Rendre à l'humanité ce qui est à l'humanité / Gouni Malek 255 Boulevard Danielle Casanova 13014 Marseille 04 91 78 33 04


Frazer disait : pour s'identifier à sa toute puissance, les fils, après avoir tué le chef de la horde primitive, ils se livrèrent au cannibalisme, ils ont mangé sa chair. Et c'est comme celà qu'il a pu accéder au statut de père. Dans les sociétés humaines, depuis la nuit des temps nous ingurgitons de la chair du père, c'est ce qui est représenté par l'hostie dans l'Eucharistie, nous ingurgitons du symbole pour la célébration de la fraternité entre tous. Chez les musulmans on célèbre l'Aid El Adha en sacrifiant un agneau - comme l'agneau d'Abraham et l'agneau de pâques - Ce qui probablement nous évite de sacrifier le père, et non pas le fils, comme le figurent les religions monothéistes, en tout cas qu'on sacrifie le fils ou le père, il s'agit toujours d'un parricide, puisqu'on touche à la filiation - On sacrifiant un bélier, plus de sacrifice humain .Ce qui dans nos sociétés modernes pousse certains - des gens plus sensibles que d'autres - à être végétarien. Les femmes sont plus facilement végétariennes, ce qui probablement les dispense d'être des mantes religieuses : devoir "dévorer" la chair du père !
Dans les sociétés Hindouistes (le temple des végétariens) on a un grand respect pour la vie des espèces du fait de la croyance en la réincarnation, l'homme se mélange aux bêtes. Chez eux "les torchons se mélangent aux serviettes" comme s'ils avaient lu la théorie de l'évolution des espèces de Darwin. Ils savent depuis toujours que l'homme descend de la bête! Il n'ont pas recours au sacrifice des animaux pour célébrer la fraternité et pour maintenir la paix entre tous. Ils ont un autre rapport au père. le végétarisme est devenu au cours de l'histoire le privilège exclusif des castes supérieures pures, dont les brahmanes, tandis que la consommation de viande, associée au sacrifice sanglant, est tombée dans le domaine des classes populaires.
Toutes les révolutions débutent par une étincelle. Un geste, une indignation qui déclenche l'insurrection et l'insoumission. Dans toutes les révolutions des têtes tombent : Jules Césare, Les Khalifes arabes, Louis Seize, les Romanov, Mussolini, Nadjibullah, Ceausescu, Saddam, et la liste est longue.
Kadhafi n'a pas échappé à la règle, il avait même prédit sa propre mort dés le mois de février, dés le début de l'insurrection. Quand il s'était adréssé à son peuple et aux insurgés, il leur dit : " je vous chercherai chez vous, maison après maison, Zanga-Zanga (ruelle après ruelle). Et c'est lui qui s'est trouvé recherché, Zanga-Zanga, chez lui à Syrte. Bab El Azizia, son quartier général ou il fait son discours annonçant sa mort proche, ce n'est pas chez lui. Bab El Azizia ou la porte d'El Azizia, " la porte de ce qui est le plus cher " selon la traduction, et qui étrangement, simple coincidence ? Nous rappelle Bouazizi ! qui veut dire le père de ce qui m'est le plus cher. Bouazizi, ce jeune Tunisien, vendeur ambulant de fruits et légumes qui en s'enflammant, il a enflammé toutes les "Zanga" du monde arabe. De Bouazizi à Bab El Azizia, il n' y a qu'un pas, qu'une porte. Et voilà Kadhafi capturé dans un égout, le grand Kadhafi qui pouvait planter sa tante de bédouin là ou lui semblait - il l'avait fait à l' Élysée, lieu de l'Hadès - un guide (un Zaîm) doublé d'un demi-dieu grec avec ses amazones de Libye, passé des dollars du pipeline aux égouts ! Lui qui selon certaines révélations, aurait sorti secrètement deux cent milliars de dollars de Libye. Il aurait pu se réfugier dans un autre pays avec son butin, son petit larcin. Les hôtes en Afrique et en Amérique Latine se bousculaient pour l'accueillir. Non ! Il a préféré une mort certaine, jusqu'au-boutiste comme l'avait été Saddam Hussein (sacrifié d'ailleurs le jour de l'Aid El Adha) . Il a préféré combattre jusqu'à sa dernière goutte de sang, il l'avait dit dans son fameux discours de février. On le disait fou, non ! il n'était pas fou, sauf qu'il jouissait depuis trop longtemps d'une puissance sans limite, il jouissait du pouvoir sans partage, comme le père de la horde primitive qui pouvait jouir de toutes les femelles et qui chassait les mâles au fur et à mesure qu'ils grandissaient. Kadhafi était gardé par des femmes mystérieuses en treillis. Cette jouissance suprême est à classer du côté de la perversion - le sadisme : j'ai le droit de vie et de mort sur chaque être - Et c'est le cas de la plupart des dictateurs au double visage sanglant et bovin. Il avait El U'zza - vénus chez les arabes - il avait Aziz le dieu de la guerre et de la toute puissance à Bab El Azizia. Et il est allé à la rencontre et à la confrontation avec Ba 'al dieu des opprimés et du triomphe de la vie pour s'échouer entre les mains de Manât, la déesse noire, celle qui possède la pierre noire.
