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FRÊCHE, LA DÉRIVE

26/01/2010
En 1998, quand l'UDF Jacques Blanc s'acoquina avec le Front national pour conserver la présidence de la région Languedoc-Roussillon, Georges Frêche, son irréductible adversaire, n'eut pas de mots assez violents pour dénoncer cette alliance. Pourquoi a-t-il fallu qu'à partir de 2004, quand il prit à son tour la présidence de la région, Georges Frêche eût des écarts de langage rappelant ceux d'un Le Pen, écarts qu'il s'appliquait ensuite à justifier avec la même mauvaise foi pateline que le chef frontiste ?

Député de l'Hérault dès 1971, il aura été le maire de Montpellier et le président de l'Agglomération de Montpellier de 1977 à 2004, avant d'être élu à la tête du Languedoc-Roussillon. Une région que, dans sa montante mégalomanie, il tenta en vain de faire rebaptiser Septimanie. Mais Georges Frêche est sans conteste l'homme qui a su réveiller une ville très assoupie, quand il la prit en main. Longtemps, il a bénéficié d'une réputation flatteuse et justifiée, celle d'un élu attentif à ses administrés, d'un bâtisseur qui a considérablement développé, avec plus ou moins de bonheur, sa cité, d'un homme de culture soucieux de doter sa ville de manifestations dignes de son histoire, pour preuve les festivals de danse, de cinéma et de musique qui ont été lancés.

Entre Montpellier et Paris, Georges Frêche a tôt fait son choix : plutôt être le premier chez moi que le deuxième dans la capitale. Mais, à force de mandats et d'omnipotence, l'entreprenant maire est devenu au fil des décennies une sorte de potentat respectant peu les oppositions, déléguant de moins en moins le pouvoir, cultivant le clientélisme, pied-noir en particulier, et s'affranchissant toujours plus des consignes de son parti pour n'en faire qu'à sa tête.

Est arrivé alors ce qui devait arriver, et qui arriverait à quelque élu que ce soit régnant sans partage sur son territoire depuis trop longtemps : le vertige du pouvoir et la certitude d'avoir toujours raison, qui s'accompagnent d'arrogance et de mépris pour ses adversaires ou ceux qui ne partagent pas ses choix et ses idées. Les écarts de langage et les insultes de Frêche ont été un aboutissement logique. Un jour, il offensait les harkis, un autre, les Catalans, un troisième, Laurent Fabius... Embarrassé, son entourage s'est empressé de mettre les injures sur le compte de la faconde méridionale. On nous dit que tous les barons PS du Languedoc-Roussillon soutiennent leur président stigmatisé. La belle affaire, c'est Frêche qui les a faits barons ! A trop longtemps occuper le pouvoir, on ne le maîtrise et on ne se maîtrise plus.
Jean Belot
Rédigé par Jean Belot le 26/01/2010 à 09:27 | Commentaires (2)

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Conseil au pugnace syndicaliste CGT, qui tenait tête à Nicolas Sarkozy sur TF1 : qu'il ne se laisse pas accaparer par les médias, même s'ils lui offrent la possibilité de donner un vaste écho à sa parole ; à trop vouloir les fréquenter il y perdrait sa spontanéité et sa tranquille détermination face aux retors interlocuteurs qu'on ne manquerait pas de lui opposer. Dès le lendemain de son intervention sur TF1, Pierre Le Menahès, c'est lui, était l'invité de France Info, d'Europe 1 et de Canal +. Par chance, elle est à Lorient, la fonderie où il travaille.

