La foi est-elle un objet de consommation parmi d'autre?


message d'un lecteur:

Vous pouvez vous le garder votre journal,
> parce que justement vous contribuez à l'image vieillotte de cette Eglise
> dogmatique, sclérosée, qui prétend au-dessus de tout détenir une
> vérité sans être capable de se compromettre dans la tragédie de l'histoire
> humaine.
> Peut-être me traiterez vous de boursoufflure ?
> Qu'importe, l'Evangile me rend libre.
> Libre d'annoncer qu'avant tout le Christ nous aime et nous sauve
> quoi que nous pensions et disions.
> Halte aux éditos et vive la Bonne Nouvelle, elle me suffit.
> Merci de me biffer de votre liste d'adresse.

ma lecture commentée

Oui, je le confesse, je suis responsable de la mauvaise image de l'Église. Depuis 40 ans les positions qui sont les miennes ont été systématiquement mises en œuvre. Le petit catéchisme enseignant les 3 connaissances nécessaires au salut à entraver la transmission de la foi tout comme la théologie des Pères grecs, des Pères latins et de la haute Scolastique qui a été la seule ligne que nos pasteurs et enseignants ont suivie au cours de ces années, tant sur le plan de l'ecclésiologie, de la pastorale, de la liturgie que de la dogmatique. J'assume mes responsabilité dans la crise de l'Église. La fidélité à la tradition a honteusement bénéficié, durant ces 40 dernières années, de toutes les faveurs des médias ce qui a eu pour conséquence que partout en occident les catholiques pratiquants sont en net recul, que la jeunesse est devenue parfaitement ignorantes des vérités de foi élémentaire du christianisme, que la culture est devenue presque totalement étanche au christianisme, que le monde dans ses composantes politiques, économiques et éthiques puise ses références partout ailleurs que dans les évangiles.


Bon assez déconné! Le triste état de notre Église doit tout la à pulvérisation de la tradition depuis 40 ans. La rhétorique qui est employée par cet agent pastoral est analogue à celle de tous les fanatismes idéologiques: si le régime qu'ils soutiennent ne fonctionne pas c'est que leurs principes de sont pas suffisamment appliqués. Ce fut la ligne de défense des communismes sous l'ère soviétique et des libéraux actuellement. En somme plus ça foire plus c'est la preuve qu'on est dans le juste. Ce courrier est providentiel car il est un concentré de toutes les platitudes hérétiques de notre temps. Il va me permettre de préciser les intentions qui sont les miennes avec mon journal "ESCHATON".

Ce qui est particulièrement troublant dans les propos de cet agent pastoral c'est qu'ils émanent précisément d'une personne qui a une charge pastorale, d'une personne qui est supposée avoir un minimum d'instruction théologique, historique et philosophique. Ces propos sont par conséquent l'illustration parfaite de ce que j'entends en partie dénoncer à travers mon journal: à force de compromission avec les idéologies du siècles nombreux sont ceux qui croient être toujours rangés sous l'étendard du Christ alors qu'ils ont en fait clôturé leur horizon à celui du monde. On n'en veut plus , affirme-t-on, de cette Église vieillotte, dogmatique, sclérosée. Mais ce qui peut la faire percevoir comme telle ce sont des catégories de pensée qui doivent tout au travail des idéologies et rien à celui du Saint Esprit. Lorsque l'on adopte cette terminologie qui relègue dans les ténèbres la tradition et exige de l'Église qu'elle fasse sa mue on fait en somme la démonstration que l'on a absolument rien compris à ce qu'est l'Église.

