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Vendredi 10 Février 2012
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Blog de promotion de la doctrine sociale catholique et de résistance au mondialisme
Après trois décennies au cours desquelles le monde a été sommé, par la grande machine à décerveler que constitue l’industrie de l’information-spectacle, de s’en remettre pieds et poings liés aux exigences prédatrices des oligarchies financières, le turbo capitalisme s’est littéralement explosé la tronche sur le mur du réel en 2008. La violence du choc a été phénoménale. Alors que nous n’en sommes encore qu’à tenter d’ouvrir les paupières dans l’attente de l’arrivée de l’équipe de désencastrage, déjà nous pouvons cependant nourrir certains motifs de stupéfaction, voire d’épouvante. Car l’équipe de désencastrage qui se profile au loin semble être formée de ceux-là même qui nous ont précipité dans le mur. Sur tous les plateaux de télévision, dans les journaux, les mêmes experts et hommes politiques qui nous vantaient les vertus des marchés financiers dérégulés défilent dans un ballet incessant, plastronnant que l’Etat doit désormais assumer ses responsabilités. Barak Obama à peine élu, ne voilà-t-il pas qu’il s’encanaille des mêmes conseillers, des mêmes responsables politiques, qui sous l’administration Clinton, ont doté - moyennant des mesures chocs de dérégulation - le moteur du capitalisme de quelques turbos supplémentaires ? Les mêmes qui parlaient d’austérité budgétaire, de rigueur monétaire, de privatisation, dérégulation, de main invisible des marchés dézinguent ceux qu’ils ont été pour se convertir aux bonnes recettes du docteur Keynes. A la vue du tourbillon schizophrénique dans lequel est emporté tout le petit monde des forgeurs d’opinion, on devrait légitimement penser qu’à la sortie des plateaux de TV, studios de radios ou salles de rédaction les attendent des comités d’accueil bienveillants qui les emmènent d’urgence en maison d’internement. Eh bien non ! On a beau se frotter les yeux, depuis le mois d’octobre, les mêmes « experts » sont toujours là à échafauder ou commenter des plans de relance en bon petits keynésiens orthodoxes. Alors quoi ? Dire un jour « je suis Napoléon » et le suivant b« je suis Jeanne d’Arc »]b n’est-ce pas faire la démonstration de son profond déséquilibre mental ? Chers lecteurs, nous allons peut-être vous surprendre, mais nous croyons qu’il n’y a absolument pas de quoi faire des bonds d’épouvante. Non que l’épouvante que nous éprouvons ne soit pas légitime, mais elle a en fait pour toile de fond un jeu de dupes bien plus profond qu’on ne l’imagine. La parade schizophrénique à laquelle nous assistons n’est en somme rien que parfaitement logique.
A l’époque où la gauche avait un certain fondement doctrinal, du temps où elle osait puiser dans le corpus marxien, quelques concepts cliniques étaient utilisés avec une réelle pertinence. Le travail salarial était ainsi reconnu comme la racine de l’aliénation primitive par laquelle le capitalisme subordonnait les masses à ses finalités. Le marxisme, pour dément lui aussi qu’il fut, avait cependant compris que le capitalisme suivait une logique de destruction, qu’il prospérait en réduisant l’ensemble du réel « au froid paiement en argent comptant. » Cette logique était fondamentalement incompatible avec une reconnaissance de la dignité humaine puisque celle-ci, pas plus qu’une autre notion métaphysique, ne pouvait résister à ses assauts. En soumettant au contrat marchand le travail, il viciait à sa racine la dynamique d’émancipation de l’homme, sa force productive, et faisait du prolétaire qui adhérait doctrinalement au travail salarial un traître à sa classe. Le capitalisme ne pouvant se développer qu’en balayant toute entrave (morale, culturelle, spirituelle) à l’extension des rapports marchands, il lui faut en effet sans cesse repousser les limites de son emprise, puiser dans de nouvelles ressources collectives, tant matérielles que symboliques. Par le passé, sa première attaque se porta sur la conquête de l’espace champêtre collectif ( ce fut l’époque des enclosures dont Karl Polanyi a rendu compte dans son maître ouvrage « la Grande transformation »). Aujourd’hui il porte son offensive sur les ensembles symboliques mais aussi sur nos corps, leur génétique. Oui mais nos conquêtes sociales l’ont fait reculer direz-vous ? Nous sommes parvenus par moment à dompter la bête. Telle a toujours été la ligne des réformistes, contre celle des révolutionnaires marxistes, qui bien plus instruits, tant des réalités anthropologiques que métaphysiques, avaient levé le voile sur une partie du vice originel du capitalisme. Ainsi qui peut plonger au cœur de la folie qui travaille notre époque comprendra que la régulation du capitalisme est une vue de l’esprit.
La voie réformiste n’a jamais été qu’un contournement du capitalisme par lui-même. Alors que l’appareil de production s’était mis à gripper, à dangereusement rejoindre les analyses marxistes qui avaient prédit l’effondrement du capitalisme consécutivement à la baisse tendancielle du taux de profit, celui-ci a muté dans les années 30-40. Ce fut le tournant fordiste du capitalisme, théorisé par Keynes et qui a servi de vache à lait à tous les sociaux démocrates pour asseoir leur opposition au marxisme. Marx n’avait pas prévu cette mutation. Il avait encore moins prévu la seconde qui eut lieu dans les années 70. Celle qui s’est épanouie par la levée des interdits moraux fondateurs de toute civilisation, selon la logique de l’économie du désir. En effet, dans les années 70, progressivement les institutions, les entreprises publiques, les règlementations qui avaient servi à redonner du souffle au capitalisme moribond des années 30-40 ne semblèrent plus nécessaire aux oligarchies. Elles virent alors dans la financiarisation de l’économie, c'est-à-dire la création d’argent virtuel, le moyen le plus avantageux pour elles de huiler le système sans avoir à redistribuer au travail la part de la plus-value qui lui était nécessaire pour consommer. Le crédit y pourvoyant.
La gauche « progressiste », social-démocrate, ayant liquidé toute attache doctrinale avec le marxisme, ayant donc lié son sort au développement du consumérisme, se retrouva sans plus aucun bagage conceptuel pour s’opposer à la montée en puissance du turbo capitalisme. Au nom de la compétitivité internationale, elle se fit alors la championne de la redistribution, ce qui était une façon d’avaliser le primat de l’économie sur le social, les mesures sociales n’ayant d’autre légitimité que le développement de la croissance. Dans les différents pays où elle accéda au pouvoir, elle se cantonna à faire croire qu’elle pilotait, à l’avantage de tous, la dérégulation économique. Mais compte tenu de son adhésion doctrinale à l’économie marchande, elle ne fit dans les faits que se soumettre aux diktats des oligarchies avec encore plus de complaisance que la droite, voulant se faire accréditer auprès de ses anciens ennemis de classe comme une bonne et docile élève. Elle réussit cependant à faire diversion, à masquer le vide prospectif où elle était ensevelie, en occupant le terrain du sociétal, en investissant dans l’agit prop tout azimut ( lois contre les discriminations, pacs, campagne pro-préservatif, lutte pseudo anti-raciste, régulation des sans papiers, homoparentalité…) Par là, elle ne fit en fait que mettre au jour le destin qui lie structurellement la gauche bobo-social-libertaire à la droite libérale d’affaires depuis mai 68. La réalité de cette congruence entre les deux composantes de l’alternance qu’on nous présente comme la garantie d’une saine démocratie est à ce point avancée ,de nos jours, que le pouvoir médiatique, totalement inféodé à cet ordre libéral-libertaire, a pour mission d’en empêcher la prise de conscience, de la camoufler.
Mai 68 doit ainsi être considéré comme l’acte fondateur qui permit à la gauche libertaire de liquider la gauche marxienne au nom du « jouissez sans entrave » quand la droite d’affaires faisait de même avec la droite traditionnelle et conservatrice au nom du développement économique. Les meilleurs analystes marxistes modernes comme Michel Clauscard, Jean-Claude Michéa ont en détail su rendre compte de la parfaite connivence idéologique entre les deux seuls camps légitimes de l’alternance dont on veut nous faire croire qu’elle est l’expression même d’une saine démocratie.
Ainsi de fait, toutes les démocraties occidentales sont désormais entre les mains d’un seul et même parti qui a su se donner, comme Janus, deux visages, pour duper les gogos que nous sommes. À l’aide du système médiatique qui l’a oint, cette fausse alternance doit donc être regardée comme une figure nouvelle du totalitarisme. C’est ce qui permet de comprendre que untel puisse se faire un jour l’oracle de l’ultra-libéralisme et le suivant le prophète de l’Etat providence sans que le monde médiatique n’y trouve rien à redire, bien au contraire.
Naturellement tous ceux qui ont sur le réel, l’état de notre culture et du monde, deux guerres mondiales de retard, ceux-là mêmes qui brament pour un oui et pour un non au retour du fascisme, de l’ordre moral, du nazisme ou que sais-je encore, sont parfaitement incapables de saisir qu’ils sont, eux, les idiots utiles de ce totalitarisme qui se met en place et qui est largement plus subtil que tous les autres. Sa grande force est d’avoir su liquider les structures lourdes du parti unique, qui était le propre des anciens totalitarismes, pour investir dans celles plus légères de la communication de masse, de la manipulation idéologique éhontée. Par ce biais, ce totalitarisme s’est logé au cœur même de son ennemi ( la démocratie légitime, celle qui est ordonnée à la loi naturelle), pour lui sucer toute sa moelle sans toucher à sa façade. Les autres totalitarismes devaient recourir aux massacres de masse, détruire les corps, celui qui se met en place ne les touche pas pour l’instant, il agit directement sur les âmes, détruisant en l’homme toute intériorité.
Le marxisme a toujours été intellectuellement largement supérieur aux autres doctrines politiques modernes car il a su très tôt débusquer le ver dans le projet des Lumières et des théoriciens du contrat. Ce sont ces deux mouvements idéologiques qui ont jeté les bases des sociétés libérales qui sont globalement les nôtres en occident depuis le milieu du XIXe. Le marxisme a en effet d’entrée porté le fer de son argumentation au cœur de l’imposture métaphysique de ces deux mouvements qui promeuvent une humanité libre de toute attache (culturelle, nationale, religieuse), douée de la liberté totale de définir ses propres valeurs, une humanité élevée hors sol en somme. Marx n’a eu de cesse de combattre cette conception purement formelle des libertés politiques et sociales. Car ne conférant pas aux hommes les moyens de les exercer, ces libertés ne pouvaient que profiter aux plus richement dotés et aux plus rusés, laissant le gros du bataillon se faire « bouffer le caviar sur le dos », comme disait Coluche. Au moyen du matérialisme historique - une lecture métaphysiquement orientée, mais assumée, de l’histoire des hommes - Marx donna alors une dimension messianique au prolétariat, faisant de ses valeurs le corps même des libertés politiques. En résumé, les libertés politiques n’auraient de réalité effective pour Marx que lorsque le prolétariat se les serait appropriées, donc lorsque le capitalisme serait renversé. Marx tendit en fait un miroir métaphysique aux libéraux dont toute la rouerie avait résidé - pour mettre à bas la société traditionnelle fondée sur le primat du spirituel sur le temporel - dans l’affirmation qu’ils ne défendaient aucune idée a priori de l’homme, que leur position ne relevait surtout pas d’un ordre métaphysique. Pour y parvenir, l’autorité de la science vagissante leur fut un puissant allié. Marx, lui, osa affirmer que le mouvement de l’histoire consistait en une auto-production de l’homme par l’homme, que l’état de la société n’était qu’une réfraction dans la conscience de l’organisation économique, tout étant réductible à un mouvement de conquête de l’homme sur les forces de la nature, la conscience humaine étant exclusivement déterminée par ses conditions de vie matérielle.
Pour lui, l’histoire des hommes était celle de l’homme avec un grand H (l’homme générique) dont le prolétariat était désormais l’incarnation historique qui allait unifier l’humanité en son corps. Les libertés politiques ne pouvaient donc être pleinement effectives que lorsque le pouvoir économique appartiendrait au prolétariat, le corps messianique de l’Humanité. La supériorité du marxisme réside donc dans cette position métaphysique pleinement assumée, quand le libéralisme est, lui, un matérialisme honteux. Car où ailleurs que dans son corps pulsionnel et ses objets de satisfaction immédiate, l’homme peut-il être regardé effectivement comme un être totalement isolé, aux désirs purement individuels, irréductibles à ceux des autres ? Depuis 200 ans, en fait, ce que le libéralisme nous vend comme étant le propre de la dignité de l’homme ( sa liberté d’indifférence, permettant à chacun de se choisir comme bon lui semble), ce n’est que sa dimension la plus primitive, son être pulsionnel, passionnel.
Le matérialisme historique et la matérialisme honteux du libéral ordinaire sont donc traversés par une grande fracture, car le matérialisme du marxisme a toujours eu une dimension générique, l’homme individuel y est subordonné à l’homme générique, c’est ce qui lui permet de ne pas perdre de vue la réalité sociale ontologique de l’homme, alors que le matérialisme des libéraux est platement égocentrique. Mais ces deux matérialismes se rejoignent ultimement pour célébrer dans la matière le principe de toute vie. Historiquement le matérialisme n’a été dominé sur une longue période que par le Christianisme, qui a toujours affirmé le primat du spirituel sur le matériel et est doté de réels moyens pour irriguer de sa vérité tout le corps social ( à la différence du platonisme et de l’aristotélisme qui, tout en étant rationnellement largement supérieurs au matérialisme ne pouvaient entraîner les masses).
Le marxisme ayant été heureusement liquidé, car étant le plus cohérent dans sa folie il est également le plus précocement destructeur, nous sommes donc désormais arrivés à l’ère du matérialisme hédoniste. Désormais la métaphysique cachée au cœur du projet libéral-libertaire donne sa pleine mesure dans les faits : l’homme n’est plus qu’un consommateur articulé à son tube digestif. La crise et les angoisses qu’elle génère permettent de saisir à quel point notre civilisation est captive de la logique consumériste. Quand reviendra enfin le retour du Dieu croissance ? Pourtant la force agissante de cette métaphysique atteindrait rapidement ses limites si elle était cantonnée à la seule sphère économique traditionnelle ( celle des biens de consommation de base et d’équipement). Ce qui donne à notre époque un relent de dégénérescence et décomposition avancées c’est que l’indéterminisme métaphysique, le ressort principal du libéralisme, a fait souche dans nos mœurs, détricotant tous les ensembles symboliques qui seuls peuvent faire tenir une société. Ce fut là, et ça l’est toujours, la grande mission historique de la gauche sociétale. Faisant de tous les sujets des choix de vie purement personnels, l’indéterminisme métaphysique a ainsi porté à toute la chaîne de la vie, par la légalisation de l’avortement, un coup terrible en la frappant en son maillon initial, le plus faible. Toléré au départ pour des raisons purement sanitaires, le meurtre pour raison de confort s’est rapidement engouffré dans la brèche. L’indéterminisme a également largement détruit la famille en valorisant le nomadisme sexuel irresponsable. Faisant de la liberté sexuelle le saint graal de sa quête, il a propagé dans tous les esprits la pornographie de masse (sous couvert de campagne anti-sida). Au nom de la libre expression, il a laissé les plus jeunes et fragiles d’entre nous satisfaire leurs pulsions primitives à travers l’industrie du cinéma et des jeux vidéos, dont nous goûtons quotidiennement maintenant les fruits pourris. Cette levée de toutes les entraves morales et symboliques se situe donc dans le prolongement parfaitement logique de la métaphysique honteuse du libéralisme. Elle offre au déploiement des forces du marché les nouveaux gisements dont il a inlassablement besoin. Ses prochaines conquêtes passent par la reconnaissance du mariage homosexuel et de l’homoparentalité, achevant de détruire la famille traditionnelle. Elle plongera définitivement l’humanité dans le chaos lorsqu’elle permettra, par la manipulation génétique, la redéfinition de notre corps de chair. Elle ne pourra être interrompue, encore et toujours, que par le soulèvement moral et spirituel des chrétiens.
Julien Gunzinger
Oui ça suffit ! Assez de reptation, assez de propos feutrés, assez de retenue et, soyons francs, assez de lâcheté ! Cela fait bien longtemps maintenant que la stratégie destinée à nous faire honte, à nous ramollir, a été mise en place. Force est de constater qu’elle a produit ses effets. Elle consiste à faire de notre foi une option privée, parmi d’autres, et, souterrainement, à nous reléguer dans une sorte de parc animalier imaginaire, au milieu des licornes et des vouivres. Se dire catholique, cela revient à faire l’aveu que l’on vit dans un autre âge quand ce n’est pas dans un autre monde. Entre gens instruits, entre personnes ayant un brin de lucidité, la foi catholique ne peut être, c’est l’évidence, qu’un avatar de la croyance au Père Noël. Pour peu que vous fassiez le dos rond lorsque ces considérations s’abattent sur vous, pour peu que vous tendiez la joue, on vous regardera encore avec une bienveillance mâtinée de condescendance. Mais si vous secouez le joug de la bien-pensance et sortez du rôle de gentil idiot naïf et crédule qui vous est assigné, si vous osez défendre le catholicisme intégral, alors vous vous exposerez à toutes les avanies, à toutes les calomnies, à toutes les manœuvres diffamatoires. Alors les « cymbales du monde » retentiront dans vos oreilles pour tenter de vous intimider et de vous réduire au silence.
Ça suffit ! Notre Saint Père, un homme de plus de quatre-vingt ans, se mesure presque seul actuellement aux suppôts du monde. « Si tu peux laisser mentir sur toi toutes les bouches folles sans mentir toi-même d’un mot(…) tu seras un homme mon fils » écrivait Kipling. Eh bien pour ma part je n’hésite pas à dire en présentant Benoît XVI « Ecce homo », voici « l’homme » ! A l’heure où d’autres goûtent tranquillement à une retraite légitime, ployant sous les ans, il s’avance devant le tribunal des hommes, il ose s’aventurer au milieu de l’arène et tenir des propos de vérité aux aspirants Pilate de notre monde, à tous les détenteurs du magistère de la culture de la mort. Il se fait donner des leçons de courage par le théologien suisse Hans Kung, cette boursouflure d’égocentrisme, qui ose prétendre que le courage est du côté de ceux qui, comme lui, demandent la levée du célibat des prêtres ou l’ordination des femmes, le droit au divorce, conteste la loi naturelle... Comme si le courage consistait à faire écho aux revendications du monde. Des éditorialistes insanes lui ordonnent de suivre la voie qu’ils lui désignent. Les médias, dans une orgie mimétique - dont nous croyions jusque-là que seuls les marchés financiers avaient l’apanage - reprennent tous les mêmes accusations mensongères, manipulent ses propos, désinforment. On parlait d’athlète de Dieu pour qualifier Jean Paul II, Benoit XVI, lui, doit être vu comme son héros.
Ça suffit ! Nous autres catholiques avons été menés en bateau. Et nous voici au cœur de la grande épreuve. Elle est semblable à celle qui terrifiait les apôtres sur le lac Tibériade. Naïvement, nous avons cru possible la grande réconciliation avec le monde, mais le monde n’a jamais eu pour autre ambition que de nous retourner comme des crêpes. Et si nous renonçons à le convertir, c’est lui qui nous convertira. En nous complaisant dans une foi invertébrée, donnant des gages à ceux qui la relèguent du côté de la seule subjectivité, nous les avons invités à occuper tout l’espace public, à formuler les lois conformes à leurs propres religion et métaphysique(*) et ils prétendent maintenant nous enseigner le contenu même de notre foi.
Ça suffit ! Nous, catholiques, sommes les dépositaires d’une science (de dieu, du monde et des hommes) deux fois millénaire. Nous sommes des héritiers dont la mission consiste, comme dans la parabole des talents, à faire fructifier cet héritage. Nous avons à nous tenir droits au milieu des tempêtes, le regard tourné vers le foyer de notre foi : le Christ, notre vigie, toujours tendu de toutes les fibres de son être vers le Père. Même quand notre peu de foi le croit assoupi.
(*) Dans l’article « ni à droite, ni à gauche, cap sur la Vérité ! » nous revenons sur ce que nous entendons par ce terme de métaphysique
Julien Gunzinger
Ça suffit ! Notre Saint Père, un homme de plus de quatre-vingt ans, se mesure presque seul actuellement aux suppôts du monde. « Si tu peux laisser mentir sur toi toutes les bouches folles sans mentir toi-même d’un mot(…) tu seras un homme mon fils » écrivait Kipling. Eh bien pour ma part je n’hésite pas à dire en présentant Benoît XVI « Ecce homo », voici « l’homme » ! A l’heure où d’autres goûtent tranquillement à une retraite légitime, ployant sous les ans, il s’avance devant le tribunal des hommes, il ose s’aventurer au milieu de l’arène et tenir des propos de vérité aux aspirants Pilate de notre monde, à tous les détenteurs du magistère de la culture de la mort. Il se fait donner des leçons de courage par le théologien suisse Hans Kung, cette boursouflure d’égocentrisme, qui ose prétendre que le courage est du côté de ceux qui, comme lui, demandent la levée du célibat des prêtres ou l’ordination des femmes, le droit au divorce, conteste la loi naturelle... Comme si le courage consistait à faire écho aux revendications du monde. Des éditorialistes insanes lui ordonnent de suivre la voie qu’ils lui désignent. Les médias, dans une orgie mimétique - dont nous croyions jusque-là que seuls les marchés financiers avaient l’apanage - reprennent tous les mêmes accusations mensongères, manipulent ses propos, désinforment. On parlait d’athlète de Dieu pour qualifier Jean Paul II, Benoit XVI, lui, doit être vu comme son héros.