Le face à face entre le président et le syndicaliste était fichtrement instructif. Perfecto, cheveux courts, fines lunettes, regard fixe, anneaux dans les oreilles, voix assurée, on imagine les réactions du patron de l'usine qui emploie Le Menahès, la première fois qu'il l'a vu : "Drôle de dégaine pour un syndicaliste, mais attention, ce type-là sait ce qu'il veut". C'est ce qu'a dû se dire aussi Nicolas Sarkozy au moment des présentations, avant le début de l'émission : "J'ai intérêt à le laisser parler, à l'écouter, à ne pas le couper, à ne pas le brusquer". Et quand le président a voulu amadouer son interlocuteur en lui déclarant : "Je vais peut-être vous étonner, je suis d'accord avec une partie de ce que vous dites", le Breton résolu ne s'en est pas laissé compter. Il interrompait le président, discutait pied à pied, renvoyait la balle avec de tranchants "Non, je ne suis pas d'accord", " Et ça ne vous gêne pas de dire ça ?"... Patient comme jamais, parce qu'il savait qu'il n'avait pas intérêt à le renvoyer dans les cordes, comme il le fait parfois avec des "clients" trop coriaces, Sarkozy ménageait Le Menahès, qui se moquait de ses prévenances, tandis que Jean-Pierre Pernaut tentait de tempérer la détermination du cégétiste.

Jadis, pour flatter un contradicteur qui voulait le mettre dans l'embarras, et pour se donner le temps de réfléchir, plus d'un homme politique avait recours à cette formule, aujourd'hui usée jusqu'à la trame : "Bonne question, je vous remercie de me l'avoir posée". Nicolas Sarkozy ruse avec d'autres ficelles. D'abord, il s'empresse d'affirmer presque toujours à l'interlocuteur : "Je comprends votre problème" ou "Je partage votre inquiétude". Ensuite, il ajoute : "Je ne vous laisserai pas tomber", à des agriculteurs, à des retraités aux abois, à des chômeurs en fin de droits, à des sidérurgistes ou à des banquiers. Mais l'ennui, c'est que certains tombent plus souvent que d'autres.

L'échantillonnage de concitoyens que TF1 avait mis sous les yeux du président incarnait plutôt bien la situation difficile de millions de Français au travail ou au chômage, jeunes ou d'âge mur, en ville ou en banlieue, employés ou entrepreneurs. Habile, malin et rhéteur, en avocat qu'il a été, Nicolas Sarkozy trouve assez souvent les mots qui conviennent pour apaiser et tranquilliser, face à face, des gens anxieux mais ne demandant qu'à être rassurés. Avec Pierre Le Menahès, le plaidoyer n'a pas marché comme d'habitude parce que le président avait devant lui un homme impossible à séduire, courtois mais tenace, convaincant et sincère, et qui avait un atout maître : ce n'étaient pas ses propres intérêts qu'il venait défendre mais la cause d'un groupe de salariés menacés de perdre leur emploi. Il réclamait ce qu'il estimait être leur dû. Indiscutable. Là, le discours sarkozyen était périmé. On a appris qu'après l'émission la tension était palpable entre eux.
Jean Belot
Rédigé par Jean Belot le 26/01/2010 à 09:27 | Commentaires (3)

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Ils ont l'air malin, les chroniqueurs judiciaires, qui étaient soulagés vendredi après l'énoncé du verdict du procès Clearstream parce que, au-delà de la relaxe prononcée en faveur de Dominique de Villepin, c'était l'indépendance de la justice qui avait été sauvegardée ; malins, également , les quotidiens du lendemain matin, qui établisssaient le bilan d'une affaire tortueuse et obscure. Donc, on va prendre les mêmes et recommencer. D'abord, le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, qui a fait appel du verdict, en déclarant d'emblée que sa démarche n'avait rien de politique mais, en l'état présent et passé de la justice en France, on peine à le croire. Ensuite, Dominique de Villepin, qui s'est empressé de dénoncer le rôle de l'Elysée dans ce rebondissement en accusant Nicolas Sarkozy de faire preuve de haine et d'acharnement à son endroit. Enfin, posté dans la coulisse, le président de la République, dont on imagine mal qu'il pouvait se satisfaire d'un verdict blanchissant l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac.

