Il faut le dire tout de suite, le livre de Dampremy Jack et de Terreur Graphique est assez compliqué à lire, en tout cas pour moi. Non pas qu’il soit écrit dans une langue inconnue, mal traduite, mais c’est qu’en fait il m’a obligé à faire une gymnastique à laquelle je ne suis pas habituée quand je lis un livre. Toutes les deux cases, j’étais obligé de poser mon bouquin, d’ allumer mon ordinateur, de taper le nom du groupe ou du morceau de musique que je venais de lire, en espérant que le moteur de recherche qui commence par Goo et qui finit par gle soit vraiment maître du monde et arrive à trouver, dans les milliards de milliards d’informations qu’il gère, ce morceau de musique pour l’écouter et pour pouvoir comprendre pourquoi il est indispensable de le connaître (il est nécessaire à cet instant de ma chronique de remercier sincèrement ce moteur de recherche car je ne sais pas comment j’aurais fait autrement). Le livre de Dampremy Jack et de Terreur Graphique parle donc de musique, vous aviez deviné. Ce livre est un peu comme la bibliothèque d’Alexandrie (carrément !), ou du moins comme la discothèque d’Alexandrie. C’est un puits de connaissances sans fond. Le seul problème de ce livre est, qu’après l’avoir lu, je me suis mis devant mon étagère de CD et me suis mis à pleurer, honteux. J’ai attendu 3h00 du mat pour que mes voisins ne me voient pas aller jeter tous mes disques dans la poubelle en vue de les remplacer par toutes les références extraordinaires que je venais de découvrir. Par contre maintenant je peux enfin briller en société. Tout a commencé par un blog (l’adresse est juste au dessous du titre). Un blog : « la musique actuelle pour les nuls ». Pendant quelques mois on va voir défiler sur les pages de ce blog, des histoires sur le rapport viscéral que les deux auteurs entretiennent avec la musique. Des histoires plus ou moins vraies, des affiches de concerts, des concerts, des filles (c’est important les filles) des anecdotes plus ou moins véridiques elles aussi, des hommages (pour l’occasion certaines planches ont été entièrement refaites par rapport à celles du blog) etc…Mais là ou beaucoup aurait fait juste une liste des musiciens qu’ils aiment Dampremy Jack et de Terreur Graphique vont beaucoup plus loin. Si ce blog existe c’est pour crier haut et fort tout ce qu’ils aiment certes, mais aussi par conséquent tout ce qu’ils n’aiment pas. Et quand ils n’aiment pas quelque chose on s’en rend vite compte ! Pour pouvoir s’exprimer librement il fallait un porte parole digne de confiance. Le personnage principal, qui va servir de faire valoir aux deux auteurs s’appelle G. Nous n’apprendrons pas grand chose sur lui sauf le nom des groupes de musique et des musiciens que tout homme normalement constitué devrait connaître avant de mourir et, qu’après la musique, la seule chose intéressante dans ce bas monde c’est le sexe. Un garçon plutôt sain bien que d’une assez grande mauvaise foi, mais somme toute assez plaisant. Certes tout de même un peu excessif à certains moments, mais attachant. G est capable de faire une étude sociologique et musicale rien qu’en regardant les gens autour de lui, et il se trompe assez rarement. Catégorique et sûr de lui, il aime expliquer que même si depuis que les femmes ont le droit de vote elles essaient de faire tout comme nous (ahahahaha !!!), il ne faudrait pas s’imaginer qu’elles sont capables de rivaliser avec les hommes en ce qui concerne le rock (même Patty Smith et P J Harvey). G est capable de disserter des heures sur le fait qu’une seule note de Johnny Marr est capable de faire que le ciel s’ouvre en deux, ou que tous les musiciens qui ont tenté une carrière solo se sont tous plantés en beauté. Tout ça en toute simplicité bien sûr ! Comment définir le meilleur morceau du monde. Facile, avec la définition de G, surtout qu’elle est fluctuante et d’adapte à ses besoins. Mais G est aussi capable de vous dire ce que sont les ondes alpha : mettez un disque d’Aretha Franklin et vous comprendrez. Alors bien sûr on pourrait s’insurger contre le manque total d’objectivité et les discours très orientés de G face à certains groupes ou musiciens. C’est pas faux, mais tant pis, Dampremy Jack et Terreur Graphique sont parfois (souvent en fait) excessifs, mais dans un monde où tout est tellement polissé , il est bon de trouver des gens qui tiennent un discours à contre courant.
L’album est parsemé ça et là de Play List, idéale (pour les auteurs), mais qu’il est très intéressant d’aller découvrir pour ceux qui comme moi ont une culture musicale proche du néant. En vrac le livre est drôle, intelligent, passionnant, complètement tordu et donc totalement indispensable. Terreur Graphique confirme encore une fois tout son talent de dessinateur et de narrateur. Son trait unique, et inimitable nous plonge automatiquement dans un univers bien à lui qu’il maîtrise parfaitement et avec un certain plaisir. Cet univers est un monde ou Terreur Graphique aime prendre les choses à rebrousse poil et il le fait avec un certain talent, c’est indéniable. Il faut vous plonger (si ce n’est déjà fait) dans la lecture de Rorschach aux éditions Six pieds sous terre, la rupture tranquille aux éditions Même pas mal et une multitude de petits récits chez l’excellente maison d’édition Vide cocagne. Bon, vous savez ce qu’il vous reste à faire !
David Fournol.