Paris 1901. Alors que l’exposition universelle attire des milliers de visiteurs, il en est un qui arrive tout juste d’Espagne et qui découvre la capitale au milieu de la foule qui se presse pour voir les pavillons du monde entier. Son nom Pablo Picasso. Il est peintre et vient à Paris pour voir une de ses toiles exposée dans une galerie. Il a fait le voyage avec son ami Carles Casagenas. A Paris ils ne connaissent personne exceptés quelques artistes espagnols comme eux qui sont arrivés quelques temps auparavant. Pablo et son ami se laissent guider par leurs amis qui ont eu le temps de s’imprégner de cette gigantesque ville. Cette ville paraît faite pour lui. La liberté laissée aux artistes le fascine, les mœurs très différentes de celles de l’Espagne qu’il vient de quitter sont un bouleversement pour lui. De plus comme ni Pablo ni Casagenas ne parlent correctement le français ils sont bien obligés de suivre le mouvement. Les premiers temps à Paris ne sont que plaisirs et créations. Pablo a trouvé un atelier dans lequel il peut créer, un agent s’occupe de lui et vend ses toiles, ce qui lui permet avec l’argent récolté d’acheter du matériel pour continuer, payer son loyer et aller au bordel de temps en temps. Son style plait et les rencontres avec les autres artistes commencent petit à petit. Pablo se fait un nom. Il entretient une relation assez sérieuse avec son modèle. La vie est plutôt bienveillante avec lui. Bien sûr le quotidien n’est pas aussi simple qu’il le souhaiterait, ses toiles ne se vendent que quelques centaines de francs, son ami Casagenas qui s’est amouraché d’une fille aux nombreux amants n’arrive plus à peindre, et cela pose des problèmes dans l’atelier, mais dans l’ensemble Paris est une ville assez accueillante pour lui. A cause des débordements dus à l’alcool et au chagrin d’amour, son ami Casagenas attire de plus en plus les regards de la police française qui est en charge de surveiller les faits et gestes des anarchistes espagnols, Pablo décide de repartir avec son ami quelques temps en Espagne histoire de se mettre un peu au vert. Sur place les tensions entre Pablo et Casagenas sont telles que son ami le quitte pour rejoindre la femme qu’il aime et qui le rend malheureux à Paris. En rentrant quelques semaines plus tard lui aussi, Pablo apprend la triste nouvelle. Casagenas s’est donné la mort après avoir essayé de tuer sa muse. Cette nouvelle bouleverse Pablo .Il l’apprend presque en même temps qu’on lui fait la proposition de faire une immense exposition de plus d’une centaine de ses œuvres, l’impact de la mort de son ami est un tournant dans sa vie. La mort influence son œuvre et le regard qu’il va porter sur son travail.
Dans le même temps, Fernande Olivier est une jeune femme de dix sept ans qui fête son mariage. Ce mariage est un mariage forcé, elle est malheureuse et subit sans rien dire cette situation comme elle a tout subi toute sa vie. Abandonnée par ses parents, elle est élevée par une tante qui ne l’aime pas et qui ne s’occupe pas d’elle. Entre les tontons qui essaient de la tripoter et l’indifférence de sa famille, Fernande a très vite compris que pour sortir de cet enfer elle devait se marier. Elle a donc répondu aux avances du premier venu qui a demandé sa main. Mais ce choix s’avère une erreur, sa vie est presque plus difficile que celle qu’elle avait avant. Son mari est un abruti, grossier, violent, qui la bat et abuse d’elle. Il va lui falloir beaucoup de courage pour oser quitter son mari et partir seule sur Paris. Seule dans les rues, sans un sou et le ventre vide elle s’arrête quelques instants devant une boulangerie et salive devant une brioche. Elle va rencontrer Laurent Debienne, sculpteur qui décide de l’engager comme modèle. Pour elle une nouvelle vie commence. Elle est certes la maîtresse de ce sculpteur mais elle va découvrir le monde artistique du Paris de ce début de siècle en devenant le modèle de peintres et autres artistes. Elle est libre et indépendante.
L’histoire et le hasard feront qu’elle et Pablo vont se rencontrer, s’aimer, et que pendant des années Fernande sera la muse, le modèle de toutes les toiles de Picasso. Mais même si Paris est une toute petite ville, il faudra quand même un petit coup de pouce du hasard. En l’occurrence, dans cette histoire le hasard s’appelle Max Jacob, poète, amoureux de Pablo qui sera au centre de cette rencontre.
Clément Oubrerie est le dessinateur de la superbe série Aya de Yopougon aux éditions Gallimard. Son travail dans cette série sur la vie de Pablo Picasso et sur le Paris de 1900 est fantastique, sa reconstitution des lieux, des costumes, est saisissante. C’est un magnifique album qui parle d’art, de peinture et d’une époque ou une révolution culturelle est en marche. Le travail graphique de Clément Oubrerie sur cet album est splendide. Un beau scénario de Julie Birmant qui raconte en parallèle la vie des deux futurs amants, ce qui lui permet de retracer l’histoire de Paris, de ses quartiers et des personnages, on croise au hasard des pages les grands artistes qui ont marqué ce début de siècle. Le destin des deux amoureux passant entre les mains de Max Jacob est une belle histoire.
Pablo est un beau livre.
David Fournol.