Si mous menons une analyse un peu plus serrée de ce courrier on est tout d'abord pris de vertige par le contenu de l'une de ses premières affirmations. Il est en effet écrit : « (...) cette Eglise
dogmatique, sclérosée, qui prétend au-dessus de tout détenir une vérité sans être capable de se compromettre dans la tragédie de l'histoire humaine. 
». L'Église aurait donc dû se compromettre dans les tragédies du monde. Elle aurait dû professer le nazisme sous le IIIe Reich, le communisme à l'ère soviétique, l'ultra libéralisme-libertaire de nos jours... On peut cependant concevoir qu'ici l'auteur n'a pas trouvé la bonne formulation où fondre sa pensée et qu'il tenait juste à dire que l'Église n'est pas présente au cœur des tragédies du monde. Ce qui est de toute façon une contre-vérité historique grotesque.
Ensuite il est écrit: «  Qu'importe, l'Évangile me rend libre. Libre d'annoncer qu'avant tout le Christ nous aime et nous sauve quoi que nous pensions et disions. » Il faudrait ici demander à son auteur dans quel supermarché du syncrétisme il s'est bricolé ce qui lui tient lieu de Credo. Nul doute, une telle affirmation est de notre temps. Là où la foi est avant tout fidélité, elle est ici réduite à un vulgaire objet de consommation, susceptible de toutes les compositions narcissique. Au rayon bien être personnel on prend un peu de Karl Rogers, au rayon protestantisme un peu de salut par la seule foi, au rayon variété un peu de « on ira tous au paradis », au rayon catholique certainement un peu de liturgie sacramentelle et on saupoudre peut-être cette mixture d'un peu de stoïcisme et de bouddhisme, pour le côté ataraxique qui donne une dimension de profondeur au regard.

Enfin l'auteur conclut « halte aux éditos, place à la bonne nouvelle, elle me suffit » ! voilà le prototype même de l'affirmation qui se donne pour une évidence et qui en est tout sauf une. Car c'est quoi la bonne nouvelle? Le royaume de Dieu s'est fait proche de nous? Ok, mais c'est quoi le Royaume de Dieu? Un jardin où les arbres sont des sucettes, où les rivières sont des épanchements de sirop et le ciel de la barbe à papa? Pour commencer à y répondre il faut consulter la tradition ( dont les Écritures au passage ne sont qu'une des expressions) et là qu'y lit-on?

« qu’est ce que l’Eglise ? L’Eglise c’est Jésus-Christ, mais Jésus Christ répandu et communiqué »(Bossuet). Çà c'est juste en guise d'apéritif.

Notre avenir, c'est notre passé. ” “ Si moi-même, si un ange du Ciel revenait pour vous dire le contraire de ce que je vous ai dit, qu'il soit anathème. ” déclarait saint Paul aux Galates. Ça c'est pour l'idée hérétique que ce que l'Église a dit n'a plus cours, que son dogmatisme est à reléguer au placard.

« L'Église ne tire pas sa certitude sur les vérités révélées de la seule Ecriture sainte. C’est pourquoi doivent être reçues et vénérées avec un égal sentiment de piété et de révérence Tradition et Ecriture». Ça c'est pour l'idée que l'Évangile doit être jouée contre la tradition, qu'elle est un obstacle à sa compréhension. La citation est tirée de Dei Verbum, Vatican II.

«  tout ce que vous délierez sur terre sera délié dans le ciel, et tout ce que vous aurez lié sur terre sera lié dans le ciel ! » (Mat XVIII,18) «  tu es Pierre et sur cette Pierre, je bâtirai mon Eglise. » (Mat XVI,18) « pais mes agneaux, pais mes brebis » (Jn XXI,16) « j’ai prié pour que jamais ta foi ne défaille »« quand tu seras converti, confirme tes frères. » (Luc XXII, 32) « allez, enseignez tous les peuples, baptisez-les au nom du Père du fils et du SE, et voici que je suis avec vous tous les jours jusqu’à la consommation du siècle ! »(Mat. XXVIII, 19) "Puis il leur dit : " Allez par tout le monde et prêchez l'Evangile à toute la création. Celui qui croira et sera baptisé, sera sauvé; celui qui ne croira pas, sera condamné." (Mc XVI, 15-16) "celui qui vous écoute, m'écoute, et celui qui vous méprise, me méprise ; or celui qui me méprise, méprise Celui qui m'a envoyé." (Luc X, 16) Ça c'est pour l'idée qu'il faut se débarrasser de cette Église dogmatique, sclérosée parce qu'elle ferait de l'ombre au vrai message du Christ. Or c'est le Christ qui fonde la succession apostolique qui ne peut jamais être brisée. Cette chaîne de transmission est assurée par le Saint Esprit. C'est ce qui fait que jamais l'Église ne peut être dans l'erreur. La traiter de sclérosée au prétexte qu'elle ne convient pas à nos revendications idéologiques nous exclut de facto de la foi catholique. Et puis anticipant les objections qui voudraient que tout cela c'était juste pour le temps des apôtres le Christ a dit«  je ne prie pas pour eux seulement, mais pour ceux qui, touchés de leur prédication, croiront en moi, pour tous ils soient un, comme vous,mon Père, vous êtes en moi et moi en vous- pour que eux aussi, ils soient un en nous, afin que le monde croie que vous m’avez envoyé. » ( Jean XVII, 20-21)

