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NOS IRIS
14/05/2012
Nos beaux iris commencent de se déplumer inexorablement. Mais loués soient-ils de s'être épanouis avec gloire sur notre balcon. Deux douzaines, immenses et d'une bleu céleste, ils auront résisté longtemps aux rafales de vent et de pluie depuis bientôt trois semaines, nous démontrant par leur éclat et leur pugnacité que les beaux jours arrivaient quand même, alors qu'on désespérait de les voir venir. C'est l'année dernière qu'ils sont apparus et nous n'étions pas sûrs de les revoir cette année parce que cette fleur-là n'a pas forcément vocation à pousser dans un pot au cinquième étage d'un immeuble parisien. Ils sont revenus, plus hautains et plus fournis. Vous n'imaginez pas quel plaisir ce fut de les redécouvrir chaque matin, leurs interminables tiges se faufilant entre les branches des rosiers, alors que le ciel était une fois de plus chagrin et que la pluie menaçait encore de tomber. Et louée soit aussi l'émérite main verte, ce n'est pas la mienne, qui s'en est occupé.
Les roses Pierre-de-Ronsard assurent la relève depuis quelques jours. Entre toutes les roses, elle sont parmi les plus généreuses. C'est une manie saugrenue, j'en conviens, de compter chaque fois les bourgeons avant la floraison. Au moins 120 à vue d'oeil, charnus et prometteurs, prêts à s'épanouir. Mais il est manifeste que les pluies répétées leur ont causé du tort, ils s'ouvrent plus lentement et la fleur est à peine formée qu'elle pique bientôt du nez comme si, après avoir longtemps résisté aux éléments hostiles, elle rendait les armes. N'empêche, c'est un sacrément beau spectacle de voir cette épaisse guirlande de roses envahir le balcon le long des trois fenêtres. De l'autre côté de la rue, c'est le voisin qui profite le mieux du décor.
Et puis viendra le temps des géraniums et des lavandes, qui traverseront tout l'été, comme des petits soldats fidèles au poste...
Les roses Pierre-de-Ronsard assurent la relève depuis quelques jours. Entre toutes les roses, elle sont parmi les plus généreuses. C'est une manie saugrenue, j'en conviens, de compter chaque fois les bourgeons avant la floraison. Au moins 120 à vue d'oeil, charnus et prometteurs, prêts à s'épanouir. Mais il est manifeste que les pluies répétées leur ont causé du tort, ils s'ouvrent plus lentement et la fleur est à peine formée qu'elle pique bientôt du nez comme si, après avoir longtemps résisté aux éléments hostiles, elle rendait les armes. N'empêche, c'est un sacrément beau spectacle de voir cette épaisse guirlande de roses envahir le balcon le long des trois fenêtres. De l'autre côté de la rue, c'est le voisin qui profite le mieux du décor.
Et puis viendra le temps des géraniums et des lavandes, qui traverseront tout l'été, comme des petits soldats fidèles au poste...
Jean Belot
Rédigé par Jean Belot le 14/05/2012 à 14:39
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Commentaires (2)
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DE L'HABILETÉ TEMPÉRÉE
14/05/2012
Habile, François Hollande ? Certes oui. Pour la formation du gouvernement Ayrault, où chaque courant a trouvé son compte, où chaque proche du président a reçu le prix de sa fidélité, où chaque région est représentée, où même les adversaires d'hier - Fabius le premier, Montebourg ensuite - ont été honorés. Habile, déjà, pour être passé presqu'inaperçu jusqu'aux primaires du mois d'octobre dernier et s'être laissé sous-estimer par Nicolas Sarkozy presque jusqu'à la veille du second tour de l'élection. Et habile, d'abord, pour avoir dirigé pendant onze ans un parti dont le maire PS de Quimper dit que "c'est une curieuse animalerie" avec ses grands fauves et ses drôles d'oiseaux. Inexpérimenté, le nouveau président ? C'est évident !
