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LE SOUDAN ROMPT SES RELATIONS AVEC LE TCHAD

Alors qu'aucun signe ne le présageait, la capitale du Soudan a été surprise par des tirs nourris et des détonations en provenance d'Omndourman, un faubourg proche de Khartoum.



L'effet de surprise a d'abord créé une sorte de panique et d'inquiétude accrues. Les autorités soudanaises ont aussitôt réagi en faisant décoller des hélicoptères de combat, pour parer au plus pressé et stopper l'avancée des assaillants. Les combats aux portes de Khartoum ont été intenses. Dans la soirée de l'attaque, le samedi 10 mai 2008, des communiqués et déclarations contradictoires provenaient des protagonistes. Le gouvernement annonçait avoir le contrôle de la situation et invitait le public à regarder la télévision soudanaise. Les rebelles du Mouvement pour la Justice et l'Egalité (MJE), partis du Darfour à près d'un millier de kilomètres de leur base, déclaraient qu'ils contrôlaient la ville d'Omndourman et les ponts reliant ce faubourg de la capitale soudanaise. Ils affirmaient même être entrés dans la capitale soudanaise et avoir pris le contrôle d'une base militaire soudanaise. La situation était très tendue du côté des autorités soudanaises et dans les premières déclarations, le Tchad a été pointé du doigt et un couvre-feu a été décrété à Khartoum et dans la banlieue où se déroulaient les combats.

Khartoum n'a pas tardé à réagir

Les relations qui n'étaient pas déjà au beau fixe entre N'Djamena et Khartoum se sont exacerbées après cette attaque du MJE. En avril 2006, des rebelles tchadiens, venant de l'Est de ce pays, avaient attaqué la capitale tchadienne et les autorités avaient accusé le Soudan d'armer et d'entraîner les rebelles pour la déstabilisation du Tchad. Récemment, en février 2008, une expédition rebelle, cette fois plus sérieuse, avait failli mettre en péril le régime de N'Djamena. Là encore, le Tchad avait accusé son voisin soudanais. L'attaque d'envergure perpétrée par les rebelles du Darfour à Khartoum et notamment à Omndourman n'a pas été sans conséquences pour les relations soudano-tchadiennes. Sitôt après l'incursion des rebelles à Omndourman, les autorités soudanaises ont décrété la rupture de leurs relations diplomatiques avec le Tchad. L'ambassade du Tchad à Khartoum, en dépit des dispositions de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et consulaires, a été perquisitionnée par les forces soudanaises qui, semble-t-il, ne sont pas allées de main morte. Le Tchad a aussitôt réagi après la décision soudanaise et a exprimé ses regrets, tout en condamnant la mise à sac de son ambassade à Khartoum. N'Djaména a également fermement démenti qu'il n'est pas impliqué par ce s'est passé à Khartoum. Mais pour les autorités soudanaises, la majorité des prisonniers tombés dans leurs mains sont de nationalité tchadienne.

Réponse du berger à la bergère
Les invectives entre le Tchad et le Soudan ne manquent pas, depuis le déclenchement, il y a cinq ans, de la guerre du Darfour. Le Soudan, par le passé, avait aidé les groupes rebelles au Tchad à combattre le pouvoir de N'Djamena. Le président Idriss Déby Itno lui-même avait bénéficié de l'appui du Soudan pour chasser du pouvoir Hissen Habré. Mais depuis, l'idylle s'est transformée en cauchemar, car l'activisme des groupes rebelles tchadiens accusés d'être soutenus par le Soudan inquiète au plus haut point les autorités tchadiennes. Plusieurs accords dans le sens de la réconciliation entre le Tchad et le Soudan ont été signés à Tripoli, en Arabie Saoudite, mais peu de temps après, ont été violés et dénoncés. Le plus récent est celui signé à Dakar en marge de la Conférence Islamique. Pour beaucoup d'observateurs, le Tchad et le Soudan se font la guerre par rebelles interposés. L'attaque de Khartoum, selon certains analystes, serait la réponse du berger à la bergère après l'attaque de N'Djamena de février dernier. Le mouvement rebelle MJE, qui a mené l'attaque de Khartoum, très loin de ses bases, est considéré comme le plus puissant, ayant des facultés de nuisance pour le régime d'Omar El Béchir. Le Chef de l'Etat soudanais, qui était en visite en dehors du Soudan au moment de l'attaque, a aussitôt regagné son pays pour prendre les affaires en main. L'attaque du MJE a été unanimement condamnée par toute la communauté internationale, y compris par le gouvernement tchadien, qui était parmi les premiers à élever une protestation. Les autorités soudanaises voient dans cette attaque, non seulement la main du Tchad, mais aussi celle des islamistes soudanais. C'est ainsi que Hassan El Tourabi, le chef des islamistes et plusieurs de ses proches ont été arrêtés. Malgré quelques tirs dimanche 11 mai dans la capitale soudanaise, la situation semble sous contrôle et tout le monde craint une réaction soudanaise d'envergure, car le Tchad et le Soudan vont dorénavant se regarder en chiens de faïence.

Mardi 13 Mai 2008
John Smith
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