Si les déclarations en français épousent la conformité des cérémonies, celles en sango sont particulièrement virulentes vis-à-vis de l’opposition traitées de tous les maux, même regorgeant de sorciers. Ces tons très violents ne sont pas de nature à calmer la tension que vit le pays, après des demandes pressantes de l’opposition pour réclamer un dialogue politique pour gérer une période qu’elle considère comme un vide juridique.
Une refondation qui faisait peur
Les exemples ont démontré que cette opposition a souvent fait des propositions qui ont ensuite servi de tremplin au gouvernement. Quand en 2006, l’opposition démocratique avait lancé l’idée d’un dialogue politique inclusif, elle était la risée des caciques du pouvoir. Mais en réalité, c’était la Refondation qu’exigeait l’opposition qui faisait peur. Finalement, pour gagner le pari du développement, le pouvoir a compris qu’il fallait fédérer toutes les forces vives de la Nation et ouvrir un dialogue avec les forces rebelles qui faisaient entendre leurs voix par les armes. L’instance idéale était un dialogue politique inclusif. Le Chef de l’Etat, le général François Bozizé, a fini par adhérer à cette proposition et, le 31 décembre 2006, a décidé de mettre en chantier les préparations d’un dialogue politique inclusif. Pour préparer le terrain à ces assises, le gouvernement qui ne voulait rien entendre des rebelles, a signé un premier accord de cessez-le-feu et de paix le 2 février à Syrte avec le Front Démocratique du Peuple Centrafricain (FDPC) d’Abdoulaye. Cet accord a été suivi de celui de Birao le 13 avril 2007 avec l’Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement (UFDR) de Zacharia Damane. Avec l’adhésion du Chef de l’Etat à l’idée d’un dialogue politique inclusif et les accords de paix de Syrte et de Birao, l’opposition a amené les autorités à la raison.
Le pouvoir veut se tailler la part du lion
Le Dialogue Politique Inclusif, malgré les tergiversations et les atermoiements qui ont émaillé son parcours, a pu tout de même se tenir du 8 au 20 décembre 2008 et ce, à la satisfaction de tous les participants. Mais auparavant l’opposition, regroupée au sein de l’Union des Forces Vives de la Nation, a bataillé très dur pour baliser le processus de le préparer. Le comité préparatoire du forum inter centrafricain a fait l’objet d’âpres négociations avant d’être mis en place alors que le pouvoir voulait se tailler la part du lion au sein de ce comité. Il en a été de même du comité d’organisation sur mesure décidé à l’époque par le ministre de la Communication. Après des passes d’armes violents par la presse interposée, de Chef de l’Etat a dû trancher aux cours d’une rencontre au Palais de la Renaissance, donnant raison à l’opposition. Une partie venait d’être gagnée, mais à chaque étape, le gouvernement avait plus d’un tour dans son sac. Le dialogue politique se voulait inclusif, donc avec la présidence de tous les protagonistes et les acteurs de la crise centrafricaine. Pour permettre à certains leaders et aux responsables des groupes rebelles de prendre part au forum, il fallait nécessairement une loi d’amnistie. L’opposition a souhaité que cette loi soit de portée générale, alors que les pouvoirs publics l’ont voulu restrictive. Le scandale a commencé par la présentation de trois projets de loi, aux contours diffus, qui semblaient faire la part belle aux proches de l’homme du 15 mars. L’opposition et les politico militaires, en guise de protestation, ont gelé leur participation au processus du dialogue. Pour la clarification de la situation, la classe politique s’est retrouvée à Libreville sous les auspices du président El Adj Omar Bongo-Ondimba, grand Médiateur de l’espace CEMAC pour les Questions Centrafricaines. Cette rencontre n’a rien arrangé, car malgré cela la loi d’amnistie a été assortie de conditions dont le ramassage des armes, dans un délai de deux mois, sous peine de perdre le bénéfice des dispositions de la loi d’amnistie.
