux commandes.
A un moment, Christine sembla distancer sa rivale, mais, dans un virage, elle dut planter pour éviter de prendre de plein fouet la bertram. L’autre voiture la dépassa alors dans une explosion de klaxon. Bernie hurla : « La salope, allez Christine qu’est-ce tu pars en couille…fous la dose…tu veux que je te cravache ? On va pas se laisser bouffer par une putain de gauloise… »
La voiture antagoniste arborait en effet des plaques françaises. Sur un long bout droit, Bernie refit une partie de son retard, moment qu’il saisit pour exulter tout en décélérant « Elle va trop vite, putain, elle va se scratcher les gars, ça va être le 14 juillet ! »
La voiture française abordait en effet bien trop vite un virage serré. Le conducteur voulut redresser mais le bolide partit en tonneau avant de s’encastrer dans la bertram.
« Ouaaahhhhhh » hurla Bernie en passant devant la carcasse fumante à toute allure…
- Putain, ils se sont éclatés, hurla Jonas. Arrête, Bernie, putain, arrête.
- Il est con, le puceau, ou bien ? C’est la règle : tue
ou sois tué. Tu tombes d’où, toi ?
- Mais enfin, Jérémie, ils sont peut-être que blessés,
Jérémie, réveille-toi, Jérémie.
Jérémie était complètement hébété, incapable de comprendre ce qui arrivait.
- Et toi, s’adressant à Sylvestre, qui occupait la place du mort. Dis quelque chose !
- Ferme-là, Jonas, prie juste qu’aucun radar n’ait été dans le secteur au moment ou on a passé. Pas vu pas pris, répliqua Sylvestre.
Soudain Jérémie se mit à vomir à grands jets.
- C’est le puceau qui gerbe ? demanda Bernie, hors
de lui, quel dégueulasse !!
- Non, c’est Jérémie, répondit Sylvestre, qu’est-ce
que vous nous faites comme numéro, les Dupont et Dupond ?
La colère de Bernie éclata alors un orage gros de grêlons.
- Ca veut jouer dans la cour des grands et ça se pisse dessus à la moindre émotion forte. Où t’as été pêcher ces deux asticots, Sly, y me font l’effet de chiures de pigeons sur le cuir de Christine. Allez, on débarque les mioches.
Jérémie était maintenant saisi de convulsions. Tout en subissant de plein fouet la violence de Bernie, Jonas cherchait à réchauffer son ami. Lorsque Bernie freina brusquement, Jérémie et Jonas furent projetés contre les sièges avant.
- Allez, du vent, station terminus. Foutez-moi le camp ! Et si l’un des deux cafte, y gouttera à la charge d’un moteur de 8 cylindres. C’est compris ? fulmina Bernie.
Jonas ne se le fit pas répéter deux fois. Sitôt la voiture à l’arrêt, il se précipita dehors en tirant à lui Jérémie toujours dans un état proche de la catatonie. Avant de claquer la portière, dans un mouvement de témérité qui le surprit lui-même, il lança à l’adresse de Sylvestre et Bernie :
- Merci encore les gars, et bonne route ! J’ai pas de
quoi vous régler la course, mais on se reverra d’ici peu, soyez sûr que j’aurai trouvé de quoi vous régler votre dû.
- T’es mort, merdeux ! lâcha Bernie, avant de
partir dans le tumulte rugissant des 250 chevaux de Christine…
Éditorial : une occasion manquée
Dans ce numéro
témoignage de Magdi Allam
Interview de Michel De Jaeghere
L'Irlande a plié
La propagande, troisième membre de la trinité moderne
L'exposition de L'AJAM
Nos frères d'Orient
Roman feuilleton: la légende des quatre clés
Éditorial
Une occasion manquée
Les évêques suisses ont récemment appelé à voter contre l’initiative s’opposant à la construction de minarets en Suisse. Par le passé on se souvient que Jean Paul II avait embrassé le Coran. Depuis Vatican II, une grande partie du clergé et de nombreux théologiens n’ont eu de cesse de vouloir serrer sur leur poitrine l’humanité entière en adressant à toutes ses composantes de vibrantes déclarations d’amour. C’est naturellement le rôle de l’Eglise de réunir sous son aile l’humanité blessée dans son intégralité. Mais la forme que cette sollicitude a prise, ces 30 dernières années, peut, dans certains cas, laisser perplexe. Parfois les moyens, dit-on, desservent la fin. Or le message de l’Eglise emprunte depuis trop longtemps maintenant les catégories du monde pour se propager. Cela s’est fait progressivement, insidieusement. L’aggiornamento de Vatican II, qui était nécessaire, a malheureusement débouché sur une trop grande complaisance à l’égard du monde. C’est un thème qui traverse tout l’enseignement de notre Saint-Père. Les catégories du monde, autant philosophiques ( les idées de liberté, de tolérance, d’amour même), que médiatiques ( la société du spectacle, l’exaltation du sentimentalisme, de l’émotionnel) imprègnent désormais, pour une large partie, le discours et les pratiques de l’Eglise. Cela a pour effet un affadissement de la foi et un étiolement de son intelligence. Pire, cela contribue à nous rendre totalement étrangers à notre tradition millénaire. Pour que la foi soit féconde, il lui faut être sans cesse en dialogue avec la Raison. C’est le combat essentiel que mène Benoît XVI, remettre la raison au cœur de la foi. Or pour aller dans ce sens il est important de ne pas succomber aux catégories du monde qui, elles, sont depuis bien longtemps la proie d’idéologies séculières, exaltant une liberté irresponsable, une tolérance creuse, un amour tout à la fois sentimentalo-romantique et boueux. L’absence de consistance des catégories du monde était compensée, autrefois, par les grands mythes révolutionnaires ( du progrès, de la science, du peuple), désormais ce sont les montages de la société du spectacle qui y pourvoient : l’exacerbation de l’émotionnel et du sentimentalisme larmoyant.
Or le message des évêques, au sujet des minarets, tombe dans ces travers. Dans notre société multiculturelle, nos évêques estiment qu’il faut, pour désamorcer toute tension et tendre au respect mutuel, que chaque communauté puisse se rattacher à ses traditions. L’intention est noble, elle se réclame de la démocratie, on ne peut que louer cet élan solidaire et fraternel. Mais on est en droit d’attendre de nos évêques autre chose qu’un discours humide de bons sentiments que la moindre officine droit-de-l’hommiste est capable de produire. Il est proprement aberrant que les évêques n’aient pas saisi là l’occasion de rappeler ce que la démocratie devait précisément au christianisme, lui qui, en dégageant un espace autonome au politique, a précisément rendu possible son émergence. À l’heure où la société se déchristianise à vitesse grand V, il serait plus qu’urgent que nos évêques produisent, dans un effort d’intelligence de la foi en continuité avec Benoît XVI, un enseignement sur ce qu’organiquement et historiquement la démocratie doit aux principes chrétiens. Ils auraient pu ainsi rappeler ce grand principe métaphysique, assumé depuis des millénaires par la tradition catholique, que le champ politique est balisé par « une vison du monde » qu’il ne produit pas, que l’espace politique relève ultimement d’orientations religieuses ou philosophiques qui lui sont préalables. Ils auraient en conséquence, par contraste, pu montrer en quoi l’islam résorbe quant à lui le politique dans le religieux et est ainsi consubstantiellement étanche à toute idée de démocratie. Nos évêques auraient enfin pu situer l’enjeu sur le plan dont ils ont la charge : la défense et l’expansion du christianisme, en rappelant que l’islam est une religion à prétention universelle concurrente qui par essence refuse la distinction du temporel et du spirituel. Car chaque signe de renoncement du monde occidental à défendre et propager ce qui est à source est inévitablement intégré, dans le monde musulman, comme une marque de faiblesse, affermissant son ambition de conquête. Le monde musulman sait lui pertinemment que les enjeux réels se situent à ce niveau.
Dans ce numéro
Ce numéro est largement consacré aux problèmes politico-culturels et à leur instrumentalisation par l’idéologie dominante actuelle : celle du métissage ( voire article sur l’exposition de l’AJAM) et du mondialisme ( voire article : L’Irlande a plié). La question des minarets est ainsi décisive, puisqu’à travers la réponse que donnera le peuple suisse sera révélée, à la face du monde, la conscience qu’il a encore de ses racines chrétiennes et de sa propre identité. La Suisse est désormais attaquée sur tous les fronts par la coalition composée des euro-atlantistes, qui cherchent à faire diversion à ses dépens pour masquer les politiques économico- financières meurtrières qu’ils mettent en place ; du colonel Kadhafi qui veut faire de la Suisse un marche-pied dans sa logique de reconquête de prestige sur le magrehb musulman ; des libertaires-jouisseurs, qui cherchent à tirer profit de l’affaire Polanski pour nous ringardiser. Notre petit pays est ainsi curieusement continuellement, cette année, sous les projecteurs de l’actualité internationale. La volonté manifeste, énorme, de le faire rentrer dans le rang est disproportionnée par rapport à ce qu’il représente sur la scène internationale en termes géopolitiques usuels. N’est-ce pas là le signe que se joue en fait une partie aux enjeux hors du commun qui débordent de la politique ? C’est parce que la Suisse représente encore dans ce monde un pays où la liberté n’est pas un vain mot, où les fondements de la société sont encore largement soutenus par les valeurs traditionnelles et le bon sens paysan, où nulle part ailleurs dans le monde le peuple n’est autant appelé à participer à la chose publique ( la res publica), que sa dimension réelle, son poids réel est lesté d’une charge symbolique toujours plus grande. Si bien que plus les attaques de toute part se font manifestes, plus le rôle et la responsabilité de la Suisse se dilatent symboliquement et plus cela exacerbe en retour, dans le camp adverse, l’envie de la réduire. C’est ce qui confère aux votations du 29 novembre une importance toute particulière. Alors que l’Europe plonge jour après jour dans le grand reniement, refusant d’assumer ses racines chrétiennes, la Suisse osera-t-elle assumer pleinement son identité ? Notre pays parviendra-t-il à affirmer que la religion chrétienne, au regard de la culture qui est la sienne, des institutions qui sont les siennes, ne saurait être mise sur un pied d’égalité, sur notre sol, avec la religion musulmane ? Mais surtout osera-t-elle braver la religion du laïcisme qui est le plus sûr agent, actuellement, de la déconstruction de la démocratie, de l’identité des nations, de l’identité des peuples et de l’identité de ses membres ? Aucun être sur cette terre, aucun Etat sur cette terre ne peuvent faire l’économie d’avoir à hiérarchiser les principes et les valeurs qui l’animent. Or à l’origine de tout notre patrimoine se trouve l’inspiration chrétienne. C’est elle qui est le creuset de toute notre richesse morale, culturelle, politique et matérielle. La pierre d’angle est celle qui supporte toutes les autres, nous a enseigné le Christ.
Ce que je soutiens c’est que le laïcisme de nos jours est le plus sûr ennemi de notre civilisation. C’est pourquoi cette votation est un piège. Les évêques n’en ont malheureusement pas pris la mesure. Leur appel à voter contre l’initiative sans identifier les coordonnés du piège est déplorable. D’un côté nous avons en effet l’UDC qui se drape dans les atours du laïcisme, cherchant à interdire les minarets au motif que l’islam est, nous l’avons dit, totalement étanche à l’idée de distinction des pouvoirs temporels et spirituels. De l’autre nous avons les musulmans qui exigent, au nom de la laïcité, une parité de traitement avec la religion chrétienne. Ils revendiquent en conséquence le droit de construire les édifices religieux de leur choix. En se voulant le champion de la laïcité, Oskar Freisinger a ainsi été taclé magistralement par Tarik Ramadam lors d’un récent débat. Ce dernier n’a en effet pas eu de peine à relever l’incohérence du discours de monsieur Freisinger, en montrant que ses arguments n’entrent précisément pas dans le cadre de la laïcité dont il prétend pourtant être le plus ardent défenseur. L’UDC, dans cette affaire, cherche à capitaliser sur ce que l’idéologie du laïcisme, hérité de la philosophie des lumières, laisse tapi dans l’ombre, est incapable de conceptualiser : la démocratie doit son existence à une configuration théologico-philosophique que le christianisme a rendue possible. C’est une vérité à la fois historique et philosophique qui est totalement occultée, mais qui, sous une forme confuse, est bien présente dans les esprits. Or l’UDC n’a cherché qu’à récupérer ce sentiment populaire parfaitement légitime en agitant l’épouvantail de l’islamisme. Fidèle en cela à sa stratégie populiste flirtant avec la démagogie, elle cherche à exploiter ce qui fermente dans nos esprits à force d’être étouffé. Condamner la seule l’UDC pour cette raison serait cependant tout à fait injuste, puisque les autres partis sont eux responsables, par fossilisation idéologique, du refoulement de la spécificité du christianisme, ce moteur de notre civilisation. Ni l’UDC, ni naturellement tous les partis de la bienpensance, qui sont tous des laïcistes idolâtres, n’a donné forme à ce sentiment populaire étouffé, n’en a dégagé l’enseignement historique et philosophique pour engager le débat sur la nécessité d’une redéfinition et d’une reformulation du concept de laïcité. C’était à nos évêques de situer le débat sur ce terrain là. Mais ils se sont empressés de se fondre dans le décor. Alors que faire ? L’enjeu est de taille. Mon sentiment est que l’Islam ne représente pas, pour l’heure, une menace directe. Mais il saura exploiter chacune de nos faiblesses ( voire témoignage de Magdi Allam plus bas), chacune de nos démissions, faire fond de notre inconsistance. Dès lors que nous continuerons à saper les racines de notre civilisation, que nous nous convertirons toujours plus à cette religion molle, flasque et ignorante qu’est le laïcisme nous serons incapables de nous faire respecter des musulmans, incapables d’en contenir l’expansion, car l’Islam, à l’image de son brillant porte-parole, Tarik Ramadan, sait parfaitement jouer de toutes nos contradictions.
Pour ma part, je ne vois donc qu’une seule parade à ce piège. Il s’agirait de conférer au vote blanc l’expression de ce refus de se faire broyer par l’idéologie du laïcisme. De faire passer par ce vote blanc(1) la nécessité que s’ouvre un débat sur la question de la laïcité, de ce qui est à la source de notre civilisation et de nous donner les moyens d’engager ensuite un dialogue d’égal à égal avec l’islam, pour pouvoir aborder frontalement toutes les questions que posent sa présence sur notre sol. Il s’agirait donc de nous prononcer non pas dans un mouvement réactif à l’égard de l’islam ( qui a par ailleurs sa grandeur) mais dans un mouvement de réaffirmation en conscience, rationnel, de nos racines spirituelles. Pour la défense du christianisme, pour la rechristianisation de notre société et de ses institutions ( pour s’opposer à la religion rampante décrite dans l’article : la propagande,, troisième membre de la trinité moderne et dont parle Michel De Jaeghere dans l’entretien qu’il nous a accordé). Car la démocratie, si elle n’est pas irriguée du sang du Christ, ne peut être qu’une démocratie de façade.
(1). Les évêques auraient pu prendre la tête de ce mouvement. Ce qui par ricochet aurait pu avoir une conséquence notable sur nos institutions en faisant sortir le vote blanc de son statut actuel de vote n
Témoignage de Magdi Allam
Magdi Allam est cet ex-musulman qui fut baptisé Cristiano par Benoît XVI à Pâques 2007. Il vit sous protection policière, 24 h sur 24, car menacé de mort. Il réagit à la prise de position des évêques suisses sur les minarets. Extraits :
"Les politiciens, les représentants de la société civile et les médias du monde entier ont voulu commémorer solennellement le huitième anniversaire de la tragédie du 11 septembre 2001 [...]. Mais on est passé très discrètement sur le troisième anniversaire de la leçon magistrale du Pape Benoit XVI à l'Université de Ratisbonne, le 12 septembre 2006, qui a marqué le point culminant de la réussite du terrorisme islamique dans sa guerre de censure [...]. En soi, ce fait est emblématique de la réalité de la soumission à l'idéologie de l'islamiquement correct qui s’est imposé immédiatement avec la réaction d'apaisement adoptée par le cardinal Jean-Louis Tauran, Président du Conseil Pontifical pour le Dialogue Interreligieux. [...] La veille même de l'anniversaire du discours de Ratisbonne, la Conférence des Evêques Suisses s’est officiellement prononcée en faveur de la construction de mosquées avec des minarets et a appelé ses compatriotes à voter « non », le 29 novembre [...].
Je me demande si un seul des évêques suisses sait que l'Abraham musulman n'a rien à voir avec l'Abraham biblique, que le Dieu du Coran n'a rien à voir avec le Dieu qui s'est fait homme et qui s'incarne dans Jésus, et donc que l'islam ne peut en aucun cas être considéré comme une religion monothéiste au même titre que le judaïsme et le christianisme. Il n'est pas étonnant que, le 15 septembre 2006, le Président du Groupe de travail «lslam», Monseigneur Pierre Bürcher, se soit fait le porte-parole des «musulmans blessés» par le discours de Benoît XVI à Ratisbonne, en soutenant le fait que «les musulmans de Suisse demandent une clarification», et en décla rant que «le respect et la tolérance ne sont pas à sens unique. Que chaque religion doit respecter l'autre. Et que la seule attitude à adopter est la règle d'or : «faites à autrui ce que vous désirez que l’on vous fasse». [...]
L’islamiquement correct, je l’ai touché du doigt sur la feuille distribuée à la messe du dimanche, le 6 septembre, dans toutes les églises d’Italie, avec un encadré intitulé «Pour un dialogue interreligieux, l'Eglise catholique et l'islam», et une photo du Pape serrant la main d'un membre de la délégation musulmane des prétendus «138 sages de l'islam», à côté de Tariq Ramadan. Eh bien, justement ce personnage, l'idéologue de nationalité suisse le plus célèbre des Frères Musulmans en Europe, est le principal promoteur de la stratégie qui vise à la fois à légitimer et à mettre sur pied d'égalité, l'islam, Allah, le Coran, Mahomet et la Charia, et à faire reconnaître que l'islam est partie intégrante des racines historiques de la civilisation européenne, comme le judaïsme et le christianisme. Cette stratégie est maintenant patronnée par l'Organisation de la Conférence Islamique, le cadre unitaire de près de 50 pays à majorité musulmane. [...]
Dans cette Europe laïque, relativiste et déchristianisée, les musulmans vont de l’avant avec détermination pour faire reconnaître leur paternité de notre civilisation. Au moment où nous avons honte de proclamer la vérité historique des racines judéo-chrétiennes, eux se proposent de combler le vide identitaire avec les prétendues racines musulmanes de la civilisation européenne. Et si nous permettons qu'aux racines judéo-chrétiennes se substituent les racines musulmanes, il ne restera substantiellement rien de nous : sans âme, sans valeur et sans identité, nous disparaîtrons."
Interview de Michel De Jaeghere
Michel De Jaeghere est journaliste et écrivain. Il a publié plusieurs livres sur la situation de l’Eglise dans le monde contemporain, ainsi que sur les procès qui lui sont injustement intentés. Il dirige les Universités d’été de Rennaissance catholique et la publication de leurs Actes (derniers parus : la Pensée Unique, la France doit elle disparaître ?). Livres principaux : Enquête sur la christianophobie ; La repentance. Histoire d’une manipulation ; Confiteor ou la paix de l’Eglise, Ite Missa est.
Vous dénoncez dans vos livres le dénigrement systématique dont est victime l’Eglise. Comment expliquer l’apathie du catholique de base à l’égard de cette volonté persistante de destruction ?
Elle s’explique d’abord par le fait que ce dénigrement procède par un système du « goutte à goutte ». L’Eglise est périodiquement mise en cause par des campagnes de grande ampleur, comme celle que nous avons connue au début de l’année 2009 à l’occasion de la levée de l’excommunication des quatre évêques de la Fraternité Saint Pie X, mais celles-ci sont préparées par des attaques plus chafouines, où le catholicisme est discrédité de façon latérale, sur certains détails, certains aspects. On habitue, petit à petit, l’opinion à ce que la foi catholique soit considérée comme une opinion marginale, décalée, un peu ridicule, parfois dangereuse si elle est prise au pied de la lettre. On conduit les braves gens par une progression subtile de provocations, une accumulation d’images, de lois, d’informations à ne plus ressentir comme choquantes des situations qui le sont objectivement. Les catholiques en finissent, par là, par perdre conscience de ce qui se passe , à considérer comme normales des choses qui auraient horrifié leurs parents, qui les auraient eux-mêmes horrifiés il y a dix ou vingt ans : propos scabreux tenus à la télévision, expositions blasphématoires, caricatures de ce qu’ils sont dans les films, les romans, les séries de télévision, éloge sans retenue de toutes les déviances, quand ce ne sont pas les perversions. Quand surviennent les grandes campagnes contre l’Eglise, la violence de l’attaque, les amalgames diabolisants, les plongent dans la stupeur. Ils ne réagissaient pas jusqu’alors parce qu’ils n’avaient pas le sentiment d’être attaqués dans leur foi. Dorénavant, ils s’en abstiennent parce qu’ils sont terrorisés par la brutalité de l’adversaire
D’autres fois, on tente d’associer les catholiques eux-mêmes aux attaques dont l’Eglise fait l’objet, en créant une dialectique entre la hiérarchie et la « base ». Exploitant des situations marginales, on donne ainsi la publicité que l’on sait aux affaires de pédophilie qui impliquent un prêtre, en insinuant que c’est son célibat qui l’a poussé au crime, que le vrai responsable est l’institution, considérée comme criminogène, quand nul n’aurait idée d’incriminer l’Education nationale lorsqu’un instituteur est mis en cause dans une affaire de même nature.
