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D'UN  "MODÈLE"  L'AUTRE
Au tour du modèle économique allemand d'être donné en (bon) exemple. Depuis une quarantaine d'années, nos présidents se sont emballés pour tel ou tel modèle économique. Georges Pompidou s'était entiché du "modèle suédois -  avec le soleil en plus", qui alliait la prospérité et la solidarité mais reposait sur des impôts très lourds permettant à l'Etat d'administrer, en accord avec de très coopératifs syndicats, l'éducation, la santé et les retraites...

En réaction contre le "système socialo-communiste" de François Mitterrand, qu'il dénonçait avec entrain Jacques Chirac, lui s'était toqué du modèle néo-libéral anglo-saxon appliqué par Ronald Reagan, puis par Margaret Thatcher. Privatisations à tous les étages, désengagement de l'Etat accompagné d'une réduction drastique de l'emprise des services publics...

Au cours des années quatre-vingt-dix, le modèle danois eut les faveurs d'économistes et de décideurs. Reposant sur la notion de "flexisécurité", il facilitait la flexibilité des embauches et des licenciements côté employeurs et assurait la sécurité des revenus côté salariés. Il s'appuyait sur une fiscalité élevée et une formation continue solide. Un modèle performant mais difficilement importable en France...

Et voici que Nicolas Sarkozy célèbre tous azimuts le modèle allemand, qu'il veut d'urgence appliquer en France. D'où ses recettes, importées d'outre-Rhin : l'augmentation de la TVA, les contrats de compétitivité, l'augmentation du temps de travail et la formation des jeunes, certaines réformes devant être mises en oeuvre dès ce mois de février, les autres en septembre. Outre que certaines des réformes annoncées, voire imposées, ne s'improvisent pas et exigent un dialogue intense avec les parlementaires, les syndicats et le patronat, est-il bien raisonnable de vouloir les boutiquer en quelques semaines, d'abord pour se reconstruire une image de candidat à trois mois d'une présidentielle ?

Et qu'est devenu le modèle français, qui fut unique en son genre ? Reposant sur un Etat fort, interventionniste, planificateur, colbertiste et un service public puissant, il a été petit à petit démantelé sous les effets conjugués du libéralisme venu d'outre-Atlantique, de la mondialisation de l'économie et de l'appauvrissement de l'Etat pour cause de crise. Illustration de ce déclin, la disparition en 2006 de l'emblématique Commissariat au Plan créé par de Gaulle. Mais il a encore quelques beaux restes, ce modèle, même s'ils boîtent : les enviables systèmes de santé et de retraite, le transport ferroviaire, l'éducation, l'énergie nucléaire...

Le modèle français est performant quand le pays est prospère, l'emploi performant, mais il est vulnérable quand un fort chômage le prive de ses ressources. Il est menacé quand une crise dure mais il doit survivre précisément quand la crise dure puisqu'il est aujourd'hui l'ultime expression de la solidarité garantie entre tous les Français. Lorsqu'une tempête ou des chutes de neige privent d'électricité une contrée, comme ces jours-ci, chacun s'accorde à trouver nombre d'avantages au service public Electricité de France, même ceux qui seraient enclins à privatiser EDF.



Jean Belot
Rédigé par Jean Belot le 30/01/2012 à 16:04 | Commentaires (0)