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BENOÎT XVI, UN DÉRAPAGE CONTRÔLÉ
26/01/2009
Le rédacteur en chef de "La Croix" s'est échiné à justifier auprès de ses lecteurs le comportement de Benoît XVI en invoquant la compassion du Berger pour les brebis égarées et en estimant que le pape "n'a fait qu'ouvrir une porte qu'il appartient désormais aux exclus d'hier de vouloir franchir", mais la main tendue par le Vatican aux évêques intégristes, et singulièrement au négationniste Richard Williamson, est très choquante. Que, soucieux de l'unité des chrétiens, un souverain pontife décide la fin d'un schisme sans avoir amené les coupables à résipiscence et sans qu'ils aient préalablement reconnu les enseignements de Vatican II, c'était faire preuve d'un extrême clémence, surtout quand on se rappelle avec quelle virulence a été condamnée jadis la théologie de la libération par le cardinal Ratzinger qui n'était pas encore Benoît XVI.
Au-delà de cette alarmante marche arrière en faveur des héritiers de Monseigneur Lefèbvre, ce qui trouble bien davantage c'est le dérapage très contrôlé de Benoît XVI, qui redevient lui-même au fil des années, ce préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi connu alors pour sa rigide intransigeance. Il ne lui aura pas fallu quatre ans pour désavouer son prédécesseur, Jean-Paul II, puisque, quatre mois après sa mort, Benoît XVI recevait Mgr Fellay, le supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X., en août 2005, prélude au retour au bercail des quatre évêques ordonnés à Ecône, puis excommuniés. L'année suivante, Benoît XVI nommera supérieur général de la Fondation du Bon Pasteur, à Bordeaux, l'abbé Laguérie, qui s'était distingué par ses philippiques contre le Vatican II et Jean-Paul II. Le même prêtre qui, empruntant le langage de l'extrême droite, avait déclaré que "les juifs tiennent la France en dictature, ils contrôlent les médias et la banque".
En juillet 2007, Benoît XVI autorisait le retour de la messe en latin - une décision pas forcément rétrograde, puisque le latin favorisait sous n'importe quelle latitude la communion des chrétiens, mais une décision forcément emblématique compte tenu de la démarche délibérément choisie par le pape. En janvier 2008, était levé l'excommunication des évêques intégristes d'Ecône et, exactement un an plus tard, leur retour dans le giron de l'Eglise catholique. Un calendrier en vérité mûrement réfléchi sur quatre ans, dont les étapes et les conséquences ont été sans doute méticuleusement soupesées, sinon comment expliquer qu'ait été absous Richard Williamson après les propos qu'il a tenus à la télévision suédoise, niant l'existence des chambres à gaz nazies et estimant que "seulement 2 à 300 000 juifs sont morts dans les camps de concentration" ?
Trop, c'est trop. Qu'un pape s'oppose à l'avortement et à la contraception n'est pas surprenant, sinon il ne serait pas pape. Avant lui, Jean-Paul II avait prononcé les mêmes oukases mais il manifestait une autre ouverture au monde, lui, d'abord dans le dialogue interreligieux. Que le Vatican continue d'exiger le célibat des prêtres et refuse l'ordination des femmes c'est déjà beaucoup plus fâcheux au regard de la crise des vocations. Surtout quand, dans le même temps, des prêtres intégristes comme cet abbé Laguérie continuent d'afficher tranquillement leurs certitudes, des évêques intégristes n'ont pas, qu'on sache, renié leur credo alors que de zélés catholiques, sur tous les continents, ne savent plus à quel saint se vouer. En France, en Suisse ou en Allemagne des évêques de stricte obédience ne cachent pas leur désappointement tandis que le grand rabbin dénonce comme "abjects" les propos de Richard Williamson.
