Le Conseil des ministres en a décidé ainsi afin qu’ils président le lancement de la campagne agricole 2010. Cette espèce de vacances déguisées permettra aux membres du gouvernement de rompre momentanément avec la routine bureaucratique. Mais cette tournée constitue également pour eux une aubaine pour mettre en poche quelques rapines et de renflouer leur basse-cours en volaille et caprins. Si l’initiative prise par le gouvernement de désigner des ministres résidents est bonne en soi, il n’en demeure pas moins vrai que souvent elle est vidée de tout son sens. De toute évidence, une campagne économique permet de stimuler le monde rural aux activités agricoles et pastorales par la caution politique que le gouvernement apporte à cette frange de population. Il s’agit d’une politique de développement à la base où les gouvernants se rendent auprès des gouvernés de l’arrière-pays pour toucher du doigt les problèmes auxquels ils sont confrontés afin de déterminer à un haut niveau les pistes de solution à prendre.
La présence des membres du gouvernement parmi les populations rurales devrait, beaucoup plus susciter une assurance qui réduit le fossé existant entre elles et les dirigeants et un retour à la confiance qu’un encombrement qui irrite davantage les autorités administratives et locales. En toute logique, pendant la campagne économique, chaque ministre entouré des techniciens intervenants dans chaque secteur devait analyser les problèmes qui entravent l’essor de chaque filière (agriculture, élevage, artisanat, chasse, pêche, cueillette) afin de proposer au gouvernement les orientations politiques à fixer. Cette campagne économique intervient en retard, en pleine saison culturale et sur fond d’insécurité dans plusieurs zones de la République Centrafricaine. Sous le régime de l’ancien président, feu André Kolingba, initiateur des ministres résidents, l’accent était surtout mis sur l’agriculture et l’élevage pendant la campagne économique qui était toujours calqué sur le calendrier agricole. Les résultats de sa politique en la matière étaient probants et la population centrafricaine avait même atteint le niveau de l’autosuffisance alimentaire.
Mais cette campagne économique surprise qui commence en retard suscite tout de même quelques interrogations quant aux objectifs réels poursuivis par le gouvernement. Ne serait-ce t- elle pas une précampagne électorale déguisée pendant laquelle les ministres devront s’évertuer à expliquer aux populations les enjeux du processus électoral et les causes du report de la date des élections ainsi que le candidat potentiel à sa propre succession François Bozizé qui reste ‘‘espoir du peuple’’. Heureusement que les populations ne sont plus dupes et sont capables de faire preuve de discernement. L’insécurité chronique dans certaines zones, les violations répétées des droits de l’Homme, les déclarations incendiaires ou incitatives ne sont pas des réalisations ou des faits à mettre à l’actif du régime Bozizé. Ce qui est sûr, les ministres résidents auront fort à faire pour faire passer le message électoral dans certaines zones dont les populations épuisées n’auront d’oreilles pour écouter et d’yeux pour regarder ces princes qui débarquent en grande pompe sur leurs terroirs. Une campagne digne de ce nom, c’est quand on peut mettre à la disposition des populations agricoles des graines améliorées, des petits matériels agricoles et pourquoi pas des insecticides?