Des dispositions irréalistes
La loi d’amnistie a été promulguée le 13 octobre 2008 et nous sommes aujourd’hui le 24 juin 2010, les groupes politico-militaires ayant signé des accords de paix n’ont toujours pas désarmé. L’opposition avait mentionné dans ses pronostics que ce délai trop court prévu par la loi ne serait pas respecté ? Le DDR traîne toujours du plomb dans l’aile et personne ne sait quand commenceront exactement le désarmement et la démobilisation, pour ne pas parler de réinsertion. Les groupes rebelles maintiennent toujours leurs barrières, qualifiées pudiquement de barrières de sécurité. En plus, d’autres groupes comme la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP), ont vu le jour et qui harcèlent toujours à Ndélé les forces régulières. En boycottant la séance de vote de la loi d’amnistie, l’opposition savait que certaines dispositions du texte étaient irréalistes. Aujourd’hui avec le recul, l’histoire lui a donné raison.
Une opposition qui n’est pas inutile
Au mois de mars 2009, quand le Comité ad hoc de révision du Code Electoral a été mis sur pied par le ministre en charge de l’Administration du Territoire, la première épreuve, qui devait servir de base de travail, est sortie de la réflexion de l’opposition. C’est dire qu’elle n’est pas ainsi inutile qu’on le pense. Au bout d’un combat sans merci, passant par la Cour Constitutionnelle, une loi portant Code Electoral, admise par toutes les entités, parties prenantes au Dialogue Politique Inclusif, a été promulguée. Le 13 janvier 2010, quand le Collectif des Forces du Changement a publié sa déclaration pour geler sa participation à la Commission Electorale Indépendante, réclamant un audit pour cause du dysfonctionnement de la CEI, beaucoup dans le camp du pouvoir ont cru à une plaisanterie de mauvais goût de l’opposition. Le 13 février 2010, le Protocole d’Accord, conclu sous l’égide du Médiateur de la République, adhérera à cette thèse pour réclamer un audit de la CEI. Les présomptions de l’opposition quant à une gestion scabreuse de la CEI venaient d’être confirmées. L’audit a tout de même été réalisé, non pas par un organe indépendant, mais par l’Inspection générale des Finances. Les résultats, qu’on croit catastrophiques, n’ont pas été rendus publics jusqu’à lors et c’est le hic dans la classe politique.
Une peinture fantasmagorique
Par une précipitation, dont on n’appréhende toujours pas les raisons, des rapports ont été envoyés par la CEI pour fixer la date du premier tour des élections présidentielles et législatives. Alors que tout le monde s’accordait à reconnaître que rien n’était prêt, la CEI a pensé qu’elle pouvait organiser des élections le 24 avril 2010. Sentant qu’elle ne pouvait pas tenir ce délai, elle a proposé la date du 16 mai 2010. Le Chef de l’Etat, sur la base des informations reçues, n’a plus voulu revenir sur sa signature quant à la convocation du Corps Electoral pour le 16 mai 2010. L’opposition, raidissant ses positions, a fait des élections un non-évènement et a catégoriquement refusé de présenter des candidatures tant à la présidentielle qu’aux législatives. La situation paraissait bloquée car, si les élections devaient avoir lieu, elles le seraient à sens unique. Le président de la République s’est ravisé et le 29 avril 210, il a réuni au Palais de la Renaissance toutes les entités parties prenantes au processus électoral, ainsi que les autres Forces Vives de la Nation. Au cours de cette séance, la CEI s’est repentie et a publiquement reconnu ses erreurs. L’opposition, qui savait que l’histoire, une fois de plus, lui a donné raison, se frottait les mains mais sans triomphalisme. La raison vient de triompher sur la passion. Depuis, le processus électoral reprend timidement avec la finalisation des travaux des experts nationaux et internationaux.
Le pays doit s’acheminer vers des élections justes, transparentes et inclusives pour que le pays s’achemine vers la consolidation de la paix. Mais le pouvoir est toujours aux abois, car la stratégie unitaire préconisée par l’opposition l’inquiète au plus haut point. Et c’est d’ailleurs cette crainte qui amène le régime à faire une peinture fantasmagorique des opposants qu’il considère comme les damés de la terre.