On met de même en accusation l’enseignement moral de l’Eglise –sur la contraception, l’avortement, l’euthanasie-en affectant de croire qu’il est celui des vieux célibataires coupés des réalités de la vie qui forment la hiérarchie, et en invitant les catholiques de base à s’en désolidariser. Après avoir insulté leur foi, on met ainsi à l’épreuve leur fidélité en misant sur leur lâcheté.
Ce que vous dites révèle également une absence d’accompagnement et d’explication de ces événements de la part des autorités religieuses. Les paroissiens sont livrés à eux-mêmes. Les prêtres et évêques manquent-ils à leur devoir d’accompagnement, d’enseignement ?
Je pense qu’il y a une très grande naïveté de la hiérarchie de l’Eglise vis-à-vis des médias. Elle a tendance à les considérer en effet comme neutres, et soucieux d’information objective, au lieu de les considérer globalement comme hostiles. Or dans le monde de l’information, la bienveillance à l’égard de l’Eglise n’est pas la règle, elle est l’exception. La hiérarchie catholique croit aux professions de foi d’honnêteté des journalistes. Elle n’a pas une pleine conscience du fait que le courant dominant lui est opposé. Les choses commencent à changer un peu, puisque l’on a vu depuis une dizaine d’années quelques évêques commencer à ouvrir les yeux. En l’an 2000, notamment, le cardinal Billé, alors président des évêques de France, a relevé devant l’Assemblée générale de la conférence épiscopale française que l’Eglise faisait l’objet d’un « procès latent » fait d’ une accumulation d’accusations, de gestes de méfiance, de dérision, d’occultation, d’ostracisme, de soupçon. Mais la majorité de nos évêques me semble en être restée à l’idée, développée par René Rémond dans son Histoire de l’anticléricalisme en France, selon laquelle l’antichristianisme aurait été suscité, au XIXe siècle, par la prétention de l’Eglise à régenter la vie sociale . A partir du moment où, le catholicisme avait renoncé, à Vatican II, à promouvoir un ordre social chrétien, l’anticléricalisme, pensaient-ils, tomberait de lui-même. René Rémond prévoyait en 1975 la fin prochaine de l’anticléricalisme en expliquant qu’il n’avait été provoqué que par la condamnation du monde moderne par Pie IX et St Pie X ; que le concile ayant proclamé au contraire la réconciliation de l’Eglise avec ses anciens adversaires, il avait ouvert des temps nouveaux, où la haine du christianisme n’aurait plus sa place dans la société.
Les faits se sont chargés de démentir cette prophétie imbécile, puisque nous voyons que l’hostilité demeure, et même qu’elle s’exacerbe, en dépit du ralliement officiel de la hiérarchie ecclésiastique à la liberté de conscience et aux idéaux de la modernité. La vérité est que ce que la société moderne a en horreur, ce n’est pas le cléricalisme (elle en a reproduit les travers dans le monde profane, avec l’autorité qu’elle a concédé aux « intellectuels »), ce qu’elle hait, c’est le Christ.
Dans votre livre sur la Repentance vous montrez comment les évêques de France, notamment à l’occasion de leur déclaration de Drancy, au mépris de l’histoire, ont sali l’action de l’Eglise durant la 2e guerre mondiale ; comment les journalistes éminents, comme Henri Tincq, manipulent l’information. Comment expliquer cette connivence entre les journalistes et les évêques qui usent des mêmes procédés ?
Dans ces deux catégories il y a des minorités agissantes. Mettre en cause « les journalistes » serait trop général. Une petite poignée d’entre eux servent de leaders d’opinion. Ce que dit le chroniqueur du « Monde » va être répété par les radios, les chaînes de télévision, la presse locale. Il suffit parfois de quelques journalistes bien formés pour lancer des slogans qui vont ensuite faire boule de neige et être diffusés partout par des idiots utiles, des gens qui ne font que répéter sans les comprendre quelques formules toutes faites.
Dans le cas d’Henri Tincq, qui a été longtemps l’un de ces leaders, je montre dans mon livre comment il a analysé dans une page entière du Monde, assortie d’un éditorial, une déclaration du Saint Siège (le document de réflexion chrétienne sur la Shoah) dont il n’avait pas eu communication en lui faisant dire point par point le contraire de ce qui s’y trouvait. Il ne s’en est jamais ni expliqué ni excusé. On pourrait multiplier de tels exemples.
Il en va de même pour les évêques. La déclaration de Drancy en donne l’illustration. Il y a eu au sein de l’épiscopat français un noyau dirigeant qui a manipulé les faits et les textes et supervisé la rédaction d’une déclaration diffamatoire à l’égard de l’Eglise et de la France. Mais il ne s’agissait que d’une partie des évêques et ceux-là même qui l’ont signée n’en ont certainement pas vu toute la portée.
Pour prendre un exemple précis, cette déclaration faisait une allusion au silence de certains catholiques vis-à-vis de la persécution des Juifs au moyen d’une citation de François Mauriac. Or, cette citation était extraite de la préface que Mauriac avait donnée au « Bréviaire de la haine » de Léon Poliakov. Et elle est au cœur d’une démonstration où Mauriac accuse Pie XII d’indifférence à l’égard de la persécution des Juifs. Le silence dont parle Mauriac, c’est le silence de Pie XII. La déclaration de Drancy prenait ainsi à son compte cette mise en accusation du pape, mais sans le dire explicitement. C’était un message codé à l’intention de la communauté juive. Pour le décrypter, il fallait remonter à la source, grâce à une note de bas de page. Il est évident que la plupart des évêques qui ont signé la déclaration de Drancy ne l’ont pas fait. Ils ne savent pas eux-mêmes ce qu’ils ont signé.
Dans votre pièce de théâtre Confiteor ou la paix de l’Eglise vous mettez en scène un cardinal qui manigance des intrigues pour faire échouer le rapprochement entre les personnages qui vous sont inspirés par les figures de Mgr Lefebvre et du cardinal Ratzinger. Quelle volonté claire de destruction prêtez-vous au noyau des journalistes et des évêques, dont vous venez de parler, et au cardinal mis en scène dans votre pièce ?
Il est très difficile de connaître les intentions des personnes. Dans une oeuvre de fiction, on peut trancher : l’auteur prête à ses personnages des sentiments qu’il connait. Dans la réalité, il est très difficile de faire la part des choses. Il est certain qu’il y a eu et qu’il y a toujours au sein de la hiérarchie de l’Eglise des gens qui ont œuvré et qui œuvrent encore, même s’ils sont moins puissants qu’avant, à la destruction de l’Eglise préconciliaire. L’ont-ils fait par idéal (dans l’espoir qu’un prétendu retour aux sources se traduise par une « nouvelle pentecôte ») par malveillance, ou plus simplement par bêtise ? Il est impossible de le dire. On peut imaginer qu’un grand nombre d’entre eux a vraiment cru que l’Eglise préconciliaire était sur une fausse piste, qu’elle n’avait pas pris acte de la Révolution Française, de l’avènement de la modernité et qu’elle enfermait de ce fait l’Eglise dans un combat contre-révolutionnaire sans issue. Que pour faire rayonner l’Evangile, il fallait s’adapter aux conditions nouvelles de la modernité, de la Révolution Française, de la démocratie et renoncer aux combats d’arrière-garde qui enfermaient l’Eglise dans des batailles perdues d’avance (c’est à peu près le raisonnement qui a conduit, me semble-t-il Léon XIII au ralliement, et Pie XI à la condamnation de l’Action Française). On peut imaginer que beaucoup d’entre eux aient eu cela en tête. Je pense cependant qu’il y a eu aussi des destructeurs conscients, des agents infiltrés. On sait qu’il y a eu notamment en France des militants envoyés en mission par le parti communiste dans les séminaires, et qu’un certain nombre d’évêques entretiennent avec la franc-maçonnerie des liaisons dangereuses. Il faut compter aussi enfin, et peut-être surtout, avec la lassitude : le sentiment que le combat contre le monde moderne était épuisant, et qu’il n’avait aucune chance d’être gagné. Que mieux valait pour l’Eglise elle-même trouver une place, fut-elle modeste, dans le concert du pluralisme, dans le consensus de la modernité. Que cela se traduise par certains sacrifices –celui de la Messe, justement, celui de l’enseignement contre-révolutionnaire des papes du XIXe siècle- leur est dès lors apparu comme une nécessité. Cela ne s’est pas fait sans douleur, pour les plus honnêtes d’entre eux, sans un lâche soulagement pour d’autres. Chez tous avec le sentiment qu’ils ne pouvaient pas faire autrement, sauf à faire apparaitre l’Eglise comme une secte étrangère au grand courant de l’Histoire et du Progrès.
Pour rester à votre pièce de théâtre Confiteor, vous présentez le cardinal Ratzinger comme partageant la vision de Mgr Lefebvre sur l’état de l’Eglise, son « agonie ». Les deux cependant divergent sur la méthode à suivre, le cardinal Ratzinger, sous prétexte qu’un retour à la Tradition ne serait pas compris par la majorité des catholiques, se refusant à aller dans le sens de Mgr Lefebvre. L’élection du cardinal Ratzinger sur le trône de Pierre ne donne-t-elle pas finalement curieusement raison aux deux ? En effet si Mgr Lefebvre avait accepté un accord, sa Fraternité aurait certainement périclité tandis que l’élection de Benoît XVI permet désormais à ce dernier de transformer l’Eglise de l’intérieur.
C’est pour cela que j’ai fini par publier cette pièce. Je l’avais écrite à un moment où je ne savais pas quelle tournure allait prendre les événements, puisque je l’ai rédigée il y a 20 ans, après l’échec des négociations de 1988, les sacres et les excommunications. Je n’imaginais pas alors que le cardinal Ratzinger deviendrait un jour pape, lui qui avait été au cœur des négociations et qui avait vécu le fait qu’elles n’aient pas débouché sur une réconciliation comme un échec personnel. Ce que j’ai voulu montrer dans cette pièce - où les personnages sont légèrement décalés par rapport à la réalité, puisque c’est une œuvre de fiction, même s’ils sont très nettement inspirés du cardinal Ratzinger et de Mgr Lefebvre- c’est qu’ils faisaient, comme vous le dites, le même constat sur la tragédie de l’Eglise, qu’ils avaient tous les deux la volonté d’y faire face, mais qu’ils n’étaient pas d’accord sur les moyens. Il m’a semblé qu’il y avait une matière théâtrale dans le drame de ces deux personnes de bonne volonté, qui avaient certes des désaccords tactiques voire doctrinaux, mais, qui étaient animés du même amour de l’Eglise, et condamnées par les circonstances, et par la pression extérieure, à ne pas s’entendre alors que le bien de l’Eglise aurait voulu qu’il en aille autrement.
Ce que vous dites de leur complémentarité me semble vrai, puisque dans une certaine mesure le pontificat de Benoît XVI est en train de les réconcilier. Il est tout de même frappant qu’un des tout premiers actes de Benoît XVI ait été de recevoir Mrg Fellay en audience et qu’il ait mis dans la libération de la messe traditionnelle et la levée des excommunications des quatre évêques de la Fraternité Saint Pie X une énergie, une volonté peu communes et à vue humaine disproportionnée par rapport à ce que représente le traditionalisme catholique dans les faits. C’est ce que lui reprochent les progressistes qui lui disent : « on ne comprend pas que vous passiez tant de temps sur un dossier qui ne concerne qu’une poignée de gens. » Je pense que le Saint Père, comme le cardinal Hoffbauer de ma pièce, croit, non pas que ces « gens » ont raison, mais qu’ils se sont faits les dépositaires d’une vérité qui a été négligée, méprisée par les autorités de l’Eglise, et qu’une injustice leur a été faite par haine de cette vérité. Je ne pense pas que le pape soit d’accord sur tout, ni avec Mgr Lefebvre, ni avec Mgr Fellay, mais je crois que Benoît XVI estime que la Fraternité St Pie X a été injustement condamnée. Qu’elle a eu le mérite de maintenir la liturgie romaine traditionnelle, qui aurait disparu sans Mgr Lefebvre, alors que son interdiction était si scandaleuse qu’on prétend aujourd’hui qu’elle n’a jamais existé ! Celui aussi de pointer (sans doute de façon parfois un peu rugueuse à ses yeux) les risques de relativisme qui dérivaient de certains textes ambigus de Vatican II, même si le pape lui-même prétend les réinterpréter plutôt que de les condamner ou de les réformer. Jean Madiran écrit dans son dernier livre sur l’Histoire de la messe interdite, qu’il suffit, pour mesurer le rôle historique de la Fraternité Saint Pie X, de réfléchir à ce que serait la situation de l’Eglise si un homme comme Mgr Lefebvre n’avait pas existé. C’est vertigineux ! Le pape n’aurait pas eu sans doute le pouvoir de rétablir comme il l’a fait les droits de la messe traditionnelle s’il n’y avait pas eu la résistance catholique que Mgr Lefebvre a rendu possible. Je ne sais pas si, Préfet du Saint Office, il aurait eu la liberté ou ressenti l’opportunité de publier la déclaration Dominus Jesus, sur la nécessité d’appartenir à l’Eglise catholique pour obtenir le Salut qui constitue une sorte de correction magistérielle du scandale de la journée d’Assise. Si devenu pape, il aurait tenu à corriger l’expression Subsistit in, en précisant qu’elle signifie (tout au moins qu’elle doit signifier, pour être conforme à l’enseignement immémorial de l’Eglise) que l’Eglise de Dieu est l’Eglise catholique, même si des moyens de sanctification comme le baptême ou la Messe peuvent subsister, grâce à elle, hors de son périmètre visible. Je pense que le pape est conscient de cela et que, dans une certaine mesure, il est reconnaissant à Mgr Lefebvre et aux catholiques traditionalistes d’avoir mené ce combat. Qu’il reconnaît qu’il peut y avoir des ambiguïtés (des double-sens, entre lesquels il faut choisir) dans les textes de Vatican II et qu’il est légitime de les soulever. Cela ne veut pas dire qu’il soit d’accord avec Mgr Fellay sur l’interprétation de tous les textes de Vatican II (notamment sur la liberté religieuse), mais il me semble qu’il estime que cela rend une réconciliation possible.
En ce qui vous concerne, est-ce que vous pensez que la Royauté sociale du Christ est une doctrine immuable, d’actualité aujourd’hui comme par le passé ?
La royauté sociale du Christ est une nécessité qui s’impose à travers les siècles, comme nous le rappelle la prière du Pater. Mais la façon dont elle doit s’exercer peut être, me semble-t-il, sujette à discussion. Il semble que Benoit XVI estime que la définition des rapports de l’Eglise et de l’Etat est une définition contingente qui n’engage pas la foi.. Que l’Etat catholique a pu être légitime à une certaine époque (même si du byzantinisme au gallicanisme, l’histoire a montré qu’il n’était pas toujours sans danger), mais que l’Eglise peut être aujourd’hui amenée à s’adapter au fait de la naissance de l’Etat moderne, qui est un Etat d’un type entièrement nouveau, étranger à toute transcendance. Que dans ce contexte, il vaut mieux prôner, avec Pie XII, une « saine laïcité » respectueuse de la loi naturelle pour éviter que l’Etat ne s’ingère dans des domaines où son incompétence pourrait l’amener à des dérives préjudiciables à la liberté de l’Eglise.
La Fraternité Saint Pie X s’en tient à l’enseignement traditionnel, qui est celui de Pie IX et de saint Pie X, avec des arguments très forts. En proclamant que la liberté de choisir et de pratiquer sa religion au for externe (la liberté de l’acte de foi au for interne n’étant ici pas en cause, contrairement aux caricatures que colporte la presse) était un droit imprescriptible de la personne, parce qu’elle serait liée à la dignité ontologique de l’homme; en substituant, par là, la personne humaine à la vérité divine comme sujet d’un droit garanti de toute contrainte, la déclaration Dignitatis humanae a, de fait, privé par avance l’Eglise de toute autorité contraignante lorsqu’elle s’exprime dans le domaine social. Par la bouche de Jean-Paul II, comme par celle de Benoît XVI, elle a certes continué à le faire en invoquant un « ordre moral naturel connaissable par la raison », qui s’impose, à ses yeux, aux pouvoirs publics. Mais ses adversaires ont beau jeu de répondre que l’existence même de cette loi naturelle fait partie de ces croyances que l’Eglise a certes le droit de professer, mais qu’elle s’est elle-même interdit de prétendre imposer aux citoyens qui peuvent de leur côté estimer que le désordre de leurs mœurs et de leurs pensées, leur adhésion à toutes sortes de sectes, fussent elles sataniques, fait partie intégrante du « droit de vivre selon leur conscience » qu’elle leur a concédé.
Reste que la situation est rendue complexe par le fait que les chrétiens sont devenus minoritaires dans les pays de vieille chrétienté. Nous devons certes travailler à faire en sorte que le christianisme redevienne majoritaire et que nos pays soient régis par des institutions chrétiennes. Dans l’immédiat, le Saint Père est pourtant obligé de tenir compte de la relative marginalité dans laquelle le christianisme est tombé ; sa charge le condamne à se colleter avec la réalité, le monde tel qu’il est. Le modèle de l’Etat catholique tel qu’il a pu exister au Moyen-Age, a été certainement magnifique, et il est absurde que l’Eglise ait obligé, après Vatican II, certains pays comme l’Espagne ou la Colombie à se laïciser. Mais est-il, aujourd’hui, adaptable à une société qui s’est, depuis, fortement déchristianisée ? Je me pose la question. Quand Constantin s’empare de l’empire romain, qui est un empire païen, il n’en fait pas d’emblée un empire chrétien, conscient sans doute de ce que le christianisme y est minoritaire. Il institue la liberté religieuse, c'est-à-dire qu’il donne la liberté à tous les cultes, aux chrétiens comme aux païens. A ma connaissance, aucun Père de l’Eglise ne le lui a reproché. Constantin rend un culte public à Dieu, mais dans des termes très ambigus (« la Divinité ») que les païens peuvent accepter. Dans le même temps, il manifeste sa préférence en favorisant l’Eglise, en l’aidant à réunir ses conciles, en mettant la poste impériale au service des évêques. Il assure la paix de l’Eglise par des arbitrages, il défend les évêques catholiques, il intervient, à l’occasion contre les hérétiques, il réprime la magie, la divination, l’occultisme, les sectes qui préconisent des pratiques dépravées (preuve que sa conception de la liberté religieuse n’est pas celle de Vatican II, qu’elle n’est pas fondée sur la dignité de la personne humaine, mais sur les droits de la vérité et de la morale, accordés aux nécessités de la concorde et de la paix publique). Il me semble que c’est un équilibre de ce type que l’Eglise s’efforce, depuis deux siècles, de trouver avec l’Etat moderne, qui a succédé à la chrétienté. Il ne passe, à mes yeux, ni par la formulation extensive que le concile Vatican II a donné de la liberté religieuse, qui condamne l’Eglise à limiter son enseignement à un simple témoignage, ni par un retour, de toute manière utopique, à un passé idéalisé.
L’Irlande a plié
L’Irlande a donc pliée sous le joug. Là aussi un petit pays a concentré sur lui toute l’attention. Mais au contraire de la Suisse l’Irlande était elle, intégrée dans « le machin », comme l’appelait de Gaule, et ne pouvait que se soumettre. Elle avait intégré l’Europe convaincue que cette adhésion lui serait profitable sur tous les plans : économique, politique... et en effet au plan matériel, en deux décennies, l’Irlande a fait un bond prodigieux vers plus de prospérité. Mais qu’est-ce que la richesse matérielle, doit-elle être la boussole qui détermine nos choix ? En intégrant l’UE, l’Irlande s’est aligné sur les options économiques et financières de l’Europe qui, depuis les années 70, a été plus libérale, plus dérégulatrice que sa mère nourricière, les USA. Or ce sont ces options qui sont à l’origine de la crise planétaire dans laquelle nous commençons à peine à nous débattre. Si bien que les progrès économiques de l’Irlande vont fondre comme neige au feu ( elle est d’ailleurs sur le point d’être mise en faillite et de devoir passer sous les fourches caudines du FMI). L’appât était beau. L’Irlande a pu y goûter. Mais la récréation est terminée. L’Europe tombe désormais son masque. La période que nous vivons actuellement est en cela prodigieusement instructrice, car nombre de nos mythes modernes révèlent aujourd’hui leur vrai visage. Il suffit de se donner la peine de s’informer en dehors des canaux officiels, soit par de bons livres, soit par internet pour comprendre la tartufferie que fut tout à la fois, l’Europe, la mondialisation libérale, le combat contre les discriminations, la démocratie sans Dieu.
On est désormais pris de vertige entre ce que l’Europe prétend être et ce qu’elle est vraiment. On pourrait croire que c’est le résultat du dévoiement de son projet originel. Or à la vue des dernières révélations de certains dossiers américains secrets déclassifiés , il n’en est rien.