Ça suffit ! Nous autres catholiques avons été menés en bateau. Et nous voici au cœur de la grande épreuve. Elle est semblable à celle qui terrifiait les apôtres sur le lac Tibériade. Naïvement, nous avons cru possible la grande réconciliation avec le monde, mais le monde n’a jamais eu pour autre ambition que de nous retourner comme des crêpes. Et si nous renonçons à le convertir, c’est lui qui nous convertira. En nous complaisant dans une foi invertébrée, donnant des gages à ceux qui la relèguent du côté de la seule subjectivité, nous les avons invités à occuper tout l’espace public, à formuler les lois conformes à leurs propres religion et métaphysique(*) et ils prétendent maintenant nous enseigner le contenu même de notre foi.
Ça suffit ! Nous, catholiques, sommes les dépositaires d’une science (de dieu, du monde et des hommes) deux fois millénaire. Nous sommes des héritiers dont la mission consiste, comme dans la parabole des talents, à faire fructifier cet héritage. Nous avons à nous tenir droits au milieu des tempêtes, le regard tourné vers le foyer de notre foi : le Christ, notre vigie, toujours tendu de toutes les fibres de son être vers le Père. Même quand notre peu de foi le croit assoupi.
(*) Dans l’article « ni à droite, ni à gauche, cap sur la Vérité ! » nous revenons sur ce que nous entendons par ce terme de métaphysique
Julien Gunzinger
La polémique qui n’a cessé d’enfler au cours du voyage du pape en Afrique est révélatrice de l’état des mœurs de notre société, mais elle traduit tout autant le relâchement intellectuel intégral des élites culturelles et politiques de notre temps. Le pape s’est en effet assuré lors de ce voyage un capital de moqueries, d’insultes, de dénigrements dont il pourra tirer des rentes à vie, dût-il atteindre l’âge de Mathusalem. Coïncidence providentielle, les déclarations du pape sont venues contrer par leur fraîcheur les miasmes du grand happening que les adorateurs de la capote s’apprêtaient à célébrer sur France 2 au motif, naturellement éminemment noble, de la lutte contre le sida.
En guise d’apéritif, plusieurs relégués du temps médiatique se sont jetés sur la proie pontificale pour tenter d’exister à ses dépens avant de retourner à leur placard. Ainsi a-t-on entendu Alain Juppé en France considérer que le pape commençait « à poser un vrai problème », Christophe Dechavanne a traité ses propos « d’ignobles » et exigé du Président de la République qu’il inonde « le pays de préservatifs », Marie-George Buffet a qualifié ses propos d'"irresponsables" et de "criminels". Puis sont venus les commentateurs patentés, comme le prétendu expert en catholicisme du Matin Pascal Décaillet, trop heureux de pouvoir faire chorus autour de l’infâme, écrivant que factuellement le pape avait tort, Pierre-André Chapatte du QJ l’accusant d’être en « décalage avec les réalités humaines ». Les ONG ont emboîté le pas, comme « l'Aide Suisse contre le Sida », considérant les remarques de Benoît XVI comme irresponsables. Enfin le temps des titulaires des chaires de la bien-pensance est arrivé à l’heure du plat de résistance. A l’image de Patrick Timsilt qui a qualifié de Benoît XVI de vieux monsieur en robe, de Daniel Cohn Bendit, s’autoproclamant comme toujours porte-parole d’une unanimité imaginaire, « on n’en veut plus de ce pape », de Rama Yade « ahurie » par ces propos « régressifs ». Ils ont bouffé du pape en veux-tu en voilà jusqu’à s’en faire péter la panse, pour finir par conclure leur goinfrerie dans un récital de rots convenus :« surtout sortez couvert » « jamais sans ta capote ».
Selon les us et coutumes des pontes de la com, cette opération de calomnie a été construite en recourant au détournement total du sens total des propos de Benoît XVI. Une phrase a été ex traite de son contexte pour servir de pâture à la meute des vociférateurs évoquée plus haut et nous eûmes ainsi droit à tous leurs commentaires, fruits du dressage pavlovien exercé sur deux générations par la fameuse « libération sexuelle. »
Le passage qui précédait la phrase incriminée mettait l’accent sur la nécessité de donner de l’âme aux rapports sexuels. Le pape en concluait naturellement qu’à défaut d’une saine éducation en la matière, les campagnes fondées sur le préservatif aggravaient la situation. Son propos transpirait le respect de l’autre, rayonnait d’amour authentique ( pas sa pâle copie qui oscille entre guimauve et pornographie et qui infeste nos esprits.)
A l’heure où tout le monde va clamant « il faut moraliser le capitalisme, il faut moraliser le capitalisme », où les nouvelles ligues de vertu parlent d’interdire le tabac dans les cafés au motif du respect du prochain, le lieu où les enjeux du rapport à l’autre exigent le plus de respect, le plus de subtilité, devrait-il être, comme par miracle, soustrait à tout discours éthique, soustrait à toute finalité morale et spirituelle ? Faudrait-il, en la matière, se contenter d’un traitement hygiéniste de la question : mets une capote et copule comme bon te semble ? Comme si seul le discours technicien avait droit de cité. Le paradoxe qui surgit ici devrait au moins mettre la puce à l’oreille des thuriféraires de la capote. Si, avant de servir de caisses de résonance à l’idéologie de mort qui les domine, ils étaient des êtres humains encore doués d’intelligence et de sens moral, ils pourraient commencer par se poser la question : n’y a-il pas une corrélation possible entre l’usage de la capote et le déploiement monstrueux des pratiques déviantes en matière sexuelle ( tournante, pédophilie) ? N’y a-t-il pas une corrélation entre le « tout est possible en matière sexuelle pour peu que tu mettes ta capote » et la criminalité sexuelle qui sévit, les passages à l’acte effrayants qui deviennent notre quotidien? Une fois familiarisé avec le vertige que soulèvent ces questions, pourraient-ils alors se poser la question ultime : l’exhortation à ne jamais quitter sa capote ne procède-t-elle pas d’un vice qui non seulement est peut-être à l’origine du sida mais en plus favorise son extension? Donné comme remède,le préservatif ne peut-il pas devenir le catalyseur de la maladie, puisqu’il a été un des canaux par lequel la libération sexuelle s’est propagée, par lequel tout le monde a été sommé de jouir ?(voire notre encadré en fin d’article). Le traitement dont ont bénéficié les propos du pape permet de mesurer le niveau de conditionnement dont nous sommes victimes. Depuis plus de 20 ans en effet la question de la capote a servi de cheval de Troie à « la révolution sexuelle » pour étendre ses tentacules sur nos esprits.
La dynamique de la révolution sexuelle relève des principes métaphysiques identifiés dans l’article « ni à droite, ni à gauche, cap sur la vérité » de ce numéro. Selon elle, l’homme est un être qui ne relève d’aucun ordre, il est soumis aux aléas de son seul désir, il n’a à actualiser aucune essence qui le définit en tant qu’homme. Il est pure liberté. Quels que soient les élans qui l’animent, il doit pouvoir les satisfaire. Chaque homme est un empire dans un empire. Il n’y a aucune norme sociale ou ontologique qui doive entraver sa jouissance individuelle. « Ma liberté s’arrête ou comme celle des autres », s’empressent cependant d’ajouter, pour se donner un vernis de bonne conscience, les nouveaux clercs de cette religion. Certes, mais la formule est creuse. Elle s’adosse à une métaphysique qui, en faisant de chaque personne un atome totalement isolé des autres, la dispense d’assumer une responsabilité autre que celle que dégage la mécanique des chocs. Autrement dit, ne peuvent m’être imputables que les actes qui extérieurement touchent directement mon semblable. Tous les actes que je pose et qui affectent mon semblable dans l’ordre symbolique, ontologique ou social ne sont tout simplement pas de ma responsabilité. On le voit, cette métaphysique est dispensatrice d’une compréhension de la moralité on ne peut plus light. Elle ne risque pas de poser de graves problèmes de conscience à ses adeptes. C’est naturellement bien là sa finalité.
Or les grands prêtres de la révolution sexuelle ont réussi, à l’aube des années 80 à court-circuiter toutes les questions que soulevait la menace de pandémie du sida. Il ont imposé leur charia, menaçant de mort médiatique toute personne qui entendait traiter cette pandémie comme toute autre avant elle : isoler les groupes à risque et combattre les pratiques qui favorisaient son extension (vagabondage sexuel, sodomie, usage de seringues). Ce qui relevait de la pure catégorie sociologique - une notion comme celle de minorité - a été promu au rang de catégorie éthique. La tristesse naturelle que nous éprouvions à l’endroit des personnes frappées par le sida a été convertie en une sommation de reconnaître la légitimité de leurs pratiques. Dès lors nous étions mûrs pour devoir reporter tous nos espoirs sur le préservatif. Du même coup les pouvoirs publics tombaient dans le piège qui leur avait été savamment tendu. L’Etat se faisant le chantre, par d’infâmes campagnes pro-préservatifs, de la liberté sexuelle la plus débridée. Certaines scènes de ces campagnes sont restées gravées dans mon jeune esprit d’alors. Notamment celle d’un court métrage où deux gamins de 15 ans discutaient de leurs prouesses sexuelles, l’un finissant pas s’indigner de ce que lui rapportait l’autre en ces termes « tu peux baiser avec n’importe qui, le ou la prendre comme tu veux, mais surtout mets ta capoooooooooote ». Le film était naturellement largement subventionné. Dans ce tumulte de campagnes, d’émissions, d’interventions pro-capote, seule l’Eglise catholique, par la voix de Jean Paul II, osa à l’époque braver la charia. Les milieux gays, pro-choice et autres mouvements tout à l’égout ( style pro-euthanasie, pro-manipulation génétique) qui se structuraient à l’époque pour reprendre le flambeau de la révolution sexuelle initiée par la génération précédente, comprirent vite que l’Eglise catholique, en la personne du Pape, restait la seule Institution suffisamment charpentée pour de ne pas se prosterner devant eux. Ils tiennent désormais le haut du pavé, représentent une force de frappe terrible. Ils ont réussi à convaincre les législations de nombreux pays de les protéger d’un bouclier législatif qui les met à l’abri de toutes les réactions que leurs provocations induisent. Ce sont eux qui orchestrent les attaques contre l’Eglise, celle au sujet de la levée de l’excommunication tout comme celle de l’excommunication « laetae sentiae » de l’équipe médicale qui a avorté la petite fille du Brésil.
L’Eglise, depuis « Humanae vitae » de Paul VI, a tout de suite compris le danger que faisaient peser les méthodes de contraception de masse sur le corps social. Elle a tout de suite instruit le monde des catastrophes qui étaient en germe dans la déconnexion de la sexualité avec la procréation. C’est dans cette déconnexion décuplée par les techniques modernes que réside en effet le cœur de la logique de mort qui emporte notre société : avortement, exploitation des embryons, clonage thérapeutique et reproductif, manipulation génétique, eugénisme, euthanasie… C’est cette logique de mort qui rend exsangue notre civilisation, la prive des forces nécessaires pour affronter l’avenir. Il est clair que cette vérité est avant tout une vérité de foi, qu’elle demande, pour l’accueillir de croire pleinement en l’Incarnation du Logos.
En revanche, il suffit de porter un regard lucide, objectif, non idéologique sur les faits actuels pour avoir une confirmation de sa pertinence. Quand la sexualité est justifiée à ne chercher que son plaisir, l’avortement, lorsqu’une grossesse non désirée intervient, ne peut être considérée que comme un dommage collatéral et doit pouvoir être pratiqué. Le plaisir devient la norme en tout. La vie d’un être humain faible, incapable de se défendre est alors totalement déclassée par rapport à celle d’un adulte entravé dans sa quête de jouissance. De même un enfant qui présente, lors d’une amniocentèse, des risques d’anormalité doit être, selon la même logique, tué dans l’œuf. De même on doit pouvoir recourir à ce matériau humain que sont les embryons pour combattre des maladies. Autorisons donc leur exploitation. Et puis qu’est-ce qui interdit d’envisager la création d’enfants médicaments en somme? ( c’est déjà fait). Enfin, un être humain auquel la vie ne peut plus procurer de plaisir devrait pouvoir être tué avec l’aide du corps médical. On le voit, pris dans cet emballement funeste, le sens moral ne peut plus que sombrer, l’intelligence s’assécher, la vie spirituelle agoniser.
Ainsi le peu de sens moral qu’il nous reste est désormais utilisé à stigmatiser un vieil homme, certes courageux comme un lion, qui est lui en phase avec le réel comme peu d’entre nous. Car c’est bien à lui naturellement que le réel donne raison, comme le rappellent Edward C. Green, directeur du Projet de recherche sur la prévention du sida à la prestigieuse université de Harvard aux Etats-Unis et des récents chiffres de l’ONU ( voire encadré: des chiffres et des experts qui donnent raison au pape.)
La seule bonne nouvelle qui surnage sur ce torrent de m… vient d’Orient. Le patriarche de Moscou, certainement écoeuré par les flots pestilentiels qui ont submergé Benoît XVI, a pris fait et cause pour lui, rappelant que ses propos doivent être entendus comme ceux de tout chrétien censé.
Julien Gunzinger
Encadré : Des chiffres et des experts qui donnent raison au pape
Edward C. Green est directeur du Projet de recherche sur la prévention du sida à la prestigieuse université de Harvard aux Etats-Unis. Voilà ce qu’il déclare dans la National Review Online « Le Pape a raison. Ou pour répondre plus précisément : les meilleures données dont nous disposons confirment les propos du Pape. » « Il existe une relation systématique, mise en évidence par nos meilleures enquêtes, y compris pris celles menées par l’organisme “Demographic Health Surveys” financé par les Etats-Unis, entre l’accès facilité aux préservatifs et leur usage plus fréquent et des taux d’infection par le virus du sida plus élevés, et non plus faibles. Cela pourrait être dû en partie au phénomène connu sous le nom de “compensation du risque”, ce qui veut dire que lorsque l’on a recours à une “technologie” de réduction du risque comme le préservatif, l’on perd souvent le bénéfice lié à la réduction du risque par une “compensation” qui consiste à prendre davantage de risques qu’on ne le ferait en l’absence de technologie de réduction du risque. »
Autrement dit, le préservatif diminue le risque de contamination – sans l’annuler - mais favorise les comportements à risques qui aboutissent à davantage de contaminations.
Plus important encore, les chiffres de l’ONU pour l’Afrique sont parfaitement éloquents. Partout où l’éducation, l’abstinence et la fidélité ont été promues plutôt que la simple distribution de préservatifs, la progression du sida a été enrayée. De même lorsque les jeunes retardent l’âge de leur premier rapport et ne multiplient par les partenaires la séropositivité chute généralement de 50%. Cela a été constaté au Zimbabwe, au Burkina Faso, en Ethiopie, au Cameroun. Les morts y sont en nette diminution : – 200 000 par rapport à 2006 et 2007. En Ouganda, où l’Eglises, en coopération avec le gouvernement, a particulièrement pu sensibilisé la population aux thèmes de l’abstinence et de fidélité, le taux d’infection est tombé de 15 à 5%. Désormais 6,2% des Ougandais de 15 à 49 ans sont séropositifs, ils étaient 15% au début des années 1990. Par contraste, le taux d’infection progresse dans d’autres pays où les campagnes ne se sont fondées que sur le préservatif.
ESCHATON est un journal qui paraîtra au rythme qu’arrivera à soutenir son actuel unique auteur, Julien Gunzinger. Toutes les personnes désireuses de participer à cette aventure rédactionnelle sont invitées à me contacter sur mon adresse email: jgunzinger@hotmail.com
Ce journal est consultable sur: www.wmaker.net/eschaton et bientôt sur www.eschaton.ch.
Pour aider le journal, permettre à l’auteur de couvrir ses frais vous pouvez envoyer des dons à l’ordre de Julien Gunzinger, 2800 Delémont, compte postale: 10-233260-6
Sommaire:
Editorial: Ça suffit! P.1
Pourquoi ESCHATON? P.2
Ni à gauche, ni à droite, cap sur la vérité p.2-5
Bravo au Jura! p.5
Le préservatif, premier membre de la trinité moderne p.5-7
Nos frères d’Orient p.8
Les preuves de l’existence de Dieu p.8-10
Roman feuilleton: « La légende des quatre clés »: p. 10-11
Pour lire les articles cliquez sur "lire la suite"
Une version du journal en fichier Word est téléchargeable
vous trouverez ici les quatre courriers de lecteur que j'ai fait parvenir, au cours de l'année, au "Quotidien jurassien" , le journal local qui est en situation de monopole dans le canton du Jura et qui naturellement ventile une information standardisée. Deux lettres ouvertes adressées à Pierre André Chapatte prolongent ces courriers de lecteurs. Elles font suite à deux éditoriaux parus dans le QJ qui sont reproduits ici.
Courriers des lecteurs:
- 1) L'Eglise tête pensante de la destruction des civilisations d'Amérique latine
- 2) sur la réforme scolaire ( harmos)
- 3) sur la crise
- 4) sur la levée de l'excommunication des évêques de St Pie X
5) Editorial de Pierre-André Chapatte sur la levée de l'excommunication des évêques de St Pie X
Lettre ouverte, réponse à cet éditorial.
6) Editorial de Pierre-André Chapatte sur les propos du Pape au sujet du préservatif
Lettre ouverte, réponse à cet éditorial
En fichier joint un dossier sur la question de Vatican II et la levée de l'excommunication des évêques St Pie X
1) Juillet 2008
En réaction au courrier paru dans le Qj du vendredi 18 juillet
Le courrier d’un lecteur, au sujet des minarets, a été l’occasion pour son auteur de déverser sur le catholicisme une coulée fangeuse d’inepties et de contrevérités. À la décharge du malheureux vociférateur, il faut cependant reconnaître que ses propos ne faisaient que répéter un discours parfaitement convenu qui s’est donné les moyens ( médiatique, scolaire…), depuis de nombreuses générations, de façonner les esprits les plus malléables.
Je tiens donc à revenir sur l’accusation centrale qui nous a été virilement assénée la semaine passée :l’Eglise catholique aurait été la tête pensante de la destruction de civilisations entières. L’auteur du courrier faisait allusion à Christophe Colomb, je parlerai donc plus précisément de la situation de l’Amérique latine.
L’imputation d’acculturation à l’égard du catholicisme est la tarte à la crème de la pensée dominante. Toutes les civilisations ont été des acculturations, les Egyptiens des Pharaons ont acculturé l’ancienne civilisation du néolithique du Nil, les Grecs les ont ensuite acculturés à leur tour, les Romains ont fait de même avec les Grecs. Le christianisme dès son origine est une acculturation de la foi juive et de nos jours il continue de travailler à la subversion radicale des valeurs ambiantes comme le matérialisme et le libertarismes. Se draper dans les atours chatoyants du formalisme des droits de l’homme pour condamner ce vecteur principal du développement historique c’est adopter à coup sûr une fière posture, dont on tire de nos jours une rente d’honorabilité immédiate. Mais cette posture n’est qu’un angélisme qui s’ignore, qui plaque sur l’histoire une grille de lecture contemporaine pour tout juger à son aune. Comme on disait de la morale de Kant, elle a les mains blanches, mais elle n’a pas de main du tout. Par conséquent le problème n’est pas l’acculturation, mais la façon dont elle se réalise, la valeur spirituelle et morale des autorités qui président à son déploiement. Or le système économique et social de l’encomienda établi par Ferdinand et Isabelle, les Rois catholiques, était éminemment respectueux des indigènes. C’est un fait unanimement reconnu des spécialistes de la question. Un témoignage cité par le grand historien Silvio Zalda est plus éloquent que toutes les démonstrations. C’est celui d’un marchand anglais protestant, Henry Hawks en 1572, qui ne voyait pas d’un bon œil les protections que garantissait l’encomienda aux indiens d’Amérique « les Indiens révèrent beaucoup les religieux, parce que, grâce à eux et à leur influence, ils se voient libre d’esclavage. Ainsi aujourd’hui est-il nécessaire de supplier beaucoup les Indiens, et de très bien les payer, pour qu’ils travaillent(…) ce qui est au détriment des propriétaires des mines, et des parts et droits royaux sur le produit des mines. » Relevons encore les prescriptions d'inspiration évangélique faites par Isabelle à Christophe Colomb : 'traiter bien et avec amour les Indiens, sans leur faire aucun ennui, et de manière qu’avec eux ils aient beaucoup de conversations et de familiarité, leur faisant les meilleurs œuvres qu’il se peut'. C'est peu dire que Colomb ne respecta pas ses prescriptions. Ce qui lui valut d'être destitué de son rang de vice-roi par Isabelle et emprisonné en Espagne.
L'angélisme préserve du souci de vérité, il permet au nom d'une figure du bien totalement abstraite, l'homme moderne se gargarisant de ses bons sentiments, de ne pas chercher à comprendre les chemins tortueux que la Vérité doit prendre pour se frayer un chemin dans l'histoire, pour pouvoir peser sur la vie morale des hommes.
