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GROS  BONNETS  DE  LA  FRAUDE
Ne serait-elle pas un peu suspecte, voire opportune, en pleine campagne électorale, cette décision soudaine du gouvernement de renforcer la lutte contre la fraude, notamment celle des gros bonnets qui ont des comptes en Suisse ou dans des paradis fiscaux. Les récidivistes encourront des peines allant jusqu'à 500 000 €, dites donc ! Ministre du budget, Valérie Pécresse définit le fraudeur comme "quelqu'un qui fraude l'impôt en France et va mettre le produit de sa fraude à l'étranger".

Il est vrai que le manque à gagner pour les finances publiques occasionné par la fraude tourne autour de 30 à 40 milliards par an et que Bercy ne sera jamais assez avide avec les bénéficiaires de gros revenus qui cherchent  en plus à ne pas payer leur dû. Mais il y a plusieurs sortes de fraudeurs, pourquoi n'en stigmatiser qu'une seule ? Il y a celui qui trompe délibérément le fisc en ne déclarant pas tous ses revenus et dépose à Luxembourg, Genève ou Nassau l'argent qu'il a soustrait. Il y a aussi le millionnaire qui vit en France mais ne déclare qu'une partie de ses rentrées d'argent. Et que dire du grand patron, du sportif ou de la vedette du showbiz qui s'installe en Suisse ou en Belgique parce que les contributions y sont plus légères ou que l'impôt sur la fortune n'y existe pas ? Lui aussi soustrait bel et bien une partie de ses revenus au fisc français parce qu'il a été suffisamment connu ou riche pour obtenir d'élire domicile à Gstaadt ou à Tournai.

Ces dernières années, des gagne-petit ont dû rendre des comptes à Bercy, Charles Trénet, Johnny Hallyday, Karl Lagerfeld, Doc Gynéco, Florent Pagny ou Patrick Poivre d'Arvor, qui avaient oublié, est-ce bête !, de tout dire au fisc. Ils ont été l'objet de redressements qui ne les ont pas condamnés à l'eau et aux pâtes parce que souvent le principe dit "d'opportunité" joue en leur faveur : la direction générale des impôts signale tel ou tel cas au ministre qui jouit d'un pouvoir discrétionnaire. Ainsi, Lagerfeld a vu son imposition divisée par six. Doc Gynéco, lui, s'est converti du jour au lendemain au sarkozisme en 2007 pour soulager son portefeuille...

Il y a une belle brochette de noms célèbres qui ont obtenu l'asile fiscal en Suisse, Alain Delon, Charles Aznavour (revenu en France), Alain Prost; Jean-Claude Killy, Isabelle Adjani, Amélie Mauresmo, Guy Forget, Patricia Kaas et, bien sûr, Johnny Hallyday que Nicolas Sarkozy aurait tellement voulu voir revenir en France. Tel "réfugié" invoque pour sa défense la discrétion helvète bien connue, tel autre la qualité de vie pour ses enfants. Certains, comme Antoine Zacharias, ex-P.d.g. de Vinci (exilé en Suisse) ou Gérard Mulliez, fondateur d'Auchan (habitant en Belgique) ne font pas mystère de vouloir payer moins d'impôts et, pour cette raison, s'installent à l'étranger. Et presque tous continuent de gagner copieusement leur vie en France. Si vous voulez acheter une bouteille d'huile d'olive produite par Aznavour en Provence, il vous en coûtera 57 € !

Certains sont d'ardents patriotes, comme Alain Prost, venu de Suisse à Paris, pour soutenir place de la Concorde le candidat Chirac dans les années 80. On retirerait le droit de vote en France à ces exilés-là que je n'y verrais aucun inconvénient ; on leur interdirait même de gagner de l'argent en France après, disons cinq années d'exil que j'en serais ravi. Pas vous ? Une certitude : plus on est riche, puissant et célèbre mieux on peut négocier le montant d'une amende avec Bercy ou le prix d'un séjour à Lausanne, Bruxelles ou Londres.

Jean Belot
Rédigé par Jean Belot le 23/01/2012 à 12:21 | Commentaires (0)