Prenons les problèmes dans l’ordre. Que nous enseigne l’affaire irlandaise ? Que les élites dirigeantes européennes ne prennent même plus le soin de faire croire que l’Europe est au service des peuples et sous leur contrôle, que toute la rhétorique démocratique n’est qu’un mensonge. Le peuple irlandais s’était prononcé contre le traité de Lisbonne une première fois. Ayant mal voté aux yeux des élites européennes, il fut sommé de revoter. La manœuvre fut un peu moins grosse qu’en France, puisque chez nos voisins le peuple ne fut pas même appelé à se prononcer sur la copie d’un texte ( le traité constitutionnel) qu’il avait refusé. Le traité de Lisbonne lui fut ainsi imposé par ses élites politiques qui se reproduisent désormais, à la faveur d’un système médiatico-politique totalement verrouillé, sans plus aucun lien avec les aspirations populaires. En Irlande le peuple ne pouvait tout de même pas être contourné. Il fut ainsi reconvoqué pour voter correctement cette fois-ci. Or c’est bombardé de fausses promesses que les Irlandais se déplacèrent pour ratifier, cette fois-ci, le traité de Lisbonne. Les partisans du « oui à Lisbonne » ont en effet menti éhontément, faisant du slogan «« YES for jobs » l’argument massue de leur campagne. Mais dès le lendemain des votations ils se déjugèrent. Le ministre des Finances s’étant empressé de déclarer : « Nous n’avons jamais promis d’emploi en retour du "oui" ». Le gouvernement avait aussi mis l’accent sur le fait que l’Irlande avait obtenu des concessions sur la neutralité, l’avortement et la perspective de garder un poste dans la commission qui se mettra en place en 2014. Or l’européiste Patrick Martin-Genier est récemment passé aux aveux « La neutralité sur la scène internationale est aujourd’hui un leurre. La question de l’avortement est une question éthique plus que politique et la Cour européenne des droits de l’homme saurait censurer une attitude contraire aux droits de chaque femme de décider en la matière. Quant au poste de commissaire, que restera-t-il de cette promesse en 2014 et après ? »
D’autre part la Commission européenne a violé le principe de son mandat. Elle qui a pour charge que l’application des traités en vigueur, a investi sur ses fonds (150 000 euros) la diffusion de 1,1 millions de brochures, distribuées gratuitement dans les journaux du dimanche, une poignée de jours avant la votation.
Quelques jours à peine après la ratification du traité, les européistes ont poursuivi leur campagne de déstabilisation et de chantage à l’égard du dernier opposant au traité, la Tchéquie. Le trilatéraliste Pierre Lellouche expliquait notamment : "Vaclav Klaus ne pourra tenir très longtemps (...) La pression sur lui pour qu'il signe sera très forte (...) s'il veut bloquer à lui tout seul le sort institutionnel de 500 millions d'Européens, il y aura des choses désagréables pour la République tchèque". Or le président tchèque, Valcav Klaus, est animé d’une détermination qu’il puise dans son catholicisme, comme il l’a reconnu à notre Saint Père lors du voyage de ce dernier en Tchéquie « « Vous nous avez apporté - pour reprendre vos paroles - une nouvelle espérance! Votre grande foi, votre courage dans l'expression d'opinions qui ne sont pas toujours politiquement correctes et partagées par tous, votre engagement en faveur des idées et des principes fondamentaux de notre civilisation et du christianisme sont ici pour nous donner à tous un exemple et pour nous encourager. »
Ainsi ce que l’Europe se révèle être désormais, pour quiconque se donne la peine de s’informer : une machine à broyer les peuples, à enregistrer les exigences des lobbies transnationaux, à étendre la culture de la mort, à déconstruire les identités nationales, à étouffer la démocratie réelle, on se tromperait fondamentalement en croyant que telle ne fut pas sa vocation dès le départ. De Gaule en a certes retardé l’épanouissement un certain temps, mais dans l’esprit des pères fondateurs , l’Europe devait se construire en détruisant les nations pour permettre à terme une intégration dans un ensemble encore plus vaste, un espace politique et économique commun avec les USA. Alors qu’à chaque campagne pro-européenne, sur notre sol, mais également dans les pays de l’UE, la nécessité de l’Europe est exaltée pour peser face aux USA, dès l’origine les USA ont été parmi les plus ardents défenseurs de la construction européenne. Au point que l’Europe telle qu’elle existe n’est en fait que l’émanation du projet américain. Monet fut ainsi toujours un ardent défenseur des Etats-Unis d’Europe. De Gaule, qui voyait clair dans son jeu, le considérant comme un agent américain, s’y opposa toujours, parfaitement conscient qu'une Europe fédérale serait à la botte des USA.
Grâce à l’alliance des nationaux et des communistes, le projet de la CED, soutenu à bout de bras par les USA, finançant pas millions la campagne en faveur de sa ratification, fut défait en France. Monnet et les euro-atlantistes se rabattirent alors sur une autre stratégie consistant à imposer des procédures, des engrenages. La doctrine de l'engrenage (spill over effect) c’est « le secret de la construction européenne est celui d'une dialectique entre la force des engagements fondamentaux, et le développement spontané de ses multiples effets d'engrenage. » ( 30 nov 1989, Jacques Delors). C'est la théorie des liens des liliputs, qui insidieusement et progressivement, doivent entraver l’action politique. C’est une stratégie crypto-marxiste, fondée sur le primat de l'économie, qui rêve donc de l'extinction du politique. C’est la même conception de la gestion technicienne et procédurale de la politique théorisée par un Alain Minc qui voyait dans les contraintes imposées par Maastricht l'incarnation du « cercle de la raison » . Petit à petit, de traité signé en arrêt de la Cours de justice des communautés faisant jurisprudence, c’est l’ensemble des prérogatives des Etats qui est transféré à l’Europe. Jusque-là jamais on avait vu des Etats transférer définitivement, irréversiblement leur souveraineté à l'extérieur de leur sphère naturelle de légitimité qui est le peuple ou la nation. Avec Maastricht et Amsterdam on est en effet passé de l'ère des limitations temporaires, volontaires et réversibles de la souveraineté ( l'ère des traités) à celle d'un transfert illimité et irréversible de la souveraineté. Comme l’a dit Roland Dumas en 1991 « En France, déterminée à jeter les bases d’une union à vocation fédérale(…), nous avons pris pour Maastricht le parti d’une mutation fondamentale vers une entité supranationale. » Le principe de subsidiarité institué par Maastricht rend en effet les Etats subsidiaires. « dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exlcusive, la communauté n'intervient (...) que si et dans la mesure où les objectifs de l'action envisagée ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante par les Etats membres et peuvent donc(...) être mieux réalisés au niveau communautaire. » On trouve par contre 19 matières de compétence communautaire exclusives: politique commerciale douanière, libre circulation des personnes, transport, industrie et concurrence, environnement, recherche, mise en œuvre de la charte sociale européenne, santé, développement du tiers monde, protection du consommateur et tourisme. S'y ajouteront, avec Amsterdam, la politique de sécurité et de justice et la politique étrangère. L’Union Européenne a donc vocation à s’occuper de toutes les compétences anciennement dévolues à chaque nation. Avec le traité de Lisbonne les décisions pourront être prises à la majorité. Les Etats nationaux seront donc juridiquement totalement sous la tutelle de l’Etat fédéral. D’ores et déjà 80% du droit national produit dans un pays comme la France est une transposition directe des décisions prises au niveau européen.
Ainsi la voie suivie par l’Union Européenne au cours de son édification est riche d’enseignements sur la finalité recherchée et sur sa réalité foncière. Non seulement elle s’est édifiée en suivant la stratégie des engrenages, par le tissage de liens juridiques de lilliputs toujours plus contraignants et en extrayant des traités, selon le principe d’interprétation de « l’effet utile » (le texte a une finalité implicite dont seuls les juges connaissent l'existence ; on interprète donc le texte non en fonction de ce qu'il dit mais du but présumé qu'il poursuit). On n’exposait ainsi pas directement les objectifs poursuivis, évitant de susciter l’hostilité des peuples - mais elle a comme autre principe matriciel l’idée crypto-marxiste que le politique est le reflet des rapports économiques. Toute la construction de l’union européenne est donc une tentative de court-circuitage de la démocratie, de contournement de la volonté populaire et de soumission de celle-ci aux diktats économiques et juridiques extraits de traités absolument inintelligibles. L’inintelligibilité des traités européens ( les articles qui les composent étaient estimés à plus de 500000 à l’époque du traité d’Amsterdam, en 1996) étant parfaitement délibérée. Elle permet aux commissaires, juges et experts de dégager le sens prétendument implicite qu’ils renferment, en privilégiant tel ou tel point, articles ou clauses selon les nécessités de l’idéologie qui les domine. La construction de l’Union Européenne est donc entièrement sous la coupe d’une idéologie. L’idéologie que Jean-Claude Michéa, entre autres, ne cesse de dénoncer, cette idéologie qui veut que les hommes ne sont que des monades parfaitement étrangères les unes aux autres, mues par le seul ressort de leur égoïsme et que rien de transcendant ne relie. Ce qui est parfaitement troublant c’est que cette idéologie, qui est, à quelques variantes près, communément partagée par le libéralisme et le marxisme, n’a pas d’autre recours pour devenir opérante que la construction de vastes ensembles économico-politiques s’édifiant en s’asseyant sur la liberté des peuples, en les trompant, les manipulant, en les circonvenant. L’exemple de L’Irlande, de la France et de la Tchéquie le démontre assez bien.
Si bien que la réalité visée par l’Union Européenne n’a absolument rien à voir avec la construction d’un espace politique et économique susceptible de pouvoir peser face aux USA. Elle n’est pas davantage la garante de la spécificité des peuples qui la composent et encore moins de la liberté de ses membres. C’est une machinerie qui, à l’instar de celle que Orwel a décrite dans « 1984 », procède par la destruction du langage ( par le mensonge systématique, la subversion sémantique des mots, comme ceux de liberté, de démocratie etc), la destruction des identités pour promouvoir un type d’homme nouveau totalement déraciné, rendu totalement étranger à lui-même, sujet docile des ses appétits matériels, du mensonge publicitaire et de la propagande politico-financière. Le cadre national a toujours été conçu par les élites mondialistes comme étant le verrou à faire sauter pour permettre aux sociétés multinationales de donner leur pleine mesure dans l’exploitation des peuples. L’argument puant consistant à faire croire que l’Europe était nécessaire pour s’opposer aux USA ne serait recevable que si les élites européennes n’étaient pas issues du même moule idéologique que celles des USA. Or c’est naturellement tout le contraire. L’Europe, bien plus que les USA, fut ainsi, dès ses débuts, à la pointe de la dérégulation économique et financière, le terrain de chasse des multinationales. Les multinationales exercent en effet sur Bruxelles un lobbying de tous les instants. La Commission travaille déjà quotidiennement avec les quelque 15000 lobbyistes privés de Bruxelles. Les arcanes du pouvoir bruxellois, avec les montagnes d’articles de ses traités, les tombereaux d’arrêts produits par ses tribunaux, est totalement hors d’atteinte d’un contrôle citoyen. Et ce ne sont pas les députés européens, pour la plupart inféodés aux intérêts mondialistes, et dotés de toute façon de pouvoirs infimes, qui pourraient inverser la donne. Le Parlement Européen n’est que la vitrine, l’alibi démocratique d’une entreprise oligarchique.
Nous sommes donc désormais arrivés au stade terminal du développement historique de l’idéologie qui a éclos dans les esprits hostiles à l’Eglise au cours du XVIIIe. Cette idéologie a été portée par deux jambes au cours des XIXe et XXe : par le communisme et le libéralisme. Le premier s’est effondré dans le fracas que nous savons à la fin du siècle passé. Son frère gémellaire, le libéralisme politique et économique, n’est désormais plus très loin de connaître le même sort. Le communisme lui a permis de faire illusion un siècle durant, mais structurellement il est animé de la même rage contre tout ce qui est beau, tout ce qui est vrai, tout ce qui est bon. Il est un antihumanisme sur toute la ligne. Il porte une responsabilité plus grosse que le communisme car il en est la souche. C’est lui, qui originellement, à détourné les principes du christianisme, les a coupés de leur base transcendante. Les penseurs des Lumières ont opéré ce hold-up. Ils ont lancé l’humanité occidentale dans une course éperdue vers une liberté d’artifice qui, au final, se révèle être pour ce qu’elle : un slogan destiné à permettre aux oligarques, aux puissants de s’en mettre plein les poches ; un outil formidable de déconstruction de l’homme, le réduisant à un simple tube digestif articulé à son téléviseur, ses supermarchés, ses sites pornographiques, ses divertissement décérébrants, ses joutes sportives abrutissantes.
Julien Gunzinger
La propagande, troisième membre de la trinité moderne.
Dans les deux précédents numéros nous avons identifié que notre civilisation reposait sur deux piliers. Le premier s’est édifié petit à petit et a été couronné d’une parure dorique lors de la révolution sexuelle. C’est pourquoi nous avons fait du préservatif son symbole. Il soutient notre désordre moral actuel, notre hébétude intellectuelle. Le second a, lui aussi, eu une lente édification. Sa construction s’est soudainement emballée dans les années 90 et le début des années 2000 lui faisant défier le ciel. Ce second pilier soutient toute la dérégulation économique et financière. Il a donc l’argent pour symbole. Mais les deux font système. Le second a besoin du premier pour pouvoir étendre sa logique à tous les domaines de la société. Le premier est l’alibi intellectuel et moral du second. Il proclame que la liberté individuelle est la quintessence de toutes nos valeurs, que l’homme est une dignité absolue qu’il doit être souverain dans tous ses choix, qu’aucune règle surplombante ne doit le limiter. Chacun doit avoir le droit de mener son existence comme il l’entend dans tous les domaines : sexuel, économique, religieux... Le seul principe limitatif est celui du respect de la liberté de l’autre. Ce principe induit donc que les hommes ne limitent leurs élans égoïstes que parce qu’ils attendent que les autres feront de même en retour. C’est un principe qui loge l’intéressement au cœur de la relation sociale, qui en fait le seul principe de régulation. En quoi il est précisément amoral puisqu’il n’attend pas des hommes une conduite morale pour des raisons morales ou, mieux, spirituelles, mais pour des motifs d’intéressement. C’est ce principe qui est le foyer infectieux de notre civilisation. Le point d’engloutissement qui prend les allures de trou noir à mesure que le temps passe. Pourquoi ? Parce qu’il est le point de fuite que nous nous sommes donné pour ne plus avoir à nous interroger sur la finalité de nos actions sur terre, pour ne plus avoir à les penser, pour ne plus avoir à porter le fardeau de notre nature humaine. Il est l’expression de notre démission de notre statut d’animal rationnel, d’animal politique. Il fait tout reposer sur une imposture, une contradiction dans les termes : il fait dépendre notre respect de l’autre de notre intéressement. Il est une machination, au sens fort, celui de piège, dans lequel l’humanité occidentale est tombée depuis plusieurs siècles. Je ne vais pas faire ici l’inventaire des étapes qui ont permis à cette machination d’étendre sa toile. Il s’agit juste de comprendre que ce principe a été promu pour se substituer à l’idée classique selon laquelle l’homme a à réaliser sa destinée d’homme, à actualiser son humanité. Que celle-ci n’est pas un donné, que celle-ci ne se réduit pas à la liberté. Cette idée, forgée à la fois par la pensée grecque et par la pensée judéo-chrétienne, ne suppose donc que l’homme ne doit pas être gouverné par ses seules envies privées, ses seules pulsions, mais que tout au contraire il doit les travailler pour les intégrer à un plan qu’il n’a pas choisi, celui de Dieu ou de la nature. Faute de quoi il tombe dans la démesure, l’hybris qui le transforme soit en animal dépravé, une bête, soit en un être bouffi d’orgueil, une pâle caricature du divin. Dans la vision classique, l’homme n’est pas ce qu’il veut être, mais il peut vouloir ou refuser ce qu’il a à actualiser pour devenir un être humain. Partant de là, la société l’y aide par les lois positives qu’elles posent et qui sont l’expression, dans la réalité humaine, toujours contingente, instable, précaire et soumise au règne du péché, de l’ordre transcendant perçu par la raison humaine. Les lois sont donc inévitablement discriminantes, frappant d’interdit ce qui n’est moralement pas susceptible de mener l’homme à sa pleine maturation. Le terme majeur de la doctrine sociale des anciens et de l’Eglise c’est celui de bien commun. Il existe un ensemble de lois, de normes qui, si elles ne sont pas respectées, concourent à détruire le lien social, à rendre l’homme étranger à sa vocation, sa finalité. Or la pierre angulaire de tout l’édifice sociale c’est le respect de la famille, de l’institution familiale. Détruisez la famille et les sociétés seront tout simplement privées de leur source de jaillissement. La pierre de voûte de l’édifice sociale c’est ensuite l’homme spirituel qui a su actualiser les vertus en lui pour devenir le compagnon fidèle de ses semblables et des dieux. Toute la législation doit donc consister à protéger la famille contre toutes les revendications susceptibles de la dénaturer et à éveiller en l’homme le goût de ce qui est élevé qui seul peut lui attacher la fidélité de ses semblables et du Dieu. La discrimination entre le bien et le mal est au cœur de la pratique de ceux qui ont à charge la vie politique. Celle-ci est totalement au service de la promotion d’une certaine idée du Bien. Or c’est précisément contre cela que veut absolument se protéger tout le montage technico-politique moderne. Il ne faut jamais que le bien moral soit convoqué. Le principe de toute morale étant la liberté, rien ne doit venir préalablement la limiter. A elle seule de se déterminer, sans qu’aucune norme ne pèse sur elle. Là où les anciens auraient vu le plus sûr moyen de rendre toute vie sociale impossible, de mener toute civilisation à sa ruine, nous voyons la plus précieuse de nos valeurs. L’espace public doit être vierge de toute morale, il faut l’expurger de tous les résidus de l’ancienne vision. C’est à ce travail que s’emploient les « ligues de vertus » modernes au nom des droits de l’homme. Il faut que les homosexuels puissent se marier, adopter des enfants puisqu’ils le souhaitent, que les drogués puissent se procurer les substances de leurs choix, que tous les hommes et les femmes puissent aller et venir dans les pays de leurs choix, s’y établir s’ils le souhaitent, que l’on puisse choisir le sexe de son enfant ou alors se débarrasser de ce même enfant si la grossesse n’est pas venue au moment opportun, il faut pouvoir se planter tout ce que l’on veut là où l’on veut, avec qui l’on veut etc…Ainsi en Allemagne, écrit Jean-Claude Michéa « la prostitution est devenue un métier comme un autre, certaines ouvrières licenciées par le Capital se sont vu logiquement proposer par l’ANPE locale, au titre de leur reconversion, l’emploi d’hôtesses de charme dans les nouveaux Eros Centers”. Et oui, puisque tout est affaire privée, en fin de compte personne ne peut jeter un discrédit moral sur un tel métier, en conséquence cette profession doit être considérée comme n’importe quelle autre. C’est le règne de la liberté, youpi ! Et si d’aventure certains ne sont pas d’accord, c’est qu’ils sont opposés à la liberté, qu’ils sont fascistes, bref des salauds.
La stigmatisation, le déclassement moral de ceux qui considèrent que le bien commun ne tient pas essentiellement dans l’accroissement sans limite des libertés individuelle devient alors l’argument réflexe de toutes les nouvelles ligues de vertus qui, dans de nombreux pays, se sont dotées de tout un arsenal répressif judiciaire. Il devient dès lors évident qu’elles sont les propagatrices d’un nouvel obscurantisme, les fractions avancées d’une religion qui refuse de s’assumer comme tel : la religion de l’homme divinisé. Elles son obscurantistes parce qu’elles empêchent le débat d’avoir lieu, parce qu’elles étouffent le raisonnement rationnel par le martellement de leurs dogmes qui entraînent ipso facto la relégation morale de ceux qui s’y opposent. Mais jamais elles ne s’assument dans leur dimension religieuse. C’est toute la différence entre cette religion qui avance masquée et la religion chrétienne, qui, elle a également soumis les institutions temporelle à sa finalité ( la béatitude) mais en se présentant ouvertement comme une religion. Les chrétiens ont toujours exposé les tenants et aboutissants de leur foi, les ont toujours assumés, revendiqués. C’est ce qui leur a valu toutes les persécutions dont ils ont été victimes sous l’Empire romain. C’est du sang des martyrs qu’a fleuri la chrétienté. Or la déchristianisation, la soumission progressive des institutions aux finalités de la religion de l’homme divinisé s’est, elle, faite de façon rampante. C’est par le réseau de la franc-maçonnerie, des sociétés secrètes que les forces se sont coalisées pour creuser souterrainement, sous la chrétienté, des galeries qui finiront par engloutir l’ordre chrétien et l’ordre classique. Cette religion de l’homme divinisé n’a pas affronté frontalement l’ordre chrétien, elle n’a pas osé présenter au grand jour ses objectifs, son programme. Un tel tour d’esprit est perceptible dès la naissance de la philosophie politique moderne chez un auteur comme Machiavel, qui assigne à la politique non plus la mission de veiller à l’édification morale des hommes, par une législation idoine, mais celle d’user de tous les moyens possibles pour maintenir la stabilité sociale, en légitimant, au besoin, l’exaltation des passions les plus viles. La politique est dès lors conçue en dehors du cadre du bien commun traditionnel. Elle n’a plus à promouvoir les grands principes qui favorisent le plein épanouissement en l’homme de ses vertus, elle doit tendre vers une simple technique de gestion des affaires humaines, instrumentalisant les hommes pour garantir la paix sociale. Dès l’aube de la modernité, les hommes sont réduits au statut de rouages de la mécanique sociale. On y exclut toute idée de finalité, de destinée humaines. Au cœur de la pratique politique s’inscrit donc cette idée qu’il faut manipuler, tromper, agir en secret, ne plus viser le bien commun. Il faut aiguiller en sous-main, ne pas exposer toutes les lignes du programme, imposer une logique d’engrenage. Et c’est là la grande perversité du paradoxe. Car à mesure que l’on avançait masqué, que l’on agissait en dissimulant, en pilotant le destin des hommes à leur insu, on ne cessait de le faire au nom de la liberté, de la démocratie. La franc-maçonnerie doit être comprise comme la puissance occulte emblématique de ce retournement. Elle dont l’action est essence nouée autour du secret. La doctrine politique qui émergera alors de deux siècles d’application progressive de cette pratique rampante sera le libéralisme.