On l'a vu le jour de sa capture, après que son convoi ait subi les foudres de Rome, il était encore vivant, il a été molesté, le visage ensanglanté, il nous a offert une image Christique. Il a fait une dernière apparition, l'ultime sortie, qui est à inscrire du côté de la tragédie, du côté du fatum : le destin des dieux - le tragique signifie que nul n'échappe au destin - Il a voulu rentrer dans la mythologie. Et il a réussi ! Il est entré au panthéon d'Arabie.
Et voilà son corps, son cadavre ensanglanté, gisant à même le sol dans une chambre froide d'un marchand de légumes de la banlieue de Misrata - une simple petite coïncidence avec le métier de Bouazizi . Et on vient de tous les coins du pays pour admirer son cadavre, petits et grands, que des mâles, pas de femelles, comme dans le récit de Frazer, cité dans
l'inépuisable "Totem et Tabou" de Freud. On vient manger sa chair pour s'identifier, pour prendre un morceau de la toute puissance, de son vivant. Oui ! tous les libyens viennent à Misrata pour engloutir la chair de Kadhafi. Misrata veut dire en arabe : le lieu de l'engloutissement, le lieu ou s'engloutissent les objets - les arabophones en conviendront .. Encore une autre simple coincidence !

Il y aura un avant et un après la mort de Kadhafi. Avant la Libye n'avait pas de père .. Aujourd'hui, elle en a un !

Il y a trop de corps déchiquetés en terre d'islam, comme si toute mutation sociale ne pouvait s'opérer sans l'obligation de recourir à l'exposition de "chair fraîche" observable. Les sociétés musulmanes actuelles voient le retour violent de la corporalité sur la scène du social et du politique - un Niqab, un Jilbab jeté sur le corps de la femme pour mieux mettre en évidence le corps, rien que le corps, un corps sans visage, sans émotions, sans vie, un corps ambulant sans identité, sans nom, incognito : des cadavres ambulants - Depuis une trentaine d'années, nous assistons au retour d'une certaine conception "bouchère". Comme si la continuité du rapport humain, l'humanisation des générations à venir, comme si la question de la raison sur ces terres n'était qu'une affaire de viande ! Comme s'il n' y avait plus d'esprit, qui serait allé vagabonder dans je ne ne sais quel paradis, ou je ne sais dans quelle salle d'attente. En attente d'un corps déchiqueté explosé qui viendrait le rejoindre. Une corporalité brute en tout coin de rue, observable, corps démembrés, une tête par ci, un bras par là. Des "soldats" de dieu - on ne sait pas lequel - investissent les zanga de Beyrouth, d'Algérie, d'Irak, d'Afghanistan, de Palestine et d'Israël, d'Egypte, du Yémen, de Marrakech, du Pakistan, de Libye et de syrie. Comme si la folie et la dé-raison avaient déménagé et élu domicile dans ces contrées du monde - j'exagère à peine !