« Mais le consolateur, l'Esprit Saint, que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. » (Jn XIV,26) Le Christ a bâti des hommes et c’est l'Église qui a ensuite consacré les textes qui forment le Nouveau Testament en se réservant le droit exclusif de leur interprétation , qui a dressé le symbole baptismal et à mesure que la vie de l'Église l'exigeait en à donner des suppléments : symbole de Nicée, symbole d’Athanase, canon des conciles, profession de foi de Pie IV, après le concile de Trente, profession de foi anti-moderniste sous Pie IX... L’Ecriture et les symboles de foi sont le bien, la propriété de l'Église et nul n’a le droit de les interpréter sans le contrôle de l'Église. L’Ecriture est la propriété de l'Église catholique, elle en a reçu le dépôt, elle a consacré elle-même à l’origine le caractère inspiré des textes qui la composent, elle s’en réserve l’utilisation et l’interprétation. Ça c'est pour l'idée que l'Église ne serait pas la détentrice de l'unique Vérité.

« C'est par l'esprit que tout commence ; et c'est au fond de l'âme de quelques hommes, dans la vie de ce nonz qui, comme dit Aristote, n'est rien du tout quant au volume et quant à la masse, que tous les grands événe­ments de l'histoire moderne se sont formés. La cellule où Luther a discuté avec le diable, le poêle où Descartes a eu son fameux songe, l'endroit du bois de Vincennes où Jean­-Jacques, au pied d'un chêne, a trempé son gilet de pleurs en découvrant la bonté de l'Homme naturel, voilà les lieux où le monde moderne a pris naissance. » ( jacques Maritain)..Pour toute la tradition, l'homme est un animal spirituel. C'est ainsi que St Thomas écrit « .Or l’homme, seul parmi les animaux, voit la finalité comme motif d’action, » C'est par son intelligence ( bonne ou faussée) que l'homme détermine ses actions et non par instinct. Pour preuve Satan est un pur esprit qui corrompt l'homme spirituellement, instillant le doute dans sa pensée sur la bonté de Dieu. Pensée qui mène ensuite Adam et Eve à transgresser l'interdit divin, blessant leur relation à Dieu cruellement et les blessant intérieurement tout autant. Ça c'est pour le refrain « on ira tous au paradis » qui trouvent un écho dans les propos suivants: « Qu'importe, l'Évangile me rend libre. Libre d'annoncer qu'avant tout le Christ nous aime et nous sauve quoi que nous pensions et disions. » certainement inspiré d'autres paroles du Christ mal comprises comme celles-ci « Ce ne sont pas ceux qui disent Seigneur, Seigneur qui entreront dans le royaume de Dieu mais ceux qui font la volonté de mon Père qui est aux cieux. » ( Mat VII, 21). Comme le disait Chesterton « le monde moderne est infesté d'idées chrétiennes devenues folles. » Croire, d'une part, que l'action n'a pas son siège dans la pensée et d'autre part qu'elle n'est pas le versant extérieur de la foi, qu'elle n'est pas toujours surdéterminé par la foi, est une idée folle. C'est cette surdétermination de l'action par la foi qui fait que le plus grand geste de générosité aux yeux du monde peut bien se révéler être ultimement une abomination aux yeux du Créateur. C'est ce qui fait que ce que nous pensons est bel et bien décisif pour notre salut. Que l'on ne peut absolument pas découpler foi et action.

