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FIRMIN FEINDIRO COMPTE SUR LES ETATS GENERAUX POUR REDORER LE BLASON TERNI DE LA JUSTICE DECRIEE



Le Confident (LC) : Bonjour Monsieur le Procureur de la République ! Que peut-on attendre des prochains états généraux de la Justice ?
Firmin Feindiro (FF) : Question pertinente ! Je crois savoir que tout le peuple centrafricain en général et la justice centrafricaine en particulier attendent de ce forum, de ces états généraux qui vont bientôt se dérouler, dès mardi prochain, une grande espérance. Parce que la justice est l'instrument de développement. C'est elle en effet qui garantit la paix, la sécurité et la protection des biens et des personnes.
Depuis un certain temps, la justice avait perdu ses lettres de noblesse. Nous avons été beaucoup critiqués par la population, les justiciables même les partenaires au développement ont aussi jeté un regard critique sur notre justice. Les états généraux vont se tenir. L'état des lieux a été dégagé. Des solutions idoines, à travers tous les débats contradictoires qui auront lieu doivent être proposées.
Nous attendons beaucoup de ces états généraux pour nous permettre de réformer notre justice conformément aux recommandations qui seront formulées afin de l'adapter au besoin de développement.

LC : Quels ont les principaux handicaps qui freinent le bon fonctionnement de la justice centrafricaine ?
FF : Les obstacles concernant notre activité au sein de l'appareil judiciaire sont nombreux : D'abord, des problèmes d'infrastructures. Quand vous parcourez le pays, vous allez constater que la justice centrafricaine ne dispose pas encore d'un Palais de Justice digne de ce nom. En plus, dans les différentes juridictions provinciales, il n'y a pas de locaux convenables. Les moyens de travail font défaut. A ce jour, la justice centrafricaine fonctionne avec des matériels mécaniques. Ce qui ne nous facilite guère la tâche. La justice centrafricaine n'a pas également accès à l'informatique et à l'Internet. Monsieur le journaliste, vous savez qu'aujourd'hui avec la mondialisation, nous pouvons rechercher des éléments par rapport à la jurisprudence, à la doctrine, rien qu'en utilisant les données informatiques et cybernétiques.
Malheureusement, tout fait défaut. Idem pour les moyens de déplacement des magistrats. A cela, les difficultés auxquelles sont confrontés les auxiliaires de justice. De façon générale, toutes ces difficultés sont de même ordre : les moyens de travail, un siège devant nous abriter.

LC : Disposez-vous des professionnels compétents et qualifiés pour mener à bien votre tâche ?
FF : Les magistrats centrafricains sont tous des professionnels, car on ne devient pas magistrat du jour au lendemain. Il faut avoir été formé dans une école de magistrature. Et donc, tous les magistrats centrafricains ont reçu une formation adéquate dans des écoles spécialisées. Certains ont été désignés selon certains critères communément appelés le tour de l'extérieur. Au niveau des juridictions administratives, davantage dans la pratique comme en France où nous empruntons notre droit positif. On fait parfois appel à certains professeurs d'université, à certains praticiens rompus pour exercer dans ce domaine. Des difficultés aussi à ce niveau, car le nombre des magistrats est insuffisant. Pour une population d'environ quatre millions d'habitants, nous ne disposons au total que de 150 magistrats. C'est très insuffisant. Quand on fait ratio, vous vous rendez compte le nombre de populations par magistrat. Cela ne peut pas faire avancer le travail dès lors que cette carence s'ajoute aux difficultés de travail. Ce qui fait que notre justice est très lente et donne lieu à beaucoup de critiques et d'interprétations.
Côté personnel auxiliaire, on compte les greffiers, les secrétaires, les gardiens de prison. C'est en quelque sorte là où débouchent toutes les décisions que nous prenons. A ce niveau, le problème est plus cruel, en ce sens que les greffiers sont également formés dans des écoles spécialisées et sont en nombre insuffisant tout comme les secrétaires. On ne dispose pas aujourd'hui en Centrafrique de gardiens de prison en tant que tels. Ce qui fait que nos centres de détention sont gardés par les militaires, mais il y a déjà des réformes sur ce point. Nous espérons ainsi qu'à travers ces états généraux, des solutions idoines soient également proposées. Au sein de la justice, tout le personnel est professionnel. Seul leur nombre ne correspond pas aux besoins du travail.

LC : Les pouvoirs publics et les justiciables sont-ils relativement satisfaits de vos prestations ?
FF : C'est justement l'objet des Etats Généraux à venir. Le Comité préparatoire qui a été mis en place, est véritablement hétérogène : les représentants de la société civile, des syndicats, des confessions religieuses, du gouvernement, des magistrats et même des avocats etc. Toute une panoplie de personnalités compose ce forum qui a pour but de répondre effectivement à ces problèmes. Un travail préliminaire a donc été fait. Des membres du comité préparatoire se sont rendus en province pour recueillir les éléments d'information afin de voir comment le public et le gouvernement apprécient la Justice. Sur ce point, la justice est quelque part décriée.

LC : Comment portez-vous les charges qui sont les vôtres ?
FF : Je suis à l'aise dans le travail que j'accomplis. C'est une passion car j'ai prêté serment pour servir et rendre justice. Je ne me sens pas perturbé. Je suis véritablement à l'aise.

LC : Quel message pouvez-vous délivrer à l'endroit du public et pour le succès des Etats Généraux de la Justice ?
FF : Ce que j'ai à dire sur ce point en tant que praticien et Procureur de la République, c'est que nous voulons que la page sombre de la justice soit tournée et qu'on puisse pourvoir à nos besoins afin que nous puissions travailler dans des conditions normales, appréciables et favorables pour les besoins de paix et de justice au profit de la population et des pouvoirs publics. Vis-à-vis du public, je n'ai pas grand-chose à dire. Qu'il porte son regard sur le déroulement des travaux et d'attendre l'application des résolutions qui seront prises pour réformer cette justice qui, quelque part, a été décriée par une frange de la population.

LC : Qu'est ce que c'est–être juste ?
FF : Etre juste, c'est d'abord dire la vérité, c'est être franc, savoir faire la part des choses. C'est cela ma première définition.

LC : Où peut mener la vérité ?
FF : La vérité est un catalyseur qui peut beaucoup changer les hommes et les choses. Le Pape Jean-Paul II avait déclaré à la jeunesse de Centrafrique lors de son voyage officiel à Bangui : « chercher à connaître la vérité et elle vous affranchira ! », en référence à la Bible. Quand le peuple peut accéder à la vérité, elle va l'affranchir et pourra être un élément catalyseur pour le développement.

LC : Quel est votre opinion sur l'exercice des droits de l'homme et des libertés en Centrafrique ?
FF : C'est ce que nous faisons tous les jours parce que le magistrat est un protecteur des droits de l'homme. Mais ce sont des droits naturels qui sont liés à l'essence même de l'individu en quête de matérialisation des ses aspirations.

P.S. On retiendra que Monsieur Firmin Feindiro, 38 ans, est marié, père de quatre enfants et totalise 11 ans de service. Il est officier de la Reconnaissance centrafricaine

Mardi 16 Octobre 2007
Propos recueillis par Eugène M’BAGA KATILA
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