Jean Claude Michéa définit ainsi le tableau à double entrée du libéralisme « (…) la droite moderne ( celle qui a renoncé à rétablir l'alliance du trône et de l'autel) représente l'entrée par le marché et son expansion perpétuelle, la gauche moderne ( celle qui a définitivement renoncé depuis Mai 68 étudiant, au compromis historique passé avec le mouvement ouvrier socialiste lors de l'affaire Dreyfus) représente le mode d'entrée privilégié par le Droit et sa culture transgressive (…)c'est pourquoi le clivage historique droite/ gauche, tel qu'il en est venu à fonctionner de nos jours, est la clé politique ultime des progrès constants de l'ordre capitaliste. Il permet, en effet, de placer en permanence les classes populaires devant une alternative impossible. Si elles cherchent à se mettre à l'abri des effets économiques du libéralisme elles vont alors avec la gauche valider toutes les conditions culturelles du système qui engendre ses effets. Soit elles se révoltent contre cette apologie perpétuelle de la trangression et elle tombe entre les griffes de la droite et l'extrême droite qui démantèlent leurs conditions d'existence matérielles. (…)Les raisons qui commandent ce double développement ( logique du droit- logique capitaliste) sont structurellement les mêmes: l'épuration éthique à laquelle chacun de ses appareils est tenu de se livrer n'est que la contrepartie pratique de ce renoncement à « penser la vie humaine selon son bien ou selon sa fin »(Manent, Pierre). Ce processus qui organise tout est sans sujet donc sans fin. Cette configuration morale du droit libéral c'est la notion de limite qui devient impensable. C'est donc, en dernière instance, sous l'effet de sa propre logique qu'une société libérale se trouve contrainte, comme Marx l'avait compris « de révolutionner constamment l'ensemble des rapports sociaux. » et de fouler aux pieds toutes « les relations patriarcales et idylliques. » ( manifeste) » ce bouleversement continuel de la production ce constant ébranlement de tout le système social, cette agitation et cette insécurité perpétuelles distinguent l'époque bourgeoise de toutes les précédentes. » C'est pourquoi l'époque moderne est ontologiquement ordonnée à l'idée que « le but final n'est rien et que le mouvement final est tout » (Bernstein Eduard) »
Or notre époque a ceci de merveilleux que désormais la grande jonction s’est opérée, là sous nos yeux. Les règnes du préservatif et du fric ont scellé leurs noces ( en cela le mariage de Carla Bruni, représentante gauche bobo, et de Nicolas Sarkozy, est l’illustration planétaire symbolique de cette fusion des deux lignées du libéralisme) , ils sont les fruits pourris de cette religion honteuse qui restait tapie dans l’ombre et qui prétend désormais sortir de la tanière d’où elle tirait les ficelles. Tout est tellement évident, là, étalé sous nos yeux. Chacun d’entre nous, dès lors qu’il se donne la peine d’un peu réfléchir, peut faire le constat qu’une feuille de papier à cigarette ne sépare plus la gauche de la droite. Le grand vide dans lequel se débat la pensée dite de gauche ne doit plus être cherché ailleurs. La pensée dite de gauche est dorénavant inexistante, exsangue, parce que dès son origine elle n’est qu’une des jambes du programme. L’idéologie libérale contenait, avec l’opposition gauche-droite, les deux grands pôles nécessaires à la réalisation du projet religieux dont le libéralisme est l’instrument. C’est par ce mouvement polarisé ( gauche- droite) que la religion qui gît sous le libéralisme a mené à bien son projet, en faisant descendre dans les institutions ses dogmes. C’est ainsi que s’est faite l’aliénation de notre société à cette religion. Toujours sous couvert de liberté, de démocratie. Désormais gauche et droite peuvent tomber le masque. Les hommes sont si bien conditionnés à tout évaluer en terme de gains individuels ( ils ont été si bien dissociés), à considérer le travail productif et économique comme la matrice de toute vie sociale, à demander aux médias officiels leur ration quotidienne de pseudos infos (faite de people, de sport, de mensonges, de consommation, d’occultation, de manipulation) que cette religion croit pouvoir sortir au grand jour. Mais comme les vampires elle se décomposera sous l’intensité de la Lumière.
Ce qui est proprement vertigineux quand on prend la peine de réfléchir, c’est que tous les thèmes du libéralisme sont issus du christianisme. Qu’il s’agisse de liberté, d’ égalité, de la notion de dignité humaine, de personne. Toute leur force, leur consistance conceptuelle est dûe au travail des plus éminents philosophes et théologiens chrétiens. Mais ils sont coupés de leur base transcendante, rabattus sur un plan immanent. Les modernes les utilisent sans aucune piété filiale, ils prétendent qu’ils sont opérants en dehors de leur lieu de vie surnaturel qu’est l’Eglise, en dehors de leur rattachement au corps du Christ. Chesterton disait que le monde est plein « de vertus chrétiennes devenues folles ». Soljenitsyne a développé la même idées aux émissaires parisiens qui venaient lui remettre en décembre 2000 le grand prix de l’Académie des sciences morales. Il leur parla de la « crise profonde qui s’annonce » et il leur en donna la cause « Il y a cinq siècles, l’humanisme s’est laissé entraîner par un projet séduisant : emprunter au christianisme ses lumineuses idées, son sens du bien, sa sympathie à l’égard des opprimés et des miséreux, son affirmation de la libre volonté de chaque être, mais en essayant de se passer du Créateur de l’Univers »
Encore une fois, tout est là désormais, sous nos yeux. S’il l’on devait utiliser une métaphore animalière pour caractériser la société qui s’est édifiée en vampirisant les grands thèmes chrétiens, ce n’est pas l’image du Léviathan qui nous viendrait immédiatement en tête, mais celle de cet animal imaginaire, fantastiquement abruti dont parle Flaubert, le catoblépas qui vit en se bouffant lui-même. Notre société, à force d’exalter, en les sécularisant, des valeurs qui sont socialement structurantes qu’en Jésus Christ, laisse une pulsion de mort la travailler au plus profond de son être, la diriger vers toujours plus de reniement, de dégoût de soi. La famille est désormais en lambeau, la confiance en la beauté, la vérité, en l’effort, est à terre. Les prothèses techniques doivent suppléer à tout. L’homme n’est plus qu’une béance de revendications de droits, de plaisirs, de confort qui sont en train de l’engloutir. Cornelius Castoriadis faisait le même constat lorsqu’il écrivait que le capitalisme a hérité « d’une série de types anthropologiques qu’il n’avait pas créés et n’aurait pas pu créer lui-même : des juges incorruptibles, des fonctionnaires intègres et werberiens, des éducateurs qui se consacrent à leur vocation, des ouvriers qui ont un minimum de conscience professionnelle, etc… ces types ne surgissent pas et ne peuvent pas surgir d’eux-mêmes, ils ont été créés dans des périodes historiques antérieures, par référence à des valeurs alors consacrés et incontestables : l’honnêteté, le service de l’Etat, la transmission du savoir, la belle ouvrage..(…). Or nous vivons dans des sociétés où ces valeurs sont, de notoriété publique, devenues dérisoires, où seule compte la quantité d’argent que vous avez empochée, peu importe comment, ou en nombre de fois où vous êtes apparu à la TV. Le seul type anthropologique créé par le capitalisme et qui lui était indispensable au départ pour s’instaurer, était l’entrepreneur schumpetérien : personne passionnée par la création de cette nouvelle institution historique, l’entreprise, et par son élargissement constant moyennant l’introduction de nouveaux complexes techniques et de nouvelles méthodes de pénétration du marché. Or même ce type est détruit par l’évaluation actuelle ; pour ce qui est de la production, l’entrepreneur est remplacé par une bureaucratie managériale ; pour ce qui est de faire de l’argent, les spéculations à la Bourse, les OPA, les intermédiations financières rapportent beaucoup plus que les activités entrepreneuriales .(…) En même temps donc qu’on assiste, moyennant la privatisation, au délabrement croissant de l’espace public, on constate la destruction des types anthropologiques qui ont conditionné l’existence même du système » (La montée de l’insignifiance, Cornelius Castoriadis)
Le grand projet libérateur de l’occident est une machine à tout pulvériser. Son seul but est de promouvoir l’individu, tout ce qui ne ressort pas de la logique de la quête individualiste ne passe pas au travers du maillage extrêmement fin de son tamis. Pour atteindre sa réalité actuelle, il fallut que les générations succèdent aux générations, cédant les unes après les autres aux sirènes du grand projet en émancipation qui devait congédier de notre horizon la faim, l’exploitation, l’ignorance. Mais dès le départ ce projet était bancal, dès le départ il reposait sur du sable, sur le mensonge. Dès le départ il avait le prince du mensonge pour inspirateur. « vous deviendrez comme des dieux ». Et c’est dans ce sens que les minorités agissantes n’ont cessé de projeter l’humanité, par détournements progressifs de ce qui en fait sa réelle grandeur : devenir par le Christ à la ressemblance de Dieu. Ces minorités agissantes composées des plus fins esprits de chaque époque et portées par l’égout collecteur de toutes les idéologies ( Lumières, socialisme, scientisme, nationalisme) : la franc-maçonnerie et son formidable réseau de solidarité à travers les élites du monde entier. Ces minorités agissantes elles-mêmes noyautées par des initiés encore plus élevés en grade, plus retors, plus puissants. Tout le programme de l’occident se résume à une entreprise de manipulation, un système de poupées russes, où ceux qui croient tenir les commandes sont obscurément également pilotés par d’autres. L’ensemble de ce programme n’a pas d’autre finalité que de déconstruire le projet de Dieu qui était de faire des hommes des partenaires libres, consentants par amour à ses vues et qui dépêchait ses anges auprès de lui pour l’aider, le soutenir dans sa marche jusqu’au ciel. Mais il fut, on le sait, contesté dès le départ par Lucifer, celui qui avait été le plus nanti de dons par le Créateur, qui refusa de se mettre au service de cette ridicule créature, si fragile et débile à la naissance : l’homme ( non serviam). Lucifer qui, depuis, conspire à la destruction du projet divin en faisant de l’homme sa proie, en cherchant à obtenir de lui qu’il se détourne, qu’il oublie jusqu’au nom du Fils du Créateur venu sur terre pour tout réintroduire dans les plans de Dieu. Au cœur du mensonge moderne retentit donc toujours plus sourdement le mensonge« vous deviendrez comme des dieux. » destiné à soumettre l’humanité à une camisole de fer, plus implacable que tous les totalitarismes déjà expérimentés. Au cœur du mensonge moderne se trouve le gnosticisme, cette spiritualité qui est véritablement la seule concurrente réelle de la révélation. Cette spiritualité qui eut sa grandeur à l’époque où l’homme ne disposait pas encore de la révélation, développée par voie toute naturelle par les grands philosophes antiques comme Pythagore ou Platon. Elle faisait de l’homme, en sa partie la plus noble, l’âme, une parcelle du divin par laquelle, au moyen de l’ascèse, l’homme pouvait réintégrer sa nature divine. Cette spiritualité était une pierre d’attente pour les gentils. Le christianisme l’absorba en l’élaguant de toutes ses branches folles. Mais le malin savait pouvoir s’en servir comme la fondation future de son dessein, car il savait que le gnosticisme conserverait toute sa force attractive par l’orgueil qu’il pouvait susciter chez l’homme, par l’espoir qu’il lui insufflait de pouvoir se faire dieu sans passer par la soumission à l’autorité du Christ, communiquée à son Eglise. Sa force attractive s’en trouva décuplée à mesure que le christianisme réalisait son œuvre, enrichissant les royaumes, enrichissant les esprits, les libérant de l’esclavage ( en Occident il disparaît au VIIIe), donnant aux hommes les moyens de maîtriser la nature ( les abbayes furent les centres d’ingénieries de l’Occident qui rendirent possible la révolution technique de la Renaissance). Toutes les valeurs de liberté, d’égalité, de progrès, lestées d’une réalité existentielle toujours plus prégnante, devinrent autant de tentations pour les hommes de se croire affranchis de la dette qu’ils devaient au Christ. C’est cet orgueil que le malin capitalisa en l’orientant vers le gnosticisme, là où il devinait que l’Occident le rejoindrait à son tournant. Cette spiritualité gnostique est celle qui anima ainsi, dès sa naissance, la franc-maçonnerie. A son contact, elle s’était imprégnée de toutes les conquêtes morales du christianisme. La FM allait ainsi pouvoir les jouer contre l’Eglise elle-même, qui en était la mère et la gardienne.
En 1717, quand la FM se constitue, les élites occidentales sont déjà depuis un certain temps acquises au projet politique faisant de l’homme un rouage d’une grande machinerie. Machiavel, Hobbes, Pascal, Locke, Mandeville ont déjà jeté les bases théoriques qui affirment que le bien public naît des vices privés. Tout est en place au niveau moral pour que la concupiscence, l’égotisme accouchent de la société marchande. Mais il faut encore déconstruire les grandes structures symboliques et institutionnelles qui empêchent à la machine de donner toute sa mesure, il faut que le bien temporel ne soit plus soumis à l’alliance du trône et de l’autel, qui se donnent toujours pour finalité de conduire les hommes à la béatitude, ainsi toujours soumis au règne social du Christ. C’est à ce moment-là que, la FM va mobiliser la religion de l’homme divinisé, élargir l’horizon de l’humanité à celui d’un progrès infini, la lancer à l’assaut du trône divin vacant, dont le Fils a été chassé. C’est à ce moment là que ce qui n’était qu’implicite dans les premier montages de la philosophie politique moderne, chez les Machiavel, Hobbes, Locke mais aussi chez Rousseau et Kant, va accéder à un premier degré d’explicitation. La phrase célèbre de Saint-Just le résume assez bien « le bonheur est une idée neuve en Europe». Le lyrisme révolutionnaire promet ainsi à l’humanité qu’en se coupant de toute référence au transcendant elle accouchera d’une cité parfaite, elle accouchera de la Jérusalem céleste. La philosophie politique moderne, pour emporter l’adhésion des masses devait être soutenue par un horizon religieux. C’est à ce prix qu’elle allait pouvoir s’ériger en véritable dogme. Ce fut là le rôle historique de la franc-maçonnerie. Celle-ci a oint la philosophie politique moderne d’une dimension religieuse qui était seule à même de lui valoir l’adhésion des masses, la logique interne de la philosophie politique moderne, réduisant l’homme au statut de rouage d’une grande machinerie, ne pouvant d’elle-même susciter l’enthousiasme et convaincre. Cette conception mécaniste du corps social avait besoin d’une innervation spirituelle pour se mettre en mouvement. Le gnosticisme de la franc-maçonnerie était nécessaire pour provoquer cette tension spirituelle. Mais naturellement on ne présenta pas dans toute son étendue cette spiritualité gnostique comme religion de substitution. Fidèle en cela à la stratégie du secret qui lui est consubstantielle, la franc-maçonnerie se contenta, dans un premier temps, d’exalter l’idéologie du progrès, de l’homme tendu vers son achèvement historique. L’essentiel était de déconstruire l’ordre classique, qui établit la cité humaine dans un rapport de sujétion à la loi naturelle, au prétexte que celle-ci est aliénante, ne fait pas droit à la liberté humaine, l’entrave. L’essentiel était d’éliminer en l’homme l’idée qu’il devait son existence et sa survie au respect d’un ordre transcendant de la nature ou de la volonté du Créateur, de libérer en lui les aspirations démiurgiques. Une fois ces principes intégrés au niveau de l’organisation des sociétés, ils allaient progressivement pouvoir produire leurs fruits. Où l’on retrouve les deux grands axes qui s’adossent l’un à l’autre, identifiés en début d’article, transposés à leur niveau opérationnel ultime : l’idée que le seul jeu des intérêts privés produit tout à la fois une société d’abondance et pacifiée et l’idée que doit cheminer, en parallèle à son développement, la déconstruction de toutes les formes publiques de normativité, de tous les interdits moraux. La machinerie économique, vers laquelle tend toute la philosophie politique moderne, n’est donc possible que si conjointement, au plan culturel, est intériorisée la structure religieuse gnostique perverse qui fait de l’humanité un démiurge et de chaque homme un petit dieu. Chacune des grandes étapes de ce processus : la Révolution Française, la Révolution industrielle, la Révolution d’octobre, la Révolution culturelle, la Révolution sexuelle, la Révolution libérale, la Révolution verte actuelle, est toujours le fait d’une avant-garde « éclairée », qui recourt aux mensonges de la propagande, à la manipulation, mobilisant les énergies spirituelles du gnosticisme en exaltant une idée perverse de la liberté, écho lointain mais toujours plus retentissant du « vous serez comme des dieux » prononcé par le maître du mensonge au temps d’Adam et Eve, au jardin d’Eden…
L’exposition de l’AJAM
Les photos sont d’une grande beauté, en grand professionnel Pierre Montavon a su capter des situations de vie intense, des expressions qui rendent matériel un arrière-plan moral, la grâce qui se dégage de l’effort, de la solidarité, de la concertation, de la concentration… A travers l’œil de l’artiste, la dignité de tous ces hommes et ces femmes devient palpable. Les qualités artistiques de ces photos sont telles que cela rend d’autant plus regrettable et rageante l’instrumentalisation dont elles sont victimes. Car le texte qui les porte les fait en effet déchoir de leur dimension artistique pour les rabaisser au rang de vulgaire matériel de propagande. Les laconiques « sans elle ? », « sans lui ? » « sans vous ? » plaquent sur les photos un propos faux, idéologique, qui malheureusement brise tout ce que la photo par elle-même contenait de puissance et de force, tout ce qu’elle pouvait spontanément susciter de bienveillance envers les étrangers qui vivent, transpirent, souffrent, travaillent, meurent chez nous. Lorsque j’ai vu ces photos pour la première, un père de famille en faisait le décryptage pour ses enfants. Décryptage fidèle à l’intention voulu par l’AJAM. « cette photo veut dire que sans cette personne albanaise, cette dame handicapée ne pourrait pas obtenir les soins dont elle a besoin » expliquait-il. Exactement le message que veut faire passer cette campagne et qui naturellement est une escroquerie. La réelle beauté de ces hommes et de ces femmes au travail, dont témoignent ces photos, ne recouvre en rien le message qui nous est asséné. Non, leur beauté n’a rien à voir avec le sentiment de culpabilité qui insidieusement veut nous être transmis. Ce n’est pas parce que sans elles nous serions à nu, paumés, sans recours que ces personnes sont belles. C’est parce que ces personnes sont belles pour ce qu’elles sont et donnent que l’artiste a pu produire des photos d’une telle qualité. Cette campagne malheureusement témoigne de la violence symbolique qui s’exerce sur la beauté, celle-ci ne peut pas se soutenir par elle-même, elle doit être légitimée par une orientation idéologique. L’art, en Occident, est en effet largement passé sous la coupe des idéologies oeuvrant à la transformation du monde, au renversement de l’ordre naturel, à l’avènement d’idéaux toisant les réalités du passé.
Que disent ces affiches? Que sans le travail des migrants un pays comme la Suisse serait dépourvu de quantités de compétences indispensables. C’est évidemment un mensonge. Si de nos jours nous avons besoin de la main d’œuvre étrangère pour assurer bon nombre de tâches et également pour assurer le renouvellement des générations, nous le devons entièrement à un ensemble de choix politiques. A commencer par les choix politiques d’hostilité envers la natalité et d’hostilité envers la famille. Il n’y a aucune fatalité, comme le voudrait signifier ces affiches. Cette situation pourrait être renversée. Ce qui est pervers dans cette campagne c’est précisément qu’elle accrédite l’idée que nous devrions être reconnaissants envers les étrangers de nous faire pitance de leur sueur, comme si sans eux nous serions sans ressource. Encore une fois, je ne dis pas que les étrangers sur notre sol n’ont pas des tombereaux de mérite à faire valoir. Tout au contraire, je sais toute la bravoure qui en anime plus d’un pour avoir travaillé moi-même, par le passé, pour une association d’aide aux requérants d’asile. Ces hommes et femmes qui ont dû quitter leur pays ( quelles qu’en soient les circonstances c’est toujours un déchirement) méritent notre estime. Alors pourquoi ces affiches mutilent-elles la réalité, pourquoi prennent-elles le parti de nous faire honte ? Car c’est bien là l’un des ressorts de cette campagne, puisqu’elle cherche à nous rendre plus accueillants, réceptifs ( sous-entendu : nous ne le sommes pas assez) sous prétexte que sans eux nous serions dans une sacrée panade.