2) Septembre 2008
Sur l’harmonisation scolaire (harmos)
Tous les enfants dès quatre ans devront donc dorénavant intégrer une classe d’école enfantine. La volonté d’harmonisation entre les cantons romands est la seule raison invoquée dans l’article que le QJ consacrait à cette question. La belle affaire ! De nos jours, l’harmonisation est un terme nimbé d’une autorité quasi sacrée. Il a cette vertu stupéfiante qu’une réforme qui porte son estampille est dispensée de se justifier par des arguments consistants. Pourtant j’aimerais comprendre en quoi rendre l’école enfantine obligatoire dès l’âge de quatre ans s’impose désormais. Le gouvernement et le journaliste qui a rendu compte de cette réforme estiment-t-ils la question oiseuse ? Par ces quelques propos, j’entends ici dénoncer ce langage technico-adminstratif qui recouvre d’une chape de plomb les questions que tout un chacun est en droit de se poser sur des sujets qui touchent frontalement le vivre ensemble, c'est-à-dire les finalités que poursuit une société. Ce langage barbare fait florès de nos jours : régulation, gouvernance, harmonisation, rationalisation… autant de termes qui sous des apparences feutrées et indolores court-circuitent le débat, font passer pour inéluctable des mesures qui servent des finalités n’osant avancer « à visage découvert ». Selon le philosophe Michel Freitag, les tenants de cette démocratie « décisionnel – opératoire » entendent faire en sorte que les questions de sens et de finalité ne soient plus posées pour ne retenir que les avancées utilitaires.
Scolarisation obligatoire dès quatre ans, allemand apprécié dès la 3e année, augmentation du pensum d’heures d’anglais dès la 5e, achat d’ordinateurs en masse, bientôt horaire continu et repas pris obligatoirement à la cantine. Du bout de ma petite lorgnette je ne vois dans ces mesures que les moyens que se donne une société exsangue pour adapter son école à une situation socio-professionnelle toujours plus absorbante, sacrifiant tout à l’impératif de la performance, de la rentabilité. Qu’en a-t-on à faire de ces heures d’allemand, d’anglais, de ces ordinateurs à l’âge tendre quand ce sont les humanités qui doivent être défendues bec et ongle dans notre monde plus que jamais creux et manipulable ? Avec ces mesures, la vie de la communauté naturelle fondatrice de toute société, la famille, sera encore plus privée de ses prérogatives éducatrices. Mais peu importe, la messe est dite : la gauche et la droite se serrent la main au-dessus de ce corps malade qu’est la famille, l’une au nom de l’égalité des chances, l’autre de l’efficacité économique. Quel visionnaire cet Aldous Huxley !
3) Novembre 2008
sur la crise
Aristote, plus que jamais, écrase de la hauteur de ses vues le cortège funeste des idéologies issues de la modernité, lui qui, il y a plus de 2500 ans, avait parfaitement saisi la portée sociale dévastatrice des régimes inféodés aux puissances de l’argent. Marx, au milieu du XXe, a su renouer avec une infime portion de la pensée du maître, en dégageant les facteurs économiques qui font que la pente naturelle du capitalisme le mène à sa propre destruction. Mais la crise actuelle du capitalisme ne doit surtout pas être comprise comme une victoire posthume du socialisme. Car c’est d’Aristote dont il faut se servir comme phare et par conséquent de l’Eglise Catholique, seule institution à avoir recueilli la sève de sa pensée à travers sa doctrine sociale.
Le socialisme comme le libéralisme sont les branches pourries sur lesquelles la modernité s’est complue à faire le pied de nez au réel. Les deux millions de milliards de dollars de la finance spéculative qui vont immanquablement entraîner par le fond l’économie réelle, estimée à 50000 milliards de dollars (PIB mondial), sont l’expression chiffrée de la distance que nous avons prise avec la réalité. Cette distance résulte du déni de la réalité fondateur dont procède toute notre modernité depuis les théories du contrat social et les Lumières. Dans leur sillage nous avons en effet assis l’ordre social sur l’individu et l’idée de la liberté humaine conçue comme puissance illimitée. Tout au contraire, pour la sagesse classique, la liberté n’est pas la possibilité de faire ce que l’on veut sans nuire à personne, mais de poser des actes bons, correspondant à notre nature. Pour elle, l’homme est défini de façon positive, ayant des finalités propres : cultiver l’amitié et s’élever à la contemplation des essences spirituelles. Finalités auxquelles l’ordre social, politique et économique doit être articulé. Cette perspective organique qui enchâsse l’économie dans la politique, elle-même comprise comme une branche de l’éthique ordonnée à une métaphysique clairement assumée, est la seule qui puisse se prévaloir de correspondre au réel. Elle est la seule qui dispose d'une idée du bien commun opérationnelle, dont tous les refondateurs, de droite comme de gauche, disent se revendiquer mais que leur philosophie politique, viciée dans ses fondements, ne leur permet pas d'accoucher.
4) Février 2009
Sur Vatican II et la levée de l’excommunication des évêque de la fraternité Saint Pie X
La fièvre a de la peine à retomber, les « anathèmes » sur le pape et les « intégristes fascisants » continuent de courir à longueur de pages dans la presse. Naturellement la question centrale de cette affaire fait l’objet d’un traitement tendancieux trahissant la parfaite ignorance ou la mauvaise foi (c’est au choix) des forgeurs d’opinion. Je veux parler de Vatican II. « Vatican II, c’est Vatican II qu’on assassine !», la complainte a fait chorus. D’abord il faut bien comprendre que Vatican II est, pour les opposants les plus fervents à l’Eglise Catholique, une « divine surprise ». Car pour eux Vatican II s’assied sur des principes essentiels de la tradition de l’Eglise. Ils n’ont de respect pour Vatican II qu’à proportion de l’aversion que leur inspire la tradition éternelle de l’Eglise. Vatican II leur sert de pièce à charge dans le procès qu’ils intentent à l’Eglise, mais en soi ils se soucient de Vatican II autant que de leurs premières chemises.
Le concile de Vatican II a engendré certaines approximations appelées à être interprétées. Cette dynamique est constante dans toute l’histoire de l’Eglise. Songeons notamment qu’il fallut deux conciles pour stabiliser le Credo de toute l’Eglise. Les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381). Or un courant libéral, au sein même de l’Eglise catholique, s’est revendiqué de l’enseignement de Vatican II pour promouvoir un certain indifférencialisme. Mais Jeau-Paul II, dès 1980, dans « dives in misericordia » a rappelé que tout humanisme séculier est voué à l’échec, qu’il est impossible de comprendre l’identité de l’homme hors de sa relation au Christ et, à sa suite, Benoît XVI, lors de son message de décembre 2005 à la Curie, a clairement condamné l’herméneutique de la discontinuité des libéraux pour rappeler que Vatican II est non pas un nouveau « catéchisme » mais un ensemble de formulations à interpréter à la lumière de la tradition éternelle de l’Eglise. Il est donc désormais clair que la papauté, à travers le geste de réconciliation de Benoît XVI à l’égard du mouvement d’Ecône, entend rassembler la catholicité autour du cœur de sa tradition, celle qui lui a fait traverser deux milles ans d’histoire et qui lui permettra d’apporter une réponse crédible et audible aux enjeux terribles de notre temps (liés au génie génétique, la famille, le rôle de la politique). C’est d’ailleurs autour de la tradition que les relations entre catholiques, orthodoxes et luthériens progressent considérablement ces temps.
5) Editorial de Pierre André Chapatte 9 mars 2009
Entre Rome et Ecône, la porte entrouverte se referme
Le refus des évêques intégristes d’accepter Vatican II éclaircit la situation
Des catholiques qui descendent dans la rue pour protester contre le pape et sa ligne conservatrice. C’est dire l’incompréhension que continue de susciter la décision de Benoît XVI de lever l’excommunication qui frappaient les quatre évêques de la Fraternité Saint-Pie X, coupables d’avoir accepté d’être sacrés évêques par Mgr Lefebvre sans l’accord de Rome. La décision de Benoît XVI était d’autant plus choquante qu’elle intervenait au moment même où l’un des quatre évêques intégristes, le Britannique Richard Williamson, tenait des propos monstrueux niant l’Holocauste.
Lorsqu’elle fut annoncée le 24 janvier, la décision du pape pouvait inspirer des sentiments contradictoires. Au-delà de l’incroyable manque d’attention à l’actualité des propos d’un évêque qui n’en était pourtant pas à son coup d’essai en matière de négationnisme, la levée de ces excommunications tombait sans explications rassurantes. Elle ne réintégrait pas encore les intégristes dans l’Eglise catholique, mais leur ouvrait la porte du pardon. La main tendue du pape constituait dans ce sens un geste positif. En cette semaine de janvier d’unité des chrétiens, il n’était pas sot de commencer à vouloir faire la paix entre chrétiens qui se réclament de la même Eglise. L’absence de justification et d’arguments à l’appui de ce geste laissait toutefois perplexe. Rien n’indiquait que les évêques intégristes faisaient eux aussi un pas. Le doute était d’autant plus sérieux que la levée de l’excommunication intervenait après un premier geste de Rome avec la réhabilitation du missel en latin en juillet 2007. Une première main tendue rejetée par la Fraternité Saint-Pie X en été 2008. D’où cette question: était-ce Ecône qui se rapprochait de Rome ou Rome d’Ecône?
La réponse est désormais claire. Les évêques intégristes persistent et signent dans leur attitude de refus. Ils l’ont écrit dans une lettre au pape datée du 29 janvier mais rendue publique au début mars seulement. Les évêques de la Fraternité déclarent ne pas accepter les décisions du Concile Vatican II, qu’ils assimilent à «des doctrines en opposition avec le Magistère toujours en cours». Rome avait pourtant indiqué, dans une lettre aux intégristes le 5 février dernier, qu’ils devaient reconnaître pleinement le Concile et ses décisions concernant le dialogue interreligieux, la liberté de religion, les droits de l’homme ou encore l’évolution de la liturgie. De son côté, Mgr Williamson a refusé de retirer ses propos négationnistes.
On reste stupéfait par l’attitude du pape et de la Curie romaine dans cette affaire. Il apparaît que Rome n’a posé aucune condition ni aucune exigence à la levée de ces excommunications. Elles l’ont été sans qu’aient été prises les précautions élémentaires, à savoir que les intégristes étaient prêts à s’engager vers un repentir indispensable au pardon. Il y a donc soit de la naïveté soit de la légèreté dans le traitement de ce dossier. Rechercher la réconciliation est évidemment louable, mais la réconciliation n’est possible qu’à deux. L’absence de garantie quant aux respects des conditions qui devraient être posées à ces excommunications fait d’ailleurs douter de leur validité juridique.
La situation s’éclaircit tout de même avec le refus des évêques intégristes de reconnaître Vatican II. Rome avait ouvert imprudemment la porte à leur réintégration, les intégristes la referment. Un profond malaise subsiste cependant. Car Rome s’enferme dans le silence. Benoît XVI, comme le Joseph Ratzinger qu’il était, paraît obsédé par la réconciliation avec les dissidents lefebvristes. On le comprendrait mieux s’il montrait autant d’empressement à écouter la voix de ces catholiques qui descendent dans la rue par fidélité à une Eglise qu’ils voudraient plus attentive et ouverte aux réalités de la société et du monde
Ma réponse:
Lettre ouverte à Pierre-André Chapatte
Cher Monsieur,
J’ai lu avec attention votre éditorial du lundi 9 mars. Je ne peux malheureusement que constater qu’il constitue une illustration parfaite de ce que j’ai dénoncé dans un courrier de lecteur que j’ai adressé à votre journal et que le QJ a eu l’amabilité de publier( voir le dernier de mes courriers sur la levée des excommunications). Cet éditorial s’ajoute à la liste des articles que j’ai lus dans la presse suisse ou étrangère. Il alimente ce flot de désinformation et de manipulation que déverse l’essentiel des médias au sujet de la décision de Benoît XVI de lever le décret d’excommunication qui frappait la fraternité Saint Pie X. Excusez-moi à l’avance pour la rudesse de mes propos. Ce qu’ils ont peut-être d’excessif doit être mis sur le compte de la colère qui m’anime.
Il me faut tout d’abord vous préciser que je n’appartiens pas à la fraternité St Pie X. Je suis un catholique lambda qui tente de faire croître en lui les vertus théologales à travers les sacrements, la prière et la soumission au magistère. D’aucun me taxerait pour ces seuls motifs de « traditionaliste intégriste ». Le besoin de coller des étiquettes étant devenu la discipline de prédilection d’une société éprise de superficialité et vouant un culte aux marques et à la consommation, inapte à se poser en rigueur les questions de vérité et de sens, j’accepte cette étiquette pour ce qu’elle est : une manifestation de plus d’ignorance. Mais je ne m’y résous pas dans la sérénité. Tout au contraire. C’est bien la colère qui m’anime. Une colère particulièrement vive contre les médias.
La presse est actuellement prise dans une tourmente dont votre cahier du week-end précédent rendait compte. La concurrence d’internet, la baisse des revenus publicitaires en raison de la crise plongent beaucoup de journaux dans les difficultés. Croyez bien que j’en suis désolé pour l’ensemble des professionnels de la branche. Mais s’attacher à ces causes matérielles me semble constituer un alibi de confort pour la plupart des rédactions. Pour moi les causes profondes de l’érosion du lectorat dont est victime la presse traditionnelle, doivent avant tout être cherchées dans la perte de confiance du grand public à l’égard de ces organes de la doxa que sont devenus la plupart des médias officiels. C’est un des paradoxes de notre époque : jamais les hommes n’ont été autant la proie des réducteurs de têtes (publicité, marketing, compagnes idéologico-culturelles), jamais leurs désirs, leurs pensées n’ont été autant façonnés à leur insu, jamais les outils de décervelage de masse n’ont été aussi performants ( Goebells et Lénine, à cet égard, n’étaient que des bambins) et jamais le goût du soupçon n’a été aussi partagé. Paradoxe qui constitue bien le trait d’une aliénation, à proprement parlé, pathologique. Cette pensée du soupçon, qui, depuis Marx, Nietzsche, Freud et leurs écoles respectives, constitue avec le scepticisme ( Descartes, Kant, Hegel…) les deux jambes de la philosophie de base de l’homme moderne, est arrivé à maturité. Il ne faut pas s’étonner que la presse traditionnelle en fasse les frais, elle qui, à mon sens, sert toujours plus à ventiler - pour des raisons économiques historiques, sources de toutes les paresses intellectuelles- des idées convenues, de véritables fables pour enfants à peine pubères. Or cet avènement de l’information marchandise qui standardise la plupart des rédactions crée en retour une désaffection du public qui cherche à alimenter son goût du soupçon ailleurs, sur la toile, là où toutes les théories les plus folles peuvent s’épanouir. Ce mouvement est semblable à celui de la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave. Autrefois maîtresse du jeu, la presse est devenue esclave du propre monde en noir et blanc qu’elle a contribué à former. Elle doit se soumettre aux injonctions de la simplicité, du traitement paresseux des faits, du fric, de ce monde du bling-bling, creux et vide, dont elle a largement accompagné la montée en puissance. Or ce monde se détourne désormais d’elle, non pour se libérer de la structure perverse qui la soutenait, mais pour s’y abandonner encore d’avantage(1) en cherchant à satisfaire sur le net son goût pour des nourritures toujours plus saumâtres, lugubres, paranoïaques. (2)
C’est ce triste état de la presse qui forme pour moi la toile de fond de votre éditorial de ce lundi. Ajouté à la désinformation que contient votre éditorial vous comprendrez aisément l’étendue de ma colère.
Analyse de l’éditorial
Déjà avec le terme d’intégriste, vous employez la sémantique des adversaires acharnés de la fraternité St Pie X. Celle qui les situe spontanément dans le camp du « mal ». Mais qu’est-ce que l’intégrisme ? Il n’existe aucune définition doctrinale de l’intégrisme. Pour ne pas se priver de ce vocable qui sonne bien et qui stigmatise comme nul autre, on dit que c’est l’intolérance, la rigidité, le sectarisme, le manque de charité (etc.), autant de griefs moraux et non pas doctrinaux, des griefs qui peuvent à tout moment être imputé à un camp comme à un autre. Est donc intégriste, selon les usages médiatiques qui ont cours, celui qui ne pratique pas la tolérance, l’ouverture à l’autre. Mais la définition de la tolérance et de l’ouverture à l’autre est établie par ceux-là même qui affublent leurs opposants du qualificatif d’intégrisme. Le terme d’intégrisme ne recouvre donc qu’une position dominante qui s’est donnée les moyens de prospérer et permet de vouer à l’opprobre les « affreux » que le camp du « bien » a désigné comme tel. C’est donc une étiquette qui relève du pur rapport de force. Je peux vous traiter d’intégriste de la bien-pensance, ou de la partialité. Tout le monde peut se jeter des noms d’oiseaux à la tête, mais définir ce qu’est la bien-pensance voilà qui exige des efforts réflexifs autrement plus compliqués.
Je m’étais bien gardé d’employer ce terme d’intégriste dans le titre de mon courrier de lecteur, mais les rédacteurs du QJ ont cru bon de substituer le terme «intégristes » à celui « d’évêques de la fraternité St Pie X ». Certainement ont-ils cru que le terme était neutre (renvoyant à une définition doctrinale). Eh bien non, pas de chance !
Ce que je veux dire c’est qu’en recourant à cette sémantique, spontanément un premier découpage est fait : les partisans de St Pie X seraient des extrémistes s’étant situés hors du champ de la discussion raisonnable, pour parler en termes habermasiens. C’est un découpage gratuit, qui n’avance pas l’ombre d’une ébauche de justification doctrinale.
Vos interrogations sur l’opportunité du moment de cette levée d’excommunication « au moment même où l’un des quatre évêques intégristes, le Britanique Richard Williamson, tenait des propos monstrueux niant l’holocauste » ( cela faisait déjà plus de 3 mois qu’il les avait proférés tout de même ! ) sont révélatrices d’autre chose. Toute la presse a fait son miel de cette question. Effroyable, monstrueux, a-t-on pu lire sous diverses plumes, ce télescopage « malheureux ». Certains ne se gênant pas de prêter à Benoît XVI des pensées antisémites, d’autres de réactiver la thèse abjecte de la pusillanimité de Pie XII durant la seconde guerre, pour laisser entendre en filigrane que l’Eglise a une grande part de responsabilité dans l’holocauste. Or qu’est-ce qu’a permis de rappeler toute cette polémique au juste ? Que l’Eglise catholique condamne de toute son âme la persécution des juifs, leur massacre, rappelant qu’il s’agissait d’un fait incontestable. Providentiellement, je dirais, cette levée d’excommunication a rappelé, par la voix du pape lui-même, à quel point l’holocauste doit être compris par tout être humain comme une abomination sans commune mesure, il a permis que le travail de la mémoire ne s’étiole pas. Naturellement il n’y a de meilleur sourd que celui qui ne veut entendre. Et toutes les déclarations du pape, de la curie n’ont pas pu mettre un terme au vacarme.
Par ailleurs, le Jewish Chronicle vient de publier un article sur de récentes découvertes d’archives sur Pie XII, menées par la fondation Pave the Wav, dont les chercheurs ont été mandatés par Yad Vashem pour étudier l’activité du Pape pendant la guerre. Le président juif de ce groupe, Gary Krupp, parle de l’héroïsme secret de Pie XII, lequel, par son action, a sauvé des milliers de juifs. Il appelle au rétablissement de la vérité, et déclare notamment : « De ce que j’ai vu, c’est le plus grand héros de la Seconde Guerre mondiale, sans aucun doute. » Ce qui me fonde à attendre de la part des éditorialistes catholiques qu’ils dénoncent le négationnisme dont est victime Pie XII, savamment relayé depuis des décennies par tous les médias ( sans parler des oeuvres culturelles comme l’infâme film de Costa Gavas, « Amen ») avec la même vigueur que les autres. Naturellement je ne me fais guère d’illusion. Rien de tout cela ne figurera jamais dans les médias dominants. Le vacarme autour de Williamson ( tout au plus un grand malade une personne à plaindre et qui ne reflète rien ni de l’Eglise, ni de la fraternité Pie X) voilà qui est porteur.
Pourtant c’est bien vers ce « travail » de la Providence que tout catholique, à l’affût des « signes des temps » devraient porter son regard, vers cette lumière qui a éclaté à l’occasion de cette polémique. Or vous, comme les autres journalistes que j’ai lus(4) , vous vous faites l’écho des hurlements de cette meute de loups dont Benoît XVI a parlé à l’occasion, de ces bêtes fauves qui mordent .
Ensuite vous laissez entendre que les évêques de la fraternité St Pie X ne sont pas prêts à faire le moindre geste, qu’ils refusent les décisions du concile Vatican II. Où avez-vous lu cela ? C’est proprement scandaleux d’écrire de telles choses. Vous reprenez la ligne « du courrier » qui s’est permis de donner comme titre à l’interview que naïvement Mrg Fellay leur a consacré « La Fraternité Saint-Pie X n’est pas prête à reconnaître Vatican II » alors que jamais Mrg Fellay a dit une chose pareille. Il a juste dit répondant à la question :« La condition posée par Rome à une réintégration de la Fraternité dans l’Eglise est la reconnaissance du concile Vatican II. La Fraternité est-elle prête à franchir ce pas ?
