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La traversée du Louvre

Scénario dessins et couleurs David Prudhomme
http://davidprudhomme.blogspot.fr/
Éditions Futuropolis
9782754807852
Ados/Adultes
17 €

Jeudi 14 Juin 2012

La traversée du Louvre
Le musée du Louvre. 400000 œuvres, dont 35000 exposées. Plus de 400 salles d’expositions. 12 kilomètres de galeries. 2200 employés au quotidien. En une année, le Louvre c’est : 9 millions de visiteurs dont plus de 60% viennent de l’étranger. 500000 amis sur facebook. 1000 kilomètres de papier toilette. Et puis bien sûr le Louvre c’est aussi une pyramide inversée et une Joconde.

La liste des spécificités techniques de ce musée est aussi importante que sa célébrité. Ses départements antiquités Egyptiennes, Arts de l’Islam, Antiquités Orientales ou Arts Graphiques sont parmi les plus connus au monde. Autant de choses qui font du Louvre un lieu unique, et pour les 9 millions de visiteurs autant de manières différentes de le voir. En 1964 Jean Luc Godard le traversait en quelques minutes pour les besoins de son film « bande à part ». Dans cette scène tournée à la sauvette ses trois acteurs Anna Karina, Claude Brasseur et Sami Frey courraient dans toutes les salles du Musée sous l’œil sidéré des gardiens. Ce fut certainement la visite du Louvre la plus rapide de l’histoire. Il paraît que chaque visiteur reste en moyenne 3 heures dans ce musée et qu’il parcourt deux kilomètres. Que l’on soit Anna Karina ou un simple visiteur on traverse tous le Louvre à notre façon. David Prudhomme l’a traversé à sa manière.

Tout commence par Rembrandt. C’est un bon début Rembrandt. David Prudhomme est entrain de regarder un tableau du maître hollandais. S’il est là aujourd’hui, dans ce musée qui s’exporte même aux quatre coins du monde, c’est qu’il doit faire une bande dessinée sur le Louvre. David Prudhomme est un très grand dessinateur. Rebetiko ou la Marie en plastique aux éditions Futuropolis, quelques livres aux éditions Charrette ou Glénât. C’est donc pour se documenter qu’il se promène avec Jeanne, sa compagne dans les couloirs du Musée, d’ailleurs un coup de fil de son éditeur lui demande « s’il travaille sur son album ? » Bien sûr, c’est évident, le Louvre c’est comme une BD géante, sur tous les murs il y a des cases de tous les formats et de tous les styles et, comme le dit l’auteur lui-même, avec tous ces lecteurs qui viennent du monde entier, le Louvre c’est plus fort que Tintin !

Le fait est que David Prudhomme donne plutôt l’impression de ne pas savoir comment aborder ce musée dans le livre qu’il doit réaliser. Il faut reconnaitre que la tache n’est pas facile. Depuis au moins deux cents ans on a écrit sur ce musée, qu’est ce qu’aujourd’hui on peut pourvoir dire de plus ? Là pour l’instant il s’énerve, il a perdu Jeanne. Ils étaient ensemble avec Rembrandt, un coup de fil et elle disparaît. C’est agaçant. Si encore il pouvait l’appeler en criant, ou lui téléphoner, il aurait une chance de la retrouver, elle ne peut être bien loin, mais toutes ses possibilités sont bien heureusement interdites dans un musée. On ne peut pas crier ou téléphoner, il faut respecter la tranquillité des visiteurs qui sont là pour admirer les œuvres proposées au public. En même temps, un téléphone tout le monde en a un et personne ne se prive de s’en servir, que se soit pour son utilité première : appeler quelqu’un, ou pour sa fonction appareil photo pour garder un souvenir de la visite. Une chose est certaine, il faut qu’il retrouve Jeanne.

Et voilà David Prudhomme qui arpente les immenses couloirs et salles à la recherche de sa Jeanne. Pour David la visite commence. Il arpente les salles les unes après les autres. Des tableaux par centaines, des sculptures, des objets divers et variés mais surtout des gens. Des gens qui sont là pour regarder, admirer, contempler, pour se nourrir de toutes les œuvres proposées. Certains se posent devant un tableau et l’observent pendant un temps infini, d’autres se courbent pour lire toutes les indications et références sur les étiquettes des œuvres exposées, comme pour les apprendre par cœur et savoir tout sur ce qu’ils regardent. D’autres sont simplement assis avec un regard apaisé. Des groupes d’enfants écoutent un professeur leur raconter l’histoire d’un peintre, des groupes d’adultes suivent un guide qui agite un petit drapeau pour leur servir de repère dans la foule. Certains sourient, d’autres froncent les sourcils en essayant de comprendre ce que l’artiste a voulu exprimer, on voit même des gens qui parlent entre eux et qui ont l’air de ne pas se préoccuper de ce qui se passe autour d’eux. Des amoureux s’embrassent, beaucoup d’amoureux, le Louvre doit inspirer les baisers. Des étudiants en art dessinent. Beaucoup font la queue pour apercevoir Mona Lisa. La plupart prennent des photos, des tas de photos et parmi les gens qui font de la photo il y a toujours deux catégories. Ceux qui veulent un souvenir et ceux qui veulent faire de leur photo une œuvre d’art. Avec leurs téléphones portables, leurs appareils photos, leurs cameras, les bras en l’air sur la pointe des pieds, accroupis, en posant devant un tableau célèbre, en faisant des grimaces, en cherchant l’angle de vue parfait. Des milliers d’images prises, ils en oublient presque de regarder ce qu’ils photographient.

Chacun visite le Louvre à sa manière. Avec tout ça Jeanne est toujours introuvable. Après avoir traversé des dizaines de pièces, il faut se rendre à l’évidence, c’est un échec. Des dizaines de pièces, des centaines d’œuvres, des milliers de photos, David Prudhomme vient de voir tout ça. Combien de photos ont attrapé sa tête au vol alors qu’il cherchait Jeanne sans relâche. C’est trop, tout se mélange, trop de choses à voir et trop de choses vues. Il est temps de quitter cet endroit.
Magnifique.

David Fournol.



La traversée du Louvre
David Fournol


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David Fournol.

David Fournol
11/10/2010