Sally est détective privée mais pas vraiment de manière officielle. C’est son mari qui avait la licence et l’agence, d’ailleurs la plaque sur la porte est à son nom. « Avait » car le mari de Sally a disparu un beau jour, comme ça, y a trois ans maintenant. N’allez pas croire qu’il a eu des problèmes au cours d’une enquête ou un truc dans le genre, non, si il a disparu c’est parce qu’il a rencontré une fille de vingt ans de moins que lui et qu’il a eu le coup de foudre. Alors il a plaqué, son job de détective privé, sa femme, ses deux gosses et le crédit pour la maison.
Depuis, pour s’occuper de ses deux enfants et payer son loyer, Sally a plus ou moins repris les affaires de son mari. Adultères, filatures diverses, ses enquêtes ne lui servent qu’à survivre au quotidien, elle n’a rien d’un héros de Chandler ou Hammett. Un soir un homme plutôt étrange vient la trouver dans son bureau. Oswaldo Brown a défrayé la presse locale quelques semaines auparavant. Une nuit, alors qu’il était tout simplement entrain de sortir les poubelles de l’entreprise dans laquelle il a été embauché pour faire le ménage, son regard a été attiré par l’immense entrepôt en face de lui. Jusqu’à présent cet entrepôt ne l’avait jamais intéressé, mais ce soir là, cette immense masse sombre semble l’attirer comme un aimant et il se dirige vers lui. A quelques mètres de la porte d’entrée, il est stoppé net par deux coups de feu. Il s’écroule touché à la tête. Les chances de survie, quand on prend une balle dans la tête, sont en fait assez réduites, mais Oswaldo a survécu et depuis on l’appelle partout « le survivant ». S’il vient voir Sally ce soir c’est pour qu’elle enquête sur ce qui lui est arrivé. L’enquête de la police est au point mort. Pour elle, Oswaldo s’est trouvé au mauvais moment au mauvais endroit, un point c’est tout. Aucun indice n’a été trouvé sur les lieux de la fusillade, aucun témoin, aucune piste.
Rien dans la vie d’Oswaldo ne permet de tirer une quelconque hypothèse. Oswaldo n’a pas d’argent, ne possède rien qui pourrait en rapporter et n’a été témoin de quoi que ce soit. Pour la police c’est un crime gratuit et il n’y a rien à faire. Mais pour Oswaldo même si il veut bien admettre que cette agression est éventuellement le fruit du hasard, un étrange sentiment d’insécurité s’est emparé de lui depuis quelques temps. Il est persuadé que le tueur va débarquer chez lui pour finir le travail commencé. Cette idée tourne à l’obsession pour lui. Il cherche donc quelqu’un qui pourrait reprendre l’enquête là où la police l’a arrêtée, c’est-à-dire dés le début. Les seules compétences de Sally en matière d’enquête sont de suivre les maris volages et de prendre des photos, une demande comme celle que fait Oswaldo est trop compliquée et elle ne sait pas comment faire pour la résoudre. Mais Oswaldo à des arguments qu’elle ne peut pas refuser. L’assurance lui a versé une grosse somme d’argent suite à son accident.
Dehors, il neige, Noël est dans quelques jours. Le frigo de Sally est vide et il semble que le père Noël cette année déposera les factures à payer plutôt que des cadeaux pour les enfants, autrement dit si Sally veut passer enfin un noël normal, il faut qu’elle accepte ce job. Ray, le meilleur ami de son mari, est un flic qui a enquêté sur la fusillade dont a été victime Oswaldo. Cela fait des années que Ray a des vues sur Sally et elle sait qu’il ne pourra pas lui refuser son aide. Alors Sally va commencer à fouiller et elle va trouver. Mais c’est toujours pareil, il y a les questions qu’on pose, les recherches que l’on entreprend mais on est jamais satisfait des réponses que l’on trouve !
Anthony Pastor est un auteur rare et important. En six ans seulement trois bandes dessinées (toutes publiées chez Actes Sud/L’an 2) mais toutes très remarquées (dont une en sélection à Angoulême en 2011) jusqu’à ce Castilla drive. Anthony Pastor aime le polar, et possède un graphisme étonnant pour illustrer ses histoires. Ice cream en 2006, belle variation sur le thème d’un meurtre et de ses interprétations par les gens, Las rosas, magnifique livre sur un groupe femmes. Prisons, secrets, réinsertion. Brillant en tout point. Un livre indispensable. Castilla drive est une histoire d’amour, une histoire de déception et de rancœur, une histoire d’incompréhension et de secrets. Le récit est très lent et pose tout doucement les choses et introduit magnifiquement les personnages. C’est un livre assez contemplatif ou les éléments naturels (la neige, les maisons de banlieues) sont pris à part entière. Le personnage de Sally est un des plus beaux personnages féminins que j’ai lu depuis longtemps. En finissant cette bande dessinée j’ai eu envie de revoir « Fargo » des frères Cohen et « Gloria » de Cassavetes, allez savoir pourquoi.