« Non. Le Vatican a reconnu la nécessité d’entretiens préalables afin de traiter des questions de fond provenant justement du concile Vatican II. Faire de la reconnaissance du concile une condition préalable, c’est mettre la charrue avant les bœufs. »
La négation porte sur la présentation que le journaliste fait du problème. Mrg Fellay ne répond absolument pas que par principe il s’oppose à la reconnaissance de VII. Comme le pourrait-il puisque la position de la fraternité dépendra de la nature des discussions autour des questions laissées ouvertes ? Cela n’exclut pas du tout qu’à l’issue des discussions la fraternité reconnaisse VII. Je crois que vous ne vous rendez tout simplement pas compte à quel point votre position est préalablement orientée(4). Peut-être avez-vous pris les affirmations de la déclaration du Conseil permanent de la Conférence épiscopale des évêques de France pour la position même du magistère. Lui qui a déclaré « En aucun cas le concile Vatican II ne sera négociable ». Alors que le décret romain du 21 janvier parlait d’« entretiens nécessaires » sur des « questions encore ouvertes » ! ». La note de la Secrétairerie d’Etat du 4 février, pour sa part, déclarait : « La condition indispensable pour une future reconnaissance de la Fraternité Saint-Pie X est la pleine reconnaissance du Concile Vatican II et du Magistère des Papes Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II et de Benoît XVI lui-même », tout en réaffirmant pourtant ce que disait le décret du 21 janvier : « Le Saint-Siège ne manquera pas, selon les modalités retenues opportunes, d’approfondir avec les intéressés les questions encore ouvertes, afin de pouvoir parvenir à une solution pleine et satisfaisante des problèmes qui ont été à l’origine de cette fracture douloureuse ».
Et là nous touchons au cœur du problème théologique qui est naturellement totalement escamoté par toutes les rédactions. S’il y a des questions encore ouvertes, ne portent-elles précisément pas sur Vatican II, son statut en autre ?
Car dans le cas contraire sur quoi doivent porter les discussions puisque les problèmes théologiques qui ont provoqué le schisme sont précisément en lien avec VII ? L’exigence de pleine reconnaissance du concile Vatican II ne veut pas dire que Vatican II doit être pris comme un bloc monolithique. La précision du secrétaire d’Etat « la condition indispensable pour une future reconnaissance de la Fraternité Saint Pie X est la pleine reconnaissance du Concile Vatican II et du magistère des papes Jean XXIII, Paul VI, Jean Paul II et benoît XVI » est particulièrement précise. Car le Magistère depuis VII n’a eu de cesse de rappeler dans quel sens VII devait être compris(5) . Un sens qui ne permet pas de faire de VII un super dogme, une norme indépassable comme le voudrait effectivement beaucoup d’évêques et les courants libéraux. Car Vatican II, comme je l’ai écrit dans mon courrier du lecteur est travaillé par une ambivalence. Cette ambivalence est particulièrement présente dans Gaudium et Spes. En fait ce que le magistère a dégagé c’est qu’au sein même de Gaudium et Spes diverses clés d’interprétation du concile sont présentes. Dans « Dives in misericordia » Jean Paul II a ainsi concentré sa réflexion sur le paragraphe 22 de Gaudium et Spes, rappelant que c’est le Christ qui manifeste l’homme à lui-même et lui découvre sa vocation. Alors que les libéraux voient dans le paragraphe 36 la clé d’interprétation du concile, accentuant l’autonomie humaine à l’égard de la christologie. De même, Jean Paul II, au travers de sa condamnation de la « culture de la mort » n’a rien cédé sur la morale traditionnelle aux apôtres du relativisme et de l’hédonisme. Chaque fois que cela a été nécessaire il a rappelé qu’une société qui refuse de faire de la loi naturelle, cette réfraction dans notre conscience de la loi éternelle, le pivot de son organisation juridique et politique doit être considérée comme mortifère (6) .
La question de l’ambivalence de Vatican II en général et de Gaudium et Spes en particulier, a été travaillée par de nombreux théologiens : David Schindler, Tracey Rawlan, Henri Lubac, Benoît-Dominique de la Soujeole, John Milbank… Tous ne sont pas catholiques. Mais tous aspirent à un renouement en lumière de l’Eglise avec la tradition. Ce qui prouve que la fraternité St Pie X n’est pas la seule à remettre en cause une partie de l’héritage de Vatican II. La lecture de Tracey Rawln par exemple, s’appuie sur Jospeh Ratzinger pour proposer une lecture de Gaudium et Spes, la constitution pastorale qui n’a pas l’autorité des constitutions dogmatiques Lumen Gentium et Dei vernum. C’est pourtant pour beaucoup Gaudium et Spes qui est le plus révélateur de Vatican II, notre « terre promise » disait Congar. Or la lecture sécularisante de ce dernier, de réconciliation avec le monde, fut désastreuse pour Tracey. Cette interprétation n’est provient pas du texte lui-même pour Benoît XVI mais est issue d'herméneutique de la discontinuité dénoncée dans son discours historique à la curie le 23 décembre 2005(7). Pour Tracey Rawlan comme pour David Schindler, il ressort de ce paragraphe 22 qu’il est impossible de comprendre l’identité de l’homme hors de sa relation au Christ, la christologie est nécessaire pour élaborer une anthropologie véritable. Donc un humanisme purement séculier est voué à l’échec. Dans cette perspective Gaudium et Spes ne concilie pas la foi catholique avec le monde mais montre que seule une anthropologie christologique peut rendre acceptable les aspirations à la liberté et à l’auto-épanouissement caractéristique de la modernité.
Ainsi dans son message à la Curie Benoît XVI affirme que VII n’est pas un concile normatif pour une relecture révisionniste de la tradition apostolique, mais un concile qui doit être normé par tous les conciles antérieurs : il devient simplement une mine d’interprétations, à mettre et à remettre toujours dans la continuité de la tradition. Donc une remise en perspective de VII à la lumière de la tradition est nécessaire. Le critère ne vient pas de l’extérieur de VII comme le prétendent les évêques de la fraternité ST Pie X, qui font jouer la tradition contre VII mais de VII lui-même comme l’a rappelé JPII et à sa suite Benoît XVI. C’est ce principe herméneutique qui va être discuté entre le Vatican et la fraternité. Le rôle de tout catholique doit donc être de prier pour que l’entente puisse se faire autour de la reconnaissance, par la fraternité St Pie X, de cette clé herméneutique qui permettra un éclaircissement dont bénéficiera toute la catholicité.
Vous ne vous rendez malheureusement pas compte à quel point vos allégations sont le pur produit du quasi monopole médiatique que le camp libéral exerce sur VII et qui fait clairement jouer un prétendu « esprit de Vatican II » contre la lettre du Concile.(8) Cette lettre qui dit avec la plus grande netteté que Vatican avait une vocation pastorale. Vocation rappelée de la bouche même de Jean XXIII. D’ailleurs au cours des débats, chaque fois que la majorité refusait une demande de précision doctrinale, elle justifiait son refus par l’argument : cette précision serait en effet nécessaire si ce concile était doctrinal ; mais il ne l’est pas, il est pastoral. VII doit cependant être regardée comme ayant une portée dogmatique mais uniquement quand il reprend tel ou tel dogme, les cite et les rappelle à sa manière (notamment dans ses deux « constitutions dogmatiques »), relevant donc du magistère ordinaire de l’Eglise. Mais il n’est pas l’auteur des dogmes dont il parle : il n’ajoute ni ne retranche rien à l’autorité ni au contenu des dogmes définis par les conciles et les papes antérieurs. Les formulations qui sont présentes dans les textes de VII peuvent ainsi être matériellement dogmatique, mais VII n’avait pas autorité pour définir formellement de nouveaux dogmes « Le but principal de ce Concile n’est pas la discussion de tel ou tel thème de la doctrine fondamentale de l’Église… Pour cela, il n’y a pas besoin de Concile… Il est nécessaire que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être fidèlement respectée, soit approfondie et présentée de sorte qu’elle réponde aux exigences de notre temps… On devra recourir à une manière de présenter les choses qui corresponde le mieux à un enseignement de caractère surtout pastoral » (Jean XXIII, Discours d’ouverture du Concile, 11 octobre 1962) . Le but de VII était donc de reformuler, d’adapter dans le langage contemporain le contenu de la tradition ininterrompue de l’Eglise, il ne pouvait formellement définir la doctrine. Or sous la pression des milieux libéraux que s’est-il passé ? Au nom de « l’esprit du concile », dont une frange importante de théologiens et de prélats s’est dite être la dépositaire exclusive, VII a été présenté comme un dogme absolu dans une perspective qui renverse complètement le sens originel du Concile. Pour des raisons qui tiennent aux connivences entre le « monde » et l’apostasie interne à l’Eglise cette vision libérale a été celle qui a été largement promue par le monde médiatique. Elle fait figure de nos jours, pour toute personne qui n’a pas les moyens de plonger au cœur des textes et des débats qui animent l’Eglise, de seule vision cohérente du Concile. Là est l’imposture, la manipulation galopante dont vous vous êtes faits, certainement à votre insu, le porteur d’eau. Vatican est non négociable claironne l’aile libérale. Il est la norme absolue qui éclaire toute la tradition. C’est un monstrueux égarement que tous les papes ( de Paul VI à Benoit XVI) ont dénoncé.
« L’affaire VII », comme on pourrait l’appeler, arrive maintenant à son dénouement. Le courage fantastique de Benoît XVI son érudition, sa charité vont faire don au monde de la pleine compréhension, enseignée par l’Esprit Saint lui-même, que tout catholique doit avoir de Vatican II. Benoît XVI n’aura pas attendu les discussions avec la fraternité St Pie X pour y travailler, reprenant d’ailleurs le flambeau des mains mêmes de Jean Paul II, mais, providentiellement, j’ose croire que les futurs échanges vont contribuer à une clarification lumineuse. Devant l’étendu des approximations, des herméneutiques différentes qu’a généré le Concile, l’arbitrage du Magistère des Papes a donc déjà largement tranché. Et il est patent qu’il ne va pas, mais alors pas du tout dans le sens des libéraux. Il est fidèle à la tradition (donc hostile à un oecuménisme mettant toutes les religions sur le même pied d’égalité, hostile à une légitimation en droit de la séparation des pouvoirs temporels et spirituels , hostile à une reconnaissance de la liberté religieuse objective) et exigera des membres de la fraternité St Pie X qu’ils admettent que les principes d’une interprétation correcte de VII se trouve à l’intérieur de VII ce qui signifiera qu’ils reconnaissent pleinement VII.
Le magistère infaillible du pape constitue la pierre d’angle de la foi catholique (pierre d’angle visible). Sans elle, comme une voûte privée de sa clé, tout s’effondre. Sans l’autorité du pape issu du charisme dont le Christ a doté St Pierre, jamais l’Eglise n’aurait survécu à la multitude d’hérésies qui ont pullulé tout au long de notre histoire, jamais le dépôt de la foi n’aurait pu être maintenu et encore moins fructifier, jamais l’Esprit Saint ne pourrait nous être « présent jusqu’à la fin des temps » selon la promesse du Christ.
Avec les jalons déjà posés par les papes et les éclaircissements à venir, VII ne pourra donc plus être joué contre la tradition par les libéraux, et la tradition ne pourra plus être jouée contre VII par la fraternité St Pie X. Pour résumer « Dignitatis humanae » ne pourra plus être jouée contre « Quanta Cura ». La réconciliation sera parfaite. Ce qui permettra enfin aux catholiques de retrouver la voie de leur tradition sans que de fausses interprétations les en détournent, continuent d’obscurcir leurs esprits. Ils pourront apprendre à nouveau à en découvrir toute la profondeur et la défendre fermement face à un monde qui sombre toujours plus dans le relativisme. Cela mettra enfin un terme à ce silence des Eglises sur toutes les questions décisives de notre temps, silence qui est « apostasie silencieuse », selon le Pape.
L’Eglise est l’épouse du Christ, croire qu’elle a à épouser le monde comme le suggère la dernière phrase de votre éditorial, trahit toutes les confusions que « l’esprit de Vatican II » a malheureusement contribuer à développer. La foi catholique est de bout en bout antimoderniste . Il n’y a aucune conciliation possible avec l’esprit de ce monde. Haine envers le péché et ses structures, amour et compassion envers les pécheurs, telle est la devise de l’Eglise depuis toujours.
(1)C’est une critique des médias qu’un Joffrin est bien incapable de produire - car elle demande un minimum de capacité de prise de distance avec soi-même - mais que les adeptes de Bourdieu sont eux-mêmes impuissants à formuler car elle suppose de pouvoir sortir par le haut ( la reconnaissance de la vérité) et non par le bas ( la paranoïa) de la grande structure perverse que forme le couple scepticisme-soupçon. En bref il faut pouvoir rompre avec Hegel et Marx, Kant et Nietzsche.
(2) Je parle en terme statistique, car un petit nombre est capable de trouver sur la toile des ressources culturelles inimaginables il y a encore peu.
(3)Joël Cerutti du « Matin » mérite la palme de l’obscénité lui qui a osé écrire que la position des évêques de St Pie X promettaient de futurs miradors et de nouveaux génocides ; l’article du « Matin Dimanche » donnant la parole à Christiant Terras et le présentant comme un expert d’Ecône est aussi un régale de désinformation ; l’article dans « Marianne » qui se range entièrement à l’avis de Caroline Fourest, une militante politique bien plus manipulatrice que Tariq Ramadan qu’elle ne cesse de pourchasser de son fiel ; la tribune accordée par le « Monde » à Hans Küng où le théologien s’est livré à un exercice d’auto-complaisance invraisemblable en se présentant comme la bonne conscience de son ancien collègue de séminaire Jospeh Ratzinger
(4) Soit dit en passant, le comportement mimétique des médias a quelque chose d’étrangement semblable à ceux des agents de la finance. De là à voir une corrélation entre la crise financière et les analyses des journalistes (économiques notamment, mais pas exclusivement) il n’y a qu’un petit pas que naturellement je m’autorise allègrement à franchir. Court florilège de mimétisme journalistique : L’Agence France Presse titre ses dépêches ainsi : « La Fraternité Pie X (intégriste) pas prête à reconnaître Vatican II (Fellay) » pour l’entretien paru dans Le Courrier (AFP, Genève, 27 février 2009) et « Les quatre évêques intégristes ne sont pas prêts à accepter Vatican II » pour la lettre du 29 janvier (AFP - Paris, 1er mars 2009). Le Monde du 1er mars reprend : « Les quatre évêques intégristes dont l’excommunication a été levée n’acceptent pas Vatican II » ; et La Croix du 2 mars enchaîne : « Les évêques lefebvristes expriment au pape leur refus de Vatican II ».
(5) Notamment « Dives in misericordia » de JPII en 1980, « Dominus Jesus » en 2000, le message de Benoît XVI à la curie en 2005, le « motu propio » en 2007 enfin l’acte de la congrégation pour la doctrine de la foi de 2007 « au sujet de quelques questions » ratifié par Benoît XVI.
(6)Ce qui est naturellement une reprise de la théorie traditionnelle de l’Eglise qui a été définie par Thomas d’Aquin dans « de Regno ». La notion de culture de la mort est substituée à celle de la tyrannie . St Thomas considérant que la tyrannie, le non respect de la loi naturelle, légitime le tyrannicide.
(7)Comme je l’ai écrit plus haut cette interprétation a déjà été dénoncée par JPII ( dives in misericordia), par son attaque contre la culture de la mort et par les théologiens de la revue « Communio » (Lubac entre autre)
(8) Extrait du discours de Benoît XVI en déc 2005 « D’un côté, il existe une interprétation que je voudrais appeler « herméneutique de la discontinuité et de la rupture » ; celle-ci a souvent pu compter sur la sympathie des mass media, et également d’une partie de la théologie moderne. » Benoît XVI lui-même dénonce cette complicité entre les médias et l’aile libérale qui fait que désormais l’interprétation libérale de Vatican II est perçue par nos contemporains comme étant la seule qui existe. Benoît XVI plus lucide et pertinent dans sa critique des médias que le pâle Joffrin ou le fougueux Halimi ? A coup sûr !
Mes amitiés en Christ
Dossier en fichier joint
6) Second éditorial de Pierre André-Chapatte
Un décalage paradoxal
Une polémique peine à chasser l’autre. Après la tempête soulevée par l’excommunication des quatre évêques intégristes d’Ecône et l’indignation provoquée par l’excommunication des médecins qui avaient pratiqué un avortement sur une fillette violée, voici une avalanche d’incompréhension autour de la petite phrase du pape en voyage en Afrique sur les méfaits du préservatif dans la lutte contre le sida.
Cet enchaînement d’affaires donne l’image d’une institution qui se raidit sur des positions réactionnaires et coupées des réalités du monde dans lequel elle entend pourtant s’inscrire. La doctrine ne change pas. Le pape est dans la ligne de ses prédécesseurs lorsqu’il plaide pour une sexualité humanisée autour des valeurs de l’amour et de la fidélité. A la différence d’un Jean-Paul II charismatique, Benoît XVI, plus théologien que bon pasteur, répond aux difficultés des hommes et des femmes d’aujourd’hui par la seule femeté de la loi alors que leur situation souvent difficile voire dramatique appellerait d’abord des gestes de compassion. Dans cette Afrique subsaharienne où 25 millions de personnes, dont 2 millions d’enfants, vivent avec le virus du sida, le préservatif est un instrument efficace de prévention autant indispensable que le sont l’éducation et les appels à la chasteté et à la fidélité.
Ce décalage du pape avec les réalités humaines conduit à ce paradoxe qu’il occulte un autre discours percutant, en phase avec les réalités politiques celui-là, à l’adresse des dirigeants du continent noir. «Le respect et la promotion des droits de l’homme, un gouvernement transparent, des moyens de communication sociale libres, une administration publique honnête, un réseau d’écoles et d’hôpitaux adéquats et la ferme détermination d’éradiquer une fois pour toute la corruption», a asséné ce même pape en Angola à l’adresse des chefs d’Etat. Tout un programme qui mériterait davantage que les autres bourdes vaticanes d’être entendu non seulement en Afrique mais par tous les dirigeants du monde.
Ma réponse
Lettre ouverte à Pierre André Chapatte
Cher monsieur,
Dans votre éditorial d’ hier, vous persistez dans votre aveuglement idéologique. N’avez-vous jamais entendu le dicton « une erreur même reprise par des millions de bouches folles ne devient jamais une vérité. » La vérité c’est que le préservatif peut avoir des effets dévastateurs ( défaillance, surexposition en raison d’un abus de confiance). Certes sous nos latitudes les trithérapies sont désormais à la portée de toutes les bourses pour venir atténuer les dommages causés par les défaillances de la capote ( dans 15 % des cas quand même, 1/3 des avortements en France sont pratiqués à la suite d’une telle défaillance), mais en Afrique pas de Trithérapie, cher monsieur, la mort est au bout. Vous donnez des leçons de pastorale au Pape ! Loué soit Dieu que vous n’exerciez votre magistère qu’au QJ.
Voici l’intégralité du passage où a été extraite la phrase qui a soulevé tant d’indignation chez les belles âmes au cœur vaillant.
Philippe Visseyrias, France 2 : Saint-Père, parmi les nombreux maux dont souffre l’Afrique, il y a en particulier la propagation du sida. La position de l’Eglise catholique sur les moyens de lutter contre le sida est souvent considérée irréaliste et inefficace. Allez-vous aborder ce thème durant votre voyage ?
Benoît XVI : Je dirais le contraire. Je pense que l’entité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est justement l’Eglise catholique, avec ses mouvements, avec ses réalités diverses. Je pense à la communauté de Sant’Egidio qui fait tellement, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte contre le sida, je pense aux Camilliens, à toutes les soeurs qui sont au service des malades… Je dirais que l’on ne peut vaincre ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. S’il n’y a pas l’âme, si les Africains ne s’aident pas, on ne peut résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs : au contraire, cela risque d’augmenter le problème. On ne peut trouver la solution que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui implique une nouvelle façon de se comporter l’un envers l’autre, et le second, une amitié vraie, surtout envers ceux qui souffrent, la disponibilité à être avec les malades, au prix aussi de sacrifices et de renoncements personnels. Ce sont ces facteurs qui aident et qui portent des progrès visibles. Autrement dit, notre double effort pour renouveler l’homme intérieurement, donner une force spirituelle et humaine pour un comportement juste à l’égard de son propre corps et de celui de l’autre, et notre capacité à souffrir, à rester présent dans les situations d’épreuve avec les malades. Il me semble que c’est la réponse juste, l’Eglise agit ainsi et offre par là même une contribution très grande et très importante. Remercions tous ceux qui le font.
Et vous trouvez quelque chose à redire à cela ? Vous trouvez quelque chose à redire à cette exigence d’humanisation de la sexualité, à son encadrement par l’éthique ? A vous lire il semblerait que vous devriez abonder dans ce sens puisque vous reconnaissez la nécessité de l’éducation, de la fidélité et même de la chasteté. Alors pourquoi en remettre une couche, faire des récents propos du pape un nouvel élément à charge ?