Pour l'idée que notre époque, si merveilleuse, doit être juge de ce qu'il y a encore de valide dans l'Église, qu'elle peut se permettre de juger de vieillot ce qu'il ne lui convient pas, voilà ce qu'en pense le Christ: « Malheur au monde à cause de ses scandales. » ( Mat XVIII, 7) L'apôtre des gentils lui fait écho lorsqu'il écrit : « Ne vous conformez pas à ce siècle ! »( Rm 12,2). Ni le Christ, ni saint Paul ne se souciaient d'être de leur temps.

Enfin au sujet d'une pastorale qui prétendrait s'asseoir sur la dogmatique, voilà ce qu'a écrit l'un des plus grands philosophes chrétiens du XXe siècle « «  le désordre envahit aujourd’hui la chrétienté; il ne cessera que lorsque le dogmatique aura retrouvé son primat naturel sur le pratique(...). S'il était admis que la pastorale pût impunément se passer du dogmatique, le pire ne serait plus à craindre, il serait arrivé. »(Etienne Gilson)

Cela dit, la réaction de ce lecteur à mes textes est parfaitement compréhensible, puisque ce qu'ils expriment est difficilement accessible aux esprits captifs des catégories de pensée idéalistes et subjectivistes qui depuis 500 ans n'ont eu de cesse de promouvoir un nouveau type d'homme qui arrive maintenant à maturité et qui fait de tout un pur choix de consommation, au mépris du réel, de la nature, des Ecritures... Au mépris de la tradition. La Vulgate a une belle expression pour expliquer cela: « Diminutae sunt veritates a filiis hominum. » Les vérités ont été diminuées.
C'est ce qui explique le mépris qui transpire d'entrée dans les propos par lesquels cette personne s'adresse à moi«  vous pouvez vous le garder votre journal !».

Julien Gunzinger
Rédigé par Julien Gunzinger le Mercredi 13 Mai 2009 à 09:04 | Commentaires (2)

courrier de lecteur


Extrait d'un article du Quotidien jurassien dans son édition du 24 avril 2009

« Pour fêter ses dix ans Juragai organisera samedi 25 avril dès 22 h dans son local à la route de Bâle 3 à Delémont une soirée disco animée par un collectif de DJ. L'association proposera en suite le 2 mai à ses 115 membres du Jura mais également du Jura bernois et de Bienne de partir à la découverte des animaux homosexuels du zoo de Bâle et plus particulièrement d un couple de flamants rosés lesbiennes avant de par ticiper le 6 juin à la parade de l Europride 2009 à Zurich. »

Mon courrier de lecteur paru le 28 avril 2009 dans le quotidien jurassien

A propos des 10 ans de Juragai

L'association des homosexuels jurassiens "Juragai" fête ses 10 années d existence. Pour célébrer dignement cet événement elle organise plusieurs journées festives dont l'une consacrée à rendre visite à un couple de flamants roses lesbiennes vivant en captivité au zoo de Bâle. Pour ma part je ne considérerai le combat contre les discriminations pleinement achevé que lorsque ce couple de flamants roses lesbiennes aura le droit de quitter le zoo de Bâle pour venir assister aux ébats d un couple d'homosexuels humains. »
Rédigé par Julien Gunzinger le Mercredi 13 Mai 2009 à 09:00 | Commentaires (0)

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Julien Gunzinger
Blog d'un catholique jurassien

"Nous te prions, Seigneur, de faire de nous des combattants de la foi inflexibles et miséricordieux, témoins brûlants, dans ce monde ravagé par l’apostasie, de ton alliance nouée dans ton sang."



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