Son habileté suprême consisterait maintenant à ne pas en abuser pour mieux respecter son programme. A ne pas sucomber à la tentation d'user et d'abuser des énormes pouvoirs que donne la Constitution au président de la Vè République. On se rappelle avec quelle délectation François Mitterrand, qui avait pourtant dénoncé sans relâche "le pouvoir personnel" exercé par le général de Gaulle, a revêtu les atours d'un chef de l'Etat et marqué son omnipotence, aussitôt entré à l'Elysée. Les vertiges du pouvoir sont tels, après une patiente quête et des rivalités sans merci, qu'il est quasiment impossible d'y échapper. Et on n'a pas d'exemple d'un président qui ne sorte pas tôt ou tard de son rôle pour régenter le domaine de son Premier ministre.
L'adjectif est mis à toutes les sauces ces jours-ci, mais qu'est-ce que l'exercice d'une présidence "normale" ? Il ne consiste pas seulement à l'assurer sans trop de falbalas, de parades ou de dépenses somptuaires et sans intervenir à tort et à travers dans tous les domaines. On ne va tout de même pas se pâmer d'admiration parce qu'un président prend le train, se déplace à pied dans Paris et réduit les frais de bouche du palais ! Un exemple, François Hollande s'est engagé à ne pas intervenir pour nommer le PDG de France Télévisions. Soit, mais s'il s'agit de revenir au mode de désignation antérieur, laissant aux membres du Conseil supérieur de l'audiovisuel le soin de le nommer, alors qu'eux-mêmes avait été choisis par les présidents de la République, de l'Assemblée nationale et du Sénat, l'Elysée aura encore tout loisir d'imposer son candidat. La vraie nouveauté serait déjà que le chef de l'Etat ne choisisse plus les journalistes qui vont l'interroger !
Du reste, dans quelques semaines la présidence "normale" risque de connaître une heure de vérité. Si la gauche gagnait les élections législatives, le parti au pouvoir serait donc installé à l'Elysée, à Matignon, à l'Assemblée nationale, au Sénat et à la tête de presque toutes les régions et les grandes villes de France. Elle bénéficierait partout d'un pouvoir sans partage et l'opposition de droite serait réduite au rôle de spectatrice forcée, absolument impuissante à modifier le cours des choses.
Quelle serait alors la réaction du président Hollande ? Une présidence normalement exercée ne pourrait pas s'accommoder pendant cinq ans d'une pareil déséquilibre, mettant en danger la pratique démocratique. Il conviendrait alors d'appliquer une politique d'ouverture, de proposer, en compensation, quelques postes décisifs. Pourquoi pas la présidence de l'Assemblée nationale ? Mais la tête que ferait Ségolène Royal, qui compte ferme occuper "le perchoir"...
Et une autre heure de vérité serait encore plus alarmante : que l'opposition gagne les législatives, suivies d'une cohabitation paralysant pendant cinq ans le président, que les Français viennent d'élire. N'est-il pas temps de rénover nos institutions, qui engendrent d'incessantes guerres de tranchées ?
Son habileté suprême consisterait maintenant à ne pas en abuser pour mieux respecter son programme. A ne pas sucomber à la tentation d'user et d'abuser des énormes pouvoirs que donne la Constitution au président de la Vè République. On se rappelle avec quelle délectation François Mitterrand, qui avait pourtant dénoncé sans relâche "le pouvoir personnel" exercé par le général de Gaulle, a revêtu les atours d'un chef de l'Etat et marqué son omnipotence, aussitôt entré à l'Elysée. Les vertiges du pouvoir sont tels, après une patiente quête et des rivalités sans merci, qu'il est quasiment impossible d'y échapper. Et on n'a pas d'exemple d'un président qui ne sorte pas tôt ou tard de son rôle pour régenter le domaine de son Premier ministre.
L'adjectif est mis à toutes les sauces ces jours-ci, mais qu'est-ce que l'exercice d'une présidence "normale" ? Il ne consiste pas seulement à l'assurer sans trop de falbalas, de parades ou de dépenses somptuaires et sans intervenir à tort et à travers dans tous les domaines. On ne va tout de même pas se pâmer d'admiration parce qu'un président prend le train, se déplace à pied dans Paris et réduit les frais de bouche du palais ! Un exemple, François Hollande s'est engagé à ne pas intervenir pour nommer le PDG de France Télévisions. Soit, mais s'il s'agit de revenir au mode de désignation antérieur, laissant aux membres du Conseil supérieur de l'audiovisuel le soin de le nommer, alors qu'eux-mêmes avait été choisis par les présidents de la République, de l'Assemblée nationale et du Sénat, l'Elysée aura encore tout loisir d'imposer son candidat. La vraie nouveauté serait déjà que le chef de l'Etat ne choisisse plus les journalistes qui vont l'interroger !