Soit vous n’avez pas lu l’intégralité des propos du pape et vous êtes parti en croisade sur la base de tout le tapage orchestré par les idolâtres de la capote - auquel cas vous avez grandement manqué aux principes élémentaires de déontologie de votre profession - soit vous êtes vous-mêmes un de ces idolâtre de la capote que la moindre réserve à son endroit jette hors de lui et qui dissimule son fanatisme sous des propos vaguement moraux. Ou alors vous occupez une position intermédiaire entre les deux : en bon moderne, votre opinion sur le pape étant faite elle vous affuble de lunette qui vous empêche de le lire correctement.
Ce qui est donc confondant c’est que votre éditoriale a pour titre « décalage paradoxale », alors que c’est votre position qui est elle paradoxale. Vos propos officiels ne s’opposent pas frontalement à ceux du pape, alors pourquoi vous en prendre à lui ? Comme je n’ose décemment pas vous taxer d’incompétence ou de fanatisme, je considère, par pure hypothèse, que votre indignation est le résultat du dressage pavlovien que vous avez subi à votre insu ( comme tout moderne) et qui vous situe de facto dans la troisième catégorie. La capote forme en effet avec le fric et le mégaphone (outil incontournable de l’agit prop.) la sainte trinité de l’homme moderne. Ils sont les instruments indispensables de sa quête de liberté ( enfin de ce qu’il prend pour telle).
Je vous recommande la lecture de Rémi Bragues ( l’un des plus grands philosophes français de notre temps) ? Dans un article paru lundi dans le Figaro, il y montre avec ironie ce qu’a de prodigieusement ridicule l’acharnement contre ce Pape qui ne fait que demander pour le sexe ce qu’on admet généralement en d’autres domaines : « Voyez-vous, ce n’est pas avec des mesures purement techniques que l’on viendra à bout de l’addiction au tabac…, de la violence dans les banlieues…, du terrorisme islamique…, etc. »
Comme vous en appelez si souvent au réel ( aux réalités de notre monde) dans vos articles, voici quelques données relatives à ce réel qui vous font défaut :
Edward C. Green est directeur du Projet de recherche sur la prévention du sida à la prestigieuse université de Harvard aux Etats-Unis. Voilà ce qu’il déclare dans la National Review Online « Le Pape a raison. Ou pour répondre plus précisément : les meilleures données dont nous disposons confirment les propos du Pape. » « Il existe une relation systématique, mise en évidence par nos meilleures enquêtes, y compris celles menées par l’organisme “Demographic Health Surveys” financé par les Etats-Unis, entre l’accès facilité aux préservatifs et leur usage plus fréquent et des taux d’infection par le virus du sida plus élevés, et non plus faibles. Cela pourrait être dû en partie au phénomène connu sous le nom de “compensation du risque”, ce qui veut dire que lorsque l’on a recours à une “technologie” de réduction du risque comme le préservatif, l’on perd souvent le bénéfice lié à la réduction du risque par une “compensation” qui consiste à prendre davantage de risques qu’on ne le ferait en l’absence de technologie de réduction du risque. »
Autrement dit, le recours au préservatif permet en effet de réduire le risque de contamination – mais non de l’annuler – mais encourage à adopter des conduites à risques qui aboutissent à davantage de contaminations.
Un livre d’Edward Green présenté sur le site de son unité de recherche, tirant les leçons de l’expérience de la lutte contre le sida dans les pays en voie de développement, explique :
« Les solutions avant tout médicales financées par les plus grands donateurs n’ont eu que peu d’impact en Afrique, le continent le plus durement touché par le sida. Au contraire, des programmes relativement simples, peu onéreux, visant à changer les comportements – en mettant l’accent sur la progression de la monogamie et sur le recul des premières relations sexuelles chez les jeunes – ont permis les plus grandes avancées dans la lutte contre le sida et la prévention de son extension. »
Plus important encore, les chiffres de l’OnU pour l’Afrique sont parfaitement éloquents. Partout où l’éducation, l’abstinence et la fidélité ont été promu plutôt que la simple distribution de préservatifs, là, en Afrique, où l’on a mis en avant l’éducation à l’abstinence et à la fidélité plutôt que la distribution de préservatifs, la progression du sida a été enrayée. De même lorsque les jeunes retardent l’âge leur premier rapport et ne multiplie par les partenaires la séropositivité chute généralement de 50%. Cela a été constaté au Zimbabwe, au Burkina Faso, en Ethiopie, au Cameroun. Les morts y sont en nette diminution : – 200 000 par rapport à 2006 et 2007. En Ouganda, où l’Eglises, en coopération avec le gouvernement, a particulièrement pu sensibilisé la population aux thèmes de l’abstinence et de fidélité, le taux d’infection est tombé de 15 à 5%. Désormais 6,2% des Ougandais de 15 à 49 ans sont séropositifs, ils étaient 15% au début des années 1990. Par contraste, le taux d’infection progresse dans d’autres pays où les campagnes ne se sont fondés que sur le préservatif.
A quand ces infos dans vos colonnes ? Je doute de pouvoir les lire de mon vivant ( à 36 ans c’est vous dire combien je suis optimiste sur l'évolution de la presse.)
Votre éditorial est en total décalage avec le réel. Peut-être brandirez-vous l’alibi commode du journaliste pris le doigt dans le pot de configure : il s’agissait juste d’ouvrir le débat. A la rigueur peut-être était-ce subjectivement votre intention – comment vous la contester ? - mai objectivement votre éditorial ne le permet pas, car il s'inscrit dans une logique du lynchage médiatique (le but du lynchage médiatique étant de faire taire) dont a récemment parlé Mgr Riocreux, évêque de Pontoise, qui était du voyage et qui a répété, à la suite de Benoît XVI : « Les évêques de ce continent constatent que les campagnes anti-sida par distribution de préservatifs ne font qu’augmenter le problème. » Il a l’impression d’avoir vécu un tout autre voyage que celui décrit par les médias, français spécialement : « Je me dois de crier face au lynchage médiatique de Benoît XVI en France. Je dis bien “en France” car c’est surtout chez nous que l’incompréhension des propos du Pape et l’exploitation politique se sont manifestées par une virulence inouïe. »
Le pape est sur cette terre l’une des dernières autorités morales qui a encore de l’impacte et qui ose s’opposer aux aspiration de la doxa : transformer le monde en un parc de loisir. Or la doxa suit une stratégie parfaitement claire, en recourant à toutes les manipulations, toutes les désinformations elle tente de disqualifier tous ceux qui se mettent en travers de son projet. Elle s’était déjà fait les dents sur JPII maintenant elle attaque à la baïonnette. Vous vous faites le porte-voix de cette stratégie, puisque vous en repren les termes de son accusation. Or il n’a fait que parler des effets néfastes des compagnes se fondant que sur le préservatif. Campagnes qui soient dit en passant sévissent également chez nous(. campagnes qui ont font croire que la capote est une sécurité totale, ce qui est un mensonge criminelle.) Jamais je n'ai suivi chez nous une campagne qui parlait des vais enjeux de la sexualité, appelait à la fidélité. C'est d'ailleurs parfaitement logique puisque l’enjeu réel de ces campagnes n’a jamais été la prévention contre le sida, mais la promotion du nomadisme sexuel, la destruction de la loi naturelle. Elles ont accompli une percée énorme, donnant un nouvel élan aux cycles infernaux de la culture de mort ( sa chaîne logique est bien connue: aviver les bas instincts au nom du plaisir, rendre insurmontable l’interdit de l’avortement, relativiser le statut de l’enfant à naître, permettre l’exploitation des embryon, tolérer l’élimination de tous les porteurs potentiels, faire de la vie d’un handicapé une vie au rabais, de même pour celle d’un vieillard, ou d’une personne ne pouvait plus goûter au plaisir. C’est sous la bannière de la liberté d’indifférence, conçue comme droit au plaisir que tout cela s’est développé. Nous en récoltons désormais quotidiennement les fruits pourris puisque c’est ce mouvement qui a totalement dévalué la vie humaine, rendant possible tous les passages à l’acte qui affole légitimement tout le monde.)
Sous la pression des lobbys porteur de l’idéologie de la libération sexuelle les Etats modernes, en apportant leur caution par leurs subventions à ces campagnes infectes, ont contribué à abaisser encore un peu plus le niveau de notre moralité. Les premiers à en faire les frais sont naturellement les gosses. Pas besoin d’être médium pour comprendre les corrélations existant entre tous les actes de violence sexuelles dont sont victimes les gamins, mais aussi la folie qui s’agite sous le crâne de certains jusqu’à les faire passer à l’acte. Ceux-ci ne sont naturellement que la partie émergée de l’iceberg. La bombe humaine est pour demain, chantait le groupe Téléphone il y a 30 ans. Il ne croyait pas si bien dire.
Les chiffres de l’ONU, les propos du professeur Edward Green attestent qu'en termes statistiques, les campagnes fondées sur le préservatif aggravent les problèmes et que les campagnes qui osent un discours autre (ce qu'en occident jamais on se permettrait) obtiennent des résultats probants. Alors de quel côté se trouve la pertinence? Qui fait oeuvre de charité, de souci réel de son prochain ? Ceux qui clament partout que le pape est sénile, paradoxal, autiste ou pire un meurtrier ? Où se trouve la cohérence ?
Ceux qui travaillent sur le terrain ont le nez sur le guidon, ils n'ont pas le temps de décoller de l'horreur. Or le fond du problème est de nature politique, de mesures à prendre pour le bien commun, donc qui ne sont pas du même ordre que celles qu'il faut prendre dans l'urgence. C'est à ce niveau que se situent les propos de Benoît XVI. Et à ce niveau, excusez-moi, mais cela ne concerne absolument pas des questions de foi. Considérer que la capote est une atteinte à la loi divine est un discours de foi. Mais cela ne veut pas dire que les nuisances qu'engendrent les transgressions à cette loi ne sont pas constables, expérimentables par tous. Comme disait Vincent de Paul "là où le péché est toléré, le mal pullule". User de préservatif est commettre un péché, je vous concède que pour adhérer à cela il faut la foi, mais reconnaître que le mal pullule dès que l'on en tolère l'usage cela relève d'un constat froid et objectif. Ce qui ne veut pas dire, encore une fois que dans les cas d'urgence il ne faut pas parfois recourir à ce qu'on condamne d'ordinaire (comme la cas de la morphine ou d’autre drogue dans les soins palliatifs). D'ailleurs tous les dispensaires catholiques en Afrique qui soignent les malades du Sida (ils représentent 25% des lieux de traitement) en distribuent. Pour prendre une analogie qui rend permet de saisir la problématique du mal : dans l’hypothèse où une population serait en proie à une terrible vague de dépression qui mènerait les gens au suicide, trouveriez-vous légitime que l’Etat déclare légale et cautionne des campagnes qui mettraient préventivement de la morphine à la portée de tous, que l’Etat se fasse receleur ? Eh bien même dans le cas où cela se produirait il est bien clair que l’Eglise considérait de telles campagnes comme portant atteinte à la dignité de l’homme, ce qui ne l’empêchera jamais de reconnaître qu’en matière de soins palliatifs recourir à la morphine est normal.
Ce qui est terrible dans cette affaire, c'est la perversité du système médiatique qui ne se contente pas de taire les faits objectifs. Non il lui faut s'en prendre à la seule personne sur cette terre qui a suffisamment de courage pour en parler. Mais dans ce concert de désinformation heureusement quelques personnes courageuses, osant braver la charia médiatique, se rallient au pape. Notamment le patriarche de Moscou : « Il est faux de considérer les préservatifs comme un moyen d'enrayer la propagation du SIDA (…)Si une personne mène une vie peccamineuse, débauchée, se drogue, n'a pas de sens ni de modération dans son existence, elle périra de toute façon d'une maladie ou d'une autre. Aucun préservatif et aucun médicament ne pourront l'en sauver" a-t-il déclaré. Selon le père Tchapline, "la propagation du SIDA ne peut être arrêtée que par une éducation éthique de la population concernée et non par le recours aux préservatifs". De même les évêques du Cameroun ont dénoncé la campagne abjecte qui a sévi contre le pape. Ils ont rappelé les évêques que l’Eglise, « force morale », a « l’impérieux devoir de rappeler aux chrétiens que toute pratique sexuelle en dehors du mariage et non rangée est dangereuse et propice à la diffusion du sida ». « C’est son devoir, elle ne saurait s’y soustraire. »
S’associant pleinement à tous les propos de Benoît XVI sur le sujet, les évêques camerounais ont voulu également rappeler à « tous les chrétiens et tous les Camerounais » :
« 1. Que les rapports sexuels ont pour finalité première la procréation voulue par Dieu lui-même au début de la création. Le mariage entre un homme et une femme est le cadre idéal voulu par Dieu pour cette procréation.
« 2. Que l’Eglise catholique ne méprise pas les malades du sida et n’encourage nullement la propagation de la maladie ainsi que le lui prêtent certains médias. Elle est et restera toujours active dans la lutte multiforme contre la maladie. »
Encore une fois qui est du côté des faits, du réel et qui est du côté de l’idéologie, de la désinformation ? A quand des correctifs ?
Cordialement
Julien Gunzinger
En réaction au courrier paru dans le Qj du vendredi 18 juillet
Le courrier d’un lecteur, au sujet des minarets, a été l’occasion pour son auteur de déverser sur le catholicisme une coulée fangeuse d’inepties et de contrevérités. À la décharge du malheureux vociférateur, il faut cependant reconnaître que ses propos ne faisaient que répéter un discours parfaitement convenu qui s’est donné les moyens ( médiatique, scolaire…), depuis de nombreuses générations, de façonner les esprits les plus malléables.
Je tiens donc à revenir sur l’accusation centrale qui nous a été virilement assénée la semaine passée :l’Eglise catholique aurait été la tête pensante de la destruction de civilisations entières. L’auteur du courrier faisait allusion à Christophe Colomb, je parlerai donc plus précisément de la situation de l’Amérique latine.
L’imputation d’acculturation à l’égard du catholicisme est la tarte à la crème de la pensée dominante. Toutes les civilisations ont été des acculturations, les Egyptiens des Pharaons ont acculturé l’ancienne civilisation du néolithique du Nil, les Grecs les ont ensuite acculturés à leur tour, les Romains ont fait de même avec les Grecs. Le christianisme dès son origine est une acculturation de la foi juive et de nos jours il continue de travailler à la subversion radicale des valeurs ambiantes comme le matérialisme et le libertarismes. Se draper dans les atours chatoyants du formalisme des droits de l’homme pour condamner ce vecteur principal du développement historique c’est adopter à coup sûr une fière posture, dont on tire de nos jours une rente d’honorabilité immédiate. Mais cette posture n’est qu’un angélisme qui s’ignore, qui plaque sur l’histoire une grille de lecture contemporaine pour tout juger à son aune. Comme on disait de la morale de Kant, elle a les mains blanches, mais elle n’a pas de main du tout. Par conséquent le problème n’est pas l’acculturation, mais la façon dont elle se réalise, la valeur spirituelle et morale des autorités qui président à son déploiement. Or le système économique et social de l’encomienda établi par Ferdinand et Isabelle, les Rois catholiques, était éminemment respectueux des indigènes. C’est un fait unanimement reconnu des spécialistes de la question. Un témoignage cité par le grand historien Silvio Zalda est plus éloquent que toutes les démonstrations. C’est celui d’un marchand anglais protestant, Henry Hawks en 1572, qui ne voyait pas d’un bon œil les protections que garantissait l’encomienda aux indiens d’Amérique « les Indiens révèrent beaucoup les religieux, parce que, grâce à eux et à leur influence, ils se voient libre d’esclavage. Ainsi aujourd’hui est-il nécessaire de supplier beaucoup les Indiens, et de très bien les payer, pour qu’ils travaillent(…) ce qui est au détriment des propriétaires des mines, et des parts et droits royaux sur le produit des mines. » Relevons encore les prescriptions d'inspiration évangélique faites par Isabelle à Christophe Colomb : 'traiter bien et avec amour les Indiens, sans leur faire aucun ennui, et de manière qu’avec eux ils aient beaucoup de conversations et de familiarité, leur faisant les meilleurs œuvres qu’il se peut'. C'est peu dire que Colomb ne respecta pas ses prescriptions. Ce qui lui valut d'être destitué de son rang de vice-roi par Isabelle et emprisonné en Espagne.
L'angélisme préserve du souci de vérité, il permet au nom d'une figure du bien totalement abstraite, l'homme moderne se gargarisant de ses bons sentiments, de ne pas chercher à comprendre les chemins tortueux que la Vérité doit prendre pour se frayer un chemin dans l'histoire, pour pouvoir peser sur la vie morale des hommes.
2) Septembre 2008
Sur l’harmonisation scolaire (harmos)
Tous les enfants dès quatre ans devront donc dorénavant intégrer une classe d’école enfantine. La volonté d’harmonisation entre les cantons romands est la seule raison invoquée dans l’article que le QJ consacrait à cette question. La belle affaire ! De nos jours, l’harmonisation est un terme nimbé d’une autorité quasi sacrée. Il a cette vertu stupéfiante qu’une réforme qui porte son estampille est dispensée de se justifier par des arguments consistants. Pourtant j’aimerais comprendre en quoi rendre l’école enfantine obligatoire dès l’âge de quatre ans s’impose désormais. Le gouvernement et le journaliste qui a rendu compte de cette réforme estiment-t-ils la question oiseuse ? Par ces quelques propos, j’entends ici dénoncer ce langage technico-adminstratif qui recouvre d’une chape de plomb les questions que tout un chacun est en droit de se poser sur des sujets qui touchent frontalement le vivre ensemble, c'est-à-dire les finalités que poursuit une société. Ce langage barbare fait florès de nos jours : régulation, gouvernance, harmonisation, rationalisation… autant de termes qui sous des apparences feutrées et indolores court-circuitent le débat, font passer pour inéluctable des mesures qui servent des finalités n’osant avancer « à visage découvert ». Selon le philosophe Michel Freitag, les tenants de cette démocratie « décisionnel – opératoire » entendent faire en sorte que les questions de sens et de finalité ne soient plus posées pour ne retenir que les avancées utilitaires.
Scolarisation obligatoire dès quatre ans, allemand apprécié dès la 3e année, augmentation du pensum d’heures d’anglais dès la 5e, achat d’ordinateurs en masse, bientôt horaire continu et repas pris obligatoirement à la cantine. Du bout de ma petite lorgnette je ne vois dans ces mesures que les moyens que se donne une société exsangue pour adapter son école à une situation socio-professionnelle toujours plus absorbante, sacrifiant tout à l’impératif de la performance, de la rentabilité. Qu’en a-t-on à faire de ces heures d’allemand, d’anglais, de ces ordinateurs à l’âge tendre quand ce sont les humanités qui doivent être défendues bec et ongle dans notre monde plus que jamais creux et manipulable ? Avec ces mesures, la vie de la communauté naturelle fondatrice de toute société, la famille, sera encore plus privée de ses prérogatives éducatrices. Mais peu importe, la messe est dite : la gauche et la droite se serrent la main au-dessus de ce corps malade qu’est la famille, l’une au nom de l’égalité des chances, l’autre de l’efficacité économique. Quel visionnaire cet Aldous Huxley !
3) Novembre 2008
sur la crise
Aristote, plus que jamais, écrase de la hauteur de ses vues le cortège funeste des idéologies issues de la modernité, lui qui, il y a plus de 2500 ans, avait parfaitement saisi la portée sociale dévastatrice des régimes inféodés aux puissances de l’argent. Marx, au milieu du XXe, a su renouer avec une infime portion de la pensée du maître, en dégageant les facteurs économiques qui font que la pente naturelle du capitalisme le mène à sa propre destruction. Mais la crise actuelle du capitalisme ne doit surtout pas être comprise comme une victoire posthume du socialisme. Car c’est d’Aristote dont il faut se servir comme phare et par conséquent de l’Eglise Catholique, seule institution à avoir recueilli la sève de sa pensée à travers sa doctrine sociale.
Le socialisme comme le libéralisme sont les branches pourries sur lesquelles la modernité s’est complue à faire le pied de nez au réel. Les deux millions de milliards de dollars de la finance spéculative qui vont immanquablement entraîner par le fond l’économie réelle, estimée à 50000 milliards de dollars (PIB mondial), sont l’expression chiffrée de la distance que nous avons prise avec la réalité. Cette distance résulte du déni de la réalité fondateur dont procède toute notre modernité depuis les théories du contrat social et les Lumières. Dans leur sillage nous avons en effet assis l’ordre social sur l’individu et l’idée de la liberté humaine conçue comme puissance illimitée. Tout au contraire, pour la sagesse classique, la liberté n’est pas la possibilité de faire ce que l’on veut sans nuire à personne, mais de poser des actes bons, correspondant à notre nature. Pour elle, l’homme est défini de façon positive, ayant des finalités propres : cultiver l’amitié et s’élever à la contemplation des essences spirituelles. Finalités auxquelles l’ordre social, politique et économique doit être articulé. Cette perspective organique qui enchâsse l’économie dans la politique, elle-même comprise comme une branche de l’éthique ordonnée à une métaphysique clairement assumée, est la seule qui puisse se prévaloir de correspondre au réel. Elle est la seule qui dispose d'une idée du bien commun opérationnelle, dont tous les refondateurs, de droite comme de gauche, disent se revendiquer mais que leur philosophie politique, viciée dans ses fondements, ne leur permet pas d'accoucher.
