Jean-Pierre Raffarin, moi même et 20 sénateurs, nous avions cosigné une tribune le 26 février intitulé "Pour un Varenne de l'Agriclurure". Jean-Pierre Raffarin est donc intervenu hier en séance. Vous trouverez ci-joint son interventon.
Jean-Pierre Raffarin : Merci de nous donner l'occasion d'une réflexion approfondie sur la place de l'agriculture dans l'économie nationale. Je salue votre action, monsieur le ministre, à Bruxelles, à Paris et sur le terrain. Votre texte est satisfaisant mais trois menaces m'inquiètent. La première est la menace institutionnelle. Votre ministère est en charge d'un grand secteur : on ne peut accepter que les décisions importantes se prennent en dehors de vous.
Le ministre de l'agriculture doit parler au nom de l'agriculture ; ce n'est pas le rôle de ses collègues chargés de l'écologie ou de la santé. Ce n'est pas à un Grenelle -même très respectable- de parler à votre place. Le Premier ministre doit rendre des arbitrages. A côté du Grenelle, parlons de Varennes ! Les agriculteurs attendent ce recentrage. La politique de l'eau doit ainsi être pensée dans votre ministère, monsieur le ministre.
Il en va de même par rapport à l'Union européenne. Nous avons beaucoup de mal à intervenir sur les prix, mais nous pouvons le faire sur les charges. J'appelle à un Varennes des charges ! L'Allemagne a allégé la cotisation accidents de plus de 45 % pour ses agriculteurs. Il ne s'agit pas que votre ministère défende les agriculteurs mais pense avec eux l'avenir de l'agriculture.
Le second point qui me préoccupe, ce sont les conséquences territoriales de la conception agricole européenne. J'entends dire à Bruxelles que si nous réduisions de 20 % le nombre de nos producteurs de lait, notre filière laitière s'en porterait mieux. C'est ignorer l'identité territoriale de la France. Si nous agissions ainsi, nous n'aurions plus qu'une grande région Bretagne qui produirait du lait. De même il n'y aurait plus que la Beauce pour produire des céréales. Quand on pense agriculture, il faut envisager la diversité de la production. Les régions laitières ont besoin de l'allocation laitière provisoire car les coopératives ont de moins en moins de lait. Derrière la question agricole, il n'ya donc pas que des statistiques : il y a des êtres humains et des territoires.
Dernier point : le lait de chèvre, qui échappe aux foudres de Bruxelles. L'interprofession vous propose un plan de soutien de 26 millions, où l'État n'apporterait que 5 millions pour la gestion du stock !
Je salue les avancées très importantes de ce texte. La logique de ce texte, celle de la contractualisation, c'est celle des coopératives. Ma vieille expérience de ministre des PME me fait redouter que la distribution n'emploie à nouveau un talent exceptionnel pour tourner les règles à son avantage. Tant qu'on ne taxera pas les produits financiers. Le problème, c'est que les grandes surfaces font plus de marges sur les produits financiers que sur les produits agricoles. Monsieur le ministre, vous avez mon estime, mon amitié et mon soutien.