Du reste, dans quelques semaines la présidence "normale" risque de connaître une heure de vérité. Si la gauche gagnait les élections législatives, le parti au pouvoir serait donc installé à l'Elysée, à Matignon, à l'Assemblée nationale, au Sénat et à la tête de presque toutes les régions et les grandes villes de France. Elle bénéficierait partout d'un pouvoir sans partage et l'opposition de droite serait réduite au rôle de spectatrice forcée, absolument impuissante à modifier le cours des choses.
Quelle serait alors la réaction du président Hollande ? Une présidence normalement exercée ne pourrait pas s'accommoder pendant cinq ans d'une pareil déséquilibre, mettant en danger la pratique démocratique. Il conviendrait alors d'appliquer une politique d'ouverture, de proposer, en compensation, quelques postes décisifs. Pourquoi pas la présidence de l'Assemblée nationale ? Mais la tête que ferait Ségolène Royal, qui compte ferme occuper "le perchoir"...
Et une autre heure de vérité serait encore plus alarmante : que l'opposition gagne les législatives, suivies d'une cohabitation paralysant pendant cinq ans le président, que les Français viennent d'élire. N'est-il pas temps de rénover nos institutions, qui engendrent d'incessantes guerres de tranchées ?
Jean Belot
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TF1, AVIS DE TEMPÊTE
14/05/2012
Longtemps la médiocrité des programmes de TF1 a été compensée par l'efficacité de ses informations générales, grâce à une réactivité aux grands évènements de l'actualité et au déploiement instantané de ses équipes quand survenait un drame, comme l'écrasement du "Concorde" ou la disparition d'un Michael Jackson. Après tout, on n'a jamais été obligé de voir la crapuleuse émission "Perdu de vue", la racoleuse "Koh Lanta", la stupide "Méthode Cauet" ou la vulgaire "Il n'y a que la vérité qui compte" mais quand la mort de Jean-Paul II se produisait, on savait que TF1 mettrait les petits plats dans les grands, n'hésiterait pas à expédier des reporters aux quatre coins du monde et convoquerait les spécialistes reconnus du défunt pape.
On savait aussi de quel côté politique penchait systématiquement la chaîne Bouygues depuis sa privatisation ; et que, dans la coulisse, les Mougeotte, Carreyrou et Nahmias s'activaient le plus possible pour que la rédaction restât dans la ligne éditoriale fixée en haut lieu. Mais l'audience de la Une était telle, alors, que presque toujours un président de la République, un premier ministre ou le plus obscur secrétaire d'Etat choisissait de s'exprimer sur TF1.
Cette époque-là est révolue, on vient de le vérifier à trois reprises à l'occasion de l'élection présidentielle : au soir du premier, puis du second tour de scrutin comme pour le face-à-face Hollande-Sarkozy, c'est France 2 qui réunit le plus de spectateurs. Et ce n'est pas un hasard si le nouveau Premier ministre a décidé de répondre aux questions de David Pujadas, dont le 20 Heures fait presque jeu égal depuis plusieurs mois avec celui de Laurence Ferrari. A force de cultiver à longueur d'année les faits divers à outrance et de relayer les rengaines du pouvoir sur la sécurité, TF1 a préféré faire l'impasse sur l'information politique au prétexte - faux, on vient de le vérifier avec l'élection présidentielle - que les Français se désintéressaient de la politique et sans doute parce que la cote de popularité de Nicolas Sarkozy atteignait un inquiétant étiage. La politique était même quasiment bannie du 13 Heures de Jean-Pierre Pernaut, qui aime mieux refléter la vie quotidienne en province, notamment celle des seniors en butte à la désertification des campagnes et à la disparition inquiétante du petit commerce.
