Tout simplement parce que l'expression « Nous Voulons Savoir » cache en elle quelque chose de secret. Car s'il n'y avait pas secret, s'il n'y avait pas mystère, s'il n'y avait pas flou artistique quelque part, il n'y aura jamais une certaine envie de percer, un tant soi peu, ce mystère enfoui dans la nuit des temps.
Mais qu'est-ce que nous
voulons savoir ?
C'est l'ultime question qui revient naturellement à l'esprit suite, à ce questionnement. A l'évidence, l'être humain est celui-là qui, insatisfait devant une situation confuse, trouble ou mystérieuse, développe son imagination pour satisfaire ses envies ou tout simplement sa conscience. Et pour y arriver, il faut qu'il parvienne à découvrir un jour ce petit vocable à 6 lettres capable de calmer ses ardeurs. Et ce vocable, comme le chantonnent les stars de la musique s'appelle : VERITE. Cette Vérité qui blesse, qui fait mal mais qui soigne car « ce n'est pas la faute à celui qui l'a dite, mais c'est la faute à la vérité universelle qu'on ne saurait étouffer pendant des décennies.
Tant que l'homme n'aura pas découvert cette vérité enfouie dans le noir absolu, l'être humain, à l'imagination fertile, mettra tout en œuvre pour y parvenir.
Bien évidemment, l'expression « NOUS VOULONS SAVOIR » des familles Boganda, Fayama et Kangala, et par ricochet de toutes les familles centrafricaines, trouve ici tout son fondement. Ce qui voudrait dire en termes assez simples, qu'à l'instar des familles précitées, c'est le peuple centrafricain tout entier qui aimerait savoir, comprendre, analyser et déduire quelque chose de ce qui s'était passé réellement ce 29 mars 1959 après le crash de cet Nord Atlas.
Nous avons besoin de savoir, puisque nous en avons le droit en tant que filles et fils de Centrafrique.
Nous avons besoin que lumière soit enfin faite sur les circonstances de ce pseudo-accident du 29 mars 1959 qui aurait porté un « coup fatal » au président fondateur de la République Centrafricaine et les siens.
Il ne s'agit que de cela et rien d'autre : Nous avions soif de connaître cette vérité historique même tragique car enfin, nous aurons le cœur net sur les circonstances qui ont conduit à cet événement dramatique.
Les différentes responsabilités doivent être établies afin que ça se sache puisque le mystère n'a que trop duré.
Qu'à cela ne tienne, qui était ce Barthélemy Boganda dont la vision politique pour son pays et l'Afrique a sensiblement dérangé, pour ne pas dire démangé ceux qui l'ont précipitamment « effacé » de la scène politique nationale, sous-régionale et internationale ?
On peut tenter de répondre à cette interrogation en présentant l'Homme dans toute sa dimension en quatre points : Prêtre, Député, Militant et Fédérateur.
Barthélemy Boganda
en quatre points
Barthélémy Boganda, originaire de la région de la rivière Lobaye, naît vers 1910, dans un univers de violence à une époque où les populations locales vivaient dans une extrême pauvreté.
Les conditions de travail forcé, que pratiquaient les compagnies concessionnaires des grandes plantations de l'époque, étaient si dures qu'elles ont entraîné à termes dans le Territoire de l'Oubangui Chari, toute une série de révoltes.
Ces actes de violences ont sensiblement déterminé le Président Fondateur de la République Centrafricaine à faire de la lutte contre l'injustice et autres inégalités sociales son cheval de bataille.
Récupéré dans la grande forêt de la Lobaye par un militaire de l'époque et confié à des missionnaires, Barthélémy Boganda, qui fut baptisé en 1922, était naturellement destiné à la prêtrise. Son ordination en tant que prêtre, a eu lieu en mars 1938, faisant de celui-ci, le premier prêtre de l'Oubangui-Chari.
Etant donné qu'à l'époque, les seules autorités, qui régnaient de mains de fer sur le Territoire, étaient les Administrations coloniales et les Missions, Barthélémy Boganda fut choisi par l'Evêque de Bangui pour être candidat à la députation à un poste à Paris. C'est ainsi que celui-ci sera élu le 10 novembre 1946 sur la liste du Mouvement Républicain Populaire (MRP).
Disposant d'une tribune où il peut valablement défendre ses idées et combattre ainsi l'injustice faite à ses concitoyens, Barthélémy Boganda dénonce avec véhémence les horreurs de la colonisation.
Le 29 mars 1949, il fonde le Mouvement pour l'Evolution Sociale de l'Afrique Noire (MESAN) il se retire de la prêtrise et du MRP et se marie avec une française.
A l'instar d'autres dirigeants africains des colonies françaises, il réserve un accueil favorable au vote de la loi-cadre Gaston Defferre qui devait ouvrir la voie à l'Indépendance des pays Africains colonisés par la France.
Elu à Brazzaville président du Grand Conseil de l'Afrique Equatoriale Française (AEF) le 18 juin 1956, Barthélémy Boganda réussit est élu quelque mois après, Maire de Bangui. Il réussira par son charisme à entrainer l'Oubangui-Chari à voter « Oui » au Référendum de 1958.
Bien avant ce referendum, il justifie au peuple les raisons utiles du référendum qui emportera par la suite le « Oui » des oubanguiens.
On retiendra des justificatifs faits par Boganda au peuple Oubanguien toute une série de droits inhérents à la personne humaine et pour lesquels le Général De Gaulle a donné son accord de principe avant le référendum.