4) Février 2009
Sur Vatican II et la levée de l’excommunication des évêque de la fraternité Saint Pie X
La fièvre a de la peine à retomber, les « anathèmes » sur le pape et les « intégristes fascisants » continuent de courir à longueur de pages dans la presse. Naturellement la question centrale de cette affaire fait l’objet d’un traitement tendancieux trahissant la parfaite ignorance ou la mauvaise foi (c’est au choix) des forgeurs d’opinion. Je veux parler de Vatican II. « Vatican II, c’est Vatican II qu’on assassine !», la complainte a fait chorus. D’abord il faut bien comprendre que Vatican II est, pour les opposants les plus fervents à l’Eglise Catholique, une « divine surprise ». Car pour eux Vatican II s’assied sur des principes essentiels de la tradition de l’Eglise. Ils n’ont de respect pour Vatican II qu’à proportion de l’aversion que leur inspire la tradition éternelle de l’Eglise. Vatican II leur sert de pièce à charge dans le procès qu’ils intentent à l’Eglise, mais en soi ils se soucient de Vatican II autant que de leurs premières chemises.
Le concile de Vatican II a engendré certaines approximations appelées à être interprétées. Cette dynamique est constante dans toute l’histoire de l’Eglise. Songeons notamment qu’il fallut deux conciles pour stabiliser le Credo de toute l’Eglise. Les conciles de Nicée (325) et de Constantinople (381). Or un courant libéral, au sein même de l’Eglise catholique, s’est revendiqué de l’enseignement de Vatican II pour promouvoir un certain indifférencialisme. Mais Jeau-Paul II, dès 1980, dans « dives in misericordia » a rappelé que tout humanisme séculier est voué à l’échec, qu’il est impossible de comprendre l’identité de l’homme hors de sa relation au Christ et, à sa suite, Benoît XVI, lors de son message de décembre 2005 à la Curie, a clairement condamné l’herméneutique de la discontinuité des libéraux pour rappeler que Vatican II est non pas un nouveau « catéchisme » mais un ensemble de formulations à interpréter à la lumière de la tradition éternelle de l’Eglise. Il est donc désormais clair que la papauté, à travers le geste de réconciliation de Benoît XVI à l’égard du mouvement d’Ecône, entend rassembler la catholicité autour du cœur de sa tradition, celle qui lui a fait traverser deux milles ans d’histoire et qui lui permettra d’apporter une réponse crédible et audible aux enjeux terribles de notre temps (liés au génie génétique, la famille, le rôle de la politique). C’est d’ailleurs autour de la tradition que les relations entre catholiques, orthodoxes et luthériens progressent considérablement ces temps.
5) Editorial de Pierre André Chapatte 9 mars 2009
Entre Rome et Ecône, la porte entrouverte se referme
Le refus des évêques intégristes d’accepter Vatican II éclaircit la situation
Des catholiques qui descendent dans la rue pour protester contre le pape et sa ligne conservatrice. C’est dire l’incompréhension que continue de susciter la décision de Benoît XVI de lever l’excommunication qui frappaient les quatre évêques de la Fraternité Saint-Pie X, coupables d’avoir accepté d’être sacrés évêques par Mgr Lefebvre sans l’accord de Rome. La décision de Benoît XVI était d’autant plus choquante qu’elle intervenait au moment même où l’un des quatre évêques intégristes, le Britannique Richard Williamson, tenait des propos monstrueux niant l’Holocauste.
Lorsqu’elle fut annoncée le 24 janvier, la décision du pape pouvait inspirer des sentiments contradictoires. Au-delà de l’incroyable manque d’attention à l’actualité des propos d’un évêque qui n’en était pourtant pas à son coup d’essai en matière de négationnisme, la levée de ces excommunications tombait sans explications rassurantes. Elle ne réintégrait pas encore les intégristes dans l’Eglise catholique, mais leur ouvrait la porte du pardon. La main tendue du pape constituait dans ce sens un geste positif. En cette semaine de janvier d’unité des chrétiens, il n’était pas sot de commencer à vouloir faire la paix entre chrétiens qui se réclament de la même Eglise. L’absence de justification et d’arguments à l’appui de ce geste laissait toutefois perplexe. Rien n’indiquait que les évêques intégristes faisaient eux aussi un pas. Le doute était d’autant plus sérieux que la levée de l’excommunication intervenait après un premier geste de Rome avec la réhabilitation du missel en latin en juillet 2007. Une première main tendue rejetée par la Fraternité Saint-Pie X en été 2008. D’où cette question: était-ce Ecône qui se rapprochait de Rome ou Rome d’Ecône?
La réponse est désormais claire. Les évêques intégristes persistent et signent dans leur attitude de refus. Ils l’ont écrit dans une lettre au pape datée du 29 janvier mais rendue publique au début mars seulement. Les évêques de la Fraternité déclarent ne pas accepter les décisions du Concile Vatican II, qu’ils assimilent à «des doctrines en opposition avec le Magistère toujours en cours». Rome avait pourtant indiqué, dans une lettre aux intégristes le 5 février dernier, qu’ils devaient reconnaître pleinement le Concile et ses décisions concernant le dialogue interreligieux, la liberté de religion, les droits de l’homme ou encore l’évolution de la liturgie. De son côté, Mgr Williamson a refusé de retirer ses propos négationnistes.
On reste stupéfait par l’attitude du pape et de la Curie romaine dans cette affaire. Il apparaît que Rome n’a posé aucune condition ni aucune exigence à la levée de ces excommunications. Elles l’ont été sans qu’aient été prises les précautions élémentaires, à savoir que les intégristes étaient prêts à s’engager vers un repentir indispensable au pardon. Il y a donc soit de la naïveté soit de la légèreté dans le traitement de ce dossier. Rechercher la réconciliation est évidemment louable, mais la réconciliation n’est possible qu’à deux. L’absence de garantie quant aux respects des conditions qui devraient être posées à ces excommunications fait d’ailleurs douter de leur validité juridique.
La situation s’éclaircit tout de même avec le refus des évêques intégristes de reconnaître Vatican II. Rome avait ouvert imprudemment la porte à leur réintégration, les intégristes la referment. Un profond malaise subsiste cependant. Car Rome s’enferme dans le silence. Benoît XVI, comme le Joseph Ratzinger qu’il était, paraît obsédé par la réconciliation avec les dissidents lefebvristes. On le comprendrait mieux s’il montrait autant d’empressement à écouter la voix de ces catholiques qui descendent dans la rue par fidélité à une Eglise qu’ils voudraient plus attentive et ouverte aux réalités de la société et du monde
Ma réponse:
Lettre ouverte à Pierre-André Chapatte
Cher Monsieur,
J’ai lu avec attention votre éditorial du lundi 9 mars. Je ne peux malheureusement que constater qu’il constitue une illustration parfaite de ce que j’ai dénoncé dans un courrier de lecteur que j’ai adressé à votre journal et que le QJ a eu l’amabilité de publier( voir le dernier de mes courriers sur la levée des excommunications). Cet éditorial s’ajoute à la liste des articles que j’ai lus dans la presse suisse ou étrangère. Il alimente ce flot de désinformation et de manipulation que déverse l’essentiel des médias au sujet de la décision de Benoît XVI de lever le décret d’excommunication qui frappait la fraternité Saint Pie X. Excusez-moi à l’avance pour la rudesse de mes propos. Ce qu’ils ont peut-être d’excessif doit être mis sur le compte de la colère qui m’anime.
Il me faut tout d’abord vous préciser que je n’appartiens pas à la fraternité St Pie X. Je suis un catholique lambda qui tente de faire croître en lui les vertus théologales à travers les sacrements, la prière et la soumission au magistère. D’aucun me taxerait pour ces seuls motifs de « traditionaliste intégriste ». Le besoin de coller des étiquettes étant devenu la discipline de prédilection d’une société éprise de superficialité et vouant un culte aux marques et à la consommation, inapte à se poser en rigueur les questions de vérité et de sens, j’accepte cette étiquette pour ce qu’elle est : une manifestation de plus d’ignorance. Mais je ne m’y résous pas dans la sérénité. Tout au contraire. C’est bien la colère qui m’anime. Une colère particulièrement vive contre les médias.
La presse est actuellement prise dans une tourmente dont votre cahier du week-end précédent rendait compte. La concurrence d’internet, la baisse des revenus publicitaires en raison de la crise plongent beaucoup de journaux dans les difficultés. Croyez bien que j’en suis désolé pour l’ensemble des professionnels de la branche. Mais s’attacher à ces causes matérielles me semble constituer un alibi de confort pour la plupart des rédactions. Pour moi les causes profondes de l’érosion du lectorat dont est victime la presse traditionnelle, doivent avant tout être cherchées dans la perte de confiance du grand public à l’égard de ces organes de la doxa que sont devenus la plupart des médias officiels. C’est un des paradoxes de notre époque : jamais les hommes n’ont été autant la proie des réducteurs de têtes (publicité, marketing, compagnes idéologico-culturelles), jamais leurs désirs, leurs pensées n’ont été autant façonnés à leur insu, jamais les outils de décervelage de masse n’ont été aussi performants ( Goebells et Lénine, à cet égard, n’étaient que des bambins) et jamais le goût du soupçon n’a été aussi partagé. Paradoxe qui constitue bien le trait d’une aliénation, à proprement parlé, pathologique. Cette pensée du soupçon, qui, depuis Marx, Nietzsche, Freud et leurs écoles respectives, constitue avec le scepticisme ( Descartes, Kant, Hegel…) les deux jambes de la philosophie de base de l’homme moderne, est arrivé à maturité. Il ne faut pas s’étonner que la presse traditionnelle en fasse les frais, elle qui, à mon sens, sert toujours plus à ventiler - pour des raisons économiques historiques, sources de toutes les paresses intellectuelles- des idées convenues, de véritables fables pour enfants à peine pubères. Or cet avènement de l’information marchandise qui standardise la plupart des rédactions crée en retour une désaffection du public qui cherche à alimenter son goût du soupçon ailleurs, sur la toile, là où toutes les théories les plus folles peuvent s’épanouir. Ce mouvement est semblable à celui de la dialectique hégélienne du maître et de l’esclave. Autrefois maîtresse du jeu, la presse est devenue esclave du propre monde en noir et blanc qu’elle a contribué à former. Elle doit se soumettre aux injonctions de la simplicité, du traitement paresseux des faits, du fric, de ce monde du bling-bling, creux et vide, dont elle a largement accompagné la montée en puissance. Or ce monde se détourne désormais d’elle, non pour se libérer de la structure perverse qui la soutenait, mais pour s’y abandonner encore d’avantage(1) en cherchant à satisfaire sur le net son goût pour des nourritures toujours plus saumâtres, lugubres, paranoïaques. (2)
C’est ce triste état de la presse qui forme pour moi la toile de fond de votre éditorial de ce lundi. Ajouté à la désinformation que contient votre éditorial vous comprendrez aisément l’étendue de ma colère.
Analyse de l’éditorial
Déjà avec le terme d’intégriste, vous employez la sémantique des adversaires acharnés de la fraternité St Pie X. Celle qui les situe spontanément dans le camp du « mal ». Mais qu’est-ce que l’intégrisme ? Il n’existe aucune définition doctrinale de l’intégrisme. Pour ne pas se priver de ce vocable qui sonne bien et qui stigmatise comme nul autre, on dit que c’est l’intolérance, la rigidité, le sectarisme, le manque de charité (etc.), autant de griefs moraux et non pas doctrinaux, des griefs qui peuvent à tout moment être imputé à un camp comme à un autre. Est donc intégriste, selon les usages médiatiques qui ont cours, celui qui ne pratique pas la tolérance, l’ouverture à l’autre. Mais la définition de la tolérance et de l’ouverture à l’autre est établie par ceux-là même qui affublent leurs opposants du qualificatif d’intégrisme. Le terme d’intégrisme ne recouvre donc qu’une position dominante qui s’est donnée les moyens de prospérer et permet de vouer à l’opprobre les « affreux » que le camp du « bien » a désigné comme tel. C’est donc une étiquette qui relève du pur rapport de force. Je peux vous traiter d’intégriste de la bien-pensance, ou de la partialité. Tout le monde peut se jeter des noms d’oiseaux à la tête, mais définir ce qu’est la bien-pensance voilà qui exige des efforts réflexifs autrement plus compliqués.
Je m’étais bien gardé d’employer ce terme d’intégriste dans le titre de mon courrier de lecteur, mais les rédacteurs du QJ ont cru bon de substituer le terme «intégristes » à celui « d’évêques de la fraternité St Pie X ». Certainement ont-ils cru que le terme était neutre (renvoyant à une définition doctrinale). Eh bien non, pas de chance !
Ce que je veux dire c’est qu’en recourant à cette sémantique, spontanément un premier découpage est fait : les partisans de St Pie X seraient des extrémistes s’étant situés hors du champ de la discussion raisonnable, pour parler en termes habermasiens. C’est un découpage gratuit, qui n’avance pas l’ombre d’une ébauche de justification doctrinale.
Vos interrogations sur l’opportunité du moment de cette levée d’excommunication « au moment même où l’un des quatre évêques intégristes, le Britanique Richard Williamson, tenait des propos monstrueux niant l’holocauste » ( cela faisait déjà plus de 3 mois qu’il les avait proférés tout de même ! ) sont révélatrices d’autre chose. Toute la presse a fait son miel de cette question. Effroyable, monstrueux, a-t-on pu lire sous diverses plumes, ce télescopage « malheureux ». Certains ne se gênant pas de prêter à Benoît XVI des pensées antisémites, d’autres de réactiver la thèse abjecte de la pusillanimité de Pie XII durant la seconde guerre, pour laisser entendre en filigrane que l’Eglise a une grande part de responsabilité dans l’holocauste. Or qu’est-ce qu’a permis de rappeler toute cette polémique au juste ? Que l’Eglise catholique condamne de toute son âme la persécution des juifs, leur massacre, rappelant qu’il s’agissait d’un fait incontestable. Providentiellement, je dirais, cette levée d’excommunication a rappelé, par la voix du pape lui-même, à quel point l’holocauste doit être compris par tout être humain comme une abomination sans commune mesure, il a permis que le travail de la mémoire ne s’étiole pas. Naturellement il n’y a de meilleur sourd que celui qui ne veut entendre. Et toutes les déclarations du pape, de la curie n’ont pas pu mettre un terme au vacarme.
Par ailleurs, le Jewish Chronicle vient de publier un article sur de récentes découvertes d’archives sur Pie XII, menées par la fondation Pave the Wav, dont les chercheurs ont été mandatés par Yad Vashem pour étudier l’activité du Pape pendant la guerre. Le président juif de ce groupe, Gary Krupp, parle de l’héroïsme secret de Pie XII, lequel, par son action, a sauvé des milliers de juifs. Il appelle au rétablissement de la vérité, et déclare notamment : « De ce que j’ai vu, c’est le plus grand héros de la Seconde Guerre mondiale, sans aucun doute. » Ce qui me fonde à attendre de la part des éditorialistes catholiques qu’ils dénoncent le négationnisme dont est victime Pie XII, savamment relayé depuis des décennies par tous les médias ( sans parler des oeuvres culturelles comme l’infâme film de Costa Gavas, « Amen ») avec la même vigueur que les autres. Naturellement je ne me fais guère d’illusion. Rien de tout cela ne figurera jamais dans les médias dominants. Le vacarme autour de Williamson ( tout au plus un grand malade une personne à plaindre et qui ne reflète rien ni de l’Eglise, ni de la fraternité Pie X) voilà qui est porteur.
Pourtant c’est bien vers ce « travail » de la Providence que tout catholique, à l’affût des « signes des temps » devraient porter son regard, vers cette lumière qui a éclaté à l’occasion de cette polémique. Or vous, comme les autres journalistes que j’ai lus(4) , vous vous faites l’écho des hurlements de cette meute de loups dont Benoît XVI a parlé à l’occasion, de ces bêtes fauves qui mordent .
Ensuite vous laissez entendre que les évêques de la fraternité St Pie X ne sont pas prêts à faire le moindre geste, qu’ils refusent les décisions du concile Vatican II. Où avez-vous lu cela ? C’est proprement scandaleux d’écrire de telles choses. Vous reprenez la ligne « du courrier » qui s’est permis de donner comme titre à l’interview que naïvement Mrg Fellay leur a consacré « La Fraternité Saint-Pie X n’est pas prête à reconnaître Vatican II » alors que jamais Mrg Fellay a dit une chose pareille. Il a juste dit répondant à la question :« La condition posée par Rome à une réintégration de la Fraternité dans l’Eglise est la reconnaissance du concile Vatican II. La Fraternité est-elle prête à franchir ce pas ?
« Non. Le Vatican a reconnu la nécessité d’entretiens préalables afin de traiter des questions de fond provenant justement du concile Vatican II. Faire de la reconnaissance du concile une condition préalable, c’est mettre la charrue avant les bœufs. »
La négation porte sur la présentation que le journaliste fait du problème. Mrg Fellay ne répond absolument pas que par principe il s’oppose à la reconnaissance de VII. Comme le pourrait-il puisque la position de la fraternité dépendra de la nature des discussions autour des questions laissées ouvertes ? Cela n’exclut pas du tout qu’à l’issue des discussions la fraternité reconnaisse VII. Je crois que vous ne vous rendez tout simplement pas compte à quel point votre position est préalablement orientée(4). Peut-être avez-vous pris les affirmations de la déclaration du Conseil permanent de la Conférence épiscopale des évêques de France pour la position même du magistère. Lui qui a déclaré « En aucun cas le concile Vatican II ne sera négociable ». Alors que le décret romain du 21 janvier parlait d’« entretiens nécessaires » sur des « questions encore ouvertes » ! ». La note de la Secrétairerie d’Etat du 4 février, pour sa part, déclarait : « La condition indispensable pour une future reconnaissance de la Fraternité Saint-Pie X est la pleine reconnaissance du Concile Vatican II et du Magistère des Papes Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul Ier, Jean-Paul II et de Benoît XVI lui-même », tout en réaffirmant pourtant ce que disait le décret du 21 janvier : « Le Saint-Siège ne manquera pas, selon les modalités retenues opportunes, d’approfondir avec les intéressés les questions encore ouvertes, afin de pouvoir parvenir à une solution pleine et satisfaisante des problèmes qui ont été à l’origine de cette fracture douloureuse ».
Et là nous touchons au cœur du problème théologique qui est naturellement totalement escamoté par toutes les rédactions. S’il y a des questions encore ouvertes, ne portent-elles précisément pas sur Vatican II, son statut en autre ?
Car dans le cas contraire sur quoi doivent porter les discussions puisque les problèmes théologiques qui ont provoqué le schisme sont précisément en lien avec VII ? L’exigence de pleine reconnaissance du concile Vatican II ne veut pas dire que Vatican II doit être pris comme un bloc monolithique. La précision du secrétaire d’Etat « la condition indispensable pour une future reconnaissance de la Fraternité Saint Pie X est la pleine reconnaissance du Concile Vatican II et du magistère des papes Jean XXIII, Paul VI, Jean Paul II et benoît XVI » est particulièrement précise. Car le Magistère depuis VII n’a eu de cesse de rappeler dans quel sens VII devait être compris(5) . Un sens qui ne permet pas de faire de VII un super dogme, une norme indépassable comme le voudrait effectivement beaucoup d’évêques et les courants libéraux. Car Vatican II, comme je l’ai écrit dans mon courrier du lecteur est travaillé par une ambivalence. Cette ambivalence est particulièrement présente dans Gaudium et Spes. En fait ce que le magistère a dégagé c’est qu’au sein même de Gaudium et Spes diverses clés d’interprétation du concile sont présentes. Dans « Dives in misericordia » Jean Paul II a ainsi concentré sa réflexion sur le paragraphe 22 de Gaudium et Spes, rappelant que c’est le Christ qui manifeste l’homme à lui-même et lui découvre sa vocation. Alors que les libéraux voient dans le paragraphe 36 la clé d’interprétation du concile, accentuant l’autonomie humaine à l’égard de la christologie. De même, Jean Paul II, au travers de sa condamnation de la « culture de la mort » n’a rien cédé sur la morale traditionnelle aux apôtres du relativisme et de l’hédonisme. Chaque fois que cela a été nécessaire il a rappelé qu’une société qui refuse de faire de la loi naturelle, cette réfraction dans notre conscience de la loi éternelle, le pivot de son organisation juridique et politique doit être considérée comme mortifère (6) .
La question de l’ambivalence de Vatican II en général et de Gaudium et Spes en particulier, a été travaillée par de nombreux théologiens : David Schindler, Tracey Rawlan, Henri Lubac, Benoît-Dominique de la Soujeole, John Milbank… Tous ne sont pas catholiques. Mais tous aspirent à un renouement en lumière de l’Eglise avec la tradition. Ce qui prouve que la fraternité St Pie X n’est pas la seule à remettre en cause une partie de l’héritage de Vatican II. La lecture de Tracey Rawln par exemple, s’appuie sur Jospeh Ratzinger pour proposer une lecture de Gaudium et Spes, la constitution pastorale qui n’a pas l’autorité des constitutions dogmatiques Lumen Gentium et Dei vernum. C’est pourtant pour beaucoup Gaudium et Spes qui est le plus révélateur de Vatican II, notre « terre promise » disait Congar. Or la lecture sécularisante de ce dernier, de réconciliation avec le monde, fut désastreuse pour Tracey. Cette interprétation n’est provient pas du texte lui-même pour Benoît XVI mais est issue d'herméneutique de la discontinuité dénoncée dans son discours historique à la curie le 23 décembre 2005(7). Pour Tracey Rawlan comme pour David Schindler, il ressort de ce paragraphe 22 qu’il est impossible de comprendre l’identité de l’homme hors de sa relation au Christ, la christologie est nécessaire pour élaborer une anthropologie véritable. Donc un humanisme purement séculier est voué à l’échec. Dans cette perspective Gaudium et Spes ne concilie pas la foi catholique avec le monde mais montre que seule une anthropologie christologique peut rendre acceptable les aspirations à la liberté et à l’auto-épanouissement caractéristique de la modernité.
