Jean Belot : l'info- blog

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"LE HAVRE"

27/12/2011
Si vous n'avez pas encore vu "Le Havre", le film du finlandais Aki Kaurismäki, hâtez-vous de le découvrir, Daniel Cohn-Bendit avait bien raison l'autre soir, au terme d'un journal télévisé dont il était l'invité, d'inciter le public à y aller. C'est un bijou de fantaisie poétique et de gravité mêlées, un cocktail de scènes surréalistes et de situations très contemporaines qui illustrent à merveille l'air du temps. En un mot, mais guère plus pour ne pas déflorer le sujet, le film relate les démarches discrètes et tenaces d'un cireur de chaussures à la sauvette, qui s'est pris d'affection pour un adolescent africain que la police renverrait volontiers dans son pays...

Un cireur de chaussures au Havre, ce n'est déjà pas ordinaire, mais interprété par le formidable André Wilms, il prend une dimension pataphysique avec ses manières policées et ses ébahissements. En outre, on côtoie un épicier fantasque, une boulangère prodigue ou un commissaire compréhensif qui, tous, peuplent un monde étrangement parallèle dans une ville magnifiée par la caméra, drôle d'exploit. Situations surréalistes, dialogues à la Queneau, cadrages qui semblent répondre à ceux du peintre Edward Hopper, ce film est assurément un ovni dans la production cinématographique actuelle et un superbe éloge de la solidarité unissant de petites gens en marge de la société codifiée avec ses égoïsmes et ses interdits.

Au moment ou le film "Intouchables" pulvérise tous les records, et c'est tant mieux, "Le Havre", lui, est un conte moral qui se garde bien de l'être. Ce film est aussi incongru que le fut jadis, bien sûr dans un tout autre registre, "La Vie est un long fleuve tranquille" avec, là aussi comme par hasard, la présence insolite d'André Wilms. Claude Guéant, qui dit beaucoup d'âneries et en fait encore davantage, devrait voir "Le Havre", le plus insolent pied de nez que le cinéma pouvait faire aux démonstrations d'autorité et de force de M. le ministre de l'Intérieur. Qui a parfaitement le droit de se porter candidat aux prochaines législatives, mais il aurait été plus convaincant en se présentant à Marseille, où il combat, assure-t-il, l'insécurité, qu'à Boulogne-Billancourt, où son élection est garantie, peut-être au premier tour.

Jean Belot
Rédigé par Jean Belot le 27/12/2011 à 10:42 | Commentaires (1)

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TOUTE HONTE BUE

27/12/2011
Si on nous avait annoncé qu'un jour les constructeurs automobiles solderaient leurs voitures pour mieux digérer la crise et consentiraient des rabais de 20, voire 30%, pour écouler leurs stocks, on n'y aurait pas cru. Il ne suffit plus de rallonger les délais de garanties ou d'offrir des équipements pour convaincre des ménages devenus frileux d'acheter une auto. Les commandes sont en chute libre, les immatriculations en deuil, le prix du carburant en pleine ascension, autant de signaux d'alarme incitant à brader certains modèles, alors qu'il y a quarante ans le client n'obtenait pas un sou de remise et avait souvent le choix entre deux couleurs, le noir et le noir. Ajoutez la disparition de la prime à la casse...

Chez Renault comme chez Peugeot-Citroën, l'avenir est plutôt sombre, en particulier dans le secteur des ventes à l'étranger. Fermetures d'usines, réduction des concessions et des effectifs partout. Dieu merci, Carlos Ghosn le PDG de Renault, reste d'un inébranlable optimisme, si l'on en croit sa dernière et himalayesque déclaration de revenus, qui se décompose ainsi : 8,4 millions d'euros comme PDG de Nissan et 1,2 million d'euros comme PDG de Renault. Soit 800 000 € par mois ! Si le fisc en éponge la moitié, il reste de quoi vivre confortablement, non ?
Vous pensez bien que pour encaisser sans gêne un pareil pactole il faut croire à la fin de la crise et en des lendemains automobiles qui chantent, sinon on déborde de confusion et on presse ses conseils d'administration de revoir ses revenus à la baisse, tandis que le chômage explose ; à moins qu'on ne distraie en conscience une partie de cette manne en faveur des Orphelins d'Auteuil, si on habite dans leur voisinage, où qu'on ne l'envoie dans son Brésil natal pour améliorer le sort des favélas, ou qu'on ne verse un million d'euros aux Restos du coeur qui manquent d'argent...