Depuis quelques jours, on s'évertue à temporiser en précisant que les évêques intégristes ne sont pas encore réintégrés et le pape, s'avisant des dégâts qu'il avait provoqués, a demandé que les coupables reconnaissent l'autorité du pape et du concile Vatican II. Il eût mieux valu le leur demander avant de lever leur excommunication. Le mal est fait. Et, dans la coulisse, cinquante ans après sa mort, le procès en béatification de Pie XII va discrètement son petit bonhomme de chemin. Quel empilement de coïncidences !
Au-delà de cette alarmante marche arrière en faveur des héritiers de Monseigneur Lefèbvre, ce qui trouble bien davantage c'est le dérapage très contrôlé de Benoît XVI, qui redevient lui-même au fil des années, ce préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi connu alors pour sa rigide intransigeance. Il ne lui aura pas fallu quatre ans pour désavouer son prédécesseur, Jean-Paul II, puisque, quatre mois après sa mort, Benoît XVI recevait Mgr Fellay, le supérieur général de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X., en août 2005, prélude au retour au bercail des quatre évêques ordonnés à Ecône, puis excommuniés. L'année suivante, Benoît XVI nommera supérieur général de la Fondation du Bon Pasteur, à Bordeaux, l'abbé Laguérie, qui s'était distingué par ses philippiques contre le Vatican II et Jean-Paul II. Le même prêtre qui, empruntant le langage de l'extrême droite, avait déclaré que "les juifs tiennent la France en dictature, ils contrôlent les médias et la banque".
En juillet 2007, Benoît XVI autorisait le retour de la messe en latin - une décision pas forcément rétrograde, puisque le latin favorisait sous n'importe quelle latitude la communion des chrétiens, mais une décision forcément emblématique compte tenu de la démarche délibérément choisie par le pape. En janvier 2008, était levé l'excommunication des évêques intégristes d'Ecône et, exactement un an plus tard, leur retour dans le giron de l'Eglise catholique. Un calendrier en vérité mûrement réfléchi sur quatre ans, dont les étapes et les conséquences ont été sans doute méticuleusement soupesées, sinon comment expliquer qu'ait été absous Richard Williamson après les propos qu'il a tenus à la télévision suédoise, niant l'existence des chambres à gaz nazies et estimant que "seulement 2 à 300 000 juifs sont morts dans les camps de concentration" ?
Trop, c'est trop. Qu'un pape s'oppose à l'avortement et à la contraception n'est pas surprenant, sinon il ne serait pas pape. Avant lui, Jean-Paul II avait prononcé les mêmes oukases mais il manifestait une autre ouverture au monde, lui, d'abord dans le dialogue interreligieux. Que le Vatican continue d'exiger le célibat des prêtres et refuse l'ordination des femmes c'est déjà beaucoup plus fâcheux au regard de la crise des vocations. Surtout quand, dans le même temps, des prêtres intégristes comme cet abbé Laguérie continuent d'afficher tranquillement leurs certitudes, des évêques intégristes n'ont pas, qu'on sache, renié leur credo alors que de zélés catholiques, sur tous les continents, ne savent plus à quel saint se vouer. En France, en Suisse ou en Allemagne des évêques de stricte obédience ne cachent pas leur désappointement tandis que le grand rabbin dénonce comme "abjects" les propos de Richard Williamson.
Depuis quelques jours, on s'évertue à temporiser en précisant que les évêques intégristes ne sont pas encore réintégrés et le pape, s'avisant des dégâts qu'il avait provoqués, a demandé que les coupables reconnaissent l'autorité du pape et du concile Vatican II. Il eût mieux valu le leur demander avant de lever leur excommunication. Le mal est fait. Et, dans la coulisse, cinquante ans après sa mort, le procès en béatification de Pie XII va discrètement son petit bonhomme de chemin. Quel empilement de coïncidences !
