fournoldavid

K.O à Tel-Aviv

Scénario dessins et couleurs Asaf Hanuka
http://www.asafhanuka.com/
Éditions Steinkis
9781090090118
Ados/Adultes
14.95 €

Mercredi 6 Juin 2012

K.O à Tel-Aviv
Au premier abord et c’est certainement ce qui frappe le plus quand on jette seulement un coup d’œil rapide sur la bande dessinée de Asaf Hanuka, c’est la virtuosité graphique avec laquelle l’auteur illustre ses pages, la manière dont il compose ses planches. C’est assez bluffant. Après ce premier contact visuel, il est impossible de ne pas se poser tranquillement dans un coin pour lire entièrement le livre qu’on a dans les mains. Du talent l’auteur en a, c’est indéniable, tant au plan graphique qu’au plan du scénario.

Ce qui suit ensuite est un livre qui vous happe totalement, et ce qui en résulte n’est que de la fascination et de l’étonnement, un vrai plaisir de lecteur quoi. Asaf Hanuka est un illustrateur qui travaille pour Rolling Stone, The wall street journal ou encore le Times. Il est l’auteur du sublime Pizzeria kamikaze (Actes sud 2008) album de bande dessinée qui raconte l’histoire d’un garçon qui a mis fin à ses jours et qui se retrouve dans un endroit qui ressemble trait pour trait à la terre, sauf qu’il est réellement décédé et que ce n’est pas la terre. Il a fait ses études de bandes dessinées en France, à Emile Cohl à Lyon, et a participé au film Valse avec Bachir. Il est marié avec l’illustratrice Hilit Shefer. Il habite Tel-Aviv ou il enseigne le dessin et la bande dessinée. Voilà pour le CV.

Maintenant voyons le contenu de ce livre. K.O à Tel-Aviv est un subtil condensé de tout ça, mais bien loin du simple récit autobiographique assez classique que l’on pourrait imaginer, sur quelqu’un qui habite une ville sur laquelle les regards du monde entier ont tendance à se tourner un peu tous les jours à cause des conflits qui ravagent le pays. Asaf Hanuka parle de sa vie d’une manière assez inattendue. Il prend soin de raconter un quotidien qui ressemble le plus possible au nôtre. Un quotidien presque banal, dans lequel on retrouve des factures à payer, un enfant à élever, des engueulades avec sa femme, des problèmes de santé ou d’appartement à trouver pour se loger. Des petites choses qui remplissent notre vie.

Somme toute, on pourrait croire qu’on a tous la vie de Asaf Hanuka, sauf que lui habite Tel-Aviv et que le contexte géographique, politique, historique et social est en filigrane dans toutes ses planches, car bien sûr le quotidien à Tel-Aviv n’est pas tout à fait le même qu’ailleurs. En fait ce qui change par rapport à notre propre quotidien c’est que nous n’habitons pas Tel-Aviv, c’est la perception qu’en donne l’auteur, une interprétation volontairement biaisée par sa culture et son histoire personnelle, ses influences artistiques diverses et la toute petite pointe de fantastique qu’il aime semer ça et là dans son récit, pour nous surprendre un peu plus et nous faire douter de la réalité. Il se transforme en Hulk chez son psy, se fait désintégrer par le jouet en plastique de son fils, ou redessine son visage avec un immense smile. C’est au détour d’une page, de façon anodine, que l’on voit par exemple des militaires dans la rue, une fouille au détecteur de métaux pour rentrer dans un magasin ou des commerces qui ne vendent qu’aux orthodoxes. Ca c’est aussi la réalité, mais celle là il ne nous la montre presque pas, mais pourtant c’est là, c’est omniprésent.

C’est extrêmement bien fait. Chez Asaf Hanuka tout est important. Les premiers et seconds plans, les personnages et leurs attitudes, les dialogues et les silences et tous les petits détails qui composent les images. Rien n’est laissé au hasard.
Le livre commence avec une recherche d’appartement : celui dans lequel vit l’auteur et sa famille vient d’être mis en vente par le propriétaire. Dans un endroit comme Tel-Aviv, se loger est un vrai problème. Cette recherche d’appartement n’est pas le déclencheur de l’histoire, ce n’est pas de cet évènement que découle tout le livre, puisque en fait ce projet est né dans les pages d’une revue mensuelle qui s’appelle Cacalist pour être ensuite publiée sur le magnifique blog de l’auteur. Cette recherche d’appartement n’est qu’un prétexte pour commencer son récit car il faut bien le commencer par quelque chose, par une date.

C’est dans cet état d’esprit que tout le livre se lit. Une longue suite de scènes qui peuvent se lire totalement indépendamment mais qui forme un ensemble parfaitement cohérent et réfléchi. Chaque page, chaque illustration correspond exactement à ce que vit l’auteur au jour le jour, avec ses doutes, ses joies, ses peines, ses interrogations. Réflexions sur sa paternité, sur son couple, sur son travail, sur ses amis, ses parents, son pays, il ne laisse rien au hasard. C’est une vraie confession qu’il nous livre là. Un récit authentique qui ne cherche jamais à nous épater, à nous donner des leçons, et qui n’attribue pas forcément le beau rôle à son narrateur. C’est vraiment fantastique.
Un livre rare.

David Fournol.

K.O à Tel-Aviv
David Fournol


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David Fournol.

David Fournol
11/10/2010