France 2, pendant ce temps-là, étoffait son information, consciente qu'elle devait proposer à son public une offre répondant à son statut de chaîne de service public à l'occasion d'une élection présidentielle. Alors que sa rivale ne proposait plus aucune émission politique, la Deux en programmait trois, "C dans l'air" et "Mots croisés", depuis longtemps programmées, et "Des paroles et des actes" créée pour la circonstance. Chacune, selon sa formule, a labouré le spectre de la vie politique. Le public était fidèle à ces rendez-vous-là, les candidats, les ministres et les élus aussi.
Mais qu'il est difficile de se débarrasser de ses mauvaises habitudes ! L'autre soir, c'était mardi, le 20 Heures de France 2 révervait évidemment la majeure partie de son journal à la journée d'investiture de François Hollande. Réportages et interviewes multiples de badauds près de l'Elysée et sur les Champs-Elysées, d'élus, de militants... Eh bien, toutes les personnes interrogées étaient des supporters fervents du nouveau président ! Comme si les électeurs, chagrins, de Nicolas Sarkozy avaient décidé de déserter Paris. Sans solliciter forcément l'avis de la foutraque Nadine Morano, on aurait pu avoir l'élégance et l'impartialité de tendre le micro à quelques opposants, pas vrai ?
On savait aussi de quel côté politique penchait systématiquement la chaîne Bouygues depuis sa privatisation ; et que, dans la coulisse, les Mougeotte, Carreyrou et Nahmias s'activaient le plus possible pour que la rédaction restât dans la ligne éditoriale fixée en haut lieu. Mais l'audience de la Une était telle, alors, que presque toujours un président de la République, un premier ministre ou le plus obscur secrétaire d'Etat choisissait de s'exprimer sur TF1.
Cette époque-là est révolue, on vient de le vérifier à trois reprises à l'occasion de l'élection présidentielle : au soir du premier, puis du second tour de scrutin comme pour le face-à-face Hollande-Sarkozy, c'est France 2 qui réunit le plus de spectateurs. Et ce n'est pas un hasard si le nouveau Premier ministre a décidé de répondre aux questions de David Pujadas, dont le 20 Heures fait presque jeu égal depuis plusieurs mois avec celui de Laurence Ferrari. A force de cultiver à longueur d'année les faits divers à outrance et de relayer les rengaines du pouvoir sur la sécurité, TF1 a préféré faire l'impasse sur l'information politique au prétexte - faux, on vient de le vérifier avec l'élection présidentielle - que les Français se désintéressaient de la politique et sans doute parce que la cote de popularité de Nicolas Sarkozy atteignait un inquiétant étiage. La politique était même quasiment bannie du 13 Heures de Jean-Pierre Pernaut, qui aime mieux refléter la vie quotidienne en province, notamment celle des seniors en butte à la désertification des campagnes et à la disparition inquiétante du petit commerce.
France 2, pendant ce temps-là, étoffait son information, consciente qu'elle devait proposer à son public une offre répondant à son statut de chaîne de service public à l'occasion d'une élection présidentielle. Alors que sa rivale ne proposait plus aucune émission politique, la Deux en programmait trois, "C dans l'air" et "Mots croisés", depuis longtemps programmées, et "Des paroles et des actes" créée pour la circonstance. Chacune, selon sa formule, a labouré le spectre de la vie politique. Le public était fidèle à ces rendez-vous-là, les candidats, les ministres et les élus aussi.
Mais qu'il est difficile de se débarrasser de ses mauvaises habitudes ! L'autre soir, c'était mardi, le 20 Heures de France 2 révervait évidemment la majeure partie de son journal à la journée d'investiture de François Hollande. Réportages et interviewes multiples de badauds près de l'Elysée et sur les Champs-Elysées, d'élus, de militants... Eh bien, toutes les personnes interrogées étaient des supporters fervents du nouveau président ! Comme si les électeurs, chagrins, de Nicolas Sarkozy avaient décidé de déserter Paris. Sans solliciter forcément l'avis de la foutraque Nadine Morano, on aurait pu avoir l'élégance et l'impartialité de tendre le micro à quelques opposants, pas vrai ?