Jean Belot
Rédigé par Jean Belot le 26/01/2009 à 10:00
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ZIMBABWE, LA DÉRIVE AUTOCRATIQUE
26/01/2009
Jusqu'où s'enfoncera le Zimbabwe, jadis grenier à blé de l'Afrique australe et modèle de gestion des Etats africains avec son système sanitaire et éducatif exemplaire, son commerce extérieur florissant ? En 2009, le pays est au bord de la faillite avec une inflation qui se compte en milliards %, un chômage qui touche plus des trois quarts de la population, une sous-alimentation qui frappe 10 millions de personnes, un manque d'eau ou de soins criant et le choléra qui se propage après avoir fait plus de 2500 victimes... Jusqu'à quand résistera le président du Zimbabwe, Robert Mugabe, au pouvoir depuis 28 ans et pas décidé à rendre son fauteuil malgré des élections perdues et une population exaspérée ?
Quand la Rhodésie, ancienne colonie britannique déjà prospère, devient en 1980 le Zimbabwe, son nouveau chef, héros de la guerre d'indépendance, Robert Mugabe, organise la cohabitation entre les Noirs et les Blancs qui contrôlent la très grande majorité des fertiles terres agricoles. Jusqu'en 2000, où tout bascule après le rejet par référendum du projet d'une nouvelle Constitution qui aurait dû permettre l'expropriation des fermiers blancs sans les indemniser. Tout se détraque alors, des fermes sont occupées par des séides du pouvoir, des violences et des dégradations se produisent, qui vont ruiner l'économie en quelques années. Des fermiers blancs sont maltraités, puis chassés, mais un parti d'opposition émerge, le Mouvement pour le Changement Démocratique de Morgan Tsvangirai, que Mugabe s'appliquera à museler.
N'empêche, en mars 2008, le MDC devient majoritaire au parlement et son chef l'emporte également au premier tour de l'élection présidentielle. Mugabe, 84 ans, ne se soumet pas à la sanction des urnes, ses milices multiplient les violences, Tsvangirai se retire de la course à la présidence et Mugabe est réélu. On en est là au Zimbabwe, en janvier 2009, avec un chef de l'Etat, Ubu sanguinaire, rejeté par une majorité de Zimbabwéens, un partage des pouvoirs négocié entre lui et son rival en septembre dernier, qui n'a jamais été appliqué, et un médiateur, l'ancien président sud-africain, Thabo Mbeki, qui s'est entremis en vain jusque-là. Un nouveau face à face sur la répartition des pouvoirs entre Mugabe et Tsvangirai est prévu ces jours-ci.
L'Organisation de l'Unité Africaine a renoncé à intervenir au prétexte que Robert Mugabe était à l'origine un président légitimement élu. Quant à l'ONU, le Conseil de Sécurité devait, à la demande des Etat-Unis, prononcer des sanctions contre le despote, mais la Russie et la Chine ont opposé leur veto au prétexte que l'ONU ne devait pas compromettre la négociation en cours. Il y a longtemps qu'une force d'intervention des Nations unies aurait dû être envoyée au Zimbabwe pour secourir une population saturée de fatigue, de faim et d'angoisse mais, comme souvent, les intérêts supérieurs de quelques grandes puissances sont en jeu...
Quand la Rhodésie, ancienne colonie britannique déjà prospère, devient en 1980 le Zimbabwe, son nouveau chef, héros de la guerre d'indépendance, Robert Mugabe, organise la cohabitation entre les Noirs et les Blancs qui contrôlent la très grande majorité des fertiles terres agricoles. Jusqu'en 2000, où tout bascule après le rejet par référendum du projet d'une nouvelle Constitution qui aurait dû permettre l'expropriation des fermiers blancs sans les indemniser. Tout se détraque alors, des fermes sont occupées par des séides du pouvoir, des violences et des dégradations se produisent, qui vont ruiner l'économie en quelques années. Des fermiers blancs sont maltraités, puis chassés, mais un parti d'opposition émerge, le Mouvement pour le Changement Démocratique de Morgan Tsvangirai, que Mugabe s'appliquera à museler.