Il y a deux explications de fond, à mon sens, à cette situation. La première c’est que tout simplement les auteurs de cette campagne communient à une idéologie qui ne leur permet pas de poser la question de la présence des étrangers sur notre sol en dehors des termes de celle-ci. Cette idéologie est celle du métissage. Le métissage est par lui-même bon, il faut organiser le grand brassage des peuples, car cela relève d’un mouvement tout à la fois naturel et historique irréversible. Cette idéologie a besoin d’être alimentée en permanence pour qu’elle devienne incontournable, pour qu’elle devienne force opérante. C’est une prophétie auto-réalisatrice. Elle s’adosse aux réalités actuelles non pas pour en dégager ce qu’elles doivent à des montages politiques ( ce qui les renverrait à leur contingence) mais pour les considérer comme la confirmation de ce qu’elle professe. La seconde explication c’est l’idée qu’on ne rejoint l’autre que par l’émotionnel. Qu’on ne peut parler de l’autre qu’en termes de pour ou contre, qu’en mobilisant des affects binaires. Cette deuxième explication recouvre pour partie la première, car ce que la première explication suppose c’est que nous sommes embarqués dans un mouvement qui départage le bien du mal. Le bien étant l’abandon des composantes identitaires passées, le mal étant la fidélité à celles-ci. C’est naturellement une survivance du marxisme qui, de la gauche à la droite, est désormais unanimement partagé. Elle résorbe toutes les questions de société dans les termes de problèmes moraux, reléguant dans l’angle mort tout ce qui est postulé en amont en termes de vérités. Et notamment celles-ci : est-il vrai que la destinée de l’humanité est d’aller vers le métissage généralisé ? Est-il vrai qu’il en résulte un plus grand bien? Quelle idée du bien commun cela suppose-t-il, quelle idée du statut des identités collectives ( les nations) cela suppose-t-il ? Ne faudrait-il pas, eu égard à la particularité de notre identité, à son terreau civilisationnel propre, prendre des mesures pour la défendre etc ? Le meilleur moyen de délégitimer ces questions est alors de tout faire passer dans le registre du pour ou contre, dans le registre émotionnel ( d’où la formulation de la question qui ne laisse pas de place au raisonnement). Où l’on voit pourquoi l’idéologie du métissage a besoin, pour que les a priori métaphysiques qui la structurent restent tapis dans l’ombre ( c’est le cas même chez le plus grand nombre de ses adeptes), de faire usage des catégories morales du bien et du mal et de situer le débat sur un plan purement émotionnel.
Le résultat c’est donc que cette campagne veut nous faire croire qu’il nous faut être non seulement reconnaissants envers les étrangers qui travaillent chez nous ( ce que je suis le premier à admettre) mais surtout que sans eux nous ne serions rien ( réduits au statut d’handicapés sans aide, donc de dépendance ontologique radicale). C’est sur cette pente que l’on veut nous entraîner. À la question « sans lui ? » nous sommes sommés de répondre : nous ne serions rien. C’est là l’escroquerie. Et celle-ci est programmatique. Cela traduit un parti pris idéologique puisque cela masque le réel ( les choix politiques faits de ne pas soutenir la natalité, la famille) cela traduit une volonté de nous entraîner plus en avant. La technique est celle de la mise en abîme. On nous présente notre réalité comme une fatalité, un constat de dépendance ontologique radicales, sans alternative, pour nous faire adhérer à la solution contenue dans le terme même de l’énoncé : il n’y a de survie que par l’autre. Il n’y a d’issue que dans le métissage, le brassage. Et si vous n’en êtes pas conscients c’est que vous êtes vraiment aveugles. La beauté des photos, leur charge émotionnelle étant totalement soumises à cet objectif, et par là-même, malheureusement, pour partie dévaluées.
Catholiques et orthodoxes
Qu’est-ce qui nous unit ? qu’est-ce qui nous sépare ?
Les écueils à franchir avant d’arriver dans la vérité de ces deux questions sont nombreuses. En particulier :
- L’enseignement du Magistère romain est la référence pour les catholiques. Mais il n’a pas d’équivalent chez les orthodoxes. Ce qui ne veut pas dire que le consensus y soit impossible, mais il est plus difficile de l’exprimer en positions claires et précises.
- Ces questions concernent la vie même du corps du Christ. La rupture de la communion entre nos deux Églises peut être comparée à un accident ayant arraché un membre du corps. Il faudrait donc avoir à la fois l’objectivité du chirurgien, qui dresse un tableau clinique le plus réaliste possible, et la passion du patient, car c’est de notre corps qu’il s’agit !
- Comme dans toute rupture, la tentation de majorer les torts de l’autre et de minimiser les siens a toujours été présente dans les relations catholiques-orthodoxes. L’apparition récente d’une tentation inverse chez les catholiques( auto-culpabilisation systématique), loin d’équilibrer le premier travers, l’a perverti – d’autant qu’on ne trouve guère l’équivalent chez les interlocuteurs orthodoxes du dialogue. On peut voir un effet pervers très net de cette attitude de catholiques latins dans la facilité avec laquelle ils condamnent les catholiques orientaux en reprenant, au mépris de la vérité historique et de la charité élémentaire, toutes les accusations de la polémique orthodoxe contre ces derniers.
1) Ce qui nous unit.
La succession apostolique, les sacrements, la liturgie ( orthodoxes et catholiques orientaux partagent exactement la même liturgie, la seule différence est que les catholiques font aussi mention du Pape de Rome)(1), la vénération de la Vierge Marie, le culte des Saints…
Et le Pape ?
Peut-on ajouter le Pape comme élément d’union entre catholiques et orthodoxes ? Il faut répondre oui – et justifier ce paradoxe. Si on se place au niveau de l’exercice de la primauté du successeur de Pierre, il est évident qu’orthodoxes et cartholiques ne sont pas d’accord sur ce point. Mais cet exercice de la primauté a évolué au cours des siècles, et il n’y aucune raison qu’il ne le fasse pas encore, dans un sens qui permettrait un rapprochement des deux Eglises. Jean Paul II le suggère fortement dans son Encyclique sur l’Unité Ut unum sint.
Mais si on se place au niveau du principe d’un rôle particulier, personnel et de primauté de l’évêque de Rome, ce rôle est généralement reconnu par les orthodoxes. Un exemple récent de cette reconnaissance, la déclaration signée en 1991 par les membres du comité mixte catholique-orthodoxe de France :
« La primauté particulière de l’évêque de Rome tient au fait que Rome fut le lieu de prédication et du martyre de Pierre – l’apôtre de la profession de foi – et de Paul, unis dans l’offrande de leur vie pour l’Eglise. »
Certes les déclarations du patriarche œcuménique, niant, devant les évêques suisses, le 14 décembre 1996, toute la primauté à Pierre, vont dans un sens opposé, mais elles relèvent plus de l’épisode que d’une volonté de rupture.
Le Pape n’est pas le chef de l’Eglise. La doctrine du Christ chef de l’Eglise, définie par saint Paul, est partagée par catholiques et orthodoxes. Mais il en est le « chef visible », en tant que successeur de saint Pierre, sur lequel le Christ a voulu expressément bâtir son Eglise. Un approfondissement par les catholiques du rôle du Pape dans ces trois dimensions ( évêque de Rome, Patriarche d’Occident, pasteur de l’Eglise universelle), sans évidemment remettre en question la doctrine traditionnelle sur la primauté du Pape, facilitera un rapprochement avec les orthodoxes. De leur côté, une meilleure compréhension des notions de pouvoir et de service – tout pouvoir impliquant de service, mais tout service impliquant également un pouvoir – ira dans le même sens.
Et le Filioque ? Il peut paraître non moins paradoxal d’inclure le Filioque dans ce qui pourrait unir nos Eglises. Il faut d’ailleurs être clair : le Filioque nous divise. Et, à première vue, les Grecs ont eu raison de protester quand les Latins ont rajouté ce mot au credo universel. C’est un point de litige, mais ce n’est pas un obstacle. Il semblerait d’ailleurs qu’aujourd’hui, on s’accorde sur la formule « L’Esprit procède du Père et du Fils », qui n’est pas un compromis mais l’expression de la théologie généralement admise par les deux Eglises. Le dialogue se poursuit sur ce sujet. Preuve du caractère non essentiel de cette divergence : dans la liturgie, le Filioque est admis par plusieurs Eglises catholiques byzantines, mais n’y est jamais obligatoire.
Mais dans le mesure où le Filioque est une règle de foi de l’Eglise latine ( son adoption éventuelle dans l’Eglise universelle pourrait toujours être décidée par un Concile œcuménique), qui n’est pas imposée aux autres Eglises et qui ne risque pas d’être perçue comme hérétique par les Eglises orthodoxes, il ne saurait diviser nos Eglises. Le discours du 29 juin 1995 de Jean Paul II, en présence du patriarche œcuménique Bartolomaos Ier, et l’importante note doctrinale du Conseil Pontifical pour l’unité des chrétiens de 1995, ont considérablement clarifié le problème et posé les bases de sa résolutions.
Faut-il ajouter que tous ces points qui nous unissent sont essentiels.
2. Ce qui nous divise.
Outre l’exercice de la primauté romaine, les divergences entre catholiques et orthodoxes sont d’ordre divers. Beaucoup tiennent à un millénaire d’éloignement réciproque. Beaucoup aussi à des traditions légitimes, mais qui ne concernent pas l’essentiel de la foi.
Certaines de ces divergences tiennent au fait que les orthodoxes n’admettent pas les Conciles ultérieurs à la séparation et leurs définitions – ni bien sûr celles des papes depuis 1054 - , même s’ils ne s’opposent pas fondamentalement à ces définitions. C’est le cas des dogmes mariaux ou de la question du Purgatoire. Les orthodoxes réfutent la promulgation du dogme de l’Immaculée Conception et de l’Assomption. De quel droit, disent-ils, le pape de Rome a-t-il défini ces dogmes ? Mais depuis toujours, Marie est considéré, en Orient et par tous les orthodoxes, comme l’Immaculée, la Toute Pure. Ce n’est donc pas tant l’Immaculée Conception de Marie qui est en cause, que sa définition par le Pape. De même, l’Assomption, ou la Dormition, comme disent les Orientaux, orthodoxes et catholiques. Ce sont deux façons de dire la même chose. A ceci s’ajoute que les Orientaux mettent plus l’accent sur l’aspect "mystère" et les Latins sur l’aspect doctrinal. La divergence liturgique sur l’épiclèse est due elle aussi à un développement séparé.
Les divergences sur l’existence de prêtres mariés, sur l’alléluia chanté ou non en Carême, sur le port de la barbe par les clercs, sur le rôle des diacres etc… sont d’ordre ecclésiastique – et chacune des deux Eglises a de bons fondements dans la Tradition pour justifier sa pratique. On peut s’excommunier à coup de textes conciliaires ou synodaux, chaque côté choisissant ceux qui vont dans son sens, mais n’est-il pas préférable de reconnaître la légitimité réciproque de ces traditions, en sachant qu’elles sont organiques ( on peut être à la fois partisan du célibat des prêtres latins et reconnaître la légitimité des prêtres mariés dans les Eglises orientales – ce qui est d’ailleurs la position exprimée par le Concile Vatican II) ?
Plus grave peut-être pourraient se révéler être les différences de pratique ( d’économie selon les Byzantins), en particulier dans le domaine de la pastorale du mariage. La tolérance envers le divorce et le remariage des époux chrétiens, que l’on trouve dans les Eglises orthodoxes, est un obstacle qu’elles ont mises à l’unité, qui ne saurait être minimisé.
3. L’Etoile qui guidera leurs pas.
Les problèmes posés par la divergence sur les dogmes mariaux ne doivent pas masquer la grâce immense que partagent catholiques et orthodoxes de pouvoir rivaliser dans l’amour du Christ et de sa Mère, et d’avoir donné, par d’innombrables saints, la preuve de cet amour. L’initiative pour l’unité du fondateur de l’AED(Aide à l'Église en Détresse), le Père Werenfried von Straaten, proposant aux orthodoxes russes de prier ensemble la Vierge Marie, et particulièrement à la lumière de ce qu’elle a dit à Fatima, montre certainement une voie privilégiée pour approfondir ce qui nous unit et surmonte ce qui nous oppose.
Comme l’écrit Jean Paul II dans sa Lettre sur la préparation du Jubilé de l’an 2000 : « Dans la logique de son cœur maternel », elle nous écoutera, « elle sera, pour les chrétiens en marche vers le troisième millénaire, l’Etoile qui guidera fermement leurs pas à la rencontre du Seigneur »
Diacre Didier Rance
Directeur de l’AED/France
Article publié dans la Nef no 65
(1) Il faut toutefois noter que plusieurs Eglises catholiques orientales de rite byzantin ont connu une latinisation de facto de leur liturgie. Mais la tendance est nettement à la « réorientation », sauf ca particulier – en Roumanie, par exemple, où le refus par l’Eglise orthodoxe de rendre les lieux de culte aux catholiques exacerbe les différences.
roman feuilleton: la légende des quatre clés
« Mais la vérité bien plus démente, était que Leigh avait l’impression que Christine les surveillait. Qu’elle était jalouse, qu’elle désapprouvait leur liaison, qu’elle était pleine de rancœur. Car leigh n’avait pas, quand elle montait dedans, l’impression qu’elle roulait dans Christine, mais que Christine l’avalait. »
(Stephan King, Christine)
Chapitre 2
Pour la première fois, Jonas avait rendez-vous, ce vendredi soir, permission de minuit en poche, près de la gare de Genève, avec une bande de jeunes. C’était son plus fidèle ami, Jérémie, qui lui avait obtenu son ticket d’entrée dans la « cour des grands ». L’événement était de taille comme il avait dit. Les deux garçons se connaissaient depuis la maternelle, mais c’était du temps où ils étaient les deux au collège que leur amitié s’était vraiment consolidée. Ils étaient pourtant aussi différents que peuvent l’être le renard et la poule. Jonas étant tout de ruse et de dissimulation, Jérémie tout de bavardage et de transparence. Quand Jonas cherchait une proie pour en obtenir des copies de devoirs, des programmes informatiques, des composants électroniques, Jérémie était, lui, à la recherche d’ une oreille à qui confier ce qui traversait son esprit. Mais jamais Jonas n’avait pris Jérémie pour proie, et toujours Jérémie aimait s’épancher auprès de Jonas. Jérémie frayait depuis peu avec un groupe de jeunes de 14 à 20 ans. Habitant le quartier de Champ-Fréchet de Meyrin, il y avait été tout naturellement introduit en fréquentant les caves où des groupes de musique répétaient, jouant lui-même du saxo, et fumant ses premiers joints près du terrain de football jouxtant la salle de concert communale.
Jonas ne se réjouissait pas particulièrement de cette sortie, mais il savait qu’il y jouait une partie de sa réputation, qui commençait à souffrir de l’isolement dans lequel il vivait, dans la seule réelle amitié partagée avec Jérémie. Trop souvent il s’était senti mis à nu dans un jugement de méfiance mâtinée de mépris par certains de ses camarades de classe, filles et garçons, lorsqu’il rendait compte de ses soirées de lecture ou de programmation, vierges de toute sortie entre « potes », de toute saoulerie virilement assumée dans des vomissements auroraux.
Le programme n’avait rien de palpitant. Jérémie lui avait plusieurs fois narré à quoi il passait son temps avec la bande : faire circuler quelques joints, mater des clips de cul téléchargés sur portable, commenter certaines des positions comme étant «bonnes » ou au contraires « nazes » dans des surenchères d’éclats de rire , traquer la « meuf » à la sortie des boîtes, faire parfois quelques intrusions dans ces temples de « l’éclate » quand un pote y travaillait comme portier, se lancer dans des séances de rap improvisées sur tous les rythmes gutturaux imaginables…
La soirée fut effectivement à la hauteur de la description que lui en avait faite Jérémie. Jonas s’évertua à donner le change autant qu’il pouvait. Jérémie venant souvent à sa rescousse pour vanter les talents de programmateur de Jonas. Pour le présenter sous un jour avantageux, Jérémie n’hésita pas à grossir le trait. Jonas était un génial concepteur de jeux de combats supersoniques. Ce qui ne manqua pas de titiller de nombreux intéressés qui firent le siège le Jonas pour qu’il leur fournisse quelques-unes de ses créations. « Merci Jérémie, dit Jonas à son ami lorsqu’il eut une minute en aparté avec lui, avec les commandes que j’ai, je pourrais ouvrir un magasin de jeux vidéos sans avoir quoi que ce soit en stock. Merci pour la dépanne. »
« T’en bricoleras un vite fait, et à toi les dollars ! Remercie ton pote au lieu de l’accabler» se moqua Jérémie.
Le point culminant de la soirée fut atteint lorsque Bernie, 19 ans, arriva au volant de sa BMW.
- Y a des puceaux ce soir ? cria-t-il.
- Y en a, répondit au vol Jérémie en désignant
Jonas. Allez, baptême du feu pour toi, Jonas, t’as l’occase de monter à bord de Christine. La seule bagnole au monde qui se pilote plus vite que la mort. C’est un esprit pur, guidé par le dieu de la vitesse, Bernie.
Jérémie n’en pouvait plus de faire le parrain de son pote.
- Qu’est-ce que tu délires là, Jérémie, tu m’as
jamais parlé de ça !
- Qu’est-ce que serait une soirée sans surprise ?
trouva à lui répondre Jérémie.
- C’est la règle, reprit alors un des gars qui
s’appelait Sylvestre. Quand un nouveau intègre la bande, Bernie teste s’il a les couilles solidement tenues à son levier de vitesse…
- Ce qui veut dire ? demanda Jonas
- Que tu vas ruer dans les brancards avec Christine…Qui monte avec Jonas ? demanda Sylvestre, le jeune homme de 18 ans au regard d’acier qui semblait être craint de tous, même des plus âgés que lui.
Jérémie, déjà passablement pété, s’empressa de hurler : « Moi, moi…je veux ruer jusqu’aux étoiles »
- Qui d’autre, y a de la place pour cinq ? demanda
Sylvestre.
Plus personne ne retint la proposition.
- Vous faites injure à Christine et Bernie, allez je
monte, bande de chiards.
La voiture partit en trombe, en prenant la direction du périphérique.
- Qu’est-ce que c’est que ce plan de tablard ? demanda Jonas, vert de peur, à Jérémie.
- Décoince, Jonas, t’as pas assez fumé pour apprécier l’honneur qui t’est fait. T’es dans le ventre de Christine, elle va nous chier à la vitesse de la lumière, mon pote. Accroche-toi et fume ça, répondit-il en tendant un joint à Jonas qui déclina l’offre.
À hauteur du Grand Lancy, à un feu rouge, Bernie fit vrombir son moteur. La voiture, à ses côtés sur la voie parallèle, lui fit écho.
- Ca y est, hurla Bernie, allez, Christine, aujourd’hui c’est le grand prix du Président sur l’hippodrome de Vincennes. Crache Christine, crache.
Les deux voitures s’élancèrent dans une course de fureur vers le périphérique. Elles se dépassaient mutuellement par la gauche, par la droite, surgissaient, grands phares allumées et klaxons hurlants, derrière les rares autres voitures roulant sur le périphérique à cette heure, faisaient crisser leurs pneus dans les virages, à hérisser les oreilles d’un sourd…Jonas se croyait dans le cockpit d’un avion de chasse larguant des bombes à chaque reprise d’accélération. Il avait été embarqué de force dans ce vol de nuit au-dessus du bitume de Genève, livré à la folie suicidaire de Bernie ou peut-être de Christine. Il ne savait plus très bien lequel des deux, en effet, était aux commandes.
A un moment, Christine sembla distancer sa rivale, mais, dans un virage, elle dut planter pour éviter de prendre de plein fouet la bertram. L’autre voiture la dépassa alors dans une explosion de klaxon. Bernie hurla : « La salope, allez Christine qu’est-ce tu pars en couille…fous la dose…tu veux que je te cravache ? On va pas se laisser bouffer par une putain de gauloise… »
La voiture antagoniste arborait en effet des plaques françaises. Sur un long bout droit, Bernie refit une partie de son retard, moment qu’il saisit pour exulter tout en décélérant « Elle va trop vite, putain, elle va se scratcher les gars, ça va être le 14 juillet ! »
La voiture française abordait en effet bien trop vite un virage serré. Le conducteur voulut redresser mais le bolide partit en tonneau avant de s’encastrer dans la bertram.
« Ouaaahhhhhh » hurla Bernie en passant devant la carcasse fumante à toute allure…
- Putain, ils se sont éclatés, hurla Jonas. Arrête, Bernie, putain, arrête.
- Il est con, le puceau, ou bien ? C’est la règle : tue
ou sois tué. Tu tombes d’où, toi ?
- Mais enfin, Jérémie, ils sont peut-être que blessés,
Jérémie, réveille-toi, Jérémie.
Jérémie était complètement hébété, incapable de comprendre ce qui arrivait.