Jean Belot
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BRÈVES DE BLOG
14/05/2012
- "Fort en gueule"..., "Fier à bras"... Vite dit, il y a un certain panache de la part de Jean-Luc Mélanchon à vouloir braver Marine Le Pen sur ses terres électorales, en n'ayant pas forcément l'assurance d'être élu - quoi qu'en disent les sondages -, alors qu'il aurait pu discrètement négocier avec le PS une circonscription lui garantissant un succès qu'il n'a pas volé et qui répondait exactement à l'attente du PS : non seulement, le Front de gauche a apporté de précieuses voix à Hollande au second tour mais il en avait obtenu juste assez au premier pour ne pas embarrasser le candidat socialiste.
- La "Françafrique", François Mitterrand la condamnait vigoureusement pendant sa campagne électorale de 1981 mais, à peine était-il élu, qu'il nouait avec les chefs des Etats africains les mêmes liens néocolonialistes qu'avaient noués de Gaulle, Pompidou et Giscard d'Estaing avant lui, puis Chirac après lui. Nicolas Sarkozy n'avait modifié en rien cette tutelle. A son tour, François Hollande l'a condamne...jusqu'à quand ? Pour le coup, s'il respectait son engagement, il serait un président de la République française profondément anormal.
- La "Françafrique", François Mitterrand la condamnait vigoureusement pendant sa campagne électorale de 1981 mais, à peine était-il élu, qu'il nouait avec les chefs des Etats africains les mêmes liens néocolonialistes qu'avaient noués de Gaulle, Pompidou et Giscard d'Estaing avant lui, puis Chirac après lui. Nicolas Sarkozy n'avait modifié en rien cette tutelle. A son tour, François Hollande l'a condamne...jusqu'à quand ? Pour le coup, s'il respectait son engagement, il serait un président de la République française profondément anormal.
Jean Belot
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UN "MIRACLE" DÉMOCRATIQUE
08/05/2012
Le lendemain du 8 mai, les quotidiens rivalisaient d'allégresse après le spectacle offert par l'ancien président de la République et le nouveau, réunis côte à côte sous l'Arc de Triomphe pour la commémoration de l'armistice de 1945. "Trêve républicaine" titrait un journal, tandis qu'un autre célébrait une "Parenthèse" bienvenue, qu'un troisième évoquait une "République réconciliée" ou un quatrième une "Union sacrée"... Les télévisions et radios n'étaient pas en reste pour louer ce "miracle" démocratique ; elles n'ont pas exalté la "dignité" du moment mais il s'en fallut de peu. Bref, on se réjouissait que Nicolas Sarkozy ait eu la bonne idée d'associer son successeur à la cérémonie et que François Hollande ait accepté d'y participer au lendemain d'une guerre de positions qui venait de les opposer pendant des mois.
En vérité, ce spectacle insolite, surprenant et rassurant n'aurait dû susciter aucun émoi particulier, tant il semble normal, légitime, que, dans les démocraties depuis longtemps installées, le parti au pouvoir et celui qui est dans l'opposition soient réunis pour rendre hommage aux victimes d'une guerre et que soient évidemment abolies pendant quelques heures les querelles idéologiques. Pas en France, où les séquelles de la deuxième guerre mondiale n'ont toujours pas été digérées. Pour mémoire, les chambres à gaz considérées comme "un détail" de l'histoire par Jean-Marie Le Pen, l'exclusivité de la résistance revendiquée par les gaullistes et quelques mythes entretenus depuis un demi-siècle avec soin, "Le peuple de Paris en armes qui se soulève contre l'occupant" ou le parti communiste "parti des 75 000 fusillés", toutes assertions passablement abusives. Ajoutez des années d'une féroce Guerre froide qui a radicalisé les engagements...
