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LES LIBERTES GRAVEMENT MENACES

Le ciel politique et social est gris en République Centrafricaine mais la situation n'est pas aussi grave que certains esprits sinueux seraient tentés de le croire.



C'est vrai que l'USTC est en grève et menace même de durcir sa position. Cette situation n'a été créée qu'à la suite du non respect par le gouvernement de ses engagements. Mais de source de proche des autorités, le gouvernement a la ferme volonté que les syndicats veulent semer le désordre. Tout se passe comme si le gouvernement est à court d'arguments et a perdu les vertus nobles du dialogue.
Si ce ne sont pas les syndicats qui donnent l'insomnie au gouvernement, c'est la presse qui est visée. La dernière incartade du ministre intérimaire de la communication d'instaurer la censure n'est pas étrangère à ce raidissement de la position du gouvernement. Et puis l'acharnement du ministre Gouandjika contre le Haut Conseil de la Communication, procède de cette stratégie liberticide.
Depuis que le gouvernement est pris entre le marteau et l'enclume, coincé entre deux fers, la fertilité de l'imagination le pousse à faire usage des procédés musclés pour défaire l'étau. C'est ainsi que certains nostalgiques et sinueux penchent fortement vers des mesures exceptionnelles à accorder au président de la République . ainsi, faisant usage des dispositions des articles 29 et 30 de la Constitution du 27 décembre 2005, le Chef de l'État pourrait légiférer par ordonnance
L'idée semble faire son chemin et ce ne sont pas les élus du peuple que nous avons approchés qui diront le contraire. D'ailleurs, à l'assemblée nationale, certains élus du peuple de la Convergence KNK affirment qu'ils voteront pour le texte. Mais la plupart des députés sont réticents car ils estiment que le pays n'est pas en période exceptionnelle. Les institutions de la République, l'indépendance de la Nation, l'intégrité du territoire, l'exécution des engagements internationaux ou le fonctionnement normal des pouvoirs publics ne sont nullement menacés de manière grave et immédiate. Ce qui suppose que la mise en application des articles 29 et 30 de la Constitution du 27 décembre 2004 ne s'impose vraiment pas, à moins de vouloir glisser une peau de banane au Président François Bozizé. Une telle décision soulèverait la désapprobation de la communauté internationale qui fermeraient le robinet à notre pays déjà sous perfusion.
Quel est le danger de la concentration des pouvoirs exceptionnels aux mains du Chef de l'État ? Le gouvernement pourrait ainsi tirer sur la ficelle en prononçant par exemple la dissolution de l'USTC pour casser la grève ou suspendre purement et simplement les activités syndicales pour que les fonctionnaires et agents de l'État ne réclament plus leurs arriérés de salaire. Il pourra en être de même pour certains partis politiques qui ne sont pas en odeur de sainteté avec le régime. Les restrictions pourraient s'imposer à la presse, qui empêche de dormir et de tourner en rond. Mais puisque le Haut Conseil de la communication est là, il serait difficile de museler gratuitement la presse sans réaction. Alors, par ces mesures exceptionnelles, on profiterait de l'occasion pour relever l'équipe actuelle du HCC qui fait la fierté actuelle de notre pays auprès de la communauté internationale pour mettre en place une équipe dévouée , qu'on manipulerait à volonté. Les articles 10 pour la liberté syndicale et 13 pour la liberté d'informer seraient ainsi violés sous le fallacieux prétexte de la période exceptionnelle.
Nul n'est dupe et dans l'entourage du Président de la République, la machination a été très vite perçue. La plupart des conseillers mettent en doute l'efficacité d'un tel procédé qui assombrirait l'image de marque du Président de la République et couvrirait de ridicule la République Centrafricaine. Un conseiller averti, ayant repris la Constitution et lu son préambule a été plus que sceptique quant à l'éventualité de cette mesure. Car, un État de droit ne fait pas bon ménage avec des artifices qui frisent l'arbitraire ou qui nous conduisent et puis l'article 25 de la constitution du 27 décembre 2004 appelle à plus de prudence de la part du Chef de l'État. Il avait le 11 juin 2005, juré en ces termes : ‘‘ Je jure devant Dieu et devant la nation d'observer scrupuleusement la constitution (…), de ne jamais exercer les pouvoirs qui me sont dévolus à des fins personnelles et de n'être guidé en tout que par l'intérêt suprême national et la dignité du peuple centrafricain''.
Priver le peuple centrafricain par des mesures exceptionnelles répond-il à cette formule du serment ? A double titre, le Président François Bozizé na pourra se prêter à ce jeu. D'abord parce qu'il et militaire avec le sens de l'honneur de la parole donnée et ensuite parce qu'il est ministre de Dieu mesurant toutes les conséquences des violations d'un serment devant Dieu.

Vendredi 23 Décembre 2005
La rédaction
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