l'information circule dans l'entreprise, je l'ai souvent croisée devant la ... machine à café


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L'espionnage version 2.0
 














C'était en 1958, Graham Greene écrivait "Notre agent à la Havane " (Our man in Havana). Nouvelle désopilante sur le monde des agents secrets du temps de la guerre froide, soit dit une éternité. Où il était question d'un marchand d'aspirateurs qui s'improvise agent britannique et qui sur la base d'une fiche technique d'aspirateur fait croire à sa hiérarchie que l'ennemi est engagé dans des mouvements de troupes et s'affaire, par ailleurs, à déployer des installations militaires pour un usage qu'on devine hostile.

C'était le 3 décembre dernier, le New York Times publiait un article intitulé "Open-source Spying ". Où il est fait état d'un avant et d'un après. Comprendre dans le monde du renseignement américain : avant et après le 9 septembre 2001. Pour simplifier la démonstration, on retiendra le raccourci inscrit dans le mémoire collective US : 9/11.

Avant : un monde du renseignement éclaté en une multitude d'agences(*) organisées selon une  logique de production pas très éloignée de notre homme de la Havane, soit l'émission de rapports validés selon un schéma classique d'organisation pyramidale. Le problème de ce mode de production est double :
  1. l'information (data) risque de se perdre à chaque niveau de l'organisation. On imagine que dans la chaîne de validation, un intermédiaire ne juge pas la donnée suffisament pertinente ou porteuse de sens pour la transmettre à l'échelon supérieur
     
  2. chaque agence est autonome dans son mode de production et que les systèmes ne communiquent pas entre eux, d'où une incapacité à croiser les données et apporter du sens à des informations jugées sans intérêts ou inexploitables
L'article relève que les organisations américaines liées au renseignement n'échangent pas entre elles. Elles sont certainement les meilleures au monde. Mais le sont-elles collectivement ? La réponse a été donnée le 9/11.

Conséquence, l'an passé J. Negroponte - Director of National Intelligence (DNI) recrute un expert en systèmes d'information en la personne de D. Meyerrose (ex général d'aviation). Sa mission : développer les échanges de données entre les diverses agences. Son problème, chaque organisation avait son système propriétaire, systèmes incompatibles entre eux avec des formats de données illisibles entre les systèmes.

Bien qu'un semblant d'échanges se mette en place au début des années 90 à travers la publication de pages web par les divers agents, l'habitude d'alimenter la base n'est pas prise par les "contributeurs potentiels" ; question de culture. Le lien a pour nom Intelink un intranet sécurisé reliant les agences entre elles. Outre le problème d'alimentation de la base, l'indexation du contenu y est rudimentaire tout comme le moteur de recherche qui permet de fouiller dans la base.

Mais comme précisé plus haut il y a un avant et un après 9/11. Il y a aussi, le développement des pratiques sur Internet. On voit alors émerger de nouvelles pratiques de production et de diffusion de contenus et de partage, bref l'internet collaboratif.

Le DNI en arrive à la conclusion qu'il faut ouvrir le champ d'investigation aux sources ouvertes (weblogs et wikis) dans la mission de surveillance des différentes agences. Ces outils doivent aussi aider les agences à échanger. Aux schémas rigides du monde du renseignement de la guerre froide fondés sur l'empilement de structures hiérarchiques de validation vient se substituer un nouveau modèle de gouvernance dans lequel le système s'organise autour d'espaces de publication personnels. Dès lors que la base de données atteint - en terme de contenu ou data - une masse critique suffisante, le système s'auto-régule. Le développement de liens hypertexte entre les divers rapports ainsi émis permet, en outre, de développer un moteur de recherche plus performant suivant la logique de popularité.

Le travail des analystes s'en trouve simplifié et surtout plus efficace. Le système permet de croiser les données entre elles pour produire du sens.

Fin 2005, un prototype d'espace collaboratif organisé sur la logique du wiki entre agence est développé : Intellipedia

Alors que l'outil se déploie, une occasion d'en vérifier son utilité se présente lorsque le 11 octobre dernier un petit aéronef vient percuter une tour de Manhattan. Un contributeur publie une page sur l'évènement dans les 20 minutes qui suivent le crash ; cette page est consultée à 80 reprises par des contributeurs de 9 autres agences. L'analyse collaborative conclue rapidement à l'accident ou tout du moins qu'il ne s'agit pas d'un acte terroriste.

Le DNI est persuadé que l'avenir du renseignement passe par le développement de systèmes simples et rapides à mettre en oeuvre. Les agences doivent comprendre l'intérêt d'opter pour les "social software" (les weblogs et wikis), mais que la partie est loin d'être gagnée : que le changement culturel qui doit accompagner cette mutation est énorme. Allez dire à un agent formaté aux pratiques du secret qu'aujourd'hui il faut publier et donc d'exister socialement quand la condition d'exercice est de ne pas apparaître.

Résumé, cela revient à dire que pour les experts du renseignement, le bénéfice qu'ils retirent du partage de signaux non structurés et récupérés en masse peut être supérieur à l'exploitation d'un petit nombre de signaux forts par un petit nombre d'analystes. L'avantage comparatif d'une organisation liée au renseignement se situe alors dans sa capacité à collecter, assembler et traiter, analyser - rapidement - un ensemble hétérogène de données  par ailleurs disponibles en quantité. Soit un modèle vertueux dans lequel la détection systématique de tous les signaux et leur croisement doit mener à la production par l'ensemble du système (fait de contributeurs) d'une interprétation et d'analyses.

On notera au final que le parallèle avec ce qui se passe dans le domaine de l'information professionnelle (voir le billet les tendances sur le marché de l'information) est révélateur d'un changement profond du modèle d'innovation où les pratiques et applications grand public innervent celles du renseignement.

Source de l'information : Blogs et IE

Pour ceux qui veulent se replonger dans l'ancien monde - celui du renseignement tout du moins - je vous suggère la lecture du roman "La malédiction d'Edgar " : une cinquantaine d'années retracées à la tête du FBI     


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(*) l'article en mentionne 16 dont les plus connues : CIA, FBI, National Security Agency, National-Geospatial Intelligence Agency



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