- Et toi, s’adressant à Sylvestre, qui occupait la place du mort. Dis quelque chose !
- Ferme-là, Jonas, prie juste qu’aucun radar n’ait été dans le secteur au moment ou on a passé. Pas vu pas pris, répliqua Sylvestre.
Soudain Jérémie se mit à vomir à grands jets.
- C’est le puceau qui gerbe ? demanda Bernie, hors
de lui, quel dégueulasse !!
- Non, c’est Jérémie, répondit Sylvestre, qu’est-ce
que vous nous faites comme numéro, les Dupont et Dupond ?
La colère de Bernie éclata alors un orage gros de grêlons.
- Ca veut jouer dans la cour des grands et ça se pisse dessus à la moindre émotion forte. Où t’as été pêcher ces deux asticots, Sly, y me font l’effet de chiures de pigeons sur le cuir de Christine. Allez, on débarque les mioches.
Jérémie était maintenant saisi de convulsions. Tout en subissant de plein fouet la violence de Bernie, Jonas cherchait à réchauffer son ami. Lorsque Bernie freina brusquement, Jérémie et Jonas furent projetés contre les sièges avant.
- Allez, du vent, station terminus. Foutez-moi le camp ! Et si l’un des deux cafte, y gouttera à la charge d’un moteur de 8 cylindres. C’est compris ? fulmina Bernie.
Jonas ne se le fit pas répéter deux fois. Sitôt la voiture à l’arrêt, il se précipita dehors en tirant à lui Jérémie toujours dans un état proche de la catatonie. Avant de claquer la portière, dans un mouvement de témérité qui le surprit lui-même, il lança à l’adresse de Sylvestre et Bernie :
- Merci encore les gars, et bonne route ! J’ai pas de
quoi vous régler la course, mais on se reverra d’ici peu, soyez sûr que j’aurai trouvé de quoi vous régler votre dû.
- T’es mort, merdeux ! lâcha Bernie, avant de
partir dans le tumulte rugissant des 250 chevaux de Christine…
L’Irlande a donc pliée sous le joug. Là aussi un petit pays a concentré sur lui toute l’attention. Mais au contraire de la Suisse l’Irlande était elle, intégrée dans « le machin », comme l’appelait de Gaule, et ne pouvait que se soumettre. Elle avait intégré l’Europe convaincue que cette adhésion lui serait profitable sur tous les plans : économique, politique... et en effet au plan matériel, en deux décennies, l’Irlande a fait un bond prodigieux vers plus de prospérité. Mais qu’est-ce que la richesse matérielle, doit-elle être la boussole qui détermine nos choix ? En intégrant l’UE, l’Irlande s’est aligné sur les options économiques et financières de l’Europe qui, depuis les années 70, a été plus libérale, plus dérégulatrice que sa mère nourricière, les USA. Or ce sont ces options qui sont à l’origine de la crise planétaire dans laquelle nous commençons à peine à nous débattre. Si bien que les progrès économiques de l’Irlande vont fondre comme neige au feu ( elle est d’ailleurs sur le point d’être mise en faillite et de devoir passer sous les fourches caudines du FMI). L’appât était beau. L’Irlande a pu y goûter. Mais la récréation est terminée. L’Europe tombe désormais son masque. La période que nous vivons actuellement est en cela prodigieusement instructrice, car nombre de nos mythes modernes révèlent aujourd’hui leur vrai visage. Il suffit de se donner la peine de s’informer en dehors des canaux officiels, soit par de bons livres, soit par internet pour comprendre la tartufferie que fut tout à la fois, l’Europe, la mondialisation libérale, le combat contre les discriminations, la démocratie sans Dieu.
On est désormais pris de vertige entre ce que l’Europe prétend être et ce qu’elle est vraiment. On pourrait croire que c’est le résultat du dévoiement de son projet originel. Or à la vue des dernières révélations de certains dossiers américains secrets déclassifiés , il n’en est rien.
Prenons les problèmes dans l’ordre. Que nous enseigne l’affaire irlandaise ? Que les élites dirigeantes européennes ne prennent même plus le soin de faire croire que l’Europe est au service des peuples et sous leur contrôle, que toute la rhétorique démocratique n’est qu’un mensonge. Le peuple irlandais s’était prononcé contre le traité de Lisbonne une première fois. Ayant mal voté aux yeux des élites européennes, il fut sommé de revoter. La manœuvre fut un peu moins grosse qu’en France, puisque chez nos voisins le peuple ne fut pas même appelé à se prononcer sur la copie d’un texte ( le traité constitutionnel) qu’il avait refusé. Le traité de Lisbonne lui fut ainsi imposé par ses élites politiques qui se reproduisent désormais, à la faveur d’un système médiatico-politique totalement verrouillé, sans plus aucun lien avec les aspirations populaires. En Irlande le peuple ne pouvait tout de même pas être contourné. Il fut ainsi reconvoqué pour voter correctement cette fois-ci. Or c’est bombardé de fausses promesses que les Irlandais se déplacèrent pour ratifier, cette fois-ci, le traité de Lisbonne. Les partisans du « oui à Lisbonne » ont en effet menti éhontément, faisant du slogan « YES for jobs » l’argument massue de leur campagne. Mais dès le lendemain des votations ils se déjugèrent. Le ministre des Finances s’étant empressé de déclarer : « Nous n’avons jamais promis d’emploi en retour du "oui" ». Le gouvernement avait aussi mis l’accent sur le fait que l’Irlande avait obtenu des concessions sur la neutralité, l’avortement et la perspective de garder un poste dans la commission qui se mettra en place en 2014. Or l’européiste Patrick Martin-Genier est récemment passé aux aveux b« La neutralité sur la scène internationale est aujourd’hui un leurre. La question de l’avortement est une question éthique plus que politique et la Cour européenne des droits de l’homme saurait censurer une attitude contraire aux droits de chaque femme de décider en la matière. Quant au poste de commissaire, que restera-t-il de cette promesse en 2014 et après ? »]b
D’autre part la Commission européenne a violé le principe de son mandat. Elle qui a pour charge que l’application des traités en vigueur, a investi sur ses fonds (150 000 euros) la diffusion de 1,1 millions de brochures, distribuées gratuitement dans les journaux du dimanche, une poignée de jours avant la votation.
Quelques jours à peine après la ratification du traité, les européistes ont poursuivi leur campagne de déstabilisation et de chantage à l’égard du dernier opposant au traité, la Tchéquie. Le trilatéraliste Pierre Lellouche expliquait notamment : "Vaclav Klaus ne pourra tenir très longtemps (...) La pression sur lui pour qu'il signe sera très forte (...) s'il veut bloquer à lui tout seul le sort institutionnel de 500 millions d'Européens, il y aura des choses désagréables pour la République tchèque". Or le président tchèque, Valcav Klaus, est animé d’une détermination qu’il puise dans son catholicisme, comme il l’a reconnu à notre Saint Père lors du voyage de ce dernier en Tchéquie « Vous nous avez apporté - pour reprendre vos paroles - une nouvelle espérance! Votre grande foi, votre courage dans l'expression d'opinions qui ne sont pas toujours politiquement correctes et partagées par tous, votre engagement en faveur des idées et des principes fondamentaux de notre civilisation et du christianisme sont ici pour nous donner à tous un exemple et pour nous encourager. »
Ainsi ce que l’Europe se révèle être désormais, pour quiconque se donne la peine de s’informer : une machine à broyer les peuples, à enregistrer les exigences des lobbies transnationaux, à étendre la culture de la mort, à déconstruire les identités nationales, à étouffer la démocratie réelle, on se tromperait fondamentalement en croyant que telle ne fut pas sa vocation dès le départ. De Gaule en a certes retardé l’épanouissement un certain temps, mais dans l’esprit des pères fondateurs , l’Europe devait se construire en détruisant les nations pour permettre à terme une intégration dans un ensemble encore plus vaste, un espace politique et économique commun avec les USA. Alors qu’à chaque campagne pro-européenne, sur notre sol, mais également dans les pays de l’UE, la nécessité de l’Europe est exaltée pour peser face aux USA, dès l’origine les USA ont été parmi les plus ardents défenseurs de la construction européenne. Au point que l’Europe telle qu’elle existe n’est en fait que l’émanation du projet américain. Monet fut ainsi toujours un ardent défenseur des Etats-Unis d’Europe. De Gaule, qui voyait clair dans son jeu, le considérant comme un agent américain, s’y opposa toujours, parfaitement conscient qu'une Europe fédérale serait à la botte des USA.
Grâce à l’alliance des nationaux et des communistes, le projet de la CED, soutenu à bout de bras par les USA, finançant pas millions la campagne en faveur de sa ratification, fut défait en France. Monnet et les euro-atlantistes se rabattirent alors sur une autre stratégie consistant à imposer des procédures, des engrenages. La doctrine de l'engrenage (spill over effect) c’est « le secret de la construction européenne est celui d'une dialectique entre la force des engagements fondamentaux, et le développement spontané de ses multiples effets d'engrenage. » ( 30 nov 1989, Jacques Delors). C'est la théorie des liens des liliputs, qui insidieusement et progressivement, doivent entraver l’action politique. C’est une stratégie crypto-marxiste, fondée sur le primat de l'économie, qui rêve donc de l'extinction du politique. C’est la même conception de la gestion technicienne et procédurale de la politique théorisée par un Alain Minc qui voyait dans les contraintes imposées par Maastricht l'incarnation du « cercle de la raison » . Petit à petit, de traité signé en arrêt de la Cours de justice des communautés faisant jurisprudence, c’est l’ensemble des prérogatives des Etats qui est transféré à l’Europe. Jusque-là jamais on avait vu des Etats transférer définitivement, irréversiblement leur souveraineté à l'extérieur de leur sphère naturelle de légitimité qui est le peuple ou la nation. Avec Maastricht et Amsterdam on est en effet passé de l'ère des limitations temporaires, volontaires et réversibles de la souveraineté ( l'ère des traités) à celle d'un transfert illimité et irréversible de la souveraineté. Comme l’a dit Roland Dumas en 1991 « En France, déterminée à jeter les bases d’une union à vocation fédérale(…), nous avons pris pour Maastricht le parti d’une mutation fondamentale vers une entité supranationale. » Le principe de subsidiarité institué par Maastricht rend en effet les Etats subsidiaires. « dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exlcusive, la communauté n'intervient (...) que si et dans la mesure où les objectifs de l'action envisagée ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante par les Etats membres et peuvent donc(...) être mieux réalisés au niveau communautaire. » On trouve par contre 19 matières de compétence communautaire exclusives: politique commerciale douanière, libre circulation des personnes, transport, industrie et concurrence, environnement, recherche, mise en œuvre de la charte sociale européenne, santé, développement du tiers monde, protection du consommateur et tourisme. S'y ajouteront, avec Amsterdam, la politique de sécurité et de justice et la politique étrangère. L’Union Européenne a donc vocation à s’occuper de toutes les compétences anciennement dévolues à chaque nation. Avec le traité de Lisbonne les décisions pourront être prises à la majorité. Les Etats nationaux seront donc juridiquement totalement sous la tutelle de l’Etat fédéral. D’ores et déjà 80% du droit national produit dans un pays comme la France est une transposition directe des décisions prises au niveau européen.
Ainsi la voie suivie par l’Union Européenne au cours de son édification est riche d’enseignements sur la finalité recherchée et sur sa réalité foncière. Non seulement elle s’est édifiée en suivant la stratégie des engrenages, par le tissage de liens juridiques de lilliputs toujours plus contraignants et en extrayant des traités, selon le principe d’interprétation de « l’effet utile » (le texte a une finalité implicite dont seuls les juges connaissent l'existence ; on interprète donc le texte non en fonction de ce qu'il dit mais du but présumé qu'il poursuit). On n’exposait ainsi pas directement les objectifs poursuivis, évitant de susciter l’hostilité des peuples - mais elle a comme autre principe matriciel l’idée crypto-marxiste que le politique est le reflet des rapports économiques. Toute la construction de l’union européenne est donc une tentative de court-circuitage de la démocratie, de contournement de la volonté populaire et de soumission de celle-ci aux diktats économiques et juridiques extraits de traités absolument inintelligibles. L’inintelligibilité des traités européens ( les articles qui les composent étaient estimés à plus de 500000 à l’époque du traité d’Amsterdam, en 1996) étant parfaitement délibérée. Elle permet aux commissaires, juges et experts de dégager le sens prétendument implicite qu’ils renferment, en privilégiant tel ou tel point, articles ou clauses selon les nécessités de l’idéologie qui les domine. La construction de l’Union Européenne est donc entièrement sous la coupe d’une idéologie. L’idéologie que Jean-Claude Michéa, entre autres, ne cesse de dénoncer, cette idéologie qui veut que les hommes ne sont que des monades parfaitement étrangères les unes aux autres, mues par le seul ressort de leur égoïsme et que rien de transcendant ne relie. Ce qui est parfaitement troublant c’est que cette idéologie, qui est, à quelques variantes près, communément partagée par le libéralisme et le marxisme, n’a pas d’autre recours pour devenir opérante que la construction de vastes ensembles économico-politiques s’édifiant en s’asseyant sur la liberté des peuples, en les trompant, les manipulant, en les circonvenant. L’exemple de L’Irlande, de la France et de la Tchéquie le démontre assez bien.
Si bien que la réalité visée par l’Union Européenne n’a absolument rien à voir avec la construction d’un espace politique et économique susceptible de pouvoir peser face aux USA. Elle n’est pas davantage la garante de la spécificité des peuples qui la composent et encore moins de la liberté de ses membres. C’est une machinerie qui, à l’instar de celle que Orwel a décrite dans « 1984 », procède par la destruction du langage ( par le mensonge systématique, la subversion sémantique des mots, comme ceux de liberté, de démocratie etc), la destruction des identités pour promouvoir un type d’homme nouveau totalement déraciné, rendu totalement étranger à lui-même, sujet docile des ses appétits matériels, du mensonge publicitaire et de la propagande politico-financière. Le cadre national a toujours été conçu par les élites mondialistes comme étant le verrou à faire sauter pour permettre aux sociétés multinationales de donner leur pleine mesure dans l’exploitation des peuples. L’argument puant consistant à faire croire que l’Europe était nécessaire pour s’opposer aux USA ne serait recevable que si les élites européennes n’étaient pas issues du même moule idéologique que celles des USA. Or c’est naturellement tout le contraire. L’Europe, bien plus que les USA, fut ainsi, dès ses débuts, à la pointe de la dérégulation économique et financière, le terrain de chasse des multinationales. Les multinationales exercent en effet sur Bruxelles un lobbying de tous les instants. La Commission travaille déjà quotidiennement avec les quelque 15000 lobbyistes privés de Bruxelles. Les arcanes du pouvoir bruxellois, avec les montagnes d’articles de ses traités, les tombereaux d’arrêts produits par ses tribunaux, est totalement hors d’atteinte d’un contrôle citoyen. Et ce ne sont pas les députés européens, pour la plupart inféodés aux intérêts mondialistes, et dotés de toute façon de pouvoirs infimes, qui pourraient inverser la donne. Le Parlement Européen n’est que la vitrine, l’alibi démocratique d’une entreprise oligarchique.
Nous sommes donc désormais arrivés au stade terminal du développement historique de l’idéologie qui a éclos dans les esprits hostiles à l’Eglise au cours du XVIIIe. Cette idéologie a été portée par deux jambes au cours des XIXe et XXe : par le communisme et le libéralisme. Le premier s’est effondré dans le fracas que nous savons à la fin du siècle passé. Son frère gémellaire, le libéralisme politique et économique, n’est désormais plus très loin de connaître le même sort. Le communisme lui a permis de faire illusion un siècle durant, mais structurellement il est animé de la même rage contre tout ce qui est beau, tout ce qui est vrai, tout ce qui est bon. Il est un antihumanisme sur toute la ligne. Il porte une responsabilité plus grosse que le communisme car il en est la souche. C’est lui, qui originellement, à détourné les principes du christianisme, les a coupés de leur base transcendante. Les penseurs des Lumières ont opéré ce hold-up. Ils ont lancé l’humanité occidentale dans une course éperdue vers une liberté d’artifice qui, au final, se révèle être pour ce qu’elle : un slogan destiné à permettre aux oligarques, aux puissants de s’en mettre plein les poches ; un outil formidable de déconstruction de l’homme, le réduisant à un simple tube digestif articulé à son téléviseur, ses supermarchés, ses sites pornographiques, ses divertissement décérébrants, ses joutes sportives abrutissantes.
Julien Gunzinger
On est désormais pris de vertige entre ce que l’Europe prétend être et ce qu’elle est vraiment. On pourrait croire que c’est le résultat du dévoiement de son projet originel. Or à la vue des dernières révélations de certains dossiers américains secrets déclassifiés , il n’en est rien.
Prenons les problèmes dans l’ordre. Que nous enseigne l’affaire irlandaise ? Que les élites dirigeantes européennes ne prennent même plus le soin de faire croire que l’Europe est au service des peuples et sous leur contrôle, que toute la rhétorique démocratique n’est qu’un mensonge. Le peuple irlandais s’était prononcé contre le traité de Lisbonne une première fois. Ayant mal voté aux yeux des élites européennes, il fut sommé de revoter. La manœuvre fut un peu moins grosse qu’en France, puisque chez nos voisins le peuple ne fut pas même appelé à se prononcer sur la copie d’un texte ( le traité constitutionnel) qu’il avait refusé. Le traité de Lisbonne lui fut ainsi imposé par ses élites politiques qui se reproduisent désormais, à la faveur d’un système médiatico-politique totalement verrouillé, sans plus aucun lien avec les aspirations populaires. En Irlande le peuple ne pouvait tout de même pas être contourné. Il fut ainsi reconvoqué pour voter correctement cette fois-ci. Or c’est bombardé de fausses promesses que les Irlandais se déplacèrent pour ratifier, cette fois-ci, le traité de Lisbonne. Les partisans du « oui à Lisbonne » ont en effet menti éhontément, faisant du slogan « YES for jobs » l’argument massue de leur campagne. Mais dès le lendemain des votations ils se déjugèrent. Le ministre des Finances s’étant empressé de déclarer : « Nous n’avons jamais promis d’emploi en retour du "oui" ». Le gouvernement avait aussi mis l’accent sur le fait que l’Irlande avait obtenu des concessions sur la neutralité, l’avortement et la perspective de garder un poste dans la commission qui se mettra en place en 2014. Or l’européiste Patrick Martin-Genier est récemment passé aux aveux b« La neutralité sur la scène internationale est aujourd’hui un leurre. La question de l’avortement est une question éthique plus que politique et la Cour européenne des droits de l’homme saurait censurer une attitude contraire aux droits de chaque femme de décider en la matière. Quant au poste de commissaire, que restera-t-il de cette promesse en 2014 et après ? »]b
D’autre part la Commission européenne a violé le principe de son mandat. Elle qui a pour charge que l’application des traités en vigueur, a investi sur ses fonds (150 000 euros) la diffusion de 1,1 millions de brochures, distribuées gratuitement dans les journaux du dimanche, une poignée de jours avant la votation.
Quelques jours à peine après la ratification du traité, les européistes ont poursuivi leur campagne de déstabilisation et de chantage à l’égard du dernier opposant au traité, la Tchéquie. Le trilatéraliste Pierre Lellouche expliquait notamment : "Vaclav Klaus ne pourra tenir très longtemps (...) La pression sur lui pour qu'il signe sera très forte (...) s'il veut bloquer à lui tout seul le sort institutionnel de 500 millions d'Européens, il y aura des choses désagréables pour la République tchèque". Or le président tchèque, Valcav Klaus, est animé d’une détermination qu’il puise dans son catholicisme, comme il l’a reconnu à notre Saint Père lors du voyage de ce dernier en Tchéquie « Vous nous avez apporté - pour reprendre vos paroles - une nouvelle espérance! Votre grande foi, votre courage dans l'expression d'opinions qui ne sont pas toujours politiquement correctes et partagées par tous, votre engagement en faveur des idées et des principes fondamentaux de notre civilisation et du christianisme sont ici pour nous donner à tous un exemple et pour nous encourager. »
Ainsi ce que l’Europe se révèle être désormais, pour quiconque se donne la peine de s’informer : une machine à broyer les peuples, à enregistrer les exigences des lobbies transnationaux, à étendre la culture de la mort, à déconstruire les identités nationales, à étouffer la démocratie réelle, on se tromperait fondamentalement en croyant que telle ne fut pas sa vocation dès le départ. De Gaule en a certes retardé l’épanouissement un certain temps, mais dans l’esprit des pères fondateurs , l’Europe devait se construire en détruisant les nations pour permettre à terme une intégration dans un ensemble encore plus vaste, un espace politique et économique commun avec les USA. Alors qu’à chaque campagne pro-européenne, sur notre sol, mais également dans les pays de l’UE, la nécessité de l’Europe est exaltée pour peser face aux USA, dès l’origine les USA ont été parmi les plus ardents défenseurs de la construction européenne. Au point que l’Europe telle qu’elle existe n’est en fait que l’émanation du projet américain. Monet fut ainsi toujours un ardent défenseur des Etats-Unis d’Europe. De Gaule, qui voyait clair dans son jeu, le considérant comme un agent américain, s’y opposa toujours, parfaitement conscient qu'une Europe fédérale serait à la botte des USA.