N'empêche, en mars 2008, le MDC devient majoritaire au parlement et son chef l'emporte également au premier tour de l'élection présidentielle. Mugabe, 84 ans, ne se soumet pas à la sanction des urnes, ses milices multiplient les violences, Tsvangirai se retire de la course à la présidence et Mugabe est réélu. On en est là au Zimbabwe, en janvier 2009, avec un chef de l'Etat, Ubu sanguinaire, rejeté par une majorité de Zimbabwéens, un partage des pouvoirs négocié entre lui et son rival en septembre dernier, qui n'a jamais été appliqué, et un médiateur, l'ancien président sud-africain, Thabo Mbeki, qui s'est entremis en vain jusque-là. Un nouveau face à face sur la répartition des pouvoirs entre Mugabe et Tsvangirai est prévu ces jours-ci.
L'Organisation de l'Unité Africaine a renoncé à intervenir au prétexte que Robert Mugabe était à l'origine un président légitimement élu. Quant à l'ONU, le Conseil de Sécurité devait, à la demande des Etat-Unis, prononcer des sanctions contre le despote, mais la Russie et la Chine ont opposé leur veto au prétexte que l'ONU ne devait pas compromettre la négociation en cours. Il y a longtemps qu'une force d'intervention des Nations unies aurait dû être envoyée au Zimbabwe pour secourir une population saturée de fatigue, de faim et d'angoisse mais, comme souvent, les intérêts supérieurs de quelques grandes puissances sont en jeu...
Jean Belot
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DE LA LIBERTE D'EXPRESSION EN 2009
26/01/2009
Six lignes sur le fils Sarkozy publiées dans "Charlie Hebdo" lui avaient valu d'être taxé d'antisémitisme par le journaliste Claude Askolovitch, puis d'être licencié par Philippe Val, le directeur de l'hebdomadaire, puis d'être traduit en justice par la LICRA, l'accusant d"incitation et de provocation à la haine raciale. Et voilà que le procureur vient de demander la relaxe pour Siné. Rappel des lignes incriminées : "Jean Sarkozy vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d'épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit !".
Pour qui fréquente les dessins de Siné depuis des décennies et connaît son goût immodéré pour les excès de trait et de plume, les propos de ce malotru professionnel ne détonnaient pas avec sa production habituelle, ambigus sans doute, stupides certainement, mais condamnables ? Il fut bien inspiré ce procureur qui déclara : "La lecture de ses chroniques, on ne peut pas la faire en faisant abstraction de l'hebdomadaire dans lequel elles ont été publiées. Charlie Hebdo est un journal satirique, on est sur le terrain de la provocation". Et de se demander si l'on pourrait encore rire des sketches d'un Coluche aujourd'hui. "Non, ni Coluche, ni Desproges ne pourraient faire leur texte" a répliqué l'avocat de Philippe Val.
L'intérêt du procès fait à Siné est là : jusqu'où peut aller la liberté d'expression, aujourd'hui, à partir de quand peut-on être accusé de sectarisme et de racisme ? L'avocat de la LICRA, Alain Jakubowicz, estime que "le seuil de tolérance de notre société a changé" mais " Siné croit que l'on peut encore faire des blagues sur les bicots, les négros ou les youpins". A quoi Thierry Lévy, l'avocat du dessinateur, répond : "Tant que la communauté juive de France n'abandonnera pas l'idée que l'antisionisme n'est pas de l'antisémitisme, il faudra accepter l'idée que l'on ne foutera pas la paix à ces juifs de France".
Une certitude, le politiquement correct a fait des ravages partout, à la télévision comme sur les planches, dans les journaux comme au parlement , et même dans la cuisine, victime de multiples interdits. Qui sait si les déclarations d'un Jean-Paul Sartre ne lui vaudraient pas au moins une garde à vue en 2009 et si les extravagances alcooliques et tabagiques d'un Serge Gainsbourg ne lui vaudraient pas un interdiction de petit écran ? Par chance, la justice, dont on déplore souvent le conservatisme et l'excès de zèle, vient de réagir avec bon sens. Non seulement un procureur vient de demander la relaxe pour un grossier personnage, et à l'occasion un vieux con, qui ne méritait ni tant d'honneur, ni tant d'indignité, mais un tribunal a débouté le MRAP qui attaquait Banania à propos de son célèbre et antique "y'a bon".
