Et pourtant, le lancement de la campagne d’information et de sensibilisation par le Chef de l’Etat le 13 Août 2009, à Paoua (Ouham-Pendé) avait fait naître beaucoup d’espoir dans les mouvements politico-militaires. Beaucoup de combattants, fatigués de mener une vie qui semble ne plus avoir de sens, voulaient déposer le plus rapidement les armes et se reconvertir dans la vie civile. Des promesses avaient été faites dans ce sens par le gouvernement, qui ne connaissent pas encore un début de réalisation. Si c’est vrai qu’une décision a té prise pour un démarrage « effectif du DDR en cette fin de mois de janvier 2010 la tâche ne sera pas du tout aisée pour le Comité de Pilotage.
Des avancées timides au DDR
Lors de l’ouverture le mardi 26 janvier 2010 de la 4ème session ordinaire du Comité de Suivi des Recommandations du Dialogue Politique Inclusif, le premier ministre, Chef du gouvernement, M. Faustin Archange Touadera, évoquant la situation sécuritaire de la République Centrafricaine, n’a pas voulu écorcher la question du DDR. Malgré quelques avancées notamment le recensement partiel des combattants de certains mouvements politico-militaires, la signature de l’Accord avec la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale (CEEAC) pour le déploiement des observateurs militaires, M. Faustin Archange Touadera n’a pas manqué de souligner ses inquiétudes à propos du programme DDR. Le réalisme du premier ministre, Chef du gouvernement est évident car les combattants des mouvements politico-militaires semblent perdre quelque peu l’engouement qui était le leur à la mise en place du Comité de Pilotage du DDR en février 2009. Après un an, beaucoup d’événements se sont produits qui ont crée des réticences dans les rangs de l’Armée Populaire pour la Restauration de la Démocratie (APRD) et de l’Union des Forces Démocratiques pour le Rassemblement notamment. le premier ministre, Faustin Archange Touadéra est conscient que sans la réalisation de ce programme DDR, la situation sécuritaire de la République Centrafricaine connaîtra toujours des soubresauts.
Psychose chez les Chefs militaires des ex-rebellions
Les derniers événements en date en l’occurrence la disparition prolongée de M. Charles Massi, leader de la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP), ne sera pas sans répercussions sur le comportement des différents Chefs militaires des mouvements politico-militaires. Beaucoup maintenant craignent pour leur sécurité après avoir déposé les armes. Selon certaines indiscrétions, certains Chefs militaires des ex-rebellions soulignent aussi la disparition depuis le 24 Décembre 2009, de M. Ousman Hassan, leader du Mouvement National de Salut Public (MNSP), dont on est sans nouvelle jusqu’à présent. Ces mystérieuses disparitions et ces enlèvements inquiètent au plus au point les responsables militaires qui ont dirigé les combattants de leurs mouvements. Quand on ajoute à cette nouvelle psychose, les dégâts commis par les promesses non tenues par le gouvernement, les combattants des mouvements politico-militaires dans leur ensemble éprouvent de plus en plus un certain scepticisme quant à la sincérité du gouvernement. Pour l’APRD de M. Jean Jacques Demafouth, les groupes d’autodéfense créés et entretenus par le gouvernement suscitent une profonde inquiétude. Pour l’UFDR de Zacharia Damane, malgré les groupes kara aient accepté de désarmer, la confiance n’est pas totale surtout avec l’annonce du départ de la Mission des Nations Unies en République Centrafricaine et au Tchad (MINURCAT). Le départ de cette force onusienne exposerait la Vakaga à toutes les fantaisies des groupes armés.
Des inquiétudes subsistent
Dans les plus optimistes des cas, si l’APRD et l’UFDR qui ont remis des listes partielles acceptent de désarmer malgré certaines vicissitudes, quatre mouvements font toujours l’objet d’inquiétude pour la paix et la sécurité. Il s’agit de la Convention des Patriotes pour la Justice et la Paix (CPJP), avec laquelle le gouvernement n’a pas encore entamé un début de dialogue franc et direct. Le sultan de Ndélé jouait aux bons offices, mais les responsables de la CPJP estiment que cette stratégie est un subterfuge pour le gouvernement, qui s’obstine à ne pas négocier avec la CPJP selon les plans présentés par le mouvement. S’agissant du Front Démocratique du Peuple Centrafricain (FDPC) d’Abdoulaye Miskine, ses tergiversations fatiguent le gouvernement. Abdoulaye Miskine après avoir adhéré à l’accord de paix global de Libreville du 21 juin 2008, le 3 juillet 2009 à Syrte, a dénoncé tous les accords passés avec le gouvernement. Un désarmement et une démobilisation ne peuvent être possibles avec ce mouvement qu’après une entente. Or cette entente est loin d’être acquise. Le FDPC, par cette attitude constitue une épine dans le pied du gouvernement. Dans le Haut-Mbomou sévissent les rebelles de l’Armée de Résistance du Seigneur (LRA) de Joseph Koni, qui sont farouchement combattus par les Forces Armées Centrafricaines et un détachement important de l’Armée Ougandaise. Cette zone, qui ne fait pas partie des préoccupations du gouvernement pour le programme DDR a surtout besoin d’être pacifiée. Les autorités s’y emploient, mais on ne voit pas encore le bout du tunnel. Récemment, le gouvernement a dépêché dans la Nana-Gribizi, le ministre Chargé de l’Administration du Territoire pour négocier avec les rebelles du Front Populaire pour le Redressement du général Baba Laddé débarqués en Centrafrique, il y a deux ans. Le départ de ces rebelles, qui pour la plupart étaient des anciens coupeurs de route (zaraguinas), fera souffler la Nana-Gribizi et ses environs. Comme on le voit, le DDR a encore du chemin à faire et le premier ministre a des raisons de s’inquiéter.