La stratégie répressive au Tibet mise en évidence par des communications internes au Parti Communiste chinois (PCC)
Source :
Phayul.com, 13 juillet 2008, par Tenzin Sangmo.
Version anglaise du texte initial par le Sunday Times à Hong Kong.
- New Delhi, le 13 juillet -
"Les numéros d'avril et mai du bulletin confidentiel « Xigang Tongxun » (Tibet Communications), destiné exclusivement aux responsables du Parti, révèlent que la Chine s'engage actuellement dans une série de mesures déjà décidées antérieurement pour accroitre sa domination politique du Tibet.
Ce bulletin d'information dévoile que Zhang Qingli, Secrétaire du Parti au Tibet depuis 2006, avait planifié un programme de « ré-éducation » dans une note personnelle à l'attention d'autres membres du Parti Communiste.
La révolte de mars à Lhassa (Tibet) a éclaté après des dizaines d'années d'administration brutale par un régime qui n'a que peu ou aucun respect pour les droits de l'homme.
Des documents internes citent le chiffre de 242 blessés parmi l'armée et la police chinoises; et 120 habitations et entreprises commerciales auraient été détruites à Lhassa.
De son côté, le gouvernement tibétain en exil estime qu'au moins 209 Tibétains ont perdu la vie, que le nombre de blessés dépasse 1000 personnes, et qu'au moins 5 972 Tibétains se trouvent derrière les barreaux.
En dehors des plaintes chinoises à propos d'actes séparatistes de la part du Dalai-Lama et de ses partisans, Zhang reconnaissait que « la paix sociale avait été mise à mal » au cours des manifestations anti-chinoises au Tibet.
Mais Lie Que, premier défenseur de la ligne du Parti au Tibet, était encore plus catégorique dans ses commentaires repris par le journal officiel « Tibet Daily » du 2 Juin :
« Il nous faut épurer les monastères et renforcer les comités de gestion.
Quand ce sera fait, nous les controlerons totalement,» déclarait-il.
Accusant le leader sprituel tibétain d'être l'instigateur de ces troubles, Zhang, selon les écrits du Parti, disait en privé que «Nous devons tirer les leçons de cette épreuve, et gérer nos masses pour élever une forteresse imprenable face aux vagues l'assaillant de toutes parts, afin de terrasser notre ennemi.»
« Mais nous sommes loin de la victoire définitive, parce que les partisans du Dalaï-Lama, manipulés par les forces occidentales ennemies, sont en train de préparer un nouveau plan séparatiste, » disait Zhang Qingli.
« C'est pourquoi vous, en tant que leaders des cellules de travail, vous devez maîtriser votre secteur et gérer vos gens efficacement. Que les chefs des comités de rue soient vigilants et attentifs à tout individu venant de l'extérieur ».
"Propagande et Education sont les principaux atouts de notre Parti.
Ce sont les armes les plus efficaces pour nous défendre contre les partisans du Dalai-Lama.
Alors, que notre Département de la Propagande travaille plus activement et nous présente son plan d'actions."
En outre il est sensé avoir dit : « Chaque département devrait profiter au maximum de tous ces religieux qui chérissent notre mère patrie (la Chine - NDT) et la religion, pour apporter plus de vigueur au travail des comités de gestion », laissant entendre que les forces de l'ordre, les branches religieuses et toutes les directions politiques devraient appliquer ses directives.
Auparavant les leaders chinois avaient accusé le Dalaï-Lama d'avoir comploté pour instaurer la «terreur» au Tibet et de conspirer avec les nationalistes Ouighours au Xinjiang (Turkestan Oriental–NDT), pour attiser les tensions dans la région à l'approche des Jeux Olympiques.
Le Dalai-Lama a toujours affirmé qu'il soutenait le fait que Pékin accueille les Jeux Olympiques, tout en revendiquant le droit pour les manifestants pro-Tibet de pouvoir exprimer librement leur opinion s'ils s'abstiennent de toute violence.
Zhang a provoqué une vive controverse à l'occasion du relais de la flamme olympique dans son étape de Lhassa, conduisant même le Comité International Olympique à lui faire des remontrances suite à ses déclarations où Zhang avait dit :
« Le ciel du Tibet ne changera jamais, et le drapeau rouge aux cinq étoiles y flottera pour toujours. Et nous allons à coup sûr totalement anéantir les vélléités séparatistes de la clique du Dalai-Lama. »
Ces paroles furent interprétées par beaucoup comme une politisation des Jeux et une vile démonstration du régime d'oppression dominant aujourd'hui le Tibet, un pays autrefois indépendant.
La Chine, dans sa volonté extrême d'accroitre son autorité et son emprise sur le Tibet dans les prochains jours, avec de multiples interdictions concernant les pratiques religieuses, les libertés fondamentales d'expression et de mouvement, va faire souffrir encore plus la minorité tibétaine, en portant directement atteinte à sa dignité et à son éthique morale. Les leaders du Parti sont persuadés que leur croisade contre les Tibétains va réussir ; ce n'est pour eux qu'une composante de leur stratégie dénuée de tout scrupule."
(Article transmis par Damien, volontaire francophone basé actuellement à Dharamsala).
Image d'illustration : ©
RSF (Reporters sans Frontières)