Grâce à l’alliance des nationaux et des communistes, le projet de la CED, soutenu à bout de bras par les USA, finançant pas millions la campagne en faveur de sa ratification, fut défait en France. Monnet et les euro-atlantistes se rabattirent alors sur une autre stratégie consistant à imposer des procédures, des engrenages. La doctrine de l'engrenage (spill over effect) c’est « le secret de la construction européenne est celui d'une dialectique entre la force des engagements fondamentaux, et le développement spontané de ses multiples effets d'engrenage. » ( 30 nov 1989, Jacques Delors). C'est la théorie des liens des liliputs, qui insidieusement et progressivement, doivent entraver l’action politique. C’est une stratégie crypto-marxiste, fondée sur le primat de l'économie, qui rêve donc de l'extinction du politique. C’est la même conception de la gestion technicienne et procédurale de la politique théorisée par un Alain Minc qui voyait dans les contraintes imposées par Maastricht l'incarnation du « cercle de la raison » . Petit à petit, de traité signé en arrêt de la Cours de justice des communautés faisant jurisprudence, c’est l’ensemble des prérogatives des Etats qui est transféré à l’Europe. Jusque-là jamais on avait vu des Etats transférer définitivement, irréversiblement leur souveraineté à l'extérieur de leur sphère naturelle de légitimité qui est le peuple ou la nation. Avec Maastricht et Amsterdam on est en effet passé de l'ère des limitations temporaires, volontaires et réversibles de la souveraineté ( l'ère des traités) à celle d'un transfert illimité et irréversible de la souveraineté. Comme l’a dit Roland Dumas en 1991 « En France, déterminée à jeter les bases d’une union à vocation fédérale(…), nous avons pris pour Maastricht le parti d’une mutation fondamentale vers une entité supranationale. » Le principe de subsidiarité institué par Maastricht rend en effet les Etats subsidiaires. « dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exlcusive, la communauté n'intervient (...) que si et dans la mesure où les objectifs de l'action envisagée ne peuvent pas être réalisés de manière suffisante par les Etats membres et peuvent donc(...) être mieux réalisés au niveau communautaire. » On trouve par contre 19 matières de compétence communautaire exclusives: politique commerciale douanière, libre circulation des personnes, transport, industrie et concurrence, environnement, recherche, mise en œuvre de la charte sociale européenne, santé, développement du tiers monde, protection du consommateur et tourisme. S'y ajouteront, avec Amsterdam, la politique de sécurité et de justice et la politique étrangère. L’Union Européenne a donc vocation à s’occuper de toutes les compétences anciennement dévolues à chaque nation. Avec le traité de Lisbonne les décisions pourront être prises à la majorité. Les Etats nationaux seront donc juridiquement totalement sous la tutelle de l’Etat fédéral. D’ores et déjà 80% du droit national produit dans un pays comme la France est une transposition directe des décisions prises au niveau européen.
Ainsi la voie suivie par l’Union Européenne au cours de son édification est riche d’enseignements sur la finalité recherchée et sur sa réalité foncière. Non seulement elle s’est édifiée en suivant la stratégie des engrenages, par le tissage de liens juridiques de lilliputs toujours plus contraignants et en extrayant des traités, selon le principe d’interprétation de « l’effet utile » (le texte a une finalité implicite dont seuls les juges connaissent l'existence ; on interprète donc le texte non en fonction de ce qu'il dit mais du but présumé qu'il poursuit). On n’exposait ainsi pas directement les objectifs poursuivis, évitant de susciter l’hostilité des peuples - mais elle a comme autre principe matriciel l’idée crypto-marxiste que le politique est le reflet des rapports économiques. Toute la construction de l’union européenne est donc une tentative de court-circuitage de la démocratie, de contournement de la volonté populaire et de soumission de celle-ci aux diktats économiques et juridiques extraits de traités absolument inintelligibles. L’inintelligibilité des traités européens ( les articles qui les composent étaient estimés à plus de 500000 à l’époque du traité d’Amsterdam, en 1996) étant parfaitement délibérée. Elle permet aux commissaires, juges et experts de dégager le sens prétendument implicite qu’ils renferment, en privilégiant tel ou tel point, articles ou clauses selon les nécessités de l’idéologie qui les domine. La construction de l’Union Européenne est donc entièrement sous la coupe d’une idéologie. L’idéologie que Jean-Claude Michéa, entre autres, ne cesse de dénoncer, cette idéologie qui veut que les hommes ne sont que des monades parfaitement étrangères les unes aux autres, mues par le seul ressort de leur égoïsme et que rien de transcendant ne relie. Ce qui est parfaitement troublant c’est que cette idéologie, qui est, à quelques variantes près, communément partagée par le libéralisme et le marxisme, n’a pas d’autre recours pour devenir opérante que la construction de vastes ensembles économico-politiques s’édifiant en s’asseyant sur la liberté des peuples, en les trompant, les manipulant, en les circonvenant. L’exemple de L’Irlande, de la France et de la Tchéquie le démontre assez bien.
Si bien que la réalité visée par l’Union Européenne n’a absolument rien à voir avec la construction d’un espace politique et économique susceptible de pouvoir peser face aux USA. Elle n’est pas davantage la garante de la spécificité des peuples qui la composent et encore moins de la liberté de ses membres. C’est une machinerie qui, à l’instar de celle que Orwel a décrite dans « 1984 », procède par la destruction du langage ( par le mensonge systématique, la subversion sémantique des mots, comme ceux de liberté, de démocratie etc), la destruction des identités pour promouvoir un type d’homme nouveau totalement déraciné, rendu totalement étranger à lui-même, sujet docile des ses appétits matériels, du mensonge publicitaire et de la propagande politico-financière. Le cadre national a toujours été conçu par les élites mondialistes comme étant le verrou à faire sauter pour permettre aux sociétés multinationales de donner leur pleine mesure dans l’exploitation des peuples. L’argument puant consistant à faire croire que l’Europe était nécessaire pour s’opposer aux USA ne serait recevable que si les élites européennes n’étaient pas issues du même moule idéologique que celles des USA. Or c’est naturellement tout le contraire. L’Europe, bien plus que les USA, fut ainsi, dès ses débuts, à la pointe de la dérégulation économique et financière, le terrain de chasse des multinationales. Les multinationales exercent en effet sur Bruxelles un lobbying de tous les instants. La Commission travaille déjà quotidiennement avec les quelque 15000 lobbyistes privés de Bruxelles. Les arcanes du pouvoir bruxellois, avec les montagnes d’articles de ses traités, les tombereaux d’arrêts produits par ses tribunaux, est totalement hors d’atteinte d’un contrôle citoyen. Et ce ne sont pas les députés européens, pour la plupart inféodés aux intérêts mondialistes, et dotés de toute façon de pouvoirs infimes, qui pourraient inverser la donne. Le Parlement Européen n’est que la vitrine, l’alibi démocratique d’une entreprise oligarchique.
Nous sommes donc désormais arrivés au stade terminal du développement historique de l’idéologie qui a éclos dans les esprits hostiles à l’Eglise au cours du XVIIIe. Cette idéologie a été portée par deux jambes au cours des XIXe et XXe : par le communisme et le libéralisme. Le premier s’est effondré dans le fracas que nous savons à la fin du siècle passé. Son frère gémellaire, le libéralisme politique et économique, n’est désormais plus très loin de connaître le même sort. Le communisme lui a permis de faire illusion un siècle durant, mais structurellement il est animé de la même rage contre tout ce qui est beau, tout ce qui est vrai, tout ce qui est bon. Il est un antihumanisme sur toute la ligne. Il porte une responsabilité plus grosse que le communisme car il en est la souche. C’est lui, qui originellement, à détourné les principes du christianisme, les a coupés de leur base transcendante. Les penseurs des Lumières ont opéré ce hold-up. Ils ont lancé l’humanité occidentale dans une course éperdue vers une liberté d’artifice qui, au final, se révèle être pour ce qu’elle : un slogan destiné à permettre aux oligarques, aux puissants de s’en mettre plein les poches ; un outil formidable de déconstruction de l’homme, le réduisant à un simple tube digestif articulé à son téléviseur, ses supermarchés, ses sites pornographiques, ses divertissement décérébrants, ses joutes sportives abrutissantes.
Julien Gunzinger
ce journal est produit par un foyer de résistance catholique toulousain. Il est animé a par une profonde dévotion à la sainte Vierge.
Le Petit Journal du Cénacle No 7
§§§
Les Trois Blancheurs
Les trois blancheurs forment le reflet visible de la Trinité sur terre
Le 30 mai 1862, Don Bosco eut en songe, une vision prophétique.
Il vit la mer, et là, rangés en bataille, des vaisseaux innombrables remplis d'armes de toutes sortes, livrant bataille à un grand et majestueux vaisseau représentant l'Eglise.
Soudain, apparaissent deux colonnes : l'une, la plus grande, porte une lumineuse hostie, et l'inscription : « Salut des croyants » ; c'est la première blancheur. L'autre, où sont gravés les mots: « Secours des Chrétiens », est surmontée d'une statue de la Vierge Immaculée, avec un chapelet : c'est la seconde blancheur.
L'assaut tourne à l'avantage des agresseurs mais le Pape(1) , tout de blanc vêtu – c'est la troisième blancheur – à la proue du grand vaisseau, convoque par deux fois les capitaines des vaisseaux auxiliaires afin de délibérer des décisions à prendre : ces deux délibérations représentent les conciles Vatican I et Vatican II.
Il est finalement frappé à mort, mais son successeur obtient la victoire en amarrant solidement le Vaisseau aux deux Colonnes. Un tableau, exposé dans la Basilique Maria Auxiliatrice à Turin, rappelle ce célèbre songe des « Trois Blancheurs », reçu peu avant le début du premier Concile du Vatican.
Ces « Trois Blancheurs » – la Sainte Eucharistie, la Sainte Vierge et le Saint-Père – sont les trois secours fondamentaux des chrétiens, à la fois appuis, protections et réconforts dans les souffrances et les épreuves.
Mais l'union de ces trois « blancheurs » est plus que cela : elle est reflet visible de la Trinité sur terre, car si l'Eucharistie est le Fils en personne, la Vierge Marie, selon le mot de Maximilien Kolbe, est la quasi-incarnation de l'Esprit-Saint, et quant au Pape, il est notre doux Père de la terre.
En sorte que la fidélité aux trois blancheurs est l’expression achevée de la fidélité à l’Eglise du Christ.
§§§
La première blancheur est l'Eucharistie, le Pain vivant descendu du ciel. L'Eucharistie c'est Jésus lui-même, Jésus sous les blanches espèces :
« Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c'est ma chair pour le salut du monde » (Jn, 6.51)
L'Eucharistie est le plus grand des sacrements : elle contient non seulement la grâce, mais l'Auteur de la grâce. C'est le sacrement d'amour : elle est le fruit de l'Amour qui se donne. Elle a pour effet principal d'augmenter en nous l'amour de Dieu, et des âmes en Dieu.
La réception de l'Eucharistie s'appelle « communion » parce qu'elle est union intime du cœur de Dieu et du cœur de l'homme – union qui déifie notre âme, en augmentant en elle la participation à la vie divine. Au-delà de toutes les nourritures du corps ou de l’esprit, elle est pour nous une nourriture divine ; Jésus s'offre réellement – offre son corps et son sang – comme aliment, subsistance de notre âme.
§§§
La deuxième blancheur, c'est la Très Sainte Vierge Marie, la Mère de Dieu. Dieu n'ayant pas choisi d'autre moyen que Marie pour venir à nous, nous ne pouvons trouver un plus sûr chemin pour revenir à Lui. Son Fils lui-même, sur la croix, a confirmé sa double maternité : Mère de Dieu, en Le donnant aux hommes, Mère des hommes en nous donnant à Dieu.
« Mère, voici ton fils ; fils, voici ta Mère » (Jn. 19, 26-27)
Vraie Mère des hommes, Marie nous enfante à Dieu. Nous pouvons, en effet, Lui confier en toute occasion, toutes nos peines et toutes nos joies, toutes nos défaillances et tous nos succès. La remercier pour toutes ses intercessions en notre faveur auprès de Dieu, et pour toutes les grâces qu'Elle nous obtient de Son Fils Jésus. Et surtout L'écouter en toutes choses, afin qu'Elle nous guide toujours plus sûrement sur les pas de notre Frère Aîné.
Tout au long de l'histoire de l'Eglise, Marie a ainsi accompagné les hommes, n’hésitant pas à les conseiller, en ne cessant de leur porter la Lumière de Dieu à travers ses petits prophètes(2) : en tant que Fille du Père, la Lumière du Père ; en tant que Mère du Fils, la Lumière du Fils ; en tant qu'Épouse du Saint Esprit, la Lumière de l'Esprit. Et c’est Pontmain, Lourdes, La Salette, Fatima, Garabandal et Medjugorje – et tant d’autres lieux où elle apparaît, se faisant Mère présente auprès de Ses enfants.
§§§
La troisième blancheur, c'est le Chef visible de l'Eglise, le Pape, le successeur de Saint Pierre. Là encore, c'est Jésus lui-même qui l'a confirmé à cette place par Sa parole :
« Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Mt. 16, 18)
Nous devons vouer à Pierre, aujourd'hui notre bon Pape Benoît XVI, un amour franc et fervent à l'image de celui que lui manifestait sainte Catherine de Sienne, avocate du Pontife Romain qu'elle nommait le « Doux Christ en la Terre ». Bien plus, nous devons comprendre que le Pape est le dernier représentant du Père ici-bas – alors que toute autre paternité est désormais largement et très systématiquement bafouée –, et ainsi nous ne devons pas hésiter à donner à notre Pape bien-aimé ce titre de combat : « Doux Père en la Terre ».
Un amour franc et fervent, mais aussi fidèle comme celui de saint Antoine-Marie Claret, promoteur de l'infaillibilité pontificale au Concile Vatican I. Ce dogme, daté de 1870, qui fait partie du dépôt de la foi de l’Eglise est « lié dans les cieux », et doit donc être crû sans discussion : il assure au Pape le charisme d'infaillibilité comme Docteur suprême de l'Église, lorsqu'il exprime un avis en matière de foi et de morale.
§§§
L'expression « trois blancheurs » manifeste ainsi le lien intime et providentiel entre Notre Seigneur Jésus-Christ vraiment présent dans la Sainte Eucharistie, Sa Très Sainte Mère et Son Vicaire infaillible, légitime successeur de l'Apôtre Saint Pierre. Cette conjonction des trois blancheurs, est vraiment reflet visible de la Trinité sur terre, et est tellement essentielle à la foi catholique que nous sommes assurés être sur la bonne voie, dès lors que nos cœurs les tiennent toutes trois embrassées.
§§§
Paroles de prophète
b[« Ils sont proches les temps qui verront plusieurs déclarer que ces mots sont des symboles »[/b]
Alors Jésus leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » (Jn. 6, 44-58)
Message de Jésus au plus Petit de Ses serviteurs le 29 avril 2007
Je demande à mes disciples du [petit] reste de lire dans le Livre du Père [la Sainte Bible] le texte suivant : Jean 6: 44 - 59.
Ne jamais douter que ces mots soient vrais. Car ils sont Ma Parole et donc ils sont vrais. J'ai parlé clairement et je voulais dire ce que j'ai dit et j'ai dit ce que je voulais dire. Il n'y a aucun sens caché, ni signification symbolique... C’EST LA VÉRITÉ. Lisez-les et gardez-les chers à votre cœur.
NE LAISSEZ PERSONNE VOUS TROMPER, CAR ILS SONT PROCHES LES TEMPS QUI VERRONT PLUSIEURS DECLARER QUE CES MOTS SONT DES SYMBOLES.
De Celui qui est Vraiment Présent dans le Très Saint Sacrement, Jésus (Amour)
§§§
Paroles de prophète
« Le successeur de saint Pierre détient l’autorité infaillible d’enseigner la vérité »
Enseignement donné par Notre Seigneur et Sauveur, transmis par le Père Melvin Doucette (Canada) à son groupe de prière, le Mercredi 16 septembre 2009
« Je suis stupéfait de la rapidité avec laquelle vous vous détournez de Dieu : il vous a appelés par la grâce du Christ et vous, vous regardez à une autre Bonne Nouvelle. En réalité, il n'y en a pas d'autre ; il y a seulement des gens qui vous troublent et qui veulent changer la Bonne Nouvelle du Christ. » (Ga. 1.6-7)
Et voici le message que Notre Seigneur et Sauveur a donné à Joseph :
« Saint Paul était vraiment renversé de voir certains Galates abandonner l’Évangile qu’il leur avait prêché pour n’importe quel enseignement incompatible avec cet Évangile. On trouve toujours de faux prédicateurs qui répandent un enseignement contraire à celui que je vous ai donné quand j’étais sur la terre. Au lieu de l’Évangile, ils enseignent les lois des Juifs ou des préceptes erronés provenant de la société.
Certains prônent un peu partout que tuer les enfants à naître n’est pas un péché et invitent les gens à entrer dans le Nouvel Âge, religion archi-fausse qui ne vient pas de moi.
Il y a un seul Évangile, celui que j’ai laissé à mon Église, et par les grâces que j’ai méritées, mon Église restera fidèle à cet Évangile jusqu’à la fin. Une seule personne, le successeur de saint Pierre, détient l’autorité infaillible d’enseigner la vérité et seulement la vérité. Écoutez-le et soyez membre de l’Église qu’il gouverne. C’est la vérité qu’un enfant est là dans le sein de la mère dès le jour de la conception. Tous doivent respecter cette vie créée par Dieu le Père lui-même.
Le Nouvel Âge prétend que chaque personne est dieu, alors que la vérité est qu’il existe un seul Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, qui est le Créateur, le Sauveur et le Sanctificateur de toute l’humanité. Vous ne devez rendre culte qu’à Dieu seul, et à personne d’autre. »
§§§
Le sens de l'histoire
La voie sûre du petit reste : fidélité aux trois Blancheurs
Au début du rêve, l'assaut donné au grand vaisseau tourne à l'avantage des agresseurs. C'est alors qu'apparaît à la proue de ce grand navire l'homme en blanc qui en assume le commandement. Et c'est le Pape. D'où il devient désormais fort clair qu'il s'agit de la Nef de l'Église.
Le chef du grand vaisseau (le Pape) convoque alors à son bord les capitaines des vaisseaux auxiliaires (les Évêques) afin de délibérer sur les décisions à prendre.
Il nous faut ici nous reporter à l'histoire. Le songe de Don Bosco est du mois de mai 1862. Or, le 6 décembre 1864, Pie IX appelle à Rome, en Concile, les évêques de la Chrétienté : et cela afin de remédier « par un moyen extraordinaire à la détresse extraordinaire de l'Église ». Notons, car le fait a son importance, que Pie IX fut élevé au Siège de Pierre à l'instant même où Marie, à La Salette, venait pleurer sur les maux qui allaient s'abattre sur le monde et sur l'Église.
La tempête, un instant apaisée, se ranime dès lors plus violente, obligeant chacun des capitaines à regagner son navire. Et chacun se replie donc. Faut-il voir là une image de l'état des Églises nationales à l'époque de Pie IX ? Par exemple, pour l'Église française, l’image de ce qu’elle est devenue sous les effets cumulés du jansénisme, puis du gallicanisme, du philosophisme et de la Révolution, la poussant à la contestation de Pierre ? Probablement...
§§§
Le 18 juillet 1870, le Concile vote la Constitution « Pastor aeternus », consacrant le dogme de l'infaillibilité pontificale. Le lendemain de ce jour éclate la guerre franco-allemande. Le 9 octobre, Rome, arrachée par violence au Pape, est annexée au Royaume d'Italie. Le 20 0ctobre, le Concile n'ayant pas terminé ses travaux, est renvoyé sine die... Et c'est ainsi que Vatican II devait un jour continuer Vatican I.
Le songe se poursuit. Une accalmie se fait sur la mer et l'hostilité des ennemis paraît fléchir. La grande Nef reprend sa route. Le pilote suprême en profite pour appeler de nouveau les autres pilotes à son bord. Et c’est Vatican II. Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul I...
Mais voici que la tempête se déchaîne une fois encore, plus violente que jamais. Vatican II fut en effet le prétexte – prétexte et non pas cause – de la plus affreuse subversion qui se soit jamais élevée contre l'Église. À partir de là, le rêve prophétique de Don Bosco nous montre le Navire assailli de toutes parts et de toutes les manières. Les vaisseaux ennemis vomissent le feu de toutes les gueules de leurs canons, ou foncent sur lui, le frappant de leurs étraves cuirassées.
Don Bosco vit aussi d'autres armes, les pires peut-être : ce sont des livres, des écrits. Et il est bien vrai qu'à partir du Concile se déchaînèrent toutes sortes d'attaques contre l'Église, soutenues par des moyens médiatiques sans précédent. Grosso modo, on peut dire que ces attaques venaient de tous les bords : à sa droite, l'Église eut à subir les assauts des sédévacantistes et des lefèvristes ; à sa gauche, la poussée moderniste et libérale ; en coulisse, le terrible travail de sape de la franc-maçonnerie, y compris de la franc-maçonnerie ecclésiastique (au service du mondialisme) ; et frontalement, les incessantes désinformations médiatiques.
