Après Barthélémy Boganda, Jean Bedel Bokassa, David Dacko, le général André Kolingba, qui a présidé aux destinées de la République centrafricaine du 1er Septembre 19814 à octobre 1993 où il a passé le flambeau à Ange Félix Patassé après des élections démocratiques au cours desquelles celui que ses partisans et admirateurs appelaient ‘’La Force Tranquille’’ a été battu à la régulière.
Malgré les pressions dont il était victime de la part de ses proches, civils et militaires, André Kolingba a respecté la voix de sa conscience et a dit ses adieux au Palais de la Renaissance. Puis, André Kolingba vit retiré dans un calme surprenant, car il n’apparaît que sporadiquement. C’est ainsi qu’il fit un retour remarqué en 1998 où son parti, le Rassemblement Démocratique Centrafricain (RDC), créé au cours d’un Congrès les 6 et 7 février 1987, réussit à placer plusieurs députés à l’Assemblée Nationale. Tout le monde alors parlait de la résurrection du RDC, qu’on croyait disloqué après les élections de 1993. A la présidentielle de 1999, André Kolingba devait affronter Ange Félix Patassé au second tour.
Alors que les bulletins du second tour des élections étaient tirés à l’imprimerie Centrafricaine (ICA), une descente muselée des militaires suit un terme au tirage et Ange Félix Patassé fut prochain vainqueur au premier tour. Le Rassemblement Démocratique Centrafricain a gardé un goût amer de cet ‘’hold-up’’ électoral qui n’avait pas d’autre qualificatif que le terme ‘’hold-up’’, qui était le terme consacré à cette époque.
Dans le collimateur du régime Patassé
André Kolingba encore une fois se fit comme le roseau. Il plie mais ne rompt pas. Il se terre comme à son habitude dans son domaine de Ouango (pas loin de la résidence de France) et ne s’occupe que de ses fermes de ‘’Gbakpata’’ et de ‘’Bata gni Ndou’’. Contre toute attente, le 28 mai 2001, le jour de la fête des Mères, Ange Félix Patassé, le Chef de l’Etat en fonction est victime d’un coup d’Etat qui échoue. Alors qu’a cette époque, tout le monde savait qu’il y avait des coups de force qui couvaient sous la cendre , André Kolingba eut le courage de réclamer la paternité du putsch avorté. Cet épisode lui vaut la foudre du président Ange Félix Patassé et de ses proches. Les Libyens à la rescousse, les quartiers sud de Bangui sont lourdement mitraillés et la chasse aux Yakoma, tribu du général André Kolingba, prit une ampleur sans pareille. Mais ce coup d’Etat manqué du 28 mai 2001 n’était que la goutte d’eau qui avait fait déborder le vase. La réalité, c’est qu’après les mutineries des 18 Avril 1996, 18 mai 1996 et 15 Novembre 1998, le général André Kolingba, les membres de son parti et les militaires qui semblaient proches de lui étaient dans le collimateur du régime Patassé qui voulait en découdre avec ceux qui lui donnaient l’insomnie. Si les trois mutineries n’ont pas connu de carnage, la répression du coup d’Etat mise en œuvre par le pouvoir de l’époque fut particulièrement sanglant.
Officiers Yakoma, cadres et autres, qui avaient l’outrecuidance de se retrouver dans les griffes des gardes présidentiels, des (Karako’’, de Balawa et autres ‘’ Sahraouis) n’étaient pas épargnés. La liste, sans être exhaustive, fut quand même assez fastidieuse pour ne pas inquiéter les défenseurs des droits de l’homme.
Présent au Dialogue National
L’échec du coup d’Etat manqué du 28 mai 2001 conduit le général André Kolingba à s’exiler à Kampala en Ouganda. Les partisans, victimes d’expéditions punitives, prennent le chemin de la République Démocratique du Congo, du Congo (Brazzaville) et du Cameroun. La répression était féroce et le simple fait d’être toisé comme partisan du général Kolingba était un motif largement suffisant pour que les foudres du régime Patassé s’abattent sur l’élément repéré. Les ennuis du général André Kolingba ont commencé à la fin de son séjour ougandais.
Quand le général François Bozizé a pris le pouvoir après une insurrection populaire le 15 Mars 2003, un vent d’espoir a commencé à souffler. Le nouvel homme fort de Bangui décidera d’une amnistie qui effaçait tous les forfaits des événements du 28 mai 2001. Au Dialogue National de Septembre à Octobre 2003, André Kolingba était présent et a même pris la parole à la tribune des assises pour faire son mea-culpa comme tous les autres leaders.
L’ancien Chef d’Etat ne resta que quelques jours à Bangui où il dut être évacué précipitamment en France. Après une bonne période d’absence, André Kolingba retourna au bercail pour préparer les élections de 2005. Le RDC, péniblement, obtient quelques députés et André Kolingba se classa 3ème après François Bozizé et Martin Ziguelé.
Malgré que la maladie le rongeait, le général André Kolingba faisait tout pour avoir une main mise sur son parti, le RDC, et pour maintenir une présence politique dans le pays. Mais la santé d’André Kolingba allait de mal en pis malgré des efforts qu’il essayait de déployer.
Il était constamment absent du pays, pour des raisons de santé.
Le RDC sauvé des eaux troubles
Ces absences, parfois longues, se répercutaient dangereusement sur la vie du Rassemblement Démocratique Centrafricain dont depuis l’époque de Patassé n’a cessé de broyer du noir. Après les événements du 28 Mai 2001, le RDC a failli avaler son acte de naissance. Tous les cadres et militants se sont dispersés, tapis ou ont changé de veste pour pactiser avec le régime du président Ange Félix Patassé.