Ainsi dans son message à la Curie Benoît XVI affirme que VII n’est pas un concile normatif pour une relecture révisionniste de la tradition apostolique, mais un concile qui doit être normé par tous les conciles antérieurs : il devient simplement une mine d’interprétations, à mettre et à remettre toujours dans la continuité de la tradition. Donc une remise en perspective de VII à la lumière de la tradition est nécessaire. Le critère ne vient pas de l’extérieur de VII comme le prétendent les évêques de la fraternité ST Pie X, qui font jouer la tradition contre VII mais de VII lui-même comme l’a rappelé JPII et à sa suite Benoît XVI. C’est ce principe herméneutique qui va être discuté entre le Vatican et la fraternité. Le rôle de tout catholique doit donc être de prier pour que l’entente puisse se faire autour de la reconnaissance, par la fraternité St Pie X, de cette clé herméneutique qui permettra un éclaircissement dont bénéficiera toute la catholicité.
Vous ne vous rendez malheureusement pas compte à quel point vos allégations sont le pur produit du quasi monopole médiatique que le camp libéral exerce sur VII et qui fait clairement jouer un prétendu « esprit de Vatican II » contre la lettre du Concile.(8) Cette lettre qui dit avec la plus grande netteté que Vatican avait une vocation pastorale. Vocation rappelée de la bouche même de Jean XXIII. D’ailleurs au cours des débats, chaque fois que la majorité refusait une demande de précision doctrinale, elle justifiait son refus par l’argument : cette précision serait en effet nécessaire si ce concile était doctrinal ; mais il ne l’est pas, il est pastoral. VII doit cependant être regardée comme ayant une portée dogmatique mais uniquement quand il reprend tel ou tel dogme, les cite et les rappelle à sa manière (notamment dans ses deux « constitutions dogmatiques »), relevant donc du magistère ordinaire de l’Eglise. Mais il n’est pas l’auteur des dogmes dont il parle : il n’ajoute ni ne retranche rien à l’autorité ni au contenu des dogmes définis par les conciles et les papes antérieurs. Les formulations qui sont présentes dans les textes de VII peuvent ainsi être matériellement dogmatique, mais VII n’avait pas autorité pour définir formellement de nouveaux dogmes « Le but principal de ce Concile n’est pas la discussion de tel ou tel thème de la doctrine fondamentale de l’Église… Pour cela, il n’y a pas besoin de Concile… Il est nécessaire que cette doctrine certaine et immuable, qui doit être fidèlement respectée, soit approfondie et présentée de sorte qu’elle réponde aux exigences de notre temps… On devra recourir à une manière de présenter les choses qui corresponde le mieux à un enseignement de caractère surtout pastoral » (Jean XXIII, Discours d’ouverture du Concile, 11 octobre 1962) . Le but de VII était donc de reformuler, d’adapter dans le langage contemporain le contenu de la tradition ininterrompue de l’Eglise, il ne pouvait formellement définir la doctrine. Or sous la pression des milieux libéraux que s’est-il passé ? Au nom de « l’esprit du concile », dont une frange importante de théologiens et de prélats s’est dite être la dépositaire exclusive, VII a été présenté comme un dogme absolu dans une perspective qui renverse complètement le sens originel du Concile. Pour des raisons qui tiennent aux connivences entre le « monde » et l’apostasie interne à l’Eglise cette vision libérale a été celle qui a été largement promue par le monde médiatique. Elle fait figure de nos jours, pour toute personne qui n’a pas les moyens de plonger au cœur des textes et des débats qui animent l’Eglise, de seule vision cohérente du Concile. Là est l’imposture, la manipulation galopante dont vous vous êtes faits, certainement à votre insu, le porteur d’eau. Vatican est non négociable claironne l’aile libérale. Il est la norme absolue qui éclaire toute la tradition. C’est un monstrueux égarement que tous les papes ( de Paul VI à Benoit XVI) ont dénoncé.
« L’affaire VII », comme on pourrait l’appeler, arrive maintenant à son dénouement. Le courage fantastique de Benoît XVI son érudition, sa charité vont faire don au monde de la pleine compréhension, enseignée par l’Esprit Saint lui-même, que tout catholique doit avoir de Vatican II. Benoît XVI n’aura pas attendu les discussions avec la fraternité St Pie X pour y travailler, reprenant d’ailleurs le flambeau des mains mêmes de Jean Paul II, mais, providentiellement, j’ose croire que les futurs échanges vont contribuer à une clarification lumineuse. Devant l’étendu des approximations, des herméneutiques différentes qu’a généré le Concile, l’arbitrage du Magistère des Papes a donc déjà largement tranché. Et il est patent qu’il ne va pas, mais alors pas du tout dans le sens des libéraux. Il est fidèle à la tradition (donc hostile à un oecuménisme mettant toutes les religions sur le même pied d’égalité, hostile à une légitimation en droit de la séparation des pouvoirs temporels et spirituels , hostile à une reconnaissance de la liberté religieuse objective) et exigera des membres de la fraternité St Pie X qu’ils admettent que les principes d’une interprétation correcte de VII se trouve à l’intérieur de VII ce qui signifiera qu’ils reconnaissent pleinement VII.
Le magistère infaillible du pape constitue la pierre d’angle de la foi catholique (pierre d’angle visible). Sans elle, comme une voûte privée de sa clé, tout s’effondre. Sans l’autorité du pape issu du charisme dont le Christ a doté St Pierre, jamais l’Eglise n’aurait survécu à la multitude d’hérésies qui ont pullulé tout au long de notre histoire, jamais le dépôt de la foi n’aurait pu être maintenu et encore moins fructifier, jamais l’Esprit Saint ne pourrait nous être « présent jusqu’à la fin des temps » selon la promesse du Christ.
Avec les jalons déjà posés par les papes et les éclaircissements à venir, VII ne pourra donc plus être joué contre la tradition par les libéraux, et la tradition ne pourra plus être jouée contre VII par la fraternité St Pie X. Pour résumer « Dignitatis humanae » ne pourra plus être jouée contre « Quanta Cura ». La réconciliation sera parfaite. Ce qui permettra enfin aux catholiques de retrouver la voie de leur tradition sans que de fausses interprétations les en détournent, continuent d’obscurcir leurs esprits. Ils pourront apprendre à nouveau à en découvrir toute la profondeur et la défendre fermement face à un monde qui sombre toujours plus dans le relativisme. Cela mettra enfin un terme à ce silence des Eglises sur toutes les questions décisives de notre temps, silence qui est « apostasie silencieuse », selon le Pape.
L’Eglise est l’épouse du Christ, croire qu’elle a à épouser le monde comme le suggère la dernière phrase de votre éditorial, trahit toutes les confusions que « l’esprit de Vatican II » a malheureusement contribuer à développer. La foi catholique est de bout en bout antimoderniste . Il n’y a aucune conciliation possible avec l’esprit de ce monde. Haine envers le péché et ses structures, amour et compassion envers les pécheurs, telle est la devise de l’Eglise depuis toujours.
(1)C’est une critique des médias qu’un Joffrin est bien incapable de produire - car elle demande un minimum de capacité de prise de distance avec soi-même - mais que les adeptes de Bourdieu sont eux-mêmes impuissants à formuler car elle suppose de pouvoir sortir par le haut ( la reconnaissance de la vérité) et non par le bas ( la paranoïa) de la grande structure perverse que forme le couple scepticisme-soupçon. En bref il faut pouvoir rompre avec Hegel et Marx, Kant et Nietzsche.
(2) Je parle en terme statistique, car un petit nombre est capable de trouver sur la toile des ressources culturelles inimaginables il y a encore peu.
(3)Joël Cerutti du « Matin » mérite la palme de l’obscénité lui qui a osé écrire que la position des évêques de St Pie X promettaient de futurs miradors et de nouveaux génocides ; l’article du « Matin Dimanche » donnant la parole à Christiant Terras et le présentant comme un expert d’Ecône est aussi un régale de désinformation ; l’article dans « Marianne » qui se range entièrement à l’avis de Caroline Fourest, une militante politique bien plus manipulatrice que Tariq Ramadan qu’elle ne cesse de pourchasser de son fiel ; la tribune accordée par le « Monde » à Hans Küng où le théologien s’est livré à un exercice d’auto-complaisance invraisemblable en se présentant comme la bonne conscience de son ancien collègue de séminaire Jospeh Ratzinger
(4) Soit dit en passant, le comportement mimétique des médias a quelque chose d’étrangement semblable à ceux des agents de la finance. De là à voir une corrélation entre la crise financière et les analyses des journalistes (économiques notamment, mais pas exclusivement) il n’y a qu’un petit pas que naturellement je m’autorise allègrement à franchir. Court florilège de mimétisme journalistique : L’Agence France Presse titre ses dépêches ainsi : « La Fraternité Pie X (intégriste) pas prête à reconnaître Vatican II (Fellay) » pour l’entretien paru dans Le Courrier (AFP, Genève, 27 février 2009) et « Les quatre évêques intégristes ne sont pas prêts à accepter Vatican II » pour la lettre du 29 janvier (AFP - Paris, 1er mars 2009). Le Monde du 1er mars reprend : « Les quatre évêques intégristes dont l’excommunication a été levée n’acceptent pas Vatican II » ; et La Croix du 2 mars enchaîne : « Les évêques lefebvristes expriment au pape leur refus de Vatican II ».
(5) Notamment « Dives in misericordia » de JPII en 1980, « Dominus Jesus » en 2000, le message de Benoît XVI à la curie en 2005, le « motu propio » en 2007 enfin l’acte de la congrégation pour la doctrine de la foi de 2007 « au sujet de quelques questions » ratifié par Benoît XVI.
(6)Ce qui est naturellement une reprise de la théorie traditionnelle de l’Eglise qui a été définie par Thomas d’Aquin dans « de Regno ». La notion de culture de la mort est substituée à celle de la tyrannie . St Thomas considérant que la tyrannie, le non respect de la loi naturelle, légitime le tyrannicide.
(7)Comme je l’ai écrit plus haut cette interprétation a déjà été dénoncée par JPII ( dives in misericordia), par son attaque contre la culture de la mort et par les théologiens de la revue « Communio » (Lubac entre autre)
(8) Extrait du discours de Benoît XVI en déc 2005 « D’un côté, il existe une interprétation que je voudrais appeler « herméneutique de la discontinuité et de la rupture » ; celle-ci a souvent pu compter sur la sympathie des mass media, et également d’une partie de la théologie moderne. » Benoît XVI lui-même dénonce cette complicité entre les médias et l’aile libérale qui fait que désormais l’interprétation libérale de Vatican II est perçue par nos contemporains comme étant la seule qui existe. Benoît XVI plus lucide et pertinent dans sa critique des médias que le pâle Joffrin ou le fougueux Halimi ? A coup sûr !
Mes amitiés en Christ
Dossier en fichier joint
6) Second éditorial de Pierre André-Chapatte
Un décalage paradoxal
Une polémique peine à chasser l’autre. Après la tempête soulevée par l’excommunication des quatre évêques intégristes d’Ecône et l’indignation provoquée par l’excommunication des médecins qui avaient pratiqué un avortement sur une fillette violée, voici une avalanche d’incompréhension autour de la petite phrase du pape en voyage en Afrique sur les méfaits du préservatif dans la lutte contre le sida.
Cet enchaînement d’affaires donne l’image d’une institution qui se raidit sur des positions réactionnaires et coupées des réalités du monde dans lequel elle entend pourtant s’inscrire. La doctrine ne change pas. Le pape est dans la ligne de ses prédécesseurs lorsqu’il plaide pour une sexualité humanisée autour des valeurs de l’amour et de la fidélité. A la différence d’un Jean-Paul II charismatique, Benoît XVI, plus théologien que bon pasteur, répond aux difficultés des hommes et des femmes d’aujourd’hui par la seule femeté de la loi alors que leur situation souvent difficile voire dramatique appellerait d’abord des gestes de compassion. Dans cette Afrique subsaharienne où 25 millions de personnes, dont 2 millions d’enfants, vivent avec le virus du sida, le préservatif est un instrument efficace de prévention autant indispensable que le sont l’éducation et les appels à la chasteté et à la fidélité.
Ce décalage du pape avec les réalités humaines conduit à ce paradoxe qu’il occulte un autre discours percutant, en phase avec les réalités politiques celui-là, à l’adresse des dirigeants du continent noir. «Le respect et la promotion des droits de l’homme, un gouvernement transparent, des moyens de communication sociale libres, une administration publique honnête, un réseau d’écoles et d’hôpitaux adéquats et la ferme détermination d’éradiquer une fois pour toute la corruption», a asséné ce même pape en Angola à l’adresse des chefs d’Etat. Tout un programme qui mériterait davantage que les autres bourdes vaticanes d’être entendu non seulement en Afrique mais par tous les dirigeants du monde.
Ma réponse
Lettre ouverte à Pierre André Chapatte
Cher monsieur,
Dans votre éditorial d’ hier, vous persistez dans votre aveuglement idéologique. N’avez-vous jamais entendu le dicton « une erreur même reprise par des millions de bouches folles ne devient jamais une vérité. » La vérité c’est que le préservatif peut avoir des effets dévastateurs ( défaillance, surexposition en raison d’un abus de confiance). Certes sous nos latitudes les trithérapies sont désormais à la portée de toutes les bourses pour venir atténuer les dommages causés par les défaillances de la capote ( dans 15 % des cas quand même, 1/3 des avortements en France sont pratiqués à la suite d’une telle défaillance), mais en Afrique pas de Trithérapie, cher monsieur, la mort est au bout. Vous donnez des leçons de pastorale au Pape ! Loué soit Dieu que vous n’exerciez votre magistère qu’au QJ.
Voici l’intégralité du passage où a été extraite la phrase qui a soulevé tant d’indignation chez les belles âmes au cœur vaillant.
Philippe Visseyrias, France 2 : Saint-Père, parmi les nombreux maux dont souffre l’Afrique, il y a en particulier la propagation du sida. La position de l’Eglise catholique sur les moyens de lutter contre le sida est souvent considérée irréaliste et inefficace. Allez-vous aborder ce thème durant votre voyage ?
Benoît XVI : Je dirais le contraire. Je pense que l’entité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est justement l’Eglise catholique, avec ses mouvements, avec ses réalités diverses. Je pense à la communauté de Sant’Egidio qui fait tellement, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte contre le sida, je pense aux Camilliens, à toutes les soeurs qui sont au service des malades… Je dirais que l’on ne peut vaincre ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. S’il n’y a pas l’âme, si les Africains ne s’aident pas, on ne peut résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs : au contraire, cela risque d’augmenter le problème. On ne peut trouver la solution que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c’est-à-dire un renouveau spirituel et humain qui implique une nouvelle façon de se comporter l’un envers l’autre, et le second, une amitié vraie, surtout envers ceux qui souffrent, la disponibilité à être avec les malades, au prix aussi de sacrifices et de renoncements personnels. Ce sont ces facteurs qui aident et qui portent des progrès visibles. Autrement dit, notre double effort pour renouveler l’homme intérieurement, donner une force spirituelle et humaine pour un comportement juste à l’égard de son propre corps et de celui de l’autre, et notre capacité à souffrir, à rester présent dans les situations d’épreuve avec les malades. Il me semble que c’est la réponse juste, l’Eglise agit ainsi et offre par là même une contribution très grande et très importante. Remercions tous ceux qui le font.
Et vous trouvez quelque chose à redire à cela ? Vous trouvez quelque chose à redire à cette exigence d’humanisation de la sexualité, à son encadrement par l’éthique ? A vous lire il semblerait que vous devriez abonder dans ce sens puisque vous reconnaissez la nécessité de l’éducation, de la fidélité et même de la chasteté. Alors pourquoi en remettre une couche, faire des récents propos du pape un nouvel élément à charge ?
Soit vous n’avez pas lu l’intégralité des propos du pape et vous êtes parti en croisade sur la base de tout le tapage orchestré par les idolâtres de la capote - auquel cas vous avez grandement manqué aux principes élémentaires de déontologie de votre profession - soit vous êtes vous-mêmes un de ces idolâtre de la capote que la moindre réserve à son endroit jette hors de lui et qui dissimule son fanatisme sous des propos vaguement moraux. Ou alors vous occupez une position intermédiaire entre les deux : en bon moderne, votre opinion sur le pape étant faite elle vous affuble de lunette qui vous empêche de le lire correctement.
Ce qui est donc confondant c’est que votre éditoriale a pour titre « décalage paradoxale », alors que c’est votre position qui est elle paradoxale. Vos propos officiels ne s’opposent pas frontalement à ceux du pape, alors pourquoi vous en prendre à lui ? Comme je n’ose décemment pas vous taxer d’incompétence ou de fanatisme, je considère, par pure hypothèse, que votre indignation est le résultat du dressage pavlovien que vous avez subi à votre insu ( comme tout moderne) et qui vous situe de facto dans la troisième catégorie. La capote forme en effet avec le fric et le mégaphone (outil incontournable de l’agit prop.) la sainte trinité de l’homme moderne. Ils sont les instruments indispensables de sa quête de liberté ( enfin de ce qu’il prend pour telle).
Je vous recommande la lecture de Rémi Bragues ( l’un des plus grands philosophes français de notre temps) ? Dans un article paru lundi dans le Figaro, il y montre avec ironie ce qu’a de prodigieusement ridicule l’acharnement contre ce Pape qui ne fait que demander pour le sexe ce qu’on admet généralement en d’autres domaines : « Voyez-vous, ce n’est pas avec des mesures purement techniques que l’on viendra à bout de l’addiction au tabac…, de la violence dans les banlieues…, du terrorisme islamique…, etc. »
Comme vous en appelez si souvent au réel ( aux réalités de notre monde) dans vos articles, voici quelques données relatives à ce réel qui vous font défaut :
Edward C. Green est directeur du Projet de recherche sur la prévention du sida à la prestigieuse université de Harvard aux Etats-Unis. Voilà ce qu’il déclare dans la National Review Online « Le Pape a raison. Ou pour répondre plus précisément : les meilleures données dont nous disposons confirment les propos du Pape. » « Il existe une relation systématique, mise en évidence par nos meilleures enquêtes, y compris celles menées par l’organisme “Demographic Health Surveys” financé par les Etats-Unis, entre l’accès facilité aux préservatifs et leur usage plus fréquent et des taux d’infection par le virus du sida plus élevés, et non plus faibles. Cela pourrait être dû en partie au phénomène connu sous le nom de “compensation du risque”, ce qui veut dire que lorsque l’on a recours à une “technologie” de réduction du risque comme le préservatif, l’on perd souvent le bénéfice lié à la réduction du risque par une “compensation” qui consiste à prendre davantage de risques qu’on ne le ferait en l’absence de technologie de réduction du risque. »
Autrement dit, le recours au préservatif permet en effet de réduire le risque de contamination – mais non de l’annuler – mais encourage à adopter des conduites à risques qui aboutissent à davantage de contaminations.
Un livre d’Edward Green présenté sur le site de son unité de recherche, tirant les leçons de l’expérience de la lutte contre le sida dans les pays en voie de développement, explique :
« Les solutions avant tout médicales financées par les plus grands donateurs n’ont eu que peu d’impact en Afrique, le continent le plus durement touché par le sida. Au contraire, des programmes relativement simples, peu onéreux, visant à changer les comportements – en mettant l’accent sur la progression de la monogamie et sur le recul des premières relations sexuelles chez les jeunes – ont permis les plus grandes avancées dans la lutte contre le sida et la prévention de son extension. »
Plus important encore, les chiffres de l’OnU pour l’Afrique sont parfaitement éloquents. Partout où l’éducation, l’abstinence et la fidélité ont été promu plutôt que la simple distribution de préservatifs, là, en Afrique, où l’on a mis en avant l’éducation à l’abstinence et à la fidélité plutôt que la distribution de préservatifs, la progression du sida a été enrayée. De même lorsque les jeunes retardent l’âge leur premier rapport et ne multiplie par les partenaires la séropositivité chute généralement de 50%. Cela a été constaté au Zimbabwe, au Burkina Faso, en Ethiopie, au Cameroun. Les morts y sont en nette diminution : – 200 000 par rapport à 2006 et 2007. En Ouganda, où l’Eglises, en coopération avec le gouvernement, a particulièrement pu sensibilisé la population aux thèmes de l’abstinence et de fidélité, le taux d’infection est tombé de 15 à 5%. Désormais 6,2% des Ougandais de 15 à 49 ans sont séropositifs, ils étaient 15% au début des années 1990. Par contraste, le taux d’infection progresse dans d’autres pays où les campagnes ne se sont fondés que sur le préservatif.