Pour qui fréquente les dessins de Siné depuis des décennies et connaît son goût immodéré pour les excès de trait et de plume, les propos de ce malotru professionnel ne détonnaient pas avec sa production habituelle, ambigus sans doute, stupides certainement, mais condamnables ? Il fut bien inspiré ce procureur qui déclara : "La lecture de ses chroniques, on ne peut pas la faire en faisant abstraction de l'hebdomadaire dans lequel elles ont été publiées. Charlie Hebdo est un journal satirique, on est sur le terrain de la provocation". Et de se demander si l'on pourrait encore rire des sketches d'un Coluche aujourd'hui. "Non, ni Coluche, ni Desproges ne pourraient faire leur texte" a répliqué l'avocat de Philippe Val.
L'intérêt du procès fait à Siné est là : jusqu'où peut aller la liberté d'expression, aujourd'hui, à partir de quand peut-on être accusé de sectarisme et de racisme ? L'avocat de la LICRA, Alain Jakubowicz, estime que "le seuil de tolérance de notre société a changé" mais " Siné croit que l'on peut encore faire des blagues sur les bicots, les négros ou les youpins". A quoi Thierry Lévy, l'avocat du dessinateur, répond : "Tant que la communauté juive de France n'abandonnera pas l'idée que l'antisionisme n'est pas de l'antisémitisme, il faudra accepter l'idée que l'on ne foutera pas la paix à ces juifs de France".
Une certitude, le politiquement correct a fait des ravages partout, à la télévision comme sur les planches, dans les journaux comme au parlement , et même dans la cuisine, victime de multiples interdits. Qui sait si les déclarations d'un Jean-Paul Sartre ne lui vaudraient pas au moins une garde à vue en 2009 et si les extravagances alcooliques et tabagiques d'un Serge Gainsbourg ne lui vaudraient pas un interdiction de petit écran ? Par chance, la justice, dont on déplore souvent le conservatisme et l'excès de zèle, vient de réagir avec bon sens. Non seulement un procureur vient de demander la relaxe pour un grossier personnage, et à l'occasion un vieux con, qui ne méritait ni tant d'honneur, ni tant d'indignité, mais un tribunal a débouté le MRAP qui attaquait Banania à propos de son célèbre et antique "y'a bon".
Jean Belot
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LA PREUVE PAR 77
26/01/2009
Nicolas Sarkozy était mardi dernier à Châteauroux où, une fois de plus, il a déclaré que réformer est indispensable, sinon la France sortira sérieusement amoindrie de la crise. Il l'avait déjà dit ailleurs et il le redira certainement jeudi à la télévision quand il s'adressera à ses concitoyens. C'est ce qu'on appelle une antienne, voire une scie, qui suscite quelques questions. Parce que, si le président de la République ne cesse de nous répéter que, fors les réformes, il n'y a point de salut, c'est que son message ne passe pas, que les Français ne croient plus à sa démarche, qu'il est mal compris ou qu'il ne veut pas être entendu.
Ces derniers temps, Nicolas Sarkozy a distribué à tout va des milliards d'euros à des banquiers, à des constructeurs automobiles et à Airbus. Des banquiers, dont certains de leurs établissements avaient fait de désastreux placements aux Etats-Unis et qui, à titre personnel, n'avaient aucunement envie de se priver de leurs démesurés avantages acquis. Des constructeurs automobiles qui, face à l'épuisement pourtant programmé des réserves pétrolières, n'ont mis aucun empressement à concevoir l'automobile de demain, puisqu'ils roulaient depuis 50 ans la main dans la main des pétroliers. Un avionneur, dont les actionnaires et les cadres dirigeants sont compromis dans de louches affaires de délits d'initiés et de ventes de stock-options. Motif de la munificence élyséenne : alors que la reprise rapide du chômage se précise, il faut sauvegarder un maximum d'emplois et procurer des liquidités à des industries menacées par la récession. Soit.
