Exit Elie Doté
Après deux ans et demi de primature, l'ex premier ministre Elie Doté a préféré jeter l'éponge que de se faire sanctionner par une motion de censure de la majorité parlementaire. Les signes annonciateurs d'un large remaniement du gouvernement étaient perceptibles . La recrudescence de la rébellion armée dans le Nord et le Centre-Ouest du pays, la tension sociale perlée avec les syndicats des travailleurs, les crispations politiques au sujet des exactions commises par les forces de sécurité, dénoncées à moult reprises par les partis politiques l'attestent. La forte pression exercée par les partis membres de la majorité présidentielle invités à deux reprises par le chef de l'Etat au palais de la République pour faire l'état des lieux à mi mandat de la majorité fut l'exutoire de cette marche forcée vers le nouveau gouvernement. Dans les comptes rendus publics dans la presse, les instances dirigeantes de la convergence (journal Le Citoyen) on lit explicitement que la question de la nomination d'un membre de la convergence au poste de Premier ministre a été laissée au pouvoir discrétionnaire du chef de l'Etat. Les ‘‘convergenciers'' s'estimaient grugés de leur victoire électorale aux dernières élections nationales par une part trop belle dans le gouvernement faite à d'autres au nom de la réconciliation et de l'ouverture politique. L'ultime offensive de la majorité présidentielle est résumée par le discours de clôture de la 2è session ordinaire du parlement par le président de l'Assemblée nationale. Discours assez musclé qui résumait assez bien le point de vue des proches du président de la République. L'insatisfaction par rapport aux résultats mitigés de l'action gouvernementale était officiellement annoncée et une mise en garde par rapport aux conclusions politiques que la majorité ne manquerait pas de tirer. ‘‘La volée de bois vert'' dans le discours de la première dame de la République, par rapport à un accident meurtrier dans sa localité de juridiction de députation, venait à propos mettre en garde quatre membres du gouvernement et pas des moindres. Le Premier ministre Doté préférera éviter l'affront d'une joute oratoire avec le parlement sur son bilan à mi-parcours qu'il présentait, du fait de la mauvaise foi ambiante, à ses dépends.
Le nouveau Premier ministre
Le nouveau Premier ministre a surpris à la fois la majorité présidentielle qui ne le comptait pas jusqu'à ce jour dans ses rangs (en tant que dirigeant) et l'opposition politique ou armée. L'échiquier politique national monopolisé pour la majorité par le groupement des partis politiques de la majorité présidentielle (GPPMP) et pour l'opposition politique par l'Union des forces Vives de la Nation (UFVN) ne le comptaient pas parmi ses membres dirigeants et pourtant ! Sa nomination confirmerait, aux dires des proches du président de la République, la volonté de rajeunir la fonction et de la dépolitiser.
Le nouveau Premier ministre âgé de 51 ans est le plus jeune des Premiers ministres de la République depuis l'existence de ce poste. Mathématicien de profession, il a été préféré à plusieurs économistes. Ancien syndicaliste, il a milité successivement dans l'USTC puis l'OSLP proche de l'ex majorité MLPC. Dans ce syndicat, il était membre du bureau pour l'Université jusqu'au 13 mars 2003. Dans ce contexte de crise sociale généralisée, sa nomination confirmait la volonté des autorités politiques locales, de continuer à rechercher, par le dialogue une solution à la crise sociale sans précédent. En cherchant dans le vivier des intellectuels qu'est sensé être l'Université nationale le chef du 2è gouvernement, le président de la république prétend réhabiliter un corps décrié par les multiples scandales aux examens nationaux, en cours de paupérisation du fait de la crise économique, mais jouant un rôle indispensable dans l'essor de la nation par la formation des futures élites. Le promu à ce poste était-il réellement le meilleur « inter pares » ? La réponse est discutée au sein même de l'Université et dans le reste du pays. Prosaïquement, du côté de la présidence de la République, on ressort l'inévitable dicton : le maçon doit être jugé au pied de son mur. L'intéressé aura-t-il à cœur d'accélérer une réforme du métier d'enseignement tombé en souffrance depuis une décennie, pour améliorer les conditions de vie et de travail de ses pairs afin de protéger ce noble métier des turpitudes du nomadisme politique ou course futile à la recherche d'un strapontin ministériel à chaque changement de gouvernement ? C'est en tous les cas ce que tente de lui expliquer la longue file de ses anciens détracteurs enseignants à l'université qui se bousculent pour être reçus en audience.
Ouverture ou fermeture ?