Le moins qu'on puisse dire c'est que Jean-Claude Marin a envie d'en découdre, à titre personnel ou sur commande, avec Philippe de Villepin. En août 2009, à quelques semaines de l'ouverture du procès Clearstream, le procureur profitait d'un passage sur Europe 1 pour charger Villepin, voire le condamner d'avance, estimant qu'il n'était pas une victime de l'affaire Clearstream mais un bénéficiaire "en pleine conscience". Toute la question est de savoir si le magistrat, qui a le droit d'interjeter appel, l'a fait en totale indépendance ou sur instruction. Quand on sait que le déroulement de la carrière d'un procureur dépend du pouvoir politique en place, que Jean-Claude Marin connut balladurien, puis chiraquien, puis sarkozyste, comment aurait-il décidé de prendre sous son bonnet de relancer l'affaire Clearstream sans s'être entouré de garanties ? Il peut arriver aussi qu'un procureur fasse du zèle en prenant les devants, sans en référer en haut lieu.

Comme on prévoit que le second procès aura lieu fin 2010-début 2011, on peut déjà être certain que son déroulement et le jugement qui en découlera pollueront la campagne de la prochaine élection présidentielle, après que les rumeurs, les règlements de comptes, les accusations et l'instruction du premier procès ont déjà pollué la vie politique ces dernières années. Soit Dominique de Villepin sera condamné et ses avocats ne manqueront pas de dénoncer une manipulation politico-judiciaire, soit il bénéficiera d'une nouvelle relaxe et on se demandera pourquoi un nouveau procès a eu lieu mais, dans l'un et l'autre cas, Nicolas Sarkozy risquera de faire les frais du nouveau jugement. Quoi qu'il en soit, puisque le président de la République peut poursuivre en justice mais ne peut être poursuivi pendant toute la durée de son mandat, il n'y aura jamais d'issue acceptable à cette affaire Clearstream. L'avantage du premier verdict, qui n'était pas mince, était de clore une interminable procédure et de permettre de croire à l'indépendance de la justice, dont Nicolas Sarkozy aurait pu se prévaloir.

Au même moment, en Grande Bretagne, Tony Blair rendait aussi des comptes. Soupçonné d'avoir menti, il comparaissait devant une commission d'enquête pour s'expliquer sur les conditions réelles de l'engagement militaire britannique en Irak en 2003. En France, il a été impossible au PS de créer une commission d'enquête parlementaire sur le financement des sondages d'opinions commandés par l'Elysée...

Jean Belot
Rédigé par Jean Belot le 26/01/2010 à 09:27 | Commentaires (2)

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Mais à quoi servent les conseillers, consultants et autres chargés de communication de l'Elysée ? N'y en avait-il aucun pour dissuader Nicolas Sarkozy de propulser son fils à la tête du quartier d'affaires de La Défense ? Pour le mettre en garde contre les inégalités fiscales engendrées par la taxe carbone ? Pour l'avertir que la double fonction et le cumul des salaires du nouveau patron d'Electricité de France allaient choquer ? Deux hypothèses possibles : soit ils n'ont pas osé intervenir, crainte d'être rabroués, soit le président n'a pas tenu compte de leurs avertissements.

Depuis qu'a été instauré le régime de la Cinquième République, qui donne d'immenses pouvoirs à celui qui la préside, son "règne" et l'absence de comptes qu'il lui faudrait rendre le conduisent tôt ou tard à se couper du pays, à ne plus percevoir l'air du temps, les réactions des Français, leurs troubles, leurs inquiétudes, leurs colères.Trois exemples notoires parmi d'autres : de Gaulle pris de court par l'irruption des événements de mai 1968, Giscard tombant des nues en mai 1981 et Mitterrand annulant le projet de loi Savary après les énormes manifestations en faveur de l'école privée en 1984.