Si le christianisme s'est bâti sur cet acte fondateur qui est la passion du christ, ce corps crucifié, ce corps, transpercé, déchiqueté, ce corps observable - dieu est descendu sur terre et s'est mêlé aux humains. D'ailleurs la plupart des apôtres et des saints ont été martyrisés ( crucifiés tête en bas, écorchés vifs, brûlés vifs, jeté du haut d'un précipice ). L'islam, quant à cette autre religion, son acte fondateur est la parole : le coran "récitation" et non pas le corps, non pas la chair. l'ange Gabriel dit à Mahomet : " lis ! ". Et en cela l'islam est proche du judaïsme. Sommes nous entrain d'assister à une christianisation de l'islam ? A l'endroit ou en Amérique et en Europe, on croit être envahi par un Islam véhément et conquérant.
Pour revenir à cette question des corps observables, des " demoiselles d'Avignon " observables, en cela ce tableau est christique et pour ma part d'une violence inouï, toute la peinture dite du Nu en occident depuis le moyen âge est christique. Femmes vêtues, enveloppées, momifiées, " Jilbabilisées " en Islam, comme réponse du berger à la bergère nue christique de l'occident ( femmes momifiées au Botox, prothèses mammaires PIP, Lifting, ect..). Le monde est devenu totalement masculin et ces femmes en foulard viennent inscrire la différence des sexes comme dernier recours. Elles se posent comme dernier barrage contre la colonisation du " masculin " . La femme n'existe plus ! Comme si le corps avait perdu cette part du sacré qui l'habite, qu'on appelle la différence des sexes. C'est comme ce qui est relaté par cette histoire de deux fous qui se sauvent d'un hôpital psychiatrique. Ils marchent longtemps dans la forêt jusqu'à ce qu'ils arrivent devant une barrière sur laquelle on lit : " domaine naturiste " . L'un des fous monte sur les épaules de l'autre pour s'assurer de ce qu'il y a derrière. Qu'est ce que tu vois ? Je vois des gens nus. Est-ce des hommes ou des femmes ? Je ne peux pas te dire parce qu'ils ne sont pas habillés. La corporalité en occident est très présente, exposée sur les magazines et qui semble crèver les écrans cathodiques ou à haute définition - En cela l'imagerie est christique, la télévision est christique, le cinéma est christique (cadavres, tueries, sexe, corps à profusion) contrairement à la radio qui n'est pas du côté de la représentation. Quid d'Internet qui semble être bicéphale, mais je suis persuadé que c'est un appel à quitter la corporalité, un rebrousse-corporalité. L'anorexie mentale et les formes d'obésité observées témoignent d'un retour pathologique - au pas de charge - à la corporalité. Les tueries perpétrés ici et la "sans raisons" - Colombine, Oslo, Liège, ect..- sont aussi une forme de retour à la corporalité : laisser la chair fraîche sur le carreau. " Descendre " quelqu'un ou quelques-uns c'est descendre dieu parterre, le mettre à terre à travers ses créatures, lui qui plane tout le temps, lui qui est " esprit ", le mettre en " chair " . Et les cannibales, les vautours, les nettoyeurs ne sont jamais très loin pour colporter le scoop, les images du cadavre, des cadavres de la scène et des scènes du meurtre. A titre d'exemple et c'est glaçant ! Les soldats américains pisseurs, qui ont pissé sur les cadavres des trois Afghans ce sont comportés comme des nécrophiles, des cannibales : ils viennent mélanger leur pisse au sang et à la chair des cadavres, une continuité biologique s'établit. Ils viennent copuler avec le père et " manger " sa chair, en mélangeant les fluides. Le monde est peuplé de cannibales qui s'ignorent.
