Christophe Boisbouvier (CB): Bonjour Monsieur le Président !
François Bozizé (FB) : Bonjour M. Boisbouvier
CB : Nicolas Sarkozy vous a demandé de faire des efforts en matière de protection des droits de l'homme. Concrètement, est-ce que les officiers qui ont ordonné des exactions sommaires en 2005 vont-ils être poursuivis ?
FB : D'abord dans ce secteur, nous avions pris contact avec les chefs rebelles. Quant aux exactions auxquelles vous faites allusion, nous avons pris des mesures. Pour les militaires, il y a eu des sanctions administratives, des sanctions disciplinaires, des cassations, des rétrogradations et autres etc. Mais la justice militaire aussi procède à des décisions dans le sens du respect des droits de l'homme.
CB : Mais quand vous dites, la justice militaire fait son œuvre, on ne sait pas si par exemple le lieutenant Ngaïkoïsset, dont l'unité de Garde Présidentielle est soupçonnée d'avoir exécuté près de 50 civils en 2005, fait partie des officiers qui ont été sanctionnés ?
FB : Il y a de l'exagération dans cette affaire. Qui a porté plainte contre Ngaïkoïsset ?
CB : Son nom est cité dans le dernier rapport de Human Rigths Watch.
FB : Oui, mais toujours l'opposition qui alimente ces manipulations.
CB : Donc pour l'instant, il ne fait pas partie des personnes sanctionnées ?
FB : S'il est poursuivi, il pourra être sanctionné. Mais s'il n'est pas poursuivi, comment voulez-vous qu'au nom des tracts ou des communiqués de presse, qu'on en veuille à quelqu'un, un militaire qui son travail ?
CB : Vous dites que vous avez pris contact avec les rebelles du nord-ouest de l'APRD. Mais pour l'instant, ils refusent le dialogue parce qu'ils veulent un médiateur et ils veulent à ce que la rencontre ait lieu à l'extérieur de la République Centrafricaine. Est-ce qu'il y a une solution ?
FB : Non, ils proposent la solution à l'extérieur. Mais en attendant, qu'ils envoient leurs représentants au Comité Préparatoire qui sera chargé de mettre en œuvre tous les mécanismes du dialogue proprement dit.
CB : Oui, mais peut-être qu'ils ont peur physiquement de venir à Bangui ?
FB : Non, nous n'empêchons à personne de venir, à aucun centrafricain de venir chez lui.
CB : Et ils auront un sauf conduit et ils seront protégés ?
FB : Pourquoi ils ne veulent pas venir, eux ? Alors que nous n'avons giflé personne, nous n'avons empêché personne. Abdoulaye Miskine est pourtant venu à Bangui. Il a passé trois semaines, il vivait à la Présidence de la République et est sorti. Nous attendons qu'il revienne le jour qu'il va choisir. Mais nous ne voyons pas pourquoi d'autres ne veulent pas venir et exigent ceci et exigent cela. Ce n'est pas leur pays ? Ils ne sont pas nés là ? Est-ce qu'ils sont des patriotes ? Est-ce qu'ils aiment leurs pays ? Est-ce qu'ils aiment leur peuple ? Est-ce qu'ils aiment leurs parents qui se sont arcboutés pour cultiver leurs champs et les envoyer en études ? Et aujourd'hui, ils restent à l'extérieur pour ne pas reconnaître leur pays. Nous n'avons giflé personne. Ils peuvent venir. Leur sécurité sera assurée.
CB : Monsieur le Président, en 2003 quand vous êtes arrivé au pouvoir, vous avez soulevé beaucoup d'espoir. On se souvient des réactions du Pr. Goumba, Me Tiangaye. Et puis quatre ans plus tard, un certain nombre de centrafricains disent que, « mais finalement on est déçu aujourd'hui ». Que répondez-vous à ceux qui disent qu'il n'y a pas beaucoup de différence entre l'époque d'Ange Félix Patassé ?
FB : Vous avez tenu compte de l'état dans lequel nous avons trouvé le pays ? On pillait, on violait, on tuait à Bangui comme en province. Et aujourd'hui, vous pouvez vous déplacer à Bangui tranquillement, mis à part les coupeurs de route qui sont des phénomènes qui existaient même à l'époque de ¨Patassé. Alors, dire que rien n'a changé ? Le Gouvernement de Transition ? Le Conseil National de Transition ? Le Dialogue National ? Le retour à la légalité constitutionnelle ? Le combat que nous menons avec les institutions financières internationales, les PPTE, la Table Ronde, tout cela c'est rien ? Et aujourd'hui, nous rencontrons le Président Sarkozy et surtout Bolloré pour qu'ils viennent, pour que les investisseurs français viennent en Centrafrique, et là c'est zéro ? Oh, vraiment, c'est méchant quand même ! C'est méchant. Qu'est-ce ceux -là ont fait auparavant ? Nos prédécesseurs, qui, aujourd'hui se disent de l'opposition, qu'est-ce qu'ils ont fait ? je n'aimerais pas les condamner. Je vous laisse le soin quoi qu'il en soit. Vous connaissez l'Afrique. Je vous laisse le soin de faire la différence.
C.B.: L'un de vos parents a beaucoup défrayé la chronique ces derniers temps, c'est votre neveu Sylvain Ndoutingai, qui a cumulé pendant quelque temps deux portefeuilles ; les finances et les Mines. Que répondez-vous à ceux qui disent que vous favorisez vos parents dans l'appareil d'Etat ?