Eh bien, Carlos Ghosn n'a pas de vertigineux états de conscience, il engrange tout. Il n'a pas envie de faire profil bas alors qu'il avait cent raisons d'être discret en 2011 : cette même année, en janvier, la direction de Renault était enlisée dans une trouble et grotesque affaire d'espionnage maison qui tourna à la confusion du PDG, prompt à s'en laver les mains puisque, pour se dédouaner, il fit porter le chapeau de l'affaire à son bras droit, contraint de démissionner... Dans n'importe quel groupe anglo-saxon, le grand patron n'aurait pas attendu qu'on lui demande des comptes pour présenter sa démission.

Ce n'est pas avec des PDG comme Carlos Ghosn que le moral des Français se redressera !
Jean Belot
Rédigé par Jean Belot le 27/12/2011 à 10:42 | Commentaires (1)

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Nicolas Sarkozy avait déclaré "Je n'ai pas été élu pour augmenter les impôts", eh bien, les voilà en ce début 2012, inévitables et en rafales tous azimuts. L'impôt sur le revenu va augmenter de 2,1% tandis que les prélèvements obligatoires passeront à 44,8% cette année, à 45,8 en 2015, à 46 en 2016. Belle performance quand on s'est engagé à abaisser de quatre points les prélèvements !

Oui, mais la crise, n'est-ce pas... Elle a sans doute sa part dans les multiples augmentations de prix à venir mais elle a aussi bon dos. A force de n'avoir rien entrepris pour réduire la dette nationale, qui a galopé comme jamais ces quatre dernières années, de n'avoir pas mis un terme à la montée du chômage - et déjà de l'avoir atténuée -, d'avoir privilégié fiscalement les hauts revenus et de n'avoir pas réussi à relancer la croissance, est arrivé ce qui ne pouvait qu'arriver, un second plan de rigueur boutiqué à la va-vite, qui se traduit par une taxe sur les sodas, s'ajoutant aux taxes habituelles sur les alcools et le tabac, le gaz et l'électricité, un réajustement des tarifs de la RATP et de la SNCF, l'augmentation de la TVA qui retentira forcément sur les prix de la restauration, de l'hébergement ou des travaux à domicile, sans parler du casse-tête qu'elle va être pour certains commerçants, les boulangers par exemple, contraints d'appliquer une TVA à 5,5% pour le pain, à 7% pour la restauration rapide, genre croque-monsieur, et à 19,6 % pour les biscottes ! On se gardera d'oublier aussi l'augmentation de 3,5% de la cotisation aux mutuelles et autres complémentaires de santé...

Ajoutez quelques mesures grotesques et la boucle du mécontentement sera bouclée. Par exemple, cette taxe sur ses propres semences, qu'un agriculteur réutilise habituellement d'une année sur l'autre, et qui permettra à des semenciers comme Vilmorin de mieux financer désormais leurs recherches. Ou ce nouveau dispositif, encore plus rigoureux, sur le contrôle technique des automobiles de plus de quatre ans, qui va faire grimper la facture inévitablement. Quant à l'éco-taxe poids lourds prévue par la loi Grenelle 1, d'octobre 2008, elle tarde à être appliquée mais, pendant ce temps-là, le projet écologique de relance du frêt SNCF par Grenelle est tombé à l'eau...