Dans la série, on prend les mêmes et on recommence, il n'y a pas mieux à faire. Le nouveau gouvernement ressemble à s'y méprendre au précédent. Dans la charrette des boucs émissaires on retrouve pêle-mêle, l'ex Premier ministre et quatre des jeunes ténors de la majorité présidentielle dont l'ex–ministre de l'Equipement Timoléon M'baïkoua, l'ex-ministre de l'Enseignement Supérieur Armel Doubane qui l'ont assisté lors des ultimes discussions infructueuses avec les Syndicats des Travailleurs. Leur incapacité à trouver par le Dialogue un accord qui facilite la reprise du travail et préserve la vitrine démocratique déjà lézardée du régime semble être la raison évoquée ou plutôt l'alibi. Parmi les promus, on signale l'entrée en force du GPMP avec la nomination de ministre du PSD à l'Equipement, du PNCN à la Communication, du PUN à la Fonction Publique, de l'appel des cent à l'agriculture. Pour ces partis de la mouvance présidentielle la lutte a enfin payée ! L'aile militaire de la rébellion qui l'a porté au pouvoir n'est pas oubliée. Deux ex- rebelles sont repêchés en dépit des attaques virulentes dans la presse et promus au rang de ministres d'Etat : au transport, l'autre à l'énergie et aux mines. A ceux qui dénoncent les déséquilibres entre les régions politiques, certains proches rétorquent que tout au contraire la chasse aux riverains n'est pas encore de mise. Sur les six nouveaux entrants trois sont rattachables par leur arbre généalogique aux ethnies de la rive de l'Oubangui. Ils s'ajoutent aux trois restants. Le RDC parti victime de l'ancien régime reste représenté par le ministre de la Jeunesse et des Sports, représentant personnel du général Kolingba. Autre particularité, c'est la plus forte représentation féminine de toute l'histoire de la République avec 5 femmes dont 3 à des postes techniques de première importance pour la politique de libéralisation de l'économie en cours dont les Eaux, Forêts, Environnement 3e priorité et le Commerce et Petites Moyennes Entreprises. Les mauvaises langues signalent la présence de quatre retraités à des postes clés pour une politique sensée créer des emplois pour les jeunes diplômés ! En fait, c'est la société civile qui aurait été déshabillée pour céder sous la pression, des sièges de ministres aux membres du GPPMP. Par sa structure, les autorités entendent minimiser les craintes suscitées par l'entrée massive des partis de la mouvance présidentielle. Ces autorités, à qui veut les entendre, insistent sur leur volonté de préparer le dialogue politique pour décrisper les tensions politico-militaires qui les assaillent. Il n'est donc pas question pour l'heure de renoncer à l'ouverture politique vers toutes les forces politiques qui acceptent la légitimité des institutions et souhaitent contribuer à la consolidation du processus de la restauration de l'Etat de droit.
Le camouflet
La démission du ministre de l'enseignement Lala Bonamna Bernard quelques jours après sa nomination et le mobile que ce dernier dévoile dans la lettre de démission diffusée par voix de presse laissent pantois. Présenté comme un proche du Président de la République parce que habitant et originaire de Bossangoa comme le Président de la République, le démissionnaire estime indécent d'être muté comme une marionnette sans consultation préalable à un autre poste gouvernemental. Du fait de son profil professionnel de médecin de carrière, ancien fonctionnaire de l'Organisation Mondiale de la santé l'intéresse, préférait conserver ce portefeuille pour suivre les réformes qu'il aurait initiées. Pour certains, la raison évoquée ne justifie pas ce coup d'éclat. Les fonctions gouvernementales sont essentiellement politiques. On l'a vu dans des démocraties que l'on dit avancées, des garagistes devenir meilleur ministre de l'économie et des finances de la décennie et des médecins excellent ministre de la défense. Le tout effectivement est lié à l'existence d'un accord politique global et d'une capacité à s'appuyer sur des compétences techniques existantes dans chacun de ces ministères. C'est sur ce point de vue dévoilé, d'absence de concertation préalable, que la démission est courageuse et à l'honneur du sortant. D'autres voudraient y voir des repositionnements politiques à un moment où le navire gouvernemental coule de toute part. Lala Bonamna Bernard aurait-il voulu prendre date sur des dérives à venir ? Seul l'avenir nous le dira. Au grand public, ce conflit révélerait que le nouveau Premier Ministre n'aurait pas choisi tous les membres de son Gouvernement et se trouverait ainsi obligé de composer avec une équipe qui échappera à son contrôle politique. Une perspective qui n'augure que des malentendus face aux grands problèmes qui attendent le nouveau gouvernement. Comment sans communauté de point de vue sur les causes des crispations actuelles et sur les réformes urgentes à mettre en œuvre cette nouvelle équipe rassurera l'opinion publique nationale et internationale sur sa capacité à relever de manière solidaire les challenges ?