David Fournol.
Depuis, pour s’occuper de ses deux enfants et payer son loyer, Sally a plus ou moins repris les affaires de son mari. Adultères, filatures diverses, ses enquêtes ne lui servent qu’à survivre au quotidien, elle n’a rien d’un héros de Chandler ou Hammett. Un soir un homme plutôt étrange vient la trouver dans son bureau. Oswaldo Brown a défrayé la presse locale quelques semaines auparavant. Une nuit, alors qu’il était tout simplement entrain de sortir les poubelles de l’entreprise dans laquelle il a été embauché pour faire le ménage, son regard a été attiré par l’immense entrepôt en face de lui. Jusqu’à présent cet entrepôt ne l’avait jamais intéressé, mais ce soir là, cette immense masse sombre semble l’attirer comme un aimant et il se dirige vers lui. A quelques mètres de la porte d’entrée, il est stoppé net par deux coups de feu. Il s’écroule touché à la tête. Les chances de survie, quand on prend une balle dans la tête, sont en fait assez réduites, mais Oswaldo a survécu et depuis on l’appelle partout « le survivant ». S’il vient voir Sally ce soir c’est pour qu’elle enquête sur ce qui lui est arrivé. L’enquête de la police est au point mort. Pour elle, Oswaldo s’est trouvé au mauvais moment au mauvais endroit, un point c’est tout. Aucun indice n’a été trouvé sur les lieux de la fusillade, aucun témoin, aucune piste.
Rien dans la vie d’Oswaldo ne permet de tirer une quelconque hypothèse. Oswaldo n’a pas d’argent, ne possède rien qui pourrait en rapporter et n’a été témoin de quoi que ce soit. Pour la police c’est un crime gratuit et il n’y a rien à faire. Mais pour Oswaldo même si il veut bien admettre que cette agression est éventuellement le fruit du hasard, un étrange sentiment d’insécurité s’est emparé de lui depuis quelques temps. Il est persuadé que le tueur va débarquer chez lui pour finir le travail commencé. Cette idée tourne à l’obsession pour lui. Il cherche donc quelqu’un qui pourrait reprendre l’enquête là où la police l’a arrêtée, c’est-à-dire dés le début. Les seules compétences de Sally en matière d’enquête sont de suivre les maris volages et de prendre des photos, une demande comme celle que fait Oswaldo est trop compliquée et elle ne sait pas comment faire pour la résoudre. Mais Oswaldo à des arguments qu’elle ne peut pas refuser. L’assurance lui a versé une grosse somme d’argent suite à son accident.
Dehors, il neige, Noël est dans quelques jours. Le frigo de Sally est vide et il semble que le père Noël cette année déposera les factures à payer plutôt que des cadeaux pour les enfants, autrement dit si Sally veut passer enfin un noël normal, il faut qu’elle accepte ce job. Ray, le meilleur ami de son mari, est un flic qui a enquêté sur la fusillade dont a été victime Oswaldo. Cela fait des années que Ray a des vues sur Sally et elle sait qu’il ne pourra pas lui refuser son aide. Alors Sally va commencer à fouiller et elle va trouver. Mais c’est toujours pareil, il y a les questions qu’on pose, les recherches que l’on entreprend mais on est jamais satisfait des réponses que l’on trouve !
Anthony Pastor est un auteur rare et important. En six ans seulement trois bandes dessinées (toutes publiées chez Actes Sud/L’an 2) mais toutes très remarquées (dont une en sélection à Angoulême en 2011) jusqu’à ce Castilla drive. Anthony Pastor aime le polar, et possède un graphisme étonnant pour illustrer ses histoires. Ice cream en 2006, belle variation sur le thème d’un meurtre et de ses interprétations par les gens, Las rosas, magnifique livre sur un groupe femmes. Prisons, secrets, réinsertion. Brillant en tout point. Un livre indispensable. Castilla drive est une histoire d’amour, une histoire de déception et de rancœur, une histoire d’incompréhension et de secrets. Le récit est très lent et pose tout doucement les choses et introduit magnifiquement les personnages. C’est un livre assez contemplatif ou les éléments naturels (la neige, les maisons de banlieues) sont pris à part entière. Le personnage de Sally est un des plus beaux personnages féminins que j’ai lu depuis longtemps. En finissant cette bande dessinée j’ai eu envie de revoir « Fargo » des frères Cohen et « Gloria » de Cassavetes, allez savoir pourquoi.
David Fournol.

Castilla drive


Projets de l'Association 1 Exposition autour du livre En chienneté