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Holmes (1854/1891 ?) 3 L’ombre du doute

Scénario Luc Brunschwig dessins et couleurs Cecil
Éditions Futuropolis
9782754802475
Ados/Adultes
13.50 €

Mercredi 27 Juin 2012

Holmes (1854/1891 ?) 3 L’ombre du doute
Holmes est mort. Vraiment mort. Il est mort en livrant son dernier combat contre son ennemi de toujours : le professeur Moriarty. Les deux hommes sont tombés ensemble au fond des chutes de Reichenbach en Suisse. Le docteur Watson n’a pas pu arriver à temps pour aider son ami. Il ne trouvera qu’un mot écrit de la main du détective, délicatement plié, lui expliquant ce qu’il convient de faire après sa mort. Récupérer dans ses affaires un dossier regroupant toutes ses notes sur le célèbre criminel et le remettre à la police.

En substance c’est à peu près tout, Holmes n’était pas un homme très éloquent et de plus, ce sont ses propres mots, il a écrit cette lettre grâce à la courtoisie du professeur Moriarty, comme si ils connaissaient, tous deux déjà, l’issue du combat qui allait avoir lieu. Holmes est mort. Watson n’a même pas vu son corps. Le seul lien qui existe encore entre lui et son ami se résume seulement à ce bout de papier. Mais si la disparition de Sherlock est un drame immense pour Watson, c’est aussi une terrible nouvelle pour les milliers de lecteurs qui suivaient ses aventures dans le magazine Strand et qui s’étaient pris d’affection pour cet homme qui avait déjoué tant de fois le crime.

De retour à Londres, Watson est alors confronté à la douloureuse question de continuer à écrire les aventures qu’il a vécues aux côté de Sherlock Holmes. En témoignage de l’affection et l’amitié qui unissaient les deux hommes, il décide malgré tout de relater la dernière des aventures du plus grand détective privé de tous les temps, pour montrer au monde combien son sacrifice fut important en haut des chutes de Reichenbach. En allant poster son manuscrit, il est arrêté par le jeune Wiggins. Siméon Wiggins est un garçon des rues que Holmes avait pris sous son aile et qu’il avait formé pour le seconder dans certaines enquêtes.

D’après les dires de Wiggins, Sherlock voyait en lui la seule personne capable d’être son apprenti. La seule personne. Ce Wiggins doit être un homme d’une grande valeur pour que Sherlock ait vu en lui la seule personne à qui transmettre son savoir. Wiggins est venu chercher le docteur Watson car pendant la nuit, des cambrioleurs se sont introduits dans l’appartement de Baker Street et ont tout saccagé. Visiblement à la recherche de quelque chose qu’ils n’ont pas trouvé ils sont partis à l’arrivée de la police. Wiggins qui se trouvait non loin de l’appartement a pu les faire suivre discrètement et propose au docteur de mener l’enquête avec lui. Ce qui est sûr c’est que Wiggins était un bon élève et que Holmes ne s’était pas trompé en misant sur le jeune homme. Volontaire, intelligent, débrouillard et courageux il mène le docteur Watson vers un entrepôt apparemment désert. Une carriole est garée devant, la même que celle qui a pris la fuite la nuit devant le domicile de Holmes. Il n’y a plus qu’à intervenir et arrêter les voleurs pour leur faire avouer ce qu’ils étaient venus chercher. Mais une deuxième carriole fait son apparition et le personnage qui en sort va entrainer Watson dans la plus troublante des aventures sur les traces de son ami.

Vous le savez, je suis plutôt bavard et même si je ne raconte jamais la fin des livres dont je vous parle, je sais que parfois j’ai tendance à raconter et raconter et raconter encore et encore ! Je suis comme ça, quand j’aime un livre j’en parle pendant des heures. Pourtant là je ne vous en dirai pas plus, alors que ce que je viens de vous décrire ne correspond qu’aux vingt premières pages du premier volume de cette série qui, pour l’instant, en comporte trois. En fait, je pense qu’il serait dommage de vous en dire plus sans gâcher l’exceptionnel scénario de Luc Brunschwig. En gros je vous laisse découvrir tout le reste.

Cette histoire est d’une rare intelligence, il est même étonnant que personne (à ma connaissance) n’ait eu cette idée avant Luc Brunschwig et Cecil. L’histoire qu’ils ont inventée est en tout point remarquable et brillante. L’enquête que va mener Watson pour essayer de remplir les zones d’ombre de la vie de son ami est une suite de rebondissements, d’énigmes, de déductions qui vont mener Wiggins et le docteur sur les traces d’un Holmes qu’ils ne connaissent pas et, ensemble, ils vont lever tout le mystère qui entoure sa famille et son passé (rien que ça). Le doute va alors s’installer dans l’esprit de Watson. Plus il avance dans ses investigations plus il s’aperçoit qu’il ne connaissait absolument pas son ami. Holmes lui aurait il menti pendant toutes ces années ? De Londres à Bordeaux Watson met à jour des secrets de famille bien enfouis depuis des générations. Ne nous leurrons pas, tout ça n’est qu’une histoire de famille.

Le récit de Luc Brunschwig est parfait. Son sens de la dramaturgie, des dialogues, de la narration est fascinant. C’est une histoire comme on en lit rarement. Quand on connaît un peu la manière de travailler du scénariste et quand on regarde son engagement dans les thèmes qu’il développe dans ses livres en général, on ne peut qu’imaginer la somme de travail qu’il a fallue pour que le passé de Holmes soit le plus en adéquation possible avec les écrits de Conan Doyle. Je ne connais pas Luc Brunschwig, mais j’ai cru comprendre à travers ses différents ouvrages que l’exactitude du propos était importante pour lui. Et bien c’est parfaitement réussi dans cet album.

Un petit mot du dessin car il est indéniable que sans le trait de Cecil cette histoire ne serait pas la même, en tout cas elle n’aurait pas cette dimension épique. Il suffit d’ouvrir n’importe lequel des trois volumes sortis à ce jour pour comprendre le travail effectué par le dessinateur. Comme son scénariste, Cecil aime l’exactitude du propos. Chez Luc Brunschwig cette exactitude passe par le dialogue et l’histoire chez Cecil passe en plus par le dessin. Les scènes de rues sont époustouflantes. Les mouvements de la foule et des personnages en particulier (la scène de soulèvement de la population et la charge de la garde) sont d’un réalisme parfait grâce aux cadrages et aux dessins de l’auteur. Les détails des costumes, des immeubles, des bateaux, des vues d’ensemble, des héros qui composent l’album, reflètent parfaitement le souci d’exactitude du dessinateur. Son beau travail de la couleur donne un ton très particulier à la lecture, comme si on découvrait une vieille lettre d’un lointain aïeul racontant une histoire fantastique sur un papier un peu jauni. Le résultat est là. Cette série est indispensable.
On va s’arrêter là, vous savez ce qui vous reste à faire. Aller chez votre libraire ou votre bibliothécaire préféré(e) et lire Holmes.

David Fournol.

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David Fournol.

David Fournol
11/10/2010