En 1811, à Oxford, il n'est pas de bon ton d'écrire des livres qui d'une manière ou d'une autre puissent remettre en cause les fondements de l'Église catholique. Il est évident que toute personne capable d'un tel acte serait mise au ban de la société et s'il s'agissait d'un élève de la prestigieuse école, il serait automatiquement renvoyé. Et bien, c'est exactement ce qui est arrivé à Percy B. Shelley. Non content d'avoir écrit et distribué un ouvrage dont le titre ne laisse planer aucun doute sur son contenu (de la nécessité de l'athéisme), Percy refuse de s'excuser auprès des instantes dirigeantes. Chassé de l'école, chassé de chez son père, il espère trouver refuge chez ses sœurs qui logent en plein cœur de Londres. Hélas, même dans sa famille ont ne voit pas d'un très bon œil, ses idées et son attitude désinvolte. Alors qu'il était juste venu chercher un peu de réconfort auprès de ses sœurs, il rencontre, juste avant de se faire mettre dehors, la jeune et jolie Harriet Westbrook qui loge justement chez ses sœurs. Percy est un beau parleur, et c’est aussi un cœur d’artichaut. En quelques secondes, il séduit la jeune fille et décide de partir avec elle. Harriet, interloquée, surprise et totalement séduite par ce personnage fantasque, le suit sans une hésitation. Les deux amants vont d’abord essayer de trouver refuge dans la famille Westbrook. Mais les manières quelles que peu cavalières de Percy et sa volonté de ne vouloir vouer sa vie qu’à l’écrire et à devenir un poète, laissent de marbre le père d’Harriet. Contraint et forcé de partir de cette demeure où on lui refuse l’union qu’il demande le jeune couple s’en va en direction d’Edimbourg. Là Percy et Harriet décident de se marier, avec l’argent que l’oncle de Percy lui a envoyé contre l’avis de son père, ils louent une petite maison. Commence alors pour les deux jeunes gens une vie bien différente de celle qu'ils avaient connue jusqu'à présent. Des demeures somptueuses à la vieille ferme délabrée, il n'y a qu'un pas. L’Irlande va inspirer Percy et l’écriture se met en place. Mais l’Irlande ne sera pas seulement source d’inspiration artistique pour Percy, elle sera aussi révélatrice d’un engagement politique. Mais l'engagement politique tout comme la poésie remplit rarement les marmites. Au bout de plusieurs mois le couple est obligé de rentrer en Angleterre. Sans un sou, obligé de se plier aux conditions de leurs familles respectives, le couple se sépare le temps que Percy devienne un nom incontournable dans la littérature anglaise. Percy va donc chez son oncle, le seul qui accepte encore de le recevoir chez lui, et Harriet retourne un temps chez son père. Pendant les longues semaines de leur séparation, Percy va entretenir une correspondance avec William Godwin philosophe. Bien décidé à devenir un grand poète, il repart pour Londres avec l’espoir que William Godwin puisse l’aider d’une quelconque façon et puis il vient de recevoir une lettre d’Harriet lui annonçant une surprise. Percy retourne donc à Londres. À Londres, beaucoup d'imprévus vont bousculer sa vie. D'abord, il apprend qu'il est père depuis peu (c'était la surprise) et allant rendre visite à William Godwin, il va tomber amoureux de Mary, la plus jeune des filles Godwin. Étant déjà marié et père d'un enfant, il est assez difficile de pouvoir obtenir le consentement d'un autre mariage. Alors comme à l’accoutumée, Percy décide de s'enfuir avec l'élue de son cœur, Mary. Sans aller trop loin dans les volumes à paraître et si ma mémoire ne me joue pas de tours, c'est une certaine Mary Shelley qui écrit un des plus grands classiques de la littérature anglaise quelques années plus tard : Frankenstein. De là à penser que c’est la même personne…
Ah la belle histoire !! Percy B Shelley est un personnage fantastique, un homme hors du commun. Ce Percy B Shelley est tour à tour insupportable et fascinant. Insupportable car il faut voir, comme il se moque de tout et de tout le monde. Fascinant car son audace à se moquer de tout est déconcertante. Le récit de David Vandermeulen est surprenant. Drôle, et épique il dépeint avec beaucoup de talent une époque lointaine où les mœurs et les principes faisaient tourner le monde, mais dans lequel des personnages qui se moquaient de ces codes comme Percy B. Shelley, Lord Byron, faisaient trembler les institutions. David Vandermeulen c’est le grand artiste qui a réalisé Fritz Haber aux éditions Delcourt, Faust chez Six pieds sous terre ou la journée d’un journaliste américain en 2889 toujours chez Six pieds sous terre. Scénariste, dessinateur. Son œuvre est surprenante d’ingéniosité et de poésie. Pour illustrer les aventures de Percy B Shelley c’est Daniel Casanave qui s’est mis aux manettes du dessin. Daniel Casanave. Quel talent !!Baudelaire, Flaubert, Verlaine. Trois albums aux éditions les rêveurs de lunes. Une petite bande dessinée avec Manu Larcenet une rocambolesque aventure du soldat inconnu chez Dargaud et deux albums avec déjà David Vandermeulen comme scénariste : Cremer aux éditions Dargaud. Un travail graphique admirable parfaitement mis en couleurs depuis des années par Patrice Larcenet.
Percy Shelley est un grand plaisir de lecture, c’est une série atypique qu’il ne faut pas rater.
David Fournol.