Bref, à vouloir obstinément cultiver leur popularité en reportant sans cesse les mesures douloureuses, Nicolas Sarkozy et François Fillon ont été contraints, la crise aidant, de bricoler des plans de rigueur dont ont n'est pas sûr qu'ils suffiront à réduire les déficits ou à répondre aux critères européens de gestion ; et le président, lui, n'a pas cessé de traverser une période de solide impopularité depuis trois ans. Le réalisme politique et son propre intérêt lui conseillaient d'attaquer frontalement les problèmes, au risque d'une impopularité passagère, pour apporter en suite la preuve que ses choix courageux avaient été les bons. Il a fait trop souvent le contraire, après nous avoir asséné : "Je ne vous mentirai pas, je ne vous trahirai pas, je ne vous décevrai pas", c'était le 6 mai 2007 dans sa première intervention présidentielle. A la réflexion, la "plume" de Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, a rendu les pires services à celui qui se borne à lire les textes qu'on lui écrit ; Guaino a obligé ce président à prendre des engagements et à faire des promesses qu'il ne pouvait pas respecter. A la Bastille, Guaino, premier coupable !

Si d'aventure il est élu, François Hollande devra faire le contraire de son prédécesseur, faute de quoi, une fois de plus nous aurons encore vécu une élection présidentielle pour rien.
Jean Belot
Rédigé par Jean Belot le 27/12/2011 à 10:42 | Commentaires (0)

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LES FURTIFS

27/12/2011
On l'a souligné, François Hollande, qui ne veut pas pour le moment accaparer micros et caméras, bat campagne de manière tellement discrète qu'on se demande parfois s'il est candidat. Nicolas Sarkozy observe un silence tenace sur sa candidature pour ne pas consommer le peu de munitions qu'il a encore et persuader l'opinion qu'il est d'abord au service du pays en pleine tourmente financière et sociale. Même François Bayrou, qui s'est enfin déclaré candidat, n'envahit pas les médias, conscient que moins il en dira et plus sa cote de popularité montera. Jusqu'à Jean-Luc Mélanchon, d'ordinaire fort en gueule, qui s'est mis aux abonnés absents et Marine Le Pen, nettement moins loquace après un mois de novembre très volubile. Quant à Philippe Poutou, candidat de NPA, il a déclaré ingénument : "On fait ce qu'on peut avec les moyens qu'on a". Eva Joly est en veilleuse et Hervé Morin est inaudible. Il n'y aurait pas régulièrement la publication des chiffres d'un sondage qu'on se demanderait si une élection présidentielle est encore programmée...

Quasi furtifs, les candidats, presque fugaces, comment s'ils n'avaient pas grand chose à dire, tant la situation est critique, et encore moins à promettre. Il est vrai que pour la première fois depuis qu'existe en France une élection présidentielle, les caisses sont absolument vides, "le grain à moudre", régulièrement invoqué par André Bergeron quand il était secrétaire général de Force ouvrière, a disparu et aucun candidat ne peut se permettre de promettre quoi que ce soit, sinon corriger des inégalités criantes ou susciter des réformes qui ne coûtent pas grand chose mais peuvent rapporter de l'argent. Ainsi, Hollande s'est engagé, s'il est élu, à réformer pour de bon la fiscalité en faisant payer les très riches, épargnés depuis une dizaine d'années, mais il a fait machine arrière à propos de son projet de retour à la retraite à 60 ans, trop dispendieux : ceux qui ont tous leurs trimestres ou qui ont assuré des travaux pénibles pourront y prétendre, les autres salariés devront s'accommoder du nouveau régime.

Sarkozy n'est pas pressé d'entrer en piste, et pour cause. Les élans qu'il a eus en 2007 ne sont plus de mise aujourd'hui - ils ne seraient pas crus de toute manière -, et il n'est pas pressé de rendre des comptes à son électorat, amer et déçu ; mieux vaut pour lui railler l'amateurisme et le programme d'un rival, Hollande, où détourner celui d'un concurrent inquiétant, Le Pen.

