Le Confident : M Louis Pierre Gamba, vous êtes vice-président du Rassemblement Démocratique Centrafricain (RDC). Votre parti, ces derniers temps, semble au creux de la vague. Vous vous êtes réveillé et vous venez de convoquer une assemblée générale des cadres au Centre Jean XXII. Qu’est-ce qui a motivé la convocation de cette rencontre ?
Louis Pierre Gamba: La motivation est simple. Le mardi 2 février à 16 heures, le président-fondateur du RDC, de Paris, m’a téléphoné me demandant de régler les problèmes au sein du Directoire national et au sein du parti. Je lui ai répondu que M. le président, vous ne m’avez pas donné cette mission. En réponse, il me dira qu’il va téléphoner à M. Goloumo. Je ne sais pas s’il a téléphoné ou pas. Et aujourd’hui samedi 6 février 2009, j’ai pris l’initiative de convoquer une Assemblée Générale des cadres du parti pour soumettre mes réflexions sur la marche du RDC aux frères et sœurs afin de les approfondir avec eux.
Quelles sont ces propositions ?
En ce qui concerne le RDC, le problème crucial du moment, c’est notre retrait de l’Union des Forces Vives de la Nation (Opposition démocratique). L’autre question importante est notre participation à la Commission Electorale Indépendante. J’ai exposé ces réflexions aux 58 cadres présents à la séance. L’assistance a reconnu que le RDC ne peut pas se permettre de rester en dehors de l’UFVN, donc de s’isoler. Il faut donc revenir à tout prix dans le giron de l’UFVN. Et comme l’UFVN ne veut plus du frère qui a été désigné comme représentant du RDC par le président –fondateur, il fallait donc trouver un autre délégué et nous l’avons trouvé.
M. le vice-président, vous avez bien déclaré que l’Assemblée Générale a décidé que le RDC revienne au sein de l’UFVN ?
Au sein de l’UFVN. L’unanimité a décidé d’une seule voix et moi-même, je suis partisan. Nous avons décidé et l’assistance a applaudi pour que le RDC reprenne sa place au sein de l’UFVN.
Cette prise de position ne posera pas de problèmes dans la mesure où le président du directoire avait écrit officiellement au Coordonnateur de l’UFVN pour demander le retrait du parti ?
Oui, il a certes écrit, mais je ne sais pas si c’est avec l’autorisation ou l’accord du président –fondateur. Mais moi je n’en sais absolument rien. Il a pris la décision à son niveau même sans consulter les membres de son directoire. Pour moi, pour les cadres et l’ensemble des militants du RDC cela ne cadre pas avec la réalité. Ce n’est pas normal qu’un parti politique en pareille période se permette de s’isoler. Nous parlons des ensembles et nous devons continuer à évoluer dans les ensembles. Selon le Code Electoral, la participation à la CEI se fait par entité. A la CEI, le frère Goloumo n’est pas représentant du RDC, mais de l’UFVN, donc de l’opposition démocratique. Donc, si sa désignation parvient à l’UFVN, l’entité a le droit de se prononcer et c’est comme ça que je comprends. Mais si les autres comprennent autrement, à moins que ma mémoire me trahisse. Or, pour le moment, ce n’est pas encore le cas.
M. le vice-président, pour rassurer vos partenaires au sein de l’UFVN, est-ce que vous confirmez vraiment que le RDC va reprendre sa place au sein de l’entité ?
Obligatoirement, le RDC doit reprendre sa place au sein de l’UFVN. Si ça ne dépend que de moi, dès lundi, à la première heure, je saisirais le Coordonnateur de l’UFVN par une lettre pour lui annoncer le retour et je communiquerais l’information partout ailleurs pour annoncer que le RDC a repris sa place au sein de l’UFVN.
Vous venez de nous dire que le RDC a pris une décision allant dans le sens du remplacement de M. Goloumo à la CEI ?
Nous avons pris une décision dans ce sens et je vous le confirme. Puisque M. Gabriel Goloumo avait décidé de se retirer de l’UFVN, alors que l’UFVN est une entité partie prenante au dialogue politique inclusif, il s’est isolé. Lorsque l’UFVN a demandé à ses représentants de suspendre leur participation à la CEI, ils se sont insurgés contre leurs entités, ils ont refusé. Donc, c’est une désobéissance. Un mandataire est comme un ambassadeur. Lorsque son parti considère que sa présence est nuisible ou qu’il ne fait pas le travail, on le rappelle, il n’a pas à s’entêter, à riposter. Nos représentants à la CEI sont comme des ambassadeurs. Si le RDC insiste pour maintenir le frère Goloumo, l’UFVN, en tant qu’entité, est en droit de dire non. Nous n’acceptons pas, parce qu’au départ, l’UFVN ne voulait pas de lui. Maintenant avec cet incident politique, je sais que l’UFVN ne l’acceptera plus.