A quoi sert donc le très discret et influent Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée ? Et le scribe Henri Guaino, qui sait transcrire avec un talent certain les attentes des Français dans les discours de son président ? Et Catherine Pégard, au statut envié de conseillère politique ? Et Franck Louvrier, pourtant chargé des relations avec la presse ? Et Pierre Charon, le sarkozyste historique, qui assure en outre les relations avec les médias ? Et Luc Chatel, le porte-parole de l'Elysée, qui devrait rapporter la parole extérieure dans le bureau présidentiel ? Et, dans le premier cercle des amis de Nicolas Sarkozy, aucun Bouygues, aucun Bolloré, aucun Balkany pour le persuader qu'il faisait fausse route ?

Et s'il y avait une troisième hypothèse ? Ces conseillers, experts en communication ou amis privilégiés, n'ont pas répercuté dans le palais les rumeurs, les mécontentements, les doutes et les irritations qui émergeaient dans les foyers, les bureaux et les ateliers à propos de Jean Sarkozy, de Henri Proglio ou de cette fichue taxe carbone parce qu'ils ne les percevaient pas ; qu'ils s'étaient eux-mêmes coupés de l'opinion générale, occupés qu'ils étaient à se satisfaire chacun de son rôle et à le protéger, à assurer sa préséance, à préserver sa relation privilégiée avec le chef de l'Etat. Ajoutez un penchant certain pour la courtisanerie, qui semble s'accentuer au fil des mois, à la cour comme hors la cour. L'affligeant spectacle que nous ont offert depuis des semaines, sur les mêmes sujets, ces ministres, secrétaires d'Etat et élus, prompts à changer d'avis sans broncher, comme des girouettes sous l'effet des vents dominants !

Lundi soir sur TF1 (aucun Séguéla ou Saussez n'osera dire au président qu'au bout d'une demi-heure-trois quarts d'heure d'entretien, le téléspectateur décroche ?) Nicolas Sarkozy précisait qu'il allait deux fois par semaine à la rencontre des Français. Il leur parle, il leur parle, mais les écoute-t-il vraiment ?
Jean Belot
Rédigé par Jean Belot le 26/01/2010 à 09:27 | Commentaires (2)

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BRÈVES DE BLOG

26/01/2010
- Opération "Tranquillité seniors" lancée par Brice Hortefeux, installation de "radars-tronçons" sur les autoroutes décidée par Dominique Bussereau, que ça fait du bien de montrer ses muscles au début d'une campagne électorale !

- Bonne nouvelle, mon bon de vaccination contre la grippe H1N1 est arrivé mercredi. Voilà plus d'un mois que je me suis fait vacciner dans un gymnase proche de la rue du Louvre, 1er arr., et sans être obligé de présenter le moindre papier du ministère de la Santé, merci, Roselyne !

- Donc, Henri Proglio n'est plus que PDG d'Electricité de France, après avoir enfin renoncé (il aurait dû le faire en octobre dernier quand il était déjà question de sa nomination à EDF) à garder une autre fonction rémunérée à Veolia. Et le jour où il quittera définitivement Veolia après avoir assuré la transition avec son successeur (mais il aurait pu le faire dès octobre dernier), touchera-t-il les 13 500 000 € de retraite chapeau qu'il s'est assuré d'avoir quand il était encore PDG de Veolia ? Alors que le montant de cette somme est choquant et qu'il n'a que 60 ans.

- "Merci d'avoir accepté notre invitation " a dit en préambule Laurence Ferrari à Martine Aubry qui venait commenter le passage de Nicolas Sarkozy, la veille sur TF1. Pourquoi la première secrétaire du PS, qui devrait revoir les interventions du premier secrétaire François Mitterrand à la télévision, s'est-elle privée du plaisir de répondre 1. "C'était bien le moins que vous m'invitiez, je comptais ferme l'être", et 2. "Vous allez m'accorder 5 minutes de temps de parole après que votre chaîne a laissé hier soir 130 minutes d'antenne au chef de l'Etat."

Jean Belot
Rédigé par Jean Belot le 26/01/2010 à 09:26 | Commentaires (3)