Mais la flamme du parti a été maintenue grâce à la témérité et la perspicacité de M. Louis Pierre Gamba, 2ème vice président du RDC, qui a su braver toutes les adversités.
Selon M. Louis Pierre Gamba, un coup d’Etat, qui est une action militaire, ne saurait se confondre avec l’action politique du RDC, qui a épousé l’option de la lutte démocratique et par des moyens démocratiques. Malgré les intimidations et les menaces de mort dont il était souvent victime, M. Louis Pierre Gamba a tenu bon et a réussi, par des actions vigoureuses, à ressusciter les structures du Rassemblement Démocratique qui ont soutenu André Kolingba à l’élection présidentielle de 2005.
Mais après les élections de 2005, le parti a commencé à vivre des périodes de fortes turbulences qui ont pratiquement contribué à sa descente en enfer. Le scrutin terminé, M. Daniel Langandi, dont la véracité des propos était crainte par toute la classe politique centrafricaine, fut limogé, sans qu’on lui en donne les raisons et encore moins aux militants. Il fut remplacé par M. Pascal Koyamené, qui trouvait que la lutte politique solitaire pouvait être suicidaire. Il rallie le RDC à l’Union des Forces Vives de la Nation (UFVN); ce qui n’était pas du goût de certains cadres, embusqués dans l’ombre et qui guettent souvent les postes ministériels.
L’opposition n’ayant pu entrer dans le gouvernement de l’après dialogue, M. Pascal Koyamené fut écarté de manière spectaculaire pour que des cadres prennent sa place à l’UFVN. Le regroupement, très réfractaire à ce genre de décision, n’a pas plié et M. Pascal Koyamené a été désigné comme délégué de l’UFVN au Comité de Suivi du Dialogue Politique Inclusif. Les turbulences au sein du RDC se sont poursuivies avec la mise en place du directoire national en mars 2009, présidé par M. Gabriel Goloumo. Le général Kolingba assigne six mois à cet organe pour préparer le Congrès. C’est surtout la désignation à la CEMI qui a conduit les cadres du RDC avec M. Goloumo, dont ils indiquent avec virulence la gestion chaotique. Le RDC gèle sa participation à l’UFVN. Les cadres et militants de base ne l’entendent pas de cette voix. Les protestations qui parviennent au président fondateur André Kolingba parviennent de partout. Excédé de voir son parti s’enfoncer de plus en plus dans les profondeurs de la crise, André Kolingba fait appel à Louis Pierre Gamba, le mardi 2 février 2010 à 16 h 00 pour lui intimer l’ordre de redressement du parti et du directoire pour éviter des surprises désagréables. Gabriel Goloumo, monte au créneau, fait reconduire le mandat du directoire rénové pour le Congrès, un congrès auquel le président fondateur André Kolingba, qui s’est éteint le 7 février 2010 n’assistera plus jamais, alors qu’il comptait sur ce forum pour la relance d’un parti, qu’il a créé et qui lui était cher. Fait du hasard, le général André Kolingba est décédé le jour même où il portait son parti aux fonds baptismaux le 7 février 1987.
Qui est André Kolingba ?
Qui est André Kolingba qui a su écrire une page de l’histoire de la République Centrafricaine ? André Kolingba a vu le jour à Bangui le 12 Août 1936. Il fit ses études primaires et secondaires dans la capitale Centrafricaine avant de faire son entrée à l’école Préparatoire Militaire des Enfants de Troupe général Leclerc à Brazzaville. Le 12 octobre 1954, il opta pour son incorporation volontaire dans les Forces françaises. Admis sur concours à l’école des officiers d’Active de Fréjus en France, André Kolingba suivra sa formation de 1962 à 1964. Après Fréjus, c’est l’Ecole d’Application de Montargis, toujours en France, qui l’accueille de 1964 à 1965. Officier de Transmissions de l’Armée française à Brazzaville (Congo), il est reversé dans les rangs des Forces Armées Centrafricaines en vertu des Accords de Coopération (Défense) le 15 Août 1960.
André Kolingba, directeur de la Radiodiffusion centrafricaine en 1966, il sera nommé Commandant du 1er Bataillon des Transmissions en 1966, et demeurera à ce poste jusqu’en 1975. C’est lui qui s’occupera de la formation des jeunes sous-officiers des Transmissions de 1968 à 1975.
Télégraphiste 1er et 2è degrés exploitation, André Kolingba était spécialisé dans l’électronique dont il était un brillant lecteur au son. Le général André Kolingba a représenté la RCA en qualité d’Ambassadeur Extraordinaire et plénipotentiaire au Canada de 1975 à 1979. Le même poste lui sera confié en 1979 en République Fédérale d’Allemagne. Après l’accession à la Magistrature Suprême de l’Etat du président David Dacko, André Kolingba est promu Chef d’Etat Major général des Forces Armées Centrafricaines. Promu général d’Armée le 24 juillet 1981.
Il accède à la Magistrature de l’Etat le 1er septembre 1981, à la faveur d’un coup d’Etat sans effusion de sang. Bien que militaire sa vie durant, André Kolingba avait aussi ses violons d’Ingres que sont la musique (fondateur de Commandano-jazz), la photocopie, la photographie, la pêche à la ligne, la chasse et surtout le football. Ancien secrétaire des Anges de Fatima, il se faisait appeler « De la danse ». La grande interrogation après ce vide que laisse André Kolingba, que deviendra le RDC ?
Seul l’avenir nous le dira, cette célèbre phrase qu’il avait prononcée avant de quitter le pouvoir en 1993.
De toutes ses distinctions honorifiques, celle qu’André Kolingba adulait le plus est le titre au Docteur honoris causa, décerné par l’Université de Yung-Hee (Corée du Sud) en juin 1986.