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Centrafricain, l'Etat t'interpelle
Dans mes précédents articles dans le Journal « Le Confident » j'avais fait une ouverture sur les fistules qui existent dans certains secteurs de développement de notre pays, fistules qui, si on n'y prend garde, risquent de devenir des abcès qui, non pressés, conduiront fatalement à des gangrènes préjudiciables à la République Centrafricaine, notre pays. Aujourd'hui une ouverture sur l'Enseignement.
Si je me permets de faire allusion à ce qui se passait en ce temps-là, ce n'est nullement pour faire l'apologie du passé car les choses évoluent, mais je prends ce vieux temps comme un élément de comparaison, dans un but purement didactique, éducationnel. Car vous trouverez toujours un vieillard à barbe fleurie et à cheveux grisonnants dans sa chaise longue, sous un arbre dans un village perdu de brousse Centrafricaine. Ce vieillard, le puits des us et coutumes du village, sera toujours consulté au moment difficile. « Que faisiez-vous quand telle situation se présentait ? » A telle enseigne que cet éminent philosophe et grand sage, Hampaté Bâ, disait que « le vieillard qui meurt en Afrique, c'est toute une bibliothèque qui brûle ». L'enseignement a subi moult évolutions voire révolutions dans notre pays. André Davesne, Tranchard, David et Amina, Mariam et Hamidou, IPAM et j'en passe, ont fait leur chemin avec des résultats plus ou moins mitigés si on voit le français que parlent et écrient nos enfants de nos jours, même ayant « décroché » leur BAC etc. On me trouvera de ridicule et cela scandalisera certains si je disais qu'il y a des français analphabètes étymologiquement parlant, car parlant leur langue maternelle mais ne sachant ni lire et écrire. Mais il ne nous appartient pas, à nous nègres, qui avons appris cette langue qui n'est pas la nôtre, de malmener la langue de Molière, ni déchirer Vaugelas. Ce devait être pour nous une fierté de jongler, comme on peut, dans cette langue étrangère. Mais, hélas, trop de changements gâtent le changement. Monsieur Davesne, dans sa méthode, il me semble, a fait découvrir le français aux petits Noirs qui pouvaient même écrire une lettre claire et intelligible au CE2. Tranchard vint avec sa méthode. Aux enseignants utilisateurs de nous édifier sur les bienfaits de cette méthode, nonobstant les Ecoles de Promotion Collective qui sont, il me semble, une institutionnalisation de ce qui se faisait déjà autour de nos écoles. Ceci aurait été bénéfique, car joignant la pratique aux études s'il y' avait eu suivi et pérennisation. Mais, hélas, notre pays va de projets en projets sans suivi et sans continuation par ses propres moyens, attendant tout de l'extérieur, sempiternel bébé attendant toujours son biberon alors que, de nos jours, c'est le partenariat qui prévaut même dans le domaine religieux. Car ces gens-là ont aussi leurs problèmes à résoudre et leurs pays à développer. Nous voudrions qu'ils abdiquent leurs besoins élémentaires pour s'occuper des paresseux et étourdis que nous sommes ? Utopie !! « Chacun pour soi et Dieu pour tous ». C'est la maxime de nos jours. Qu'on se le dise. La poire est à couper en deux : Moitié, Etat, moitié, Centrafricain. Moitié Etat. Certains Centrafricains plus centrafricains que les autres Centrafricains que nous sommes, se hâteront de dire : « Voilà ! Cet incongru est en train de battre campagne pour déstabiliser le pouvoir en place ». Alors que, s'ils eussent été plus patriotes et intéressés aussi, je l'avoue, ils auraient dit : « Tiens ! Voilà des idées qui, si nous les exploitons et les mettons en pratique, pourraient nous conforter sur du roc là où nous sommes et nous conférer un pouvoir d'airain. Alors que tels que nous sommes maintenant et tels que le peuple nous voit, nous ne sommes que des tigres en papier ». Motus. Il y eut un temps où le métier d'enseignement, si on voit ce qu'endure ce fonctionnaire pour inculquer dans la tête souvent revêche de son disciple son savoir, était une vocation provoquée, une fierté par ce que la « Nation » le mettait à l'aise dans tous les domaines socioprofessionnels. A telle enseigne que l'enseignant était respecté, admiré, jalousé, car le fleuron du savoir, à l'homme à imiter et à écouter. Les raisons ? Je me suis étalé dessus dans mes articles antérieurs pour les lecteurs assidus du Journal « Le Confident ». Que voyons-nous de nos jours ? Le maître dans le village se confond avec le paysan. C'est quand il parle français que le passant se pose la question de savoir qui est ce Monsieur. Le professeur ne se remarque même pas de son élève ou étudiant qui, d'ailleurs, parce que c'est le « fils à papa », est mieux habillé, mieux nourri, mieux véhiculé que lui. A telle enseigne qu'il lui fait même « l'aumône ». Allez voir les résultats de cet ‘‘abaissement'' sur les notes et le niveau de l'élève et de l'étudiant ! « La main qui donne n'est-elle pas toujours au dessus de la main qui reçoit » ? Pourquoi? Parce que, non seulement l'enseignant est mal payé, mais encore il cumule arriérés sur arriérés de salaires comme les autres fonctionnaires. Quant aux grèves pour percevoir un droit qui devient une aumône de nos jours, cela se passe de commentaires. Analyse-t-on les conséquences de cet état de chose sur la scolarité de ceux-là qui doivent prendre la relève ? Quant aux poursuites des étudiants qui ne réclament que leurs bourses « vitalisantes », c'est le rodéo auquel le Banguisseois n'attache même plus d'importance tellement qu'il en est lassé. D'ailleurs, il a d'autres chats à fouetter. La faim. Comment voulez-vous que dans ce capharnaüm, ce désordre perpétuel entre le repu et l'affamé, on ne puisse pas fournir à l'Etat des « maîtrisards » dont beaucoup ne maîtrisent pas grand-chose? Avec les résultats que nous voyons sur le marché de l'emploi et surtout l'Etat ? Retrouvons-nous les mêmes déboires au niveau du Centrafricain, la moitié de la poire ? Mardi 18 Décembre 2007
François Ndagou
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