Il aurait été souhaitable que l’annonce le 22 juillet dernier par le gouvernement d’une diminution de 5 euros des APL reste une déclaration sans lendemain après la polémique justifiée qui s’en est suivie. Bien au contraire, ce sinistre feuilleton se poursuit avec un nouveau rebondissement la semaine dernière.


L’appel du président de la République aux propriétaires de baisser les loyers de 5 euros s’apparente à une grotesque rustine de communication, dont personne (ni même lui) ne peut croire qu’elle sera suivie des faits… Les locataires ne semblent visiblement pas dupes de ces paroles faussement apaisantes. Le pire reste à venir avec la confirmation par l’exécutif de projets de révision plus importante encore du montant des aides au logement.

Dans l’élan de cette dernière annonce, M. Jacques MEZARD, ministre de la Cohésion des territoires, en charge du logement, a déclaré ce mardi : « Nous devons aussi favoriser une diminution des loyers dans le parc social. » En tant que maire du Kremlin-Bicêtre et président de son Office Public de l’Habitat (OPH), je suis en mesure de pouvoir illustrer très concrètement la signification et les effets d’une baisse des loyers du parc social à l’échelle de ma commune. Si l’on se réfère ne serait-ce qu’à la diminution préalable de 5 euros, la perte pour les loyers des 689 foyers bénéficiaires des APL équivaudra à environ 41 400 euros. Cela représente 6 mois de loyers pour une résidence classique, et correspond aussi au budget 2017 de transformation de 4 bureaux en logements, aux travaux de requalification des halls de résidences.

A travers ce coup de rabot, le manque à gagner pour les bailleurs sociaux s’avère non négligeable. Ces exemples ont le mérite de démontrer que les loyers versés par les locataires à l’OPH constituent de fait le seul revenu pour ce dernier. Les sommes perçues servent effectivement à financer des travaux de construction ou de réaménagement des logements sociaux. Il en va de l’intérêt premier des personnes qui y vivent pour leur garantir des logements décents et salubres. Or, par définition, ces personnes constituent les foyers les plus modestes et donc les plus « fragiles », que M. MEZARD prétend pourtant défendre en priorité.

Une pierre de plus dans l’édifice libéral et antisocial que le gouvernement persiste à vouloir bâtir. Diminuer les loyers des logements sociaux pour contrebalancer la baisse envisagée des APL, voilà l’objectif. Cela relève au mieux d’un amateurisme naïf en matière de logement social, au pire d’une opération démagogique visant à faire payer aux collectivités les égarements de l’exécutif. Au premier rang de ces collectivités se trouvent les communes, les plus proches de nos concitoyens par les services qu’elles proposent.

L’acharnement méthodique du gouvernement à l’encontre des collectivités territoriales se heurtera de toute évidence au bon fonctionnement des services publics. Ceux-là même qui garantissent aux citoyens les plus modestes des besoins essentiels tels que le logement décent.


Rédigé par Jean-Marc Nicolle le Lundi 11 Septembre 2017 à 10:27 | {0} Commentaires

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