FB: Non, il faudrait reconnaître à travers cela l'action politicienne, il faut la mettre de côté. Ndoutingai est un jeune garçon, mais il prend en main son travail. Il n'a pas peur. Il agit et pour un pays qui a connu des moments difficiles. Il faut de braves gens pour s'affronter à ce monde, à cette mafia qui a tué la République Centrafricaine depuis l'Indépendance jusqu'à ce jour. Il a pris le ministère des Mines, ce ministère est un ministère de mafia depuis l'Indépendance jusqu'à ce jour. Nous parlons de contact avec Areva. Aujourd'hui nous parlons de contacts avec Aurafrique. Aujourd'hui nous parlons de contacts avec le diamantifère de Anvers et autres. Peut être qu'il y a des erreurs. Toute personne humaine n'est pas parfaite. Mais aux yeux de l'opinion centrafricaine, je crois bien qu'il fait quand même un travail et les preuves sont là.
CB-: Cela dit, vous lui avez retiré les finances ?
FB-: Oui, mais les gens lui en voulaient tellement parce que je lui fais confiance et pour trop lui créer des ennuis, je lui ai retiré les finances et même au sein de son département j'ai réduit certaines de ses responsabilités. Et en République Centrafricaine ; tant qu'il n'y aura pas de gens qui s'affrontent sérieusement aux problèmes du pays, ce n'est pas la politique politicienne qui pourra construire ce pays. Qu'on ne se trompe pas, il faut des gens braves, engagés. Bien sûr, le rocher est là, mais il faut l'affronter. Après on verra le résultat ce qui compte, c'est le résultat. Ce qui compte, c'est le résultat.
CB : Le rocher c'est vous ?
FB.: Non, non (rire). Le rocher, ce sont les difficultés, c'est la mafia contre la quelle on se bat. C'est çà. Vous voyez bien, le pays a des atouts dans les mines, dans l'agriculture ; l'élevage; dans le tourisme, dans la forêt. Mais on n'est pas en mesure de payer un mois de salaire. Alors, qu'est ce qu'il faut faire ? Il faut croiser les bras et attendre ? C'est ça le fond du problème.
CB.: Vous parliez d'Areva M. le président, justement vous êtes en conflit avec Areva depuis qu'elle a racheté une société canadienne d'uranium qui proteste sur votre territoire. Vous avez même menacé Areva d'un procès. Vous venez de recevoir sa présidente Anne Lovergeon. Où est ce qu'on en est ?
FB. Nous avons signé une convention avec la société qui s'appelle Uramin. Cette société a prospecté dans la zone qui lui a été confiée et a trouvé 23000 tonnes d'uranate dans la zone et elle a vendu ce produit à la Bourse de Londres et Areva l'a acheté. Et dans la convention, il y a des dispositions, qui précisent que toute transaction devra obtenir l'autorisation de la partie centrafricaine. Cela n'a pas été respecté et c'est la raison pour laquelle nous étions surpris de voir que Uramin nous a presque trompé et nous venons de rencontrer la présidente directrice générale et on a clarifié le pouls. Nous avons donné notre point de vue et eux aussi ont donné le leur et nous avons convenu de confier le dossier aux techniciens convenus et aux avocats pour pouvoir poursuivre le reste des discussions.
CB.: Ce qui veut dire qu'Areva va faire un effort financier pour pouvoir travailler maintenant en République centrafricaine ?
FB. Laissons…, nous ne sommes pas contre Areva et c'est que nous allons clarifier nos positions de faits et d'autres et on laisse le soin de s'en occuper.
CB.: Donc en clair, Areva va faire un effort financier. C'est ça ?
FB. Bon mais c'est lors des discussions entre les deux parties, les techniciens ; ce sont eux qui vont nous éclairer pour nous permettre de prendre une décision quelconque.
CB.: Il n'y aura pas de procès contre Areva ?
FB. Non, mais est ce que nous avons porté plainte quelque part.
CB.: Non, mais vous envisagiez cette idée ?
FB. Non, non, non, c'est vous qui le dites. Moi je n'ai pas porté plainte, je n'ai pas fait une déclaration dans ce sens.
CB.: Dernière question. Vous êtes aussi en conflit avec Total : vous avez même mis en place une société de stockage de carburant concurrente. Est-ce que ce différend est réglé ou pas?
FB. Oui c'est réglé. (Rire)… c'est sur le point d'être réglé. Tout simplement, vous savez dans les négociations, il faut du moins de part et d'autre. Il n'y a pas en ce qui a crée le blocage qui a donné l'impression qu'il y a conflit entre les deux parties, alors que chacun dépend ses intérêts.
CB.: Dans ce conflit, vous êtes intervenu personnellement pour empêcher la Cour Constitutionnelle de rendre un jugement favorable à Total. Est-ce que ce n'est pas inquiétant pour l'indépendance du magistrat?
FB. Non, non, la décision que j'ai prise concernant la Cour Constitutionnelle, c'est qu'au cours du procès en question, il y a eu un comportement anormal des magistrats, des membres et conseillers composant la cour constitutionnelle. Et je les ai reçus pour leur dire que, avant qu'ils n'aillent au procès, ils doivent s'entendre entre eux-mêmes d'abord, au lieu d'aller à l'audience et au cours de l'audience, ils présentent un spectacle qui n'est pas digne d'une institution aussi élevée que la Cour Constitutionnelle, qu'à un certain moment de la vie nationale, gère presque le pays, puisque ce sont eux qui doivent se prononcer sur les élections et autres. Dans d'autres pays, on les appelle des sages. Alors je les ai reçus en présence de tous les grands responsables des institutions de l'Etat et je leur ai fait ce reproche. Au début comme si c'était des gamins, alors ce ne sont pas des choses à accepter. C'est ça le fond du problème. C'est ça.
CB. M. le président, merci.