L'irruption de la Vè République n'a pas dégagé l'horizon, au contraire. Qu'on se rappelle la totale main mise du pouvoir sur les chaînes de télévision et de radio, la quasi interdiction de séjour médiatique réservée à François Mitterrand pendant plus de vingt ans, lequel s'empressa de rendre la monnaie de la pièce en 1981, une chasse aux sorcières succédant à une autre, non seulement dans le secteur de l'information mais dans ceux de la haute administration et des entreprises publiques. Aux Etats-Unis, existe de longue date le "spoils system", ou système des dépouilles, qui est presque institutionnel et qui consiste à remplacer les fonctionnaires de l'administration fédérale par d'autres, acquis aux idées du nouveau président après son élection. En France, le système est plus clandestin, revenchard, et relève trop souvent du réglement de comptes. Exemple, le sarkozyste Henri Proglio, PDG d'EDF, jeté dans les pattes de la mitterrandienne Anne Lauvergeon, PDG d'Areva, finalement éjectée avant que ne vienne peut-être le tour de Proglio... C'est pourquoi quand, soudain, deux présidents déposent ensemble une gerbe sur la tombe du Soldat inconnu, la France se pâme d'émotion.
Verra-t-on un jour à Paris, comme à Washington, un ancien président devenir l'ambassadeur de ses successeurs ? Jimmy Carter a successivement été le Monsieur Bons Offices de George W Bush en Israël pour plaider la cause palestinienne, puis de Barack Obama en Corée du Nord pour obtenir la libération d'un enseignant américain ; et avant de prononcer un discours sur le retrait des troupes américaines en Irak, Obama avait pris la peine de téléphoner à son prédécesseur...
Nous avons encore beaucoup de chemin à faire à Paris.
En vérité, ce spectacle insolite, surprenant et rassurant n'aurait dû susciter aucun émoi particulier, tant il semble normal, légitime, que, dans les démocraties depuis longtemps installées, le parti au pouvoir et celui qui est dans l'opposition soient réunis pour rendre hommage aux victimes d'une guerre et que soient évidemment abolies pendant quelques heures les querelles idéologiques. Pas en France, où les séquelles de la deuxième guerre mondiale n'ont toujours pas été digérées. Pour mémoire, les chambres à gaz considérées comme "un détail" de l'histoire par Jean-Marie Le Pen, l'exclusivité de la résistance revendiquée par les gaullistes et quelques mythes entretenus depuis un demi-siècle avec soin, "Le peuple de Paris en armes qui se soulève contre l'occupant" ou le parti communiste "parti des 75 000 fusillés", toutes assertions passablement abusives. Ajoutez des années d'une féroce Guerre froide qui a radicalisé les engagements...
L'irruption de la Vè République n'a pas dégagé l'horizon, au contraire. Qu'on se rappelle la totale main mise du pouvoir sur les chaînes de télévision et de radio, la quasi interdiction de séjour médiatique réservée à François Mitterrand pendant plus de vingt ans, lequel s'empressa de rendre la monnaie de la pièce en 1981, une chasse aux sorcières succédant à une autre, non seulement dans le secteur de l'information mais dans ceux de la haute administration et des entreprises publiques. Aux Etats-Unis, existe de longue date le "spoils system", ou système des dépouilles, qui est presque institutionnel et qui consiste à remplacer les fonctionnaires de l'administration fédérale par d'autres, acquis aux idées du nouveau président après son élection. En France, le système est plus clandestin, revenchard, et relève trop souvent du réglement de comptes. Exemple, le sarkozyste Henri Proglio, PDG d'EDF, jeté dans les pattes de la mitterrandienne Anne Lauvergeon, PDG d'Areva, finalement éjectée avant que ne vienne peut-être le tour de Proglio... C'est pourquoi quand, soudain, deux présidents déposent ensemble une gerbe sur la tombe du Soldat inconnu, la France se pâme d'émotion.
Verra-t-on un jour à Paris, comme à Washington, un ancien président devenir l'ambassadeur de ses successeurs ? Jimmy Carter a successivement été le Monsieur Bons Offices de George W Bush en Israël pour plaider la cause palestinienne, puis de Barack Obama en Corée du Nord pour obtenir la libération d'un enseignant américain ; et avant de prononcer un discours sur le retrait des troupes américaines en Irak, Obama avait pris la peine de téléphoner à son prédécesseur...
Nous avons encore beaucoup de chemin à faire à Paris.
Jean Belot
Jean Belot
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