L’écran de fumée « ni gauche ni droite » est définitivement dissipé : En Marche ! nous avait promis « le meilleur de la droite et le meilleur de la gauche », on aura pour l’instant le pire de la droite, et rien que la droite.


Samedi dernier, le gouvernement a annoncé une diminution uniforme de 5 euros par mois et par foyer des aides au logement, qui rentrera en vigueur dès le mois d’octobre. Trois jours après, le Ministère de la Cohésion des Territoires, en charge du Logement, promet une « réforme globale » en dénonçant un système « pervers » à ce même sujet. Ce projet suit une droite ligne austéritaire déjà engagée, que j’ai dénoncée dès les premières semaines du quinquennat.

Il s’agit de priver 5 euros d’aides mensuelles aux ménages les plus modestes en considérant cette somme comme insignifiante à l’échelle d’un budget individuel. Or, la majeure partie de ces aides est versée aux 30 % ayant le niveau de vie le plus faible, c’est-à-dire qui vivent avec moins de 14 820 euros par an, à peine plus que le seuil de pauvreté. Au Kremlin-Bicêtre, ville dont je suis à la fois le maire et le président de l’Office Public de l’Habitat, 59,5 % des allocataires de la CAF bénéficient de l’aide au logement (ALF, ALS et APL), sachant que plus de la moitié des 5 000 allocataires vivent avec des ressources qui équivalent à moins d’un SMIC mensuel. Pareille décision du gouvernement n’est pas étrangère à la rhétorique bien connue de l’« assistanat »…

L’hypocrisie de ce même gouvernement, dans le prolongement de cette rhétorique, veut faire porter la responsabilité de l’endettement public aux bénéficiaires des prestations sociales. A travers la diminution de 5 euros, l’objectif affiché est d’économiser 400 millions d’euros par an. Quel crédit apporter à cet objectif comptable alors qu’il est prévu parallèlement une déduction d’impôt de 4,5 milliards d’euros pour les foyers les plus riches, avec 2 milliards pour le seul ISF ? En somme, sous couvert de rabotage budgétaire global, nous avons bel et bien affaire à une mesure que l’on peut qualifier sans détour d’ « anti-pauvres », à défaut d’anti-pauvreté. Le peu d’économie réalisé dans cette coupe à l’aide au logement servira à financer les cadeaux fiscaux concédés aux plus aisés : la mesure est politiquement on ne peut plus claire.

Les rares arguments de fond déployés pour appuyer cette annonce relèvent d’une forme de lâcheté. Si l’idée selon laquelle les APL font augmenter le prix des loyers, notamment sur le logement privé, est en partie valable, quelle est la pertinence d’une réduction de 5 euros ? Il est complètement illusoire de croire qu’elle aura un effet sur les loyers, si bien que cela pèsera sur le locataire uniquement et en rien sur le propriétaire. Quant au logement social, le raisonnement de base n’est en aucun cas valable, car on fragilise aveuglement les allocataires : les ménages obtiennent leur logement en calculant leur reste à charge avec l’APL.

Quelques jours après l’annonce d’une cure d’austérité pour les collectivités territoriales, et donc pour les services publics de proximité, cette décision est plus qu’inquiétante. Elle relègue la lutte contre la pauvreté et le mal-logement au rang des dernières priorités de ce nouveau gouvernement, ce dont je m’alarme particulièrement en tant qu’élu local. L’écran de fumée « ni gauche ni droite » est définitivement dissipé : En Marche ! nous avait promis « le meilleur de la droite et le meilleur de la gauche », on aura pour l’instant le pire de la droite, et rien que la droite.


Rédigé par Jean-Marc Nicolle le Jeudi 27 Juillet 2017 à 15:11 | {0} Commentaires