A cette occasion, l’homme du 15 mars 2003 n’est pas passé par quatre chemins pour accuser le leader de l’APRD et 1er Vice-président de la Coordination du DDR et le ministre d’Etat chargé de la Communication, 2è Vice-président, M. Cyriaque Gonda, d’avoir détourné les fonds mis à leur disposition, dans le cadre d’une précédente mission, pour payer les PGA aux ex-combattants. Les Centrafricaines et Centrafricains qui pensaient à tort, qu’avec le déroulement du DPI ils ne pouvaient plus retomber dans un cycle de violences, n’ont pas bien apprécié les déclarations des autorités et entités impliquées dans la gestion du programme de DDR. En effet, un an après la tenue de la concertation nationale, le peuple centrafricain qui n’est pas naïf, s’est rendu compte que le pouvoir et les groupes politico militaires se livrent au jeu du chat et de la souris. En se livrant à ce jeu dangereux, le gouvernement et les forces non-conventionnelles prennent en otage tout un peuple, amplifient ses souffrances et l’empêchent d’accéder au bien-être. Actuellement le débat de fond ne se situe pas au niveau des campagnes de dénigrement menées par les uns et les autres. Le problème fondamental réside dans la volonté des tenants du pouvoir et des groupes politico-militaires, non seulement de donner un contenu à la réconciliation, à la paix et à l’unité fragiles par le respect et l’application intégrale des dispositions des accords de paix librement signés et l’exécution stricte des recommandations issues du dernier forum inter-Centrafricain.
Du côté des ex-combattants
Les arguments couramment avancés par les groupes politico-militaires pour justifier leur option pour la violence comme mode de correction de l’injustice, de l’absence du dialogue, de l’impunité, de la mal gouvernance et des violations des droits de l’homme, demeurent les pressions et contraintes exercées sur les dirigeants.
Cependant, lorsque l’on observe la tête froide les agissements des rebelles (les multiples attaques, les rapts et rackets, les tueries, les prises en otages et la destruction des biens, etc.), on se rend compte que ceux-ci se contredisent. On ne peut pas œuvrer pour le bien-être, le bonheur d’une personne et le prendre en otage, le tuer ou l’empêcher de vaquer à ses occupations quotidiennes en vue de satisfaire ses besoins élémentaires. Pendant que les populations vivent l’enfer, les dirigeants qui sont visés par les forces non conventionnelles savourent le plaisir d’un pouvoir chancellent. Mieux, les ex-combattants posent comme conditions à la signature d’un cesser-le –feu ou d’un accord de paix le versement d’importantes sommes d’argent. Que dire des barrières exigées dans les régions que les rebelles contrôlent pour exiger des frais de passage aux camionneurs et récolter les taxes de douane et ses municipalités, etc.?
Lorsque l’on observe bien l’organisation et le fonctionnement des différentes rébellions, on se rend compte que c’est un fonds de commerce et une affaire prospère. Nous n’écarterons pas les soutiens financiers qu’ils reçoivent de leurs parrains et bienfaiteurs.
Du côté du pouvoir
Après le coup d’Etat du 15 mars 2003, l’actuel régime a successivement organisé le Dialogue National (DN) du 9 Septembre au 27 Octobre 2003, puis le Dialogue Politique Inclusif (DPI) du 8 au 20 Décembre 2008.
Les observateurs avisés
de la vie politique centrafricaine sont d’accord pour reconnaître qu’un régime responsable ne peut pas organiser deux rencontres pour traiter des mêmes questions, à savoir : la résolution de l’insécurité, de l’instabilité et de la division.
En principe, au lieu de divertir le peuple pour le détourner de l’essentiel, le pouvoir doit évaluer d’une manière objective la période post-DPI et faire un état des lieux de l’exécution des recommandations issues de cette dernière concertation nationale pour mieux découvrir ses faiblesses et ses performances.
Ce travail a déjà été réalisé par le Comité de Suivi des Recommandations du Dialogue
Politique Inclusif (CSRDPI) qui a même invité les plus hautes autorités du pays à la mise en place d’un cadre permanent de concertation et à procéder à une évaluation à mi-chemin de l’application des accords de paix et des recommandations du DPI.
Nous ne pouvons pas comprendre qu’après plus d’un an de la tenue du DPI, le maître de Bangui puisse prendre conscience, qu’il faut situer l’opinion publique sur le montant total des ressources déjà mobilisées et la gestion scabreuse de celles-ci, alors qu’à plusieurs reprises certains membres du gouvernement ont fait de fausses promesses aux ex-combattant.
Aujourd’hui, l’exécution du programme du DDR est confronté à des difficultés, non pas par le fait des leaders des groupes politico-militaires, mais parce que les ex combattants se sont rendus compte que les tenants du pouvoir ne respectent pas leur parole, les engagements pris et ne sont pas prêts pour l’exécution rigoureuse des recommandations du dernier forum national. Cette affirmation est fondée, dans la mesure où les leaders des rébellions ont établi les listes de leurs éléments. Ces listes ont été vérifiées grâce à des missions effectuées sur les différentes bases.
Selon les sources proches des groupes politico-militaires, au lieu de poursuivre les
Négociations, comme prévu, avec les autres rébellions, notamment le MNSP et la CPJP, pour signer des accords de paix avec elles, le gouvernement a préféré contourner ces rébellions pour créer de toutes pièces d’autres en vue de les affaiblir.
Ces mêmes sources soutiennent que le mal est plus profond que le pense le général président François Bozizé, parce que les ex-combattants appartenant aux groupes politico-militaires sont victimes d’une chasse aux sorcières. A cela s’ajoute la disparition du colonel Charles Massi de la CPJP et de Hassan Ousman du MNSP.
Le gouvernement et les groupes politico-militaires doivent se ressaisir et comprendre qu’il est temps qu’ils arrêtent de prendre le peuple en otage.