Mais les Français, qui ne bénéficient pas des mêmes libéralités et constatent que leur pouvoir d'achat est menacé, sinon déjà entamé, tandis que les prix galopent, ne voient pas les choses d'un même oeil que le prodigue mécène de l'Elysée. Surtout après avoir découvert que ces patrons de Peugeot, de la Société générale ou d'Airbus, tous quémandeurs de capitaux, ont, eux, des revenus colossaux, même amputés du bonus, comparés à ceux d'un salarié de base. Concrètement, Carlos Gohsn, le PDG de Renault, qui avait encaissé 1 200 000 € en 2006, était 77 fois mieux payé qu'un salarié de Renault-Sandouville gagnant 1200 euros par mois. Rien, absolument rien ne pouvait et ne peut encore justifier pareil écart, surtout quand les stock-options continuent de s'ajouter au pactole fixe. Dès lors, comment empêcher la majorité des Français de faire l'inévitable amalgame entre un président de la République qui double son traitement, des PDG de groupes industriels qui touchent des euros par millions sous forme de salaire, de parachutes dorés ou de "retraites chapeaux", et des banquiers également millionnaires en euros ? La France des riches d'un côté, et de l'autre celle qui défilait à Paris et en province jeudi, que l'avenir angoisse.
Nicolas Sarkozy, aime beaucoup disserter jour après jour devant des caméras - au point que ses apparitions répétées sur le petit écran lassent jusqu'à la direction de l'information de TF1 qui donne des extraits de plus en plus brefs de ses homélies provinciales. Il va donc nous parler, mais pour dire quoi ? Si c'est pour affirmer que la crise sera longue, on le sait ; qu'elle sera durable, on le présume ; qu'il faudra faire des efforts, on s'en doute, mais qui les fera ? Le président n'aura une chance de mobiliser les Français que s'il redéfinit les règles de la solidarité, et d'être convaincant qu'à la condition d'annuler quelques mesures intolérables dont la plus emblématique est ce foutu "paquet fiscal". Quand il n'y a plus d'argent dans les caisses et qu'on veut vraiment être le "président du pouvoir d'achat", la seule méthode qui convient est de déshabiller (un peu) Pierre pour habiller (un peu) Paul.
S'il a un réel projet à long terme, un plan triennal par exemple, qu'il l'explique en précisant ses objectifs et ses priorités, et en associant les Français à ce projet plutôt qu'en dénigrer à tout bout de champ ses prédécesseurs à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a encore une chance de les mobiliser. Sinon, ils retourneront dans la rue et peut-être plus simplement pour défiler.
Ces derniers temps, Nicolas Sarkozy a distribué à tout va des milliards d'euros à des banquiers, à des constructeurs automobiles et à Airbus. Des banquiers, dont certains de leurs établissements avaient fait de désastreux placements aux Etats-Unis et qui, à titre personnel, n'avaient aucunement envie de se priver de leurs démesurés avantages acquis. Des constructeurs automobiles qui, face à l'épuisement pourtant programmé des réserves pétrolières, n'ont mis aucun empressement à concevoir l'automobile de demain, puisqu'ils roulaient depuis 50 ans la main dans la main des pétroliers. Un avionneur, dont les actionnaires et les cadres dirigeants sont compromis dans de louches affaires de délits d'initiés et de ventes de stock-options. Motif de la munificence élyséenne : alors que la reprise rapide du chômage se précise, il faut sauvegarder un maximum d'emplois et procurer des liquidités à des industries menacées par la récession. Soit.
