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Le Confident
 

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Vendredi 10 Février 2012
20:15
DOSSIERS

M. ZIGUELE PLAIDE POUR DES ELECTIONS JUSTES, TRANSPARENTES ET SEREINES



DECLARATION LIMINAIRE A LA CONFERENCE DE PRESSE DE MARTIN ZIGUELE
PARIS, 12 MARS 2010
Centre d’Accueil pour la Presse Etrangère (CAPE)


De l’avis de tous les observateurs nationaux et de la communauté internationale, le destin de la République Centrafricaine pour les cinq prochaines années sera déterminé par le bon déroulement des élections législatives et présidentielles dont le processus vient d’être enclenché.. Pour ce faire, une Commission Electorale Indépendante (CEI) a été mise en place par consensus en octobre dernier et les Nations Unies ainsi que d’autres partenaires au développement, telles que l'Union Européenne (UE), l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et l'Union Africaine (UA) ont signé un mémorandum d'accord avec le gouvernement centrafricain pour appuyer l’organisation de ces élections.

Cependant, force est de constater, qu’à peine trois mois seulement après sa mise en place, la Commission Electorale Indépendante a démontré qu’elle n’est indépendante que de nom. Depuis le mois de janvier 2010, elle est secouée par une grave crise de confiance qui a contraint les partis politiques de l’opposition démocratique et certains mouvements politico-militaires à exiger la démission de son président et l’annulation de certains actes illégaux qu’il a posés, notamment la mise en place unilatérale des comités locaux d’ambassades et de consulats de la Commission Electorale Indépendante. De même la gestion opaque et solitaire de cette structure et sa propension à poser des actes de gestion non orthodoxes ont amené à demander l’audit de la CEI.

Le 30 janvier dernier, lors d’une réunion convoquée par le Président Bozizé lui-même, et qui a regroupé toute la classe politique et la société civile en présence du corps diplomatique, les représentants de l’opposition avaient publiquement démontré les irrégularités et les fautes graves commises par le président de la CEI pour étayer cette accusation d’incompétence et de mauvaise gestion.

Le bien-fondé et la pertinence des démonstrations de l’opposition étant évidents, le Président Bozizé s’est résolu à approuver la plupart des revendications de l’opposition et s’est décidé à ce que le Médiateur de la République, Mgr Paulin Pomodimo, puisse œuvrer à la finalisation d’un accord entre les parties visant à recadrer le fonctionnement de la CEI, tout en la renforçant par un recours à l’expertise de la communauté internationale. C’est ainsi, qu’après plusieurs jours de débats, un protocole d’accord a sanctionné cette entente.

Après cet accord, nous nous attendions tous à un nouveau départ de la CEI autour du consensus laborieusement élaboré dans le processus de préparation des élections. Mais c’était sans compter avec la détermination du Président de la CEI à pervertir ce processus.

C’est ainsi que, alors que la principale mission confiée à la Commission Electorale Indépendante est celle de procéder au recensement de la population afin de dresser des listes électorales fiables, le Président de la Commission Electorale Indépendante déclenchera un « road show » médiatique  pour déclarer sans rire qu’il a retrouvé dans des entrepôts de la Banque Mondiale, dans un quartier populaire de la capitale, les listes électorales qui avaient servi aux dernières élections de 2005 alors que le Ministre chargé de l’Administration du Territoire avait pourtant déclaré en Avril 2009 devant les députés à l’Assemblée Nationale, lors de l’examen de la loi portant code électoral, que ces listes avaient été détruites en totalité. Sur sa lancée, le Président de la Commission Electorale Indépendante pousse la provocation jusqu’à demander le financement de la communauté internationale pour saisir ces « listes électorales » miraculeusement retrouvées et ensuite de les réviser, déclarant urbi et orbi que ces listes serviront pour les élections de 2010.

