Il s’agit en fait d’une réflexion menée par six centrales syndicales à savoir la CCTC, la CNTC, la CSTC, la CSTC, L’OSLP, l’UGTC et l’USTC sur l’environnement socio-économique actuel du pays. Les syndicats, menant des actions en milieu populaire, ont constaté que depuis bientôt quatre mois, la population centrafricaine n’arrive plus à supporter augmentation excessive des prix des articles manufacturés importés et des denrées alimentaires. Pour les centrales syndicales, depuis 1986, les salaires sont bloqués alors que le coût de la vie ne cesse de prendre l’ascenseur. Le document qui se présente comme une étude minutieuse, retrace l’environnement socio-économique en Centrafrique et les conséquences néfastes de la flambée des prix sur les consommations des ménages. La situation devient de plus en plus délicate et insoutenable et les responsables syndicaux, confrontés aux sautes d’humeur, estiment qu’ils ne vont pas continuer à contenir les cris de cœur des travailleurs qui, à la longue, risquent de les prendre pour les complices du gouvernement dans une situation qui frise l’infernale. Ainsi les six centrales, initiatrices de la réflexion, ont cru par prudence et prévoyance, élaborer ce document qu’elles soumettent au gouvernement pour des dispositions à prendre. Cette précaution d’un travail en amont procède du principe : ‘’Mieux vaut prévenir que guérir’’. Les représentants syndicaux ont préféré d’abord soumettre le fruit de leur réflexion à l’Assemblée Nationale, car, selon eux, c’est le temple où se prennent les grandes décisions qui orientent la vie de la Nation.
Une hausse qui n’était pas prévisible
La délicatesse de la situation démontre que tous les indicateurs économiques sont au rouge. L’environnement économique international est caractérisé par une morosité due à la flambée du prix du pétrole dont le baril a atteint à un certain moment le seuil des 140 dollars US. Cette augmentation brusque du prix du pétrole, source d’énergie, n’est pas sans conséquences sur l’économie mondiale. La RCA a été frappée de plein fouet par cette hausse qui n’était pas prévisible et qui a tendance à réduire à néant tous les efforts consentis jusque là par le gouvernement dans la lutte contre la pauvreté. Le prix du carburant a connu, depuis le 1er juin 2008, une hausse spectaculaire. Le pétrole lampant est passé de 380 frcs à 500 frs.
Le litre de l’essence super, à l’époque de 680 coûte dorénavant 780 frs CFA. Quant au gas-oil au lieu de 575 le litre à la pompe, il a grimpé 750 frs CFA.
La RCA étant un pays enclavé, non producteur de pétrole, les conséquences d’une telle hausse se ressentent automatiquement. Ainsi cette augmentation a eu des répercussions sur les coûts de transports à l’international et portant sur les produits importés. Face à cette situation, notre pays est doublement affecté par le faible niveau des produits de rente et des produits vivriers. Le coton et le café, qui faisaient à l’époque la fierté de notre pays, ont vu leur production être réduite de manière drastique. Le coton avoisine à peine les 10.000 tonnes, alors que le café, tant prisé de la République centrafricaine, ne tourne qu’autour de des 8 000 tonnes. Les ménages surtout à l’intérieur du pays, qui tiraient le maximum de leurs ressources de ces produits de rente, ont été durement affectés.
Des raisons d’espérer
Avant ce phénomène de flambée des prix, l’économie centrafricaine bénéficiait pourtant d’un environnement qui lui semblait favorable et lui permettait de relever la tête. Malgré une situation sécuritaire instable dans le nord-est et le nord –ouest du pays, la paix commençait à revenir peu à peu. Les armes semblaient se taire à la suite de la signature des accords de paix avec le FDPC en février 2007 et l’UFDR en avril 2007. L’annonce de l’ouverture du Dialogue politique inclusif dans les prochains jours a fait naître des espoirs pour une population meurtrie par une dizaine d’années de crises récurrentes. Les partenaires au développement, sentant la situation s’améliorer, se sont engagés aux côtés de la RCA dans le processus de relance économique. Ainsi dans les projets de certains partenaires, des pôles de développement sont envisagés. L’appui des Institutions de Bretton Woords (FMI, Banque Mondiale) a permis à la RCA d’être classée parmi les pays fréquentables par la communauté internationale et les bailleurs de fonds.
La deuxième Table Ronde de Bruxelles a permis au pays, naguère au ban des nations, de faire une percée spectaculaire et d’attirer sur lui les projecteurs de l’actualité et de manière favorable. Dans ce contexte ; les investisseurs du secteur privé ont commencé à s’intéresser à la République Centrafricaine. Autant d’atouts qui pouvaient donner des raisons d’espérer.
Un optimisme mesuré
Malheureusement la hausse des produits stratégiques et la morosité de la conjoncture économique internationale ont eu des pressions accrues, sur l’évolution des prix et des coûts de production en République Centrafricaine. La situation actuelle, pour laquelle les syndicats ont tiré sur la sonnette d’alarme, ne pourra évoluer que si la paix se consolide, les cours des matières premières fixés en dollars se redressent et le dollar lui-même sorte de sa zone de turbulence. Le retour de la confiance des opérateurs économiques, la mise en œuvre du programme de politique générale du gouvernement, la reprise inconditionnelle de la coopération internationale est aussi autant d’atout qui peut permettre à notre pays de sortir de la zone rouge.
De l’analyse même de la situation économique intérieure, l’optimisme affiché par les gouvernants doit être mesuré. Le diamant et l’or, qui font l’objet d’une contre bande sans pareille, semblent être en recul par rapport aux années précédentes. D’ailleurs, récemment le ministre d’Etat aux Mines a convoqué les sociétés du secteur pour leur faire part de son mécontentement par rapport à cette régression. Le bois, qui est une de nos principales ressources d’exportation connaît une évolution contestée.
L’impression d’abandon
Le sort du coton et du café n’incite pas à l’optimisme. Avec la baisse des cours mondiaux à l’époque, beaucoup de caféiculteurs ont abandonné leurs plantations parce que n’ayant pas de moyens pour les entretenir. Cette attitude a pesé sur la production qui a connu une chute vertigineuse. Les cotonculteurs ont été découragés par les mauvaises politiques pratiquées par les régimes précédents qui ont introduit des réformes contribuant à sonner le glas du secteur. Le coton était produit, mais il n’était jamais acheté au comptant. Cette pratique a appauvri davantage les paysans, qui ont perdu confiance en cette culture que beaucoup considéraient comme un legs des générations futures.
L’électricité et l’eau ont connu ces dernières périodes des problèmes qui viennent à peine d’être résolues.
Les coupures intempestives d’électricité et d’eau n’ont pas été sans répercussions sur l’économie et partant sur les prix.
Les produits vivriers et l’élevage, qui pouvaient constituer les principales sources de revenus, sont en chute libre.
La dégradation avancée des voies de communication (route et piste) ne permet plus à certaines zones, réputées des greniers, d’écouler leurs produits. Quand on y ajoute l’insécurité, qui bloque la circulation des personnes et des biens, on a l’impression que le monde rural est laissé à l’abandon.
Mais pendant ce temps, les prix n’ont pas attendu et la pauvreté gagne de plus en plus les populations.
(A suivre)