Mais les Français, qui ne bénéficient pas des mêmes libéralités et constatent que leur pouvoir d'achat est menacé, sinon déjà entamé, tandis que les prix galopent, ne voient pas les choses d'un même oeil que le prodigue mécène de l'Elysée. Surtout après avoir découvert que ces patrons de Peugeot, de la Société générale ou d'Airbus, tous quémandeurs de capitaux, ont, eux, des revenus colossaux, même amputés du bonus, comparés à ceux d'un salarié de base. Concrètement, Carlos Gohsn, le PDG de Renault, qui avait encaissé 1 200 000 € en 2006, était 77 fois mieux payé qu'un salarié de Renault-Sandouville gagnant 1200 euros par mois. Rien, absolument rien ne pouvait et ne peut encore justifier pareil écart, surtout quand les stock-options continuent de s'ajouter au pactole fixe. Dès lors, comment empêcher la majorité des Français de faire l'inévitable amalgame entre un président de la République qui double son traitement, des PDG de groupes industriels qui touchent des euros par millions sous forme de salaire, de parachutes dorés ou de "retraites chapeaux", et des banquiers également millionnaires en euros ? La France des riches d'un côté, et de l'autre celle qui défilait à Paris et en province jeudi, que l'avenir angoisse.
Nicolas Sarkozy, aime beaucoup disserter jour après jour devant des caméras - au point que ses apparitions répétées sur le petit écran lassent jusqu'à la direction de l'information de TF1 qui donne des extraits de plus en plus brefs de ses homélies provinciales. Il va donc nous parler, mais pour dire quoi ? Si c'est pour affirmer que la crise sera longue, on le sait ; qu'elle sera durable, on le présume ; qu'il faudra faire des efforts, on s'en doute, mais qui les fera ? Le président n'aura une chance de mobiliser les Français que s'il redéfinit les règles de la solidarité, et d'être convaincant qu'à la condition d'annuler quelques mesures intolérables dont la plus emblématique est ce foutu "paquet fiscal". Quand il n'y a plus d'argent dans les caisses et qu'on veut vraiment être le "président du pouvoir d'achat", la seule méthode qui convient est de déshabiller (un peu) Pierre pour habiller (un peu) Paul.
S'il a un réel projet à long terme, un plan triennal par exemple, qu'il l'explique en précisant ses objectifs et ses priorités, et en associant les Français à ce projet plutôt qu'en dénigrer à tout bout de champ ses prédécesseurs à l'Elysée, Nicolas Sarkozy a encore une chance de les mobiliser. Sinon, ils retourneront dans la rue et peut-être plus simplement pour défiler.
Jean Belot
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BRÈVES DE BLOG
26/01/2009
- Nos félicitations empressées à Françoise Laborde, que Nicolas Sarkozy vient de nommer membre du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Apparemment, l'animatrice des "4 vérités", le matin sur France 2, ne déborde pas d'états d'âme, puisqu'elle a accepté d'être désignée par un président de la République qui a décidé qu'à l'avenir c'est lui qui nommerait le président de France Télévisions, alors que, jusqu'à présent, c'était une des missions du CSA.
- Le préfet de la Manche et le directeur de la police du département ont été mutés d'office après la visite, quelque peu chahutée, de Nicolas Sarkozy à Saint-Lo le 12 janvier. Le chef de l'Etat a fort mal pris les sifflets des manifestants et les sanctions sont tombées deux semaines plus tard. Même le député local, l'UMP Gosselin, a dénoncé "le fait du prince". Déjà, en août dernier, le coordinateur des services de sécurité en Corse, Dominique Rossi, avait été viré à la suite de la présence de nationalistes dans la propriété de Christian Clavier. Le préfet de la Guadeloupe devrait commencer de boucler ses valises, au douzième jour de la grève générale qui sévit là-bas...
- Le préfet de la Manche et le directeur de la police du département ont été mutés d'office après la visite, quelque peu chahutée, de Nicolas Sarkozy à Saint-Lo le 12 janvier. Le chef de l'Etat a fort mal pris les sifflets des manifestants et les sanctions sont tombées deux semaines plus tard. Même le député local, l'UMP Gosselin, a dénoncé "le fait du prince". Déjà, en août dernier, le coordinateur des services de sécurité en Corse, Dominique Rossi, avait été viré à la suite de la présence de nationalistes dans la propriété de Christian Clavier. Le préfet de la Guadeloupe devrait commencer de boucler ses valises, au douzième jour de la grève générale qui sévit là-bas...
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