A quand ces infos dans vos colonnes ? Je doute de pouvoir les lire de mon vivant ( à 36 ans c’est vous dire combien je suis optimiste sur l'évolution de la presse.)
Votre éditorial est en total décalage avec le réel. Peut-être brandirez-vous l’alibi commode du journaliste pris le doigt dans le pot de configure : il s’agissait juste d’ouvrir le débat. A la rigueur peut-être était-ce subjectivement votre intention – comment vous la contester ? - mai objectivement votre éditorial ne le permet pas, car il s'inscrit dans une logique du lynchage médiatique (le but du lynchage médiatique étant de faire taire) dont a récemment parlé Mgr Riocreux, évêque de Pontoise, qui était du voyage et qui a répété, à la suite de Benoît XVI : « Les évêques de ce continent constatent que les campagnes anti-sida par distribution de préservatifs ne font qu’augmenter le problème. » Il a l’impression d’avoir vécu un tout autre voyage que celui décrit par les médias, français spécialement : « Je me dois de crier face au lynchage médiatique de Benoît XVI en France. Je dis bien “en France” car c’est surtout chez nous que l’incompréhension des propos du Pape et l’exploitation politique se sont manifestées par une virulence inouïe. »
Le pape est sur cette terre l’une des dernières autorités morales qui a encore de l’impacte et qui ose s’opposer aux aspiration de la doxa : transformer le monde en un parc de loisir. Or la doxa suit une stratégie parfaitement claire, en recourant à toutes les manipulations, toutes les désinformations elle tente de disqualifier tous ceux qui se mettent en travers de son projet. Elle s’était déjà fait les dents sur JPII maintenant elle attaque à la baïonnette. Vous vous faites le porte-voix de cette stratégie, puisque vous en repren les termes de son accusation. Or il n’a fait que parler des effets néfastes des compagnes se fondant que sur le préservatif. Campagnes qui soient dit en passant sévissent également chez nous(. campagnes qui ont font croire que la capote est une sécurité totale, ce qui est un mensonge criminelle.) Jamais je n'ai suivi chez nous une campagne qui parlait des vais enjeux de la sexualité, appelait à la fidélité. C'est d'ailleurs parfaitement logique puisque l’enjeu réel de ces campagnes n’a jamais été la prévention contre le sida, mais la promotion du nomadisme sexuel, la destruction de la loi naturelle. Elles ont accompli une percée énorme, donnant un nouvel élan aux cycles infernaux de la culture de mort ( sa chaîne logique est bien connue: aviver les bas instincts au nom du plaisir, rendre insurmontable l’interdit de l’avortement, relativiser le statut de l’enfant à naître, permettre l’exploitation des embryon, tolérer l’élimination de tous les porteurs potentiels, faire de la vie d’un handicapé une vie au rabais, de même pour celle d’un vieillard, ou d’une personne ne pouvait plus goûter au plaisir. C’est sous la bannière de la liberté d’indifférence, conçue comme droit au plaisir que tout cela s’est développé. Nous en récoltons désormais quotidiennement les fruits pourris puisque c’est ce mouvement qui a totalement dévalué la vie humaine, rendant possible tous les passages à l’acte qui affole légitimement tout le monde.)
Sous la pression des lobbys porteur de l’idéologie de la libération sexuelle les Etats modernes, en apportant leur caution par leurs subventions à ces campagnes infectes, ont contribué à abaisser encore un peu plus le niveau de notre moralité. Les premiers à en faire les frais sont naturellement les gosses. Pas besoin d’être médium pour comprendre les corrélations existant entre tous les actes de violence sexuelles dont sont victimes les gamins, mais aussi la folie qui s’agite sous le crâne de certains jusqu’à les faire passer à l’acte. Ceux-ci ne sont naturellement que la partie émergée de l’iceberg. La bombe humaine est pour demain, chantait le groupe Téléphone il y a 30 ans. Il ne croyait pas si bien dire.
Les chiffres de l’ONU, les propos du professeur Edward Green attestent qu'en termes statistiques, les campagnes fondées sur le préservatif aggravent les problèmes et que les campagnes qui osent un discours autre (ce qu'en occident jamais on se permettrait) obtiennent des résultats probants. Alors de quel côté se trouve la pertinence? Qui fait oeuvre de charité, de souci réel de son prochain ? Ceux qui clament partout que le pape est sénile, paradoxal, autiste ou pire un meurtrier ? Où se trouve la cohérence ?
Ceux qui travaillent sur le terrain ont le nez sur le guidon, ils n'ont pas le temps de décoller de l'horreur. Or le fond du problème est de nature politique, de mesures à prendre pour le bien commun, donc qui ne sont pas du même ordre que celles qu'il faut prendre dans l'urgence. C'est à ce niveau que se situent les propos de Benoît XVI. Et à ce niveau, excusez-moi, mais cela ne concerne absolument pas des questions de foi. Considérer que la capote est une atteinte à la loi divine est un discours de foi. Mais cela ne veut pas dire que les nuisances qu'engendrent les transgressions à cette loi ne sont pas constables, expérimentables par tous. Comme disait Vincent de Paul "là où le péché est toléré, le mal pullule". User de préservatif est commettre un péché, je vous concède que pour adhérer à cela il faut la foi, mais reconnaître que le mal pullule dès que l'on en tolère l'usage cela relève d'un constat froid et objectif. Ce qui ne veut pas dire, encore une fois que dans les cas d'urgence il ne faut pas parfois recourir à ce qu'on condamne d'ordinaire (comme la cas de la morphine ou d’autre drogue dans les soins palliatifs). D'ailleurs tous les dispensaires catholiques en Afrique qui soignent les malades du Sida (ils représentent 25% des lieux de traitement) en distribuent. Pour prendre une analogie qui rend permet de saisir la problématique du mal : dans l’hypothèse où une population serait en proie à une terrible vague de dépression qui mènerait les gens au suicide, trouveriez-vous légitime que l’Etat déclare légale et cautionne des campagnes qui mettraient préventivement de la morphine à la portée de tous, que l’Etat se fasse receleur ? Eh bien même dans le cas où cela se produirait il est bien clair que l’Eglise considérait de telles campagnes comme portant atteinte à la dignité de l’homme, ce qui ne l’empêchera jamais de reconnaître qu’en matière de soins palliatifs recourir à la morphine est normal.
Ce qui est terrible dans cette affaire, c'est la perversité du système médiatique qui ne se contente pas de taire les faits objectifs. Non il lui faut s'en prendre à la seule personne sur cette terre qui a suffisamment de courage pour en parler. Mais dans ce concert de désinformation heureusement quelques personnes courageuses, osant braver la charia médiatique, se rallient au pape. Notamment le patriarche de Moscou : « Il est faux de considérer les préservatifs comme un moyen d'enrayer la propagation du SIDA (…)Si une personne mène une vie peccamineuse, débauchée, se drogue, n'a pas de sens ni de modération dans son existence, elle périra de toute façon d'une maladie ou d'une autre. Aucun préservatif et aucun médicament ne pourront l'en sauver" a-t-il déclaré. Selon le père Tchapline, "la propagation du SIDA ne peut être arrêtée que par une éducation éthique de la population concernée et non par le recours aux préservatifs". De même les évêques du Cameroun ont dénoncé la campagne abjecte qui a sévi contre le pape. Ils ont rappelé les évêques que l’Eglise, « force morale », a « l’impérieux devoir de rappeler aux chrétiens que toute pratique sexuelle en dehors du mariage et non rangée est dangereuse et propice à la diffusion du sida ». « C’est son devoir, elle ne saurait s’y soustraire. »
S’associant pleinement à tous les propos de Benoît XVI sur le sujet, les évêques camerounais ont voulu également rappeler à « tous les chrétiens et tous les Camerounais » :
« 1. Que les rapports sexuels ont pour finalité première la procréation voulue par Dieu lui-même au début de la création. Le mariage entre un homme et une femme est le cadre idéal voulu par Dieu pour cette procréation.
« 2. Que l’Eglise catholique ne méprise pas les malades du sida et n’encourage nullement la propagation de la maladie ainsi que le lui prêtent certains médias. Elle est et restera toujours active dans la lutte multiforme contre la maladie. »
Encore une fois qui est du côté des faits, du réel et qui est du côté de l’idéologie, de la désinformation ? A quand des correctifs ?
Cordialement
Julien Gunzinger
dossiers sur Vatican II et la levée de l'excommunication.doc
(101 Ko)
Yannis est mort le 31 décembre 2008
Mon ami Yannis est mort. Cette mort ne peut qu’interpeller tout chrétien. Quelque chose de vertigineux s’y joue.
Yannis a eu un parcours spirituel assez chaotique. Il était athée puis est devenu membre de la secte « la prophétie d’Arès » avant de se convertir au catholicisme. Il a toujours été animé d’une grande soif de vérité et était ardent dans tout ce qu’il entreprenait. Après sa conversion il a passé de nombreux mois dans l’abbaye de Haute-Rive à Fribourg pour se donner le temps de discerner quel devait être son engagement dans l’Eglise. Il entama ensuite le séminaire pour devenir prêtre. Mais après deux années il sentit qu’il ne pourrait se passer de l’intimité d’une présence féminine et qu’il aspirait à fonder une famille. Il interrompit ses études et trouva un emploi dans un établissement pour personnes âgées. C’est là, je crois, qu’il y rencontra celle qui en septembre 2008 est devenue sa femme. J’ai beaucoup fréquenté Yannis à l’époque de sa conversion car, moi-même converti, nous avions beaucoup à échanger à ce sujet. Ces deux dernières années nous nous voyions encore occasionnellement à la sortie de la messe.
Yannis vivait sa foi dans un engagement total de sa personne. A l’époque où j’exprimais ma foi dans des vagissements, m’autorisant de remette en cause certains dogmes (comme celui de l’assomption, l’infaillibilité) lui « d’instinct » suivait tous les dogmes catholiques. Mais il était avant tout animé par le feu de l’esprit. Traditionaliste, rien en lui ne transpirait l’orgueil, au contraire du progressiste que j’étais qui voulais toujours avoir raison. Ces dernières semaines nous avions convenu de nous revoir plus régulièrement. Je crois que nous attendions les deux beaucoup de ces retrouvailles. Ayant moi-même opéré un revirement assez radical dans la foi, abandonnant toutes les chimères « progressistes », et désireux de m’engager dans la vie de l’Eglise, j’attendais qu’il m’informe sur la situation de notre Eglise, qu’il me dise comment il voyait lui-même son propre engagement et les perspectives d’action qu’il concevait pour revitaliser la vie ecclésiale, témoigner et travailler à l’évangélisation.
Humainement il était d’une incroyable humilité, se dégageait de lui une grande paix et une grande force. Il se livrait à l’iconographie. Il avait entrepris de peindre une icône il y a huit ans et ne parvenait pas à la terminer. Quand il me confia ceci, je me souviens avoir pensé en moi que son propre visage ressemblait toujours plus à une icône. Enfin tout dernièrement il m’annonçait que sa jeune épouse était enceinte.
Yannis est mort le 31 décembre dans un accident de voiture. Je pense qu’il revenait de l’établissement pour personnes âgées où provisoirement, le temps d’accomplir son service civile en remplacement du service militaire, il ne travaillait plus. Il s’y était rendu, peut-être, pour faire un dernier signe aux pensionnaires ( qui lui vouaient une incroyable affection, tant Yannis était chaleureux et rayonnant) avant le nouvel an. Certainement pressé de rejoindre sa jeune femme, il conduisait peut-être un peu vite. Sa voiture a glissé sur une plaque de glace, il en a perdu le contrôle. Il est décédé des suites des blessures à l’hôpital.
Yannis laisse derrière lui une jeune épouse et un enfant à naître. Yannis avait 33 ans. Dans le journal où a été publié l’article décrivant l’accident dont il a été victime, l’article qui le précède est celui qui annonce la naissance du premier bébé jurassien de la nouvelle année. C’est un garçon, il s’appelle Yannis.
quelques mots sur l'enterrement
L’enterrement a été d’une élévation extraordinaire. Un moine de l’abbaye de Haute-Rive a donné lecture d’une lettre que Yannis lui avait écrite après son départ de l’abbaye en 2004. Yannis y témoignait de tout le processus de guérison que la grâce avait opéré en lui. Yannis faisait partie de ses rares personnes à vivre avec une conscience extrêmement vive, dans des tourments atroces, les impasses, les compromissions, les déchirements auxquels les puissances du péché nous condamnent. Il disait avoir suffoqué au cours de la première partie de son existence, avant qu’il ne se tourne vers le Christ. C’était dans ses fondements mêmes que son existence était radicalement viciée, l’empêchant de toute présence, toute communication vraie. Cette vie recluse en soi, incapable d’ouverture authentique, de don de soi, alors que tout son être y aspirait, mit Yannis au supplice. Je peux en attester pour l’avoir côtoyé à cette époque. Tout comme je peux attester de la profondeur de sa transformation. Il termine sa lettre en déclarant que, restitué à son existence d’homme, il peut désormais construire sa vie, s’engager dans le monde. A la lumière de la suite de son existence on ne peut qu’être soufflé par la dimension prophétique de ses propos. En effet Yannis travailla par la suite comme animateur dans un home, il y déploya une énergie hors du commun, au point que le pasteur qui officiait dans le même établissement, témoigna, lors de l’enterrement, n’avoir jamais vu une telle attention, affection, une telle qualité de présence envers des personnes âgées. Yannis donnait l’impression d’être présent à tous en même temps. Alors qu’il effectuait ces derniers mois son service civil, il était venu animé le Noël et avait enchanté tous les résidents par des chants et des danses. Le récent mariage de Yannis confirma également que Yannis avait accédé à une compréhension prophétique de son existence. Le couple qu’il formait avec sa jeune épouse respirait l’amour et l’harmonie. Il se préparait dans la joie à l’aventure de la paternité et de la maternité.
La jeune épouse de Yannis témoigna ensuite avec une force intérieure magnifique. Elle conclut en disant que si Yannis avait été rappelé aussi subitement c’est que certainement Dieu avait estimé que ses proches sur terre avaient suffisamment de ressource pour vivre sans lui mais que quelqu’un dans l’au-delà requérait sa présence.
Derniers détails sidérants sur cet événement. Quand je vis Yannis pour la dernière fois il y a deux semaines, le dimanche précédant Noël, il me parla de son envie de repeindre des icônes. Il en avait commencé une il y a de nombreuses années qui n’était toujours pas terminée. Lors de l’enterrement cette icône était exposée. Elle était splendide et il me sembla qu’elle était achevée. Enfin durant toute la première partie de l’enterrement un rouge-gorge virevolta dans l’Eglise. Une fois l’eucharistie terminée, le rouge-gorge avait disparu.
Yannis a eu un parcours spirituel assez chaotique. Il était athée puis est devenu membre de la secte « la prophétie d’Arès » avant de se convertir au catholicisme. Il a toujours été animé d’une grande soif de vérité et était ardent dans tout ce qu’il entreprenait. Après sa conversion il a passé de nombreux mois dans l’abbaye de Haute-Rive à Fribourg pour se donner le temps de discerner quel devait être son engagement dans l’Eglise. Il entama ensuite le séminaire pour devenir prêtre. Mais après deux années il sentit qu’il ne pourrait se passer de l’intimité d’une présence féminine et qu’il aspirait à fonder une famille. Il interrompit ses études et trouva un emploi dans un établissement pour personnes âgées. C’est là, je crois, qu’il y rencontra celle qui en septembre 2008 est devenue sa femme. J’ai beaucoup fréquenté Yannis à l’époque de sa conversion car, moi-même converti, nous avions beaucoup à échanger à ce sujet. Ces deux dernières années nous nous voyions encore occasionnellement à la sortie de la messe.
Yannis vivait sa foi dans un engagement total de sa personne. A l’époque où j’exprimais ma foi dans des vagissements, m’autorisant de remette en cause certains dogmes (comme celui de l’assomption, l’infaillibilité) lui « d’instinct » suivait tous les dogmes catholiques. Mais il était avant tout animé par le feu de l’esprit. Traditionaliste, rien en lui ne transpirait l’orgueil, au contraire du progressiste que j’étais qui voulais toujours avoir raison. Ces dernières semaines nous avions convenu de nous revoir plus régulièrement. Je crois que nous attendions les deux beaucoup de ces retrouvailles. Ayant moi-même opéré un revirement assez radical dans la foi, abandonnant toutes les chimères « progressistes », et désireux de m’engager dans la vie de l’Eglise, j’attendais qu’il m’informe sur la situation de notre Eglise, qu’il me dise comment il voyait lui-même son propre engagement et les perspectives d’action qu’il concevait pour revitaliser la vie ecclésiale, témoigner et travailler à l’évangélisation.
Humainement il était d’une incroyable humilité, se dégageait de lui une grande paix et une grande force. Il se livrait à l’iconographie. Il avait entrepris de peindre une icône il y a huit ans et ne parvenait pas à la terminer. Quand il me confia ceci, je me souviens avoir pensé en moi que son propre visage ressemblait toujours plus à une icône. Enfin tout dernièrement il m’annonçait que sa jeune épouse était enceinte.
Yannis est mort le 31 décembre dans un accident de voiture. Je pense qu’il revenait de l’établissement pour personnes âgées où provisoirement, le temps d’accomplir son service civile en remplacement du service militaire, il ne travaillait plus. Il s’y était rendu, peut-être, pour faire un dernier signe aux pensionnaires ( qui lui vouaient une incroyable affection, tant Yannis était chaleureux et rayonnant) avant le nouvel an. Certainement pressé de rejoindre sa jeune femme, il conduisait peut-être un peu vite. Sa voiture a glissé sur une plaque de glace, il en a perdu le contrôle. Il est décédé des suites des blessures à l’hôpital.
Yannis laisse derrière lui une jeune épouse et un enfant à naître. Yannis avait 33 ans. Dans le journal où a été publié l’article décrivant l’accident dont il a été victime, l’article qui le précède est celui qui annonce la naissance du premier bébé jurassien de la nouvelle année. C’est un garçon, il s’appelle Yannis.
quelques mots sur l'enterrement
L’enterrement a été d’une élévation extraordinaire. Un moine de l’abbaye de Haute-Rive a donné lecture d’une lettre que Yannis lui avait écrite après son départ de l’abbaye en 2004. Yannis y témoignait de tout le processus de guérison que la grâce avait opéré en lui. Yannis faisait partie de ses rares personnes à vivre avec une conscience extrêmement vive, dans des tourments atroces, les impasses, les compromissions, les déchirements auxquels les puissances du péché nous condamnent. Il disait avoir suffoqué au cours de la première partie de son existence, avant qu’il ne se tourne vers le Christ. C’était dans ses fondements mêmes que son existence était radicalement viciée, l’empêchant de toute présence, toute communication vraie. Cette vie recluse en soi, incapable d’ouverture authentique, de don de soi, alors que tout son être y aspirait, mit Yannis au supplice. Je peux en attester pour l’avoir côtoyé à cette époque. Tout comme je peux attester de la profondeur de sa transformation. Il termine sa lettre en déclarant que, restitué à son existence d’homme, il peut désormais construire sa vie, s’engager dans le monde. A la lumière de la suite de son existence on ne peut qu’être soufflé par la dimension prophétique de ses propos. En effet Yannis travailla par la suite comme animateur dans un home, il y déploya une énergie hors du commun, au point que le pasteur qui officiait dans le même établissement, témoigna, lors de l’enterrement, n’avoir jamais vu une telle attention, affection, une telle qualité de présence envers des personnes âgées. Yannis donnait l’impression d’être présent à tous en même temps. Alors qu’il effectuait ces derniers mois son service civil, il était venu animé le Noël et avait enchanté tous les résidents par des chants et des danses. Le récent mariage de Yannis confirma également que Yannis avait accédé à une compréhension prophétique de son existence. Le couple qu’il formait avec sa jeune épouse respirait l’amour et l’harmonie. Il se préparait dans la joie à l’aventure de la paternité et de la maternité.
La jeune épouse de Yannis témoigna ensuite avec une force intérieure magnifique. Elle conclut en disant que si Yannis avait été rappelé aussi subitement c’est que certainement Dieu avait estimé que ses proches sur terre avaient suffisamment de ressource pour vivre sans lui mais que quelqu’un dans l’au-delà requérait sa présence.
Derniers détails sidérants sur cet événement. Quand je vis Yannis pour la dernière fois il y a deux semaines, le dimanche précédant Noël, il me parla de son envie de repeindre des icônes. Il en avait commencé une il y a de nombreuses années qui n’était toujours pas terminée. Lors de l’enterrement cette icône était exposée. Elle était splendide et il me sembla qu’elle était achevée. Enfin durant toute la première partie de l’enterrement un rouge-gorge virevolta dans l’Eglise. Une fois l’eucharistie terminée, le rouge-gorge avait disparu.
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Julien Gunzinger
Blog d'un catholique jurassien
"Nous te prions, Seigneur, de faire de nous des combattants de la foi inflexibles et miséricordieux, témoins brûlants, dans ce monde ravagé par l’apostasie, de ton alliance nouée dans ton sang."
"Nous te prions, Seigneur, de faire de nous des combattants de la foi inflexibles et miséricordieux, témoins brûlants, dans ce monde ravagé par l’apostasie, de ton alliance nouée dans ton sang."
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