Une certitude : les lendemains qui chantent ne chanteront pas, on le sait déjà, ils risquent même d'être encore plus déprimants que les jours que nous avons vécus l'année dernière. N'empêche, il faudra bien que les furtifs s'exposent tôt ou tard à la lumière.
Jean Belot
Rédigé par Jean Belot le 27/12/2011 à 10:41 | Commentaires (0)

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AU PAYS D'UBU

23/12/2011
C'est vrai, ils étaient inattendus, inexplicables, incongrus - à nos propres yeux -, les sanglots, versés à profusion par ces foules nord-coréennes après la mort de leur "cher dirigeant", qui les avait tyrannisés pendant vingt-sept ans. Ces deux femmes dévastées par la douleur, qu'on a vues postées comme par hasard au pied d'un escalier mécanique dans un grand magasin ; cette brochette de généraux accablés de chagrin pleurant comme des Madeleine ou ces nuées de mioches qui ruisselaient d'affliction...

Il faudrait mettre soigneusement de côté ces images pour les montrer en préambule à un cours sur la démocratie ou à un politique qui s'interroge sur l'intérêt du suffrage universel. Le déluge d'émotion qui vient de submerger la Corée du Nord est la preuve que dans un pays où toutes les libertés sont cadenassées, Ubu règne en maître sur des pantins qui ne s'appartiennent plus. Tellement conditionnés et apeurés que la question n'est pas de savoir si leurs larmes étaient sincères ou non, spontanées ou non, mais pourquoi ils se croyaient obligés de les verser. Quand la parole vous est mesurée à longueur d'existence, et le regard, et l'espace, et le pain, que la moindre transgression est punie inexorablement, vous devenez forcément une marionnette qui se tait, applaudit ou pleure suivant un rituel impitoyable. Lorsque le Chef vous impose de remettre votre propre sort cérébral, mental et moral entre ses mains, et que la peur vous tenaille sans cesse, vous devenez une sorte de zombie corvéable à merci.

Un témoin de l'époque raconte que, chaque fois que Joseph Staline apparaissait ou parlait, il était applaudi sans fin car chaque député, délégué ou simple camarade redoutait d'être le premier à être surpris en train de s'arrêter d'applaudir... Le "Petit père des peuples" a imposé une terreur sans égal (encore que Mao, patience, on finira par savoir...) pendant des décennies, pourtant, sa mort suscita des torrents de larmes dans toute l'URSS et chez les "pays frères". Une chère amie, qui avait adhéré au parti communiste français avec ferveur, avant de s'en éloigner sous la férule bornée d'un Georges Marchais, avait commencé d'écrire ses mémoires, dont elle avait d'avance trouvé ce titre révélateur :"J'ai pleuré à la mort de Staline"...

Il y a aussi une manière de pleurer qui peut exprimer un immense soulagement après un interminable tourment, des larmes de plaisir qui jaillissent de façon incontrôlée après qu'on a trop longtemps versé des larmes de détresse. Eh bien, aucun des chroniqueurs, historiens et spécialistes de la Corée du Nord n'a imaginé qu'un sujet de feu Kim jong Il ait pu pleurer de joie à la mort du despote, ne fût-ce que parce qu'il ne pouvait pas ouvertement danser de joie, même dans un souterrain, crainte d'être observé. Dommage d'avoir assimilé tout un peuple à un troupeau de moutons. En revanche, c'est le cas de le dire, les pleurs que versaient des dizaines de milliers, voire des centaines de milliers de Tchèques le jour des funérailles nationales de Vaclav Havel étaient, ceux-là, d'une absolue sincérité, d'une totale spontanéité. Les habitants de Pyongyang ont-ils pu les voir ?
Jean Belot
Rédigé par Jean Belot le 23/12/2011 à 10:15 | Commentaires (2)