Au cours de votre assemblée générale, le RDC a désigné un autre cadre ?
Un cadre valable, à qui tout le monde a fait confiance; le cadre a donné son accord. C’est un juriste, un avocat. Nous pensons qu’il pourra valablement représenter le RDC.
Sans indiscrétion, son nom ?
Puisque vous insistez, c’est le frère Fleury Otto. C’est un jeune. Je suis partisan du rajeunissement des cadres du parti. S’il y a des fonctions au sein du parti, il faut compter avec la jeunesse à la relève. Dès que l’assemblée générale a cité son nom, la question de la disponibilité lui a été posée, ainsi que des conditions de travail et de résistance aux tentations. Il a répondu que c’est à l’œuvre et c’est au pied du mûr qu’on reconnaît le maçon. Il ne pourra être jugé qu’une fois à la CEI par son comportement et son aptitude à défendre les dossiers.
Le RDC a opéré un choix méticuleux. Me Otto sera-t-il à l’abri des suspicions ?
Suspicion oui. Vous savez que dans toute société, les suspicions ne manquent pas. Ceux qui ont acclamé Me Otto aujourd’hui peuvent retourner leur veste demain. J’ose espérer qu’il fera de son mieux pour respecter la confiance que nous avons placée en lui.
Et si le président du Directoire fait de la résistance, comment allez-vous régler ce problème ?
S’il fait de la résistance, je lui rappellerais les propos du président André Kolingba qui m’a réveillé et qui m’a demandé de mettre de l’ordre au sein du parti. Mais je vous rassure que le président Kolingba m’a réveillé et je le dis à haute et intelligible voix, le président fondateur m’a réveillé le mardi 2 février 2010 à 16 heures pour me donner les consignes que j’exécute en ce moment. Je ne les ai pas inventées. Si M. Goloumo fait de la résistance, c’est lui qui portera la responsabilité et non pas moi.
Et le Congrès, M. le Vice président ?
Le Congrès ? Le Directoire qui prépare le Congrès, je ne sais pas s’il est prêt ou s’il a déjà arrêté la date. Le Directoire avait déjà arrêté deux dates qui n’ont jamais été respectées. Ils avaient parlé de janvier, mais janvier 2010 est déjà passé, mais à moins que la marche pour le Directoire se passe à reculons. Il nous reste maintenant deux mois et demie pour les élections et je ne sais pas quand ce Congrès se tiendra ? S’il faut tenir le Congrès, est ce qu’il y a les moyens pour la tenue du Congrès? Je ne sais pas, la réponse appartient au directoire.
M. le vice président, le RDC sortira-t-il de cette période de turbulence ?
Tout dépend des dirigeants. Mais pour les échéances futures qui avancent à pas de géant, j’ai un petit doute.
Pourquoi ce doute ?
Parce que rien n’est prêt. J’ai préparé des élections depuis 1958 sous la colonisation; j’ai eu à préparer cinq élections majeures, mais je n’ai jamais été confronté à autant de problèmes. Au moment où je vous parle, même à Bangui, encore moins en province, je n’ai pas d’informations avérées que tout marche bien. Les militants du RDC sont actifs sur le terrain, qu’ils se mobilisent, je n’ai aucun écho d’un tel travail. Les élections ne se font pas seulement avec de l’argent, des véhicules et des tee-shirts. C’est l’homme d’abord au centre des préoccupations. C’est l’homme qui vote, c’est lui qui commande. S’il n’a pas été sensibilisé, mobilisé, si on ne lui a pas décrit les bienfaits d’un parti avec un bon projet de société pour le présent et pour l’avenir, comment pourra-t-il opérer son choix? On ne vote pas pour les tee-shirts. Normalement, on devrait voter en se basant sur un projet de société. Or, le projet de société du RDC a besoin d’être réactualisé. Ce projet, nous allons le faire actualiser. Ce que nous pouvons faire maintenant, c’est de faire en sorte que le RDC sorte la tête de l’eau, mais pas entièrement.
Pourquoi cette réserve ?
Cette réserve, parce que je me base sur la réalité, sur des faits. Il ne faut pas rêver. On ne va pas aux élections sans électeur. Il y a des partis politiques qui sont nettement en avance par rapport au mien; il faut avoir l’honnêteté intellectuelle de reconnaitre cette évidence. On ne va pas lui dénier cette réalité par mauvaise foi ou par chauvinisme ou fanatisme.