Ces notions de corporalité et de " conception bouchère " je les ai empruntées à Pierre Legendre qui a fait un travail remarquable et d'une pertinence inégalable dans son traité sur le déclin du père en occident : " Le crime du caporal Lortie ". Comme si dans ce monde, du moins au moyen-orient et en occident (le monde est devenu tout de même occidental !) deux types d'interprétation se partagent l'humanité, elles sont l'assise de la question de la raison : primo la ligature de la chair et le verbe chez les juifs, qui se fait par le biais de la circoncision. On coupe un petit morceau qu'on offre à dieu, " qu'on jette à dieu " pour faire alliance avec lui (pour que le verbe habite et habille le corps et le sorte de l'animalité).Secondo chez les chrétiens, comme le suggère Pierre Legendre, cette ligature se fait par le biais du baptême et qu'il appelle ligature spirituelle, la circoncision spirituelle, c'est l'esprit saint, ce troisième larron qui vient lier les deux (le verbe et la chair). Je pense pour ma part - et c'est la thèse de Legendre - que les choses se sont modifiées depuis l'industrialisation à outrance et depuis le Nazisme. Et que ce n'est plus ce saint esprit qui fait ligature dans ce monde moderne matérialiste, mais que c'est tout le corps, tout entier qui est offert, l'esprit et le corps se confondent en une seule entité. Le tiers est exclu, de plus en plus exclu, il n' y a plus de troisième larron, il n' y a plus d'interprète, l'interprète est mort, le prophète, le chaman et le sorcier sont morts. De plus en plus représentés par la nature, notre bonne vieille nature : la science, l'écologie. Et par la machine, le juridique, la comptabilité, le démontrable et l'argent : le fétiche - l'avènement du monde du fétiche - Son altesse royale fétiche premier. Ce troisième larron est représenté par l'oeil, la clinique du regard, le désir à l'oeil : les grecs n'ont pas crevé les yeux d'oedipe pour rien . Il n' y a plus que les paroles de Saint Thomas qui comptent : " Si je ne vois dans ses mains la marque des clous, et si je ne mets mon doigt dans la marque des clous, et si je ne mets ma main dans son côté, je ne croirai point ". Thomas veut dire jumeau en Araméen, " Taouème " en Arabe. Il n' y a que deux corps dupliqués en un seul (encore une simple coïncidence !). L'islam pour sa part tout est verbe, il n' y a pas de corps, d'ou l'absence de représentation. Le coran et le Hadith " des récitations ", telle une cascade qui tombe sans interruption sur le corps. Combien de fois le mot " rivières " est cité dans le coran, les arabes ont fait des miracles avec l'eau ! Et la " Roqya " très fréquemment utilisée, qui est une forme de traitement par des versets coraniques, on déverse sur votre corps des versets. Le coran est du côté de la lettre qui se fait entendre, une lettre " consommable ". Contrairement à La bible qui est écriture, c'est le texte écrit, ainsi que la Torah qui vient du mot " yarah " qui veut dire montrer, indiquer une direction, le judaïsme est du côté du mouvement. Et le mot " yorah " ou " roëya " en arabe veut dire ce qui se voit, ce qu'on voit. Et mon hypothèse est que le corps est entrain de revenir, est entrain de se faire voir en islam, il est entrain de faire une apparition fracassante dans cette religion.. Au point ou des pseudo- scientifiques viennent écrire des thèses pour prouver que les versets coraniques ont dit des vérités sur les découvertes scientifiques modernes. Quelle candeur de croire qu'on peut mettre en rapport un verset et une théorie scientifique ! C'est très réducteur pour le coran qui est une écriture très complexe et très riche qui nécessite beaucoup de rigueur et de " l'Ijtihâd ". On ne peut pas enfermer l'islam dans une phrase lapidaire " scientifique " on ne peut pas le dissimuler dans l'enchevêtrement d'une barbe hirsute, on ne peut pas l'enfermer dans une étoffe de tissus, dans un Jilbab, dans une bourka. Ou es-tu Al-Burda ? ce manteau de poésie de Kaâb ibn Zouhaïr écrite à l'aube de l'islam, tel le manteau de Noé. Ou sont toutes les Al Burda de prose, de philosophie et de sagesse musulmane ? L'islam est entrain de sombrer dans le démontrable, dans la démonstration, dans la comptabilité, dans l'observable, il est entrain de se " Thomasier ", il est entrain de subir " l'épreuve " et la révolution de Saint Thomas. Et il n' y aura plus de cascades, plus d'eau, plus de fontaines, plus d'ablutions, et le retour vers le désert est promis. Nous assistons à la naissance d'un " néo-islam " décadent faisant face au néo-protestantisme activiste trans-atlantique - des néo-conservateurs Bushistes - " sanglants et cinglés ".










Rédigé par Malek Gouni le Dimanche 23 Octobre 2011 à 04:32