C'est en effet dans les justificatifs de ce référendum que la maxime « Zo Kwé Zo », chère au Président Fondateur de la République, trouve ses lettres de noblesse.
Elu après le referendum premier Chef de Gouvernement de la République Centrafricaine proclamée le 1er décembre 1958, Barthélemy Boganda, dit l'histoire, aurait été victime le 29 mars 1959 d'un accident d'avion aux causes jusque là mystérieuses.
Boganda était-il mort ce
29 mars 1959 ?
La question vaut la peine d'être posée, tant le mystère qui a entouré et qui continue d'ailleurs d'entourer la prétendue «disparition tragique » du père fondateur de la République Centrafricaine continue d'alimenter les débats et de passionner les centrafricains.
Jamais, une disparition aussi tragique n'a soulevé tant d'interrogations de la part des uns et des autres. De plus en plus, des voix s'élèvent pour réclamer toute la vérité sur la « disparition » de Barthélémy Boganda et des siens.
De Bengue-Bossin, auteur d'un livre à paraître sur «l'enlèvement et la déportation de Barthélémy Boganda aux Antilles » en passant par les familles Boganda, Fayama et Kangala, auteurs d'un communiqué de presse appelant à la vérité sur les évènements du 29 mars 1959, que du parti politique (MESAN) fondé par le père fondateur de la République qui, à l'occasion de son cinquantième anniversaire PAR LA VOIE DE SON PR2SIDENT DE L42POQUE m. Marc Désiré Langandi-Tchopologuaia, a demandé en 1999, l'ouverture d'une enquête internationale aux fins de déterminer les causes effectives de la mort de ce dernier, le débat ne fait que prendre forme et ça va absolument et impérativement se savoir. Qui dit le contraire ?
Telle une fumée, la vérité longtemps cachée, sortira, non pas de la lumière, mais jaillira plutôt de l'eau comme le dit un proverbe malien.
Cette vérité irréversible, qui fait doucement son petit bonhomme de chemin, sortira de la bouche même des témoins de l'époque.
« Boganda n'était pas mort »
selon A. Goumba
Le Pr. Abel Goumba, numéro 2 du gouvernement à l'époque après Boganda, a cru bon le dire haut et fort.
Dans son droit de réponse en date du 12 novembre 2007 suite aux déclarations de Monsieur Bengué-Bossin et parues dans les colonnes du Quotidien Le Démocrate des 08 et 09 novembre 2007, le patriarche est ferme et catégorique. En effet, précise-t-il, « Je n'ai jamais été contraint par qui que ce soit de dire que Boganda est mort, (puisqu'il ne l'était pas). Pour finir, le Pr. Abel Goumba se dit « prêt à participer à une Table Ronde pour relater ce qu'il a vu et vécu à l'époque de la mort de Boganda ».
Comme nous l'avions dit si haut, la déduction est aisée à faire dans la mesure où, le Pr. Abel Goumba, dans son droit de réponse, dit cette fois-ci une vérité historique qui confirme si besoin en était, que Barthélemy Boganda n'était pas du tout mort ce 29 mars 1959.
« Puisqu'il ne l'était pas » devient alors la formule scientifique qui peut déjà donner une certaine idée de cette vérité historique que le Pr. Abel Goumba vient de jeter dans la mare. « Il » est ici utilisé par le Pr. Abel Goumba pour désigner nommément le président Barthelemy Boganda dont on prétend victime d'un accident le 29 mars 1959.
Maintenant que la petite vérité est dite par celui qui fut le second du père fondateur de la République, qu'attendent les autorités centrafricaines pour décider de l'organisation de cette Table Ronde que demande le Pr. Abel Goumba en personne ?
Qu'en sera-t-il des déclarations contenues dans « les Mémoires et Réflexions du résistant Anti-colonial, Démocrate et Panafricaniste Professeur Abel GOUMBA » dont le volume N° 1 intitulé « De la Loi-cadre à la mort de BOGANDA » parues en Février 2007 selon lesquelles : « Le spectacle était horrible à voir : à notre arrivée, l'équipe de secours était en train de sortir l'un des moteurs qui a du probablement écraser le Président Boganda, car les intestins étaient en partie sortis de l'abdomen, mais retenus et cachés par la veste déchirée en plusieurs endroits » et que « La mort a du être violente pour le président Boganda qui avait la lèvre supérieure fendue et le bras gauche fracassé » ?
Qui est ce Boganda que le Pr. Abel Goumba affirme mourir sur le champ, à en croire les déclarations suscitées et contenues dans ses Mémoires, et celui qui « ne l'était pas » selon les termes de son droit de réponse en date du 12 novembre 2007 adressé au Quotidien Le Démocrate ?
Libre à tout un chacun de pousser la réflexion et d'en déduire.
Qu'à cela ne tienne, le rouleau compresseur est en marche et le processus suivra naturellement son cours jusqu'à la manifestation de cette vérité historique enfouie dans une sorte de magma depuis la nuit des temps.
Tel l'imposant mur de Berlin, la petite vérité dans cette affaire « d'enlèvement ou de déportation » du père fondateur de la République et des siens finira par se savoir.
Il faut absolument et impérativement que ça se sache, car, nous voulons savoir et nous avons soif de la vérité.
(la suite de nos enquêtes dans nos prochains numéros)