Le Confident (LC): Maître, veuillez-vous présenter pour nos lecteurs.
Crépin Mboli-Goumba (CM) : Je suis Crépin Mboli-Goumba, avocat, essayiste et centrafricain.
LC: Me, vous êtes co-signataire d’un Manifeste créant l’Union des Autres Partis (UAP) que vous présentez comme la troisième voie politique pour une renaissance effective de la République Centrafricaine. Dans quel camp se situe l’UAP et quelle est sa vision politique ?
CM : Nous sommes effectivement les tenants d’une troisième voie au-delà de l’opposition dite radicale et de la majorité présidentielle. Le camp dans lequel nous nous situons est celui de tous les
centrafricains qui refusent de se laisser confiner dans l’extrémisme manichéen entre majorité présidentielle et opposition radicale. Comme toujours, entre deux extrémismes, la vérité se situe ailleurs. Nous voulons être une force de proposition. Par exemple, nous allons proposer qu’au sortir du Dialogue Politique Inclusif, que nous ayons un programme étalé sur 25 ans qu’on appellera « Centrafrique Perspectives 2033 ». Ce qui nous permettra de savoir le nombre d’écoles, d’hôpitaux dont nous avons besoin sur 5, 10, 15, 20 et 25 ans.
LC: Selon nos enquêtes, les partis politiques regroupés au sein de l’UAP ne veulent pas adhérer à l’Union des Forces Vives de la Nation (UFVN), quelles en sont les raisons ?
CM : Ecoutez, évitons toute polémique sur cette question. L’UFVN a le mérite d’avoir incarné l’espérance quand la plupart des politiques ne pensaient qu’à occuper des maroquins. Tout de même, l’UFVN est l’initiatrice de ce que nous appelons aujourd’hui le Dialogue Politique Inclusif. Et tant de choses me lient à son animateur principal, Me Pouzère. Mais chacun se bat à partir des idées qu’il se fait de la société. Le plus important est d’être utile.
LC: Au sein de l’UAP se retrouvent deux partis politiques que sont le Front Patriotique pour le Progrès (FPP) courant Alexandre Goumba et le Mouvement pour l’Evolution Sociale en Afrique Noire (MESAN) de M. Fidèle Ogbami. Ces deux partis politiques ont collaboré avec les différents pouvoirs qui se sont succédés à la tête de l’Etat centrafricain (MLPC pour le MESAN et le régime actuel pour le FPP), comment peut-on expliquer la neutralité de ces deux mouvements qui se réclament aujourd’hui de l’UAP ?
CM : Le FPP a collaboré dans un contexte de transition. Il fallait que toutes les bonnes volontés se retrouvent pour sauver ce qui restait de la crédibilité nationale et de notre souveraineté. Pareil pour le MESAN qui s’est retrouvé dans une transition à partir d’une plateforme politique ou d’accord politique. Je ne sais pas si le peuple centrafricain a retenu de ce passage, une image catastrophique. Et de toutes les manières, vous savez que c’est dans l’erreur que se tient la vérité. On peut se tromper mais quand on persévère dans l’erreur, c’est là où ça devient diabolique.
LC: Le Dialogue Politique Inclusif devra se tenir très bientôt, quelle appréciation l’UAP se fait de ce forum inter-centrafricain ?
CM : Pour l’UAP, il s’agit d’une dernière chance que les centrafricains se donnent pour régler une bonne fois pour toute, les problèmes qui, tel un serpent de mer refont toujours surface et cela de manière récurrente. Au-delà des accolades que les gens vont se faire, les leaders vont se retrouver, ils vont se faire des accueillettes, il faudra faire des propositions claires sur la refondation et la pratique de nos institutions. Et nous estimons qu’à ce moment là , il faudra un retour aux fondamentaux de la République : le mérite. Il faut que le mérite revienne parce que c’est cela la promesse républicaine. Par l’école et l’honnêteté. Si vous êtes bons dans le domaine qui est le vôtre, la République va vous promouvoir au-delà du tribalisme qui est justement l’origine de nos problèmes ici. Donc pour nous, ce sera l’occasion de faire des propositions très claires et nous y sommes prêts.
LC: Les élections présidentielles et législatives de 2010 avancent à grand pas. Votre Union présentera-t-elle des candidats à ces différents scrutins ?
(CM) : Tout parti politique a pour ambition fondamentale la conquête du pouvoir. Une conquête du pouvoir non pas pour le pouvoir, mais pour la transformation de la société. Il s’agit là d’une ambition légitime pour tout parti politique et au-delà , tout regroupement politique. Nous allons laisser au temps le soin de répondre à cette question qui nous semble très importante.