Nous sommes alors à l'époque de Jean-Paul II. Les deux colonnes sont toujours là, dressées immobiles sur la mer en furie. Et le Pape, tenant ferme la barre, s'efforce toujours de maintenir la Nef entre elles deux.
§§§
Vient Benoît XVI, confronté pour sa part à deux chantiers principaux : la réforme liturgique qui vise à retrouver la rigueur du mystère, et la recherche d'une unité de l'Église qui réalise la prière de Jésus : « Que tous soit un, Père, comme Toi et Moi sommes un ». Il rencontre évidemment dans cette voie toutes les oppositions vécues par ses prédécesseurs, mais amplifiées par le sécularisme généralisé, et unifiées désormais par l’énoncé ouvert du projet mondialiste. On remarquera que ces attaques tendent à créer une fausse Eglise, au service du projet mondialiste de religion mondiale, et du coup à liquider le caractère sacrificiel de la messe, en réduisant l'Eucharistie à un symbole.
Et voilà pourquoi de nos jours la Vierge Marie parcourt le monde entier pour annoncer à ses petits prophètes « la grande profanation » qui vient, profanation dont le prophète Daniel nous a déjà prévenus : à la fin des temps, dit Daniel, « l'abomination de la désolation » sera visible dans le temple du Seigneur, car l'homme impie y entrera pour « abolir le sacrifice perpétuel » (Dn. 11,16).
Et voilà pourquoi Marie dit à Darly Chagas, son petit prophète du Brésil, le 16 mai 2009 : « Priez pour la Sainte Eglise fondée par Jésus-Christ, vous approchez du temps du martyre des chrétiens, en particulier le Saint-Père, assistez-le avec des prières, faîtes ces choses, cet acte d'amour, pour l'aider à tenir ferme entre ses mains la Sainte Eucharistie, car l'ennemi va encourager ceux qui ouvrent leur cœur pour le servir, à commettre la grande profanation. »
La tempête encore se déchaîne, la plus violente qui fut jamais. La barque de Pierre est à nouveau secouée, et de plus en plus rudement. Sous nos yeux s'accomplissent la suite et la fin du rêve de Don Bosco(3).
Les attaques sont désormais concentrées sur les trois blancheurs elles-mêmes, et dans la mesure où elles sont indissociables, toutes les trois sont attaquées : la Vierge Marie est attaquée, le Pape est attaqué, l'Eucharistie est attaquée.
§§§
Quel est l’enseignement essentiel de ce songe ? Il nous dit que la fidélité aux Trois Blancheurs, aux trois inséparablement, constitue la condition incontournable pour se maintenir dans la fidélité à l'Église. Si l'une des trois fait défaut, la foi elle aussi défaille.
Car quelque acharnement que mettent les ennemis de l'Église en leurs assauts, et quelques très grands dommages qu'ils infligent, ils ne peuvent venir à bout de la grande Nef, puisqu’il est écrit :« Les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle ».
(1) Observons qu’une des significations fondamentales de ce rêve prophétique est ceci : une bataille a lieu autour de la primauté de Pierre, c'est-à-dire pour le primat de la papauté dans l’Eglise universelle.
(2) b[« Je viens à vous, dit-elle le 1er septembre à Ned Dougherty, en tant que Notre-Dame de la Lumière, car Je souhaite répandre à travers le monde la Lumière de mon Fils, votre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, en ces temps difficiles pour l'humanité. Mon voyage avec vous, et parmi vous, à travers les âges, M'a permis d'assigner à Mes enfants, [ceux] qui ont été attentifs à écouter et à répondre à mon appel, la mission [que voulait pour eux] Mon Fils... »]b
(3) « Il est visible et clair, déclarait Debora en 2008, que la nouvelle ère, préparée par la Madone, sera une ère qui se construira sur ces trois réalité : Jésus Eucharistie, le primat de Pierre et la présence de la Madone ».
§§§
Les Trois Blancheurs
Les trois blancheurs forment le reflet visible de la Trinité sur terre
Le 30 mai 1862, Don Bosco eut en songe, une vision prophétique.
Il vit la mer, et là, rangés en bataille, des vaisseaux innombrables remplis d'armes de toutes sortes, livrant bataille à un grand et majestueux vaisseau représentant l'Eglise.
Soudain, apparaissent deux colonnes : l'une, la plus grande, porte une lumineuse hostie, et l'inscription : « Salut des croyants » ; c'est la première blancheur. L'autre, où sont gravés les mots: « Secours des Chrétiens », est surmontée d'une statue de la Vierge Immaculée, avec un chapelet : c'est la seconde blancheur.
L'assaut tourne à l'avantage des agresseurs mais le Pape(1) , tout de blanc vêtu – c'est la troisième blancheur – à la proue du grand vaisseau, convoque par deux fois les capitaines des vaisseaux auxiliaires afin de délibérer des décisions à prendre : ces deux délibérations représentent les conciles Vatican I et Vatican II.
Il est finalement frappé à mort, mais son successeur obtient la victoire en amarrant solidement le Vaisseau aux deux Colonnes. Un tableau, exposé dans la Basilique Maria Auxiliatrice à Turin, rappelle ce célèbre songe des « Trois Blancheurs », reçu peu avant le début du premier Concile du Vatican.
Ces « Trois Blancheurs » – la Sainte Eucharistie, la Sainte Vierge et le Saint-Père – sont les trois secours fondamentaux des chrétiens, à la fois appuis, protections et réconforts dans les souffrances et les épreuves.
Mais l'union de ces trois « blancheurs » est plus que cela : elle est reflet visible de la Trinité sur terre, car si l'Eucharistie est le Fils en personne, la Vierge Marie, selon le mot de Maximilien Kolbe, est la quasi-incarnation de l'Esprit-Saint, et quant au Pape, il est notre doux Père de la terre.
En sorte que la fidélité aux trois blancheurs est l’expression achevée de la fidélité à l’Eglise du Christ.
§§§
La première blancheur est l'Eucharistie, le Pain vivant descendu du ciel. L'Eucharistie c'est Jésus lui-même, Jésus sous les blanches espèces :
« Moi, je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. Si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement ; et le pain que je donnerai, c'est ma chair pour le salut du monde » (Jn, 6.51)
L'Eucharistie est le plus grand des sacrements : elle contient non seulement la grâce, mais l'Auteur de la grâce. C'est le sacrement d'amour : elle est le fruit de l'Amour qui se donne. Elle a pour effet principal d'augmenter en nous l'amour de Dieu, et des âmes en Dieu.
La réception de l'Eucharistie s'appelle « communion » parce qu'elle est union intime du cœur de Dieu et du cœur de l'homme – union qui déifie notre âme, en augmentant en elle la participation à la vie divine. Au-delà de toutes les nourritures du corps ou de l’esprit, elle est pour nous une nourriture divine ; Jésus s'offre réellement – offre son corps et son sang – comme aliment, subsistance de notre âme.
§§§
La deuxième blancheur, c'est la Très Sainte Vierge Marie, la Mère de Dieu. Dieu n'ayant pas choisi d'autre moyen que Marie pour venir à nous, nous ne pouvons trouver un plus sûr chemin pour revenir à Lui. Son Fils lui-même, sur la croix, a confirmé sa double maternité : Mère de Dieu, en Le donnant aux hommes, Mère des hommes en nous donnant à Dieu.
« Mère, voici ton fils ; fils, voici ta Mère » (Jn. 19, 26-27)
Vraie Mère des hommes, Marie nous enfante à Dieu. Nous pouvons, en effet, Lui confier en toute occasion, toutes nos peines et toutes nos joies, toutes nos défaillances et tous nos succès. La remercier pour toutes ses intercessions en notre faveur auprès de Dieu, et pour toutes les grâces qu'Elle nous obtient de Son Fils Jésus. Et surtout L'écouter en toutes choses, afin qu'Elle nous guide toujours plus sûrement sur les pas de notre Frère Aîné.
Tout au long de l'histoire de l'Eglise, Marie a ainsi accompagné les hommes, n’hésitant pas à les conseiller, en ne cessant de leur porter la Lumière de Dieu à travers ses petits prophètes(2) : en tant que Fille du Père, la Lumière du Père ; en tant que Mère du Fils, la Lumière du Fils ; en tant qu'Épouse du Saint Esprit, la Lumière de l'Esprit. Et c’est Pontmain, Lourdes, La Salette, Fatima, Garabandal et Medjugorje – et tant d’autres lieux où elle apparaît, se faisant Mère présente auprès de Ses enfants.
§§§
La troisième blancheur, c'est le Chef visible de l'Eglise, le Pape, le successeur de Saint Pierre. Là encore, c'est Jésus lui-même qui l'a confirmé à cette place par Sa parole :
« Je te dis que tu es Pierre, et sur cette pierre, je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Mt. 16, 18)
Nous devons vouer à Pierre, aujourd'hui notre bon Pape Benoît XVI, un amour franc et fervent à l'image de celui que lui manifestait sainte Catherine de Sienne, avocate du Pontife Romain qu'elle nommait le « Doux Christ en la Terre ». Bien plus, nous devons comprendre que le Pape est le dernier représentant du Père ici-bas – alors que toute autre paternité est désormais largement et très systématiquement bafouée –, et ainsi nous ne devons pas hésiter à donner à notre Pape bien-aimé ce titre de combat : « Doux Père en la Terre ».
Un amour franc et fervent, mais aussi fidèle comme celui de saint Antoine-Marie Claret, promoteur de l'infaillibilité pontificale au Concile Vatican I. Ce dogme, daté de 1870, qui fait partie du dépôt de la foi de l’Eglise est « lié dans les cieux », et doit donc être crû sans discussion : il assure au Pape le charisme d'infaillibilité comme Docteur suprême de l'Église, lorsqu'il exprime un avis en matière de foi et de morale.
§§§
L'expression « trois blancheurs » manifeste ainsi le lien intime et providentiel entre Notre Seigneur Jésus-Christ vraiment présent dans la Sainte Eucharistie, Sa Très Sainte Mère et Son Vicaire infaillible, légitime successeur de l'Apôtre Saint Pierre. Cette conjonction des trois blancheurs, est vraiment reflet visible de la Trinité sur terre, et est tellement essentielle à la foi catholique que nous sommes assurés être sur la bonne voie, dès lors que nos cœurs les tiennent toutes trois embrassées.
§§§
Paroles de prophète
b[« Ils sont proches les temps qui verront plusieurs déclarer que ces mots sont des symboles »[/b]
Alors Jésus leur dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme et ne buvez son sang, vous n'aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Car ma chair est vraiment une nourriture et mon sang vraiment une boisson. Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui. » (Jn. 6, 44-58)
Message de Jésus au plus Petit de Ses serviteurs le 29 avril 2007
Je demande à mes disciples du [petit] reste de lire dans le Livre du Père [la Sainte Bible] le texte suivant : Jean 6: 44 - 59.
Ne jamais douter que ces mots soient vrais. Car ils sont Ma Parole et donc ils sont vrais. J'ai parlé clairement et je voulais dire ce que j'ai dit et j'ai dit ce que je voulais dire. Il n'y a aucun sens caché, ni signification symbolique... C’EST LA VÉRITÉ. Lisez-les et gardez-les chers à votre cœur.
NE LAISSEZ PERSONNE VOUS TROMPER, CAR ILS SONT PROCHES LES TEMPS QUI VERRONT PLUSIEURS DECLARER QUE CES MOTS SONT DES SYMBOLES.
De Celui qui est Vraiment Présent dans le Très Saint Sacrement, Jésus (Amour)
§§§
Paroles de prophète
« Le successeur de saint Pierre détient l’autorité infaillible d’enseigner la vérité »
Enseignement donné par Notre Seigneur et Sauveur, transmis par le Père Melvin Doucette (Canada) à son groupe de prière, le Mercredi 16 septembre 2009
« Je suis stupéfait de la rapidité avec laquelle vous vous détournez de Dieu : il vous a appelés par la grâce du Christ et vous, vous regardez à une autre Bonne Nouvelle. En réalité, il n'y en a pas d'autre ; il y a seulement des gens qui vous troublent et qui veulent changer la Bonne Nouvelle du Christ. » (Ga. 1.6-7)
Et voici le message que Notre Seigneur et Sauveur a donné à Joseph :
« Saint Paul était vraiment renversé de voir certains Galates abandonner l’Évangile qu’il leur avait prêché pour n’importe quel enseignement incompatible avec cet Évangile. On trouve toujours de faux prédicateurs qui répandent un enseignement contraire à celui que je vous ai donné quand j’étais sur la terre. Au lieu de l’Évangile, ils enseignent les lois des Juifs ou des préceptes erronés provenant de la société.
Certains prônent un peu partout que tuer les enfants à naître n’est pas un péché et invitent les gens à entrer dans le Nouvel Âge, religion archi-fausse qui ne vient pas de moi.
Il y a un seul Évangile, celui que j’ai laissé à mon Église, et par les grâces que j’ai méritées, mon Église restera fidèle à cet Évangile jusqu’à la fin. Une seule personne, le successeur de saint Pierre, détient l’autorité infaillible d’enseigner la vérité et seulement la vérité. Écoutez-le et soyez membre de l’Église qu’il gouverne. C’est la vérité qu’un enfant est là dans le sein de la mère dès le jour de la conception. Tous doivent respecter cette vie créée par Dieu le Père lui-même.
Le Nouvel Âge prétend que chaque personne est dieu, alors que la vérité est qu’il existe un seul Dieu, Père, Fils et Esprit Saint, qui est le Créateur, le Sauveur et le Sanctificateur de toute l’humanité. Vous ne devez rendre culte qu’à Dieu seul, et à personne d’autre. »
§§§
Le sens de l'histoire
La voie sûre du petit reste : fidélité aux trois Blancheurs
Au début du rêve, l'assaut donné au grand vaisseau tourne à l'avantage des agresseurs. C'est alors qu'apparaît à la proue de ce grand navire l'homme en blanc qui en assume le commandement. Et c'est le Pape. D'où il devient désormais fort clair qu'il s'agit de la Nef de l'Église.
Le chef du grand vaisseau (le Pape) convoque alors à son bord les capitaines des vaisseaux auxiliaires (les Évêques) afin de délibérer sur les décisions à prendre.
Il nous faut ici nous reporter à l'histoire. Le songe de Don Bosco est du mois de mai 1862. Or, le 6 décembre 1864, Pie IX appelle à Rome, en Concile, les évêques de la Chrétienté : et cela afin de remédier « par un moyen extraordinaire à la détresse extraordinaire de l'Église ». Notons, car le fait a son importance, que Pie IX fut élevé au Siège de Pierre à l'instant même où Marie, à La Salette, venait pleurer sur les maux qui allaient s'abattre sur le monde et sur l'Église.
La tempête, un instant apaisée, se ranime dès lors plus violente, obligeant chacun des capitaines à regagner son navire. Et chacun se replie donc. Faut-il voir là une image de l'état des Églises nationales à l'époque de Pie IX ? Par exemple, pour l'Église française, l’image de ce qu’elle est devenue sous les effets cumulés du jansénisme, puis du gallicanisme, du philosophisme et de la Révolution, la poussant à la contestation de Pierre ? Probablement...
§§§
Le 18 juillet 1870, le Concile vote la Constitution « Pastor aeternus », consacrant le dogme de l'infaillibilité pontificale. Le lendemain de ce jour éclate la guerre franco-allemande. Le 9 octobre, Rome, arrachée par violence au Pape, est annexée au Royaume d'Italie. Le 20 0ctobre, le Concile n'ayant pas terminé ses travaux, est renvoyé sine die... Et c'est ainsi que Vatican II devait un jour continuer Vatican I.
Le songe se poursuit. Une accalmie se fait sur la mer et l'hostilité des ennemis paraît fléchir. La grande Nef reprend sa route. Le pilote suprême en profite pour appeler de nouveau les autres pilotes à son bord. Et c’est Vatican II. Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul I...
Mais voici que la tempête se déchaîne une fois encore, plus violente que jamais. Vatican II fut en effet le prétexte – prétexte et non pas cause – de la plus affreuse subversion qui se soit jamais élevée contre l'Église. À partir de là, le rêve prophétique de Don Bosco nous montre le Navire assailli de toutes parts et de toutes les manières. Les vaisseaux ennemis vomissent le feu de toutes les gueules de leurs canons, ou foncent sur lui, le frappant de leurs étraves cuirassées.
Don Bosco vit aussi d'autres armes, les pires peut-être : ce sont des livres, des écrits. Et il est bien vrai qu'à partir du Concile se déchaînèrent toutes sortes d'attaques contre l'Église, soutenues par des moyens médiatiques sans précédent. Grosso modo, on peut dire que ces attaques venaient de tous les bords : à sa droite, l'Église eut à subir les assauts des sédévacantistes et des lefèvristes ; à sa gauche, la poussée moderniste et libérale ; en coulisse, le terrible travail de sape de la franc-maçonnerie, y compris de la franc-maçonnerie ecclésiastique (au service du mondialisme) ; et frontalement, les incessantes désinformations médiatiques.
Nous sommes alors à l'époque de Jean-Paul II. Les deux colonnes sont toujours là, dressées immobiles sur la mer en furie. Et le Pape, tenant ferme la barre, s'efforce toujours de maintenir la Nef entre elles deux.
§§§
Vient Benoît XVI, confronté pour sa part à deux chantiers principaux : la réforme liturgique qui vise à retrouver la rigueur du mystère, et la recherche d'une unité de l'Église qui réalise la prière de Jésus : « Que tous soit un, Père, comme Toi et Moi sommes un ». Il rencontre évidemment dans cette voie toutes les oppositions vécues par ses prédécesseurs, mais amplifiées par le sécularisme généralisé, et unifiées désormais par l’énoncé ouvert du projet mondialiste. On remarquera que ces attaques tendent à créer une fausse Eglise, au service du projet mondialiste de religion mondiale, et du coup à liquider le caractère sacrificiel de la messe, en réduisant l'Eucharistie à un symbole.
Et voilà pourquoi de nos jours la Vierge Marie parcourt le monde entier pour annoncer à ses petits prophètes « la grande profanation » qui vient, profanation dont le prophète Daniel nous a déjà prévenus : à la fin des temps, dit Daniel, « l'abomination de la désolation » sera visible dans le temple du Seigneur, car l'homme impie y entrera pour « abolir le sacrifice perpétuel » (Dn. 11,16).
Et voilà pourquoi Marie dit à Darly Chagas, son petit prophète du Brésil, le 16 mai 2009 : « Priez pour la Sainte Eglise fondée par Jésus-Christ, vous approchez du temps du martyre des chrétiens, en particulier le Saint-Père, assistez-le avec des prières, faîtes ces choses, cet acte d'amour, pour l'aider à tenir ferme entre ses mains la Sainte Eucharistie, car l'ennemi va encourager ceux qui ouvrent leur cœur pour le servir, à commettre la grande profanation. »
La tempête encore se déchaîne, la plus violente qui fut jamais. La barque de Pierre est à nouveau secouée, et de plus en plus rudement. Sous nos yeux s'accomplissent la suite et la fin du rêve de Don Bosco(3).
Les attaques sont désormais concentrées sur les trois blancheurs elles-mêmes, et dans la mesure où elles sont indissociables, toutes les trois sont attaquées : la Vierge Marie est attaquée, le Pape est attaqué, l'Eucharistie est attaquée.
§§§
Quel est l’enseignement essentiel de ce songe ? Il nous dit que la fidélité aux Trois Blancheurs, aux trois inséparablement, constitue la condition incontournable pour se maintenir dans la fidélité à l'Église. Si l'une des trois fait défaut, la foi elle aussi défaille.
Car quelque acharnement que mettent les ennemis de l'Église en leurs assauts, et quelques très grands dommages qu'ils infligent, ils ne peuvent venir à bout de la grande Nef, puisqu’il est écrit :« Les portes de l'enfer ne prévaudront pas contre elle ».
(1) Observons qu’une des significations fondamentales de ce rêve prophétique est ceci : une bataille a lieu autour de la primauté de Pierre, c'est-à-dire pour le primat de la papauté dans l’Eglise universelle.
(2) b[« Je viens à vous, dit-elle le 1er septembre à Ned Dougherty, en tant que Notre-Dame de la Lumière, car Je souhaite répandre à travers le monde la Lumière de mon Fils, votre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, en ces temps difficiles pour l'humanité. Mon voyage avec vous, et parmi vous, à travers les âges, M'a permis d'assigner à Mes enfants, [ceux] qui ont été attentifs à écouter et à répondre à mon appel, la mission [que voulait pour eux] Mon Fils... »]b
(3) « Il est visible et clair, déclarait Debora en 2008, que la nouvelle ère, préparée par la Madone, sera une ère qui se construira sur ces trois réalité : Jésus Eucharistie, le primat de Pierre et la présence de la Madone ».
Profil
Julien Gunzinger
Blog d'un catholique jurassien
"Nous te prions, Seigneur, de faire de nous des combattants de la foi inflexibles et miséricordieux, témoins brûlants, dans ce monde ravagé par l’apostasie, de ton alliance nouée dans ton sang."
"Nous te prions, Seigneur, de faire de nous des combattants de la foi inflexibles et miséricordieux, témoins brûlants, dans ce monde ravagé par l’apostasie, de ton alliance nouée dans ton sang."
Dernières notes
Archives
Galerie
Liste de liens