 Il officialisait ainsi son choix solitaire, avec l’appui du pouvoir, de rejeter implicitement et sans explications le recensement électoral que la communauté internationale s’est pourtant proposée de financer. Joignant l’acte à la parole, il a commis  une société informatique de son seul choix et appartenant naturellement à un militant du Parti du Président Bozizé pour saisir ces fameuses listes électorales     

Or, en juillet et en octobre derniers, j’avais déjà porté à la connaissance de l’opinion publique nationale et internationale, lors d’une conférence de presse, qu’au cours d’un déplacement que j’avais effectué à l’intérieur du pays au mois de juillet 2009, je fus témoin d’un recensement électoral illégal et clandestin que le Ministre chargé de l’Administration du Territoire avait initié en remettant des cahiers aux chefs de village et aux maires. Ce sont les résultats de ce recensement illégal et clandestin que le Président de la Commission Electorale Indépendante tente d’imposer subrepticement aujourd’hui à toutes les parties prenantes du processus électoral, y compris à la communauté internationale qui nous apporte son assistance technique et financière dans ce processus. Comment pouvons-nous accepter une telle forfaiture ?

Comme on le voit, il est extrêmement difficile d’organiser sereinement des élections dans un pays aussi vaste que le nôtre, de surcroît en proie à une insécurité endémique due à la présence dans de grandes parties de son territoire de plusieurs mouvements de rébellion. C’est donc pour cette raison que le succès de l’opération de désarmement s’impose comme une impérieuse nécessité avant la tenue des élections. La mise en œuvre effective du programme de Désarmement, de Démobilisation et de Réinsertion (DDR) déterminera également la réussite des élections. Faut-il rappeler que le Conseil de Sécurité des Nations Unies a également demandé, dans sa déclaration en date du 21 décembre 2009, au Gouvernement de la République Centrafricaine de faire en sorte que le processus de Désarmement et de Démobilisation (puis du cantonnement des rebelles) soit achevé avant la tenue des élections de 2010.

Malheureusement, beaucoup de retard a déjà été pris dans la mise en œuvre de certains volets du programme de DDR avec des conséquences bien visibles dans les zones sous contrôle des rebelles, qui constituent autant de menaces graves, tant pour la tranquillité et la vie quotidienne des populations civiles que sur le processus électoral. De même, seul le succès de ce programme DDR permettra le retour dans leurs foyers des refugiés et des déplacés afin qu’ils prennent part à ces élections, sinon elles ne seraient ni crédibles, ni véritablement nationales. 

Le Président de la Commission de Consolidation de la Paix pour le Centrafrique et Représentant Permanent de la Belgique auprès des Nations Unies, l’Ambassadeur Jan Grauls, n’a pas dit autre chose lorsqu’il a déclaré le 4 décembre 2009 à la presse centrafricaine à Bangui: « Il s’agit de désarmer, de démobiliser et de réinsérer les ex-rebelles, c’est le point de départ pour tous en République Centrafricaine. Sans sécurité, sans paix, tous les efforts de développement qu'on voudrait entreprendre seraient vains, car, ce programme DDR est d'une importance cruciale pour la RCA. (…).

La partie Démobilisation et Désarmement prendra 2 à 3 mois. C'est important, il faut que cette partie soit terminée avant les élections. Un échec du programme de DDR risque de compromettre le processus électoral et de déstabiliser le pays».

 Il est donc clair que toutes les conditions politiques et de sécurité, préalables au bon déroulement du processus électoral, ne sont pas encore réunies. De vives tensions interethniques, souvent paradoxalement exacerbées par de maladroites approches du Gouvernement, perdurent dans le Nord-est et au Sud-est. Les fréquentes et incessantes attaques des bandits de la LRA de Joseph Kony sèment la terreur parmi les populations dans les villes et villages de la zone tandis qu’au Nord-Ouest, le sérieux retard du programme DDR  a contraint les rebelles à entraver la libre circulation et expose à des risques réels.

C’est dans un tel contexte que le Président Bozizé signe un décret pour convoquer les Centrafricains aux urnes pour le premier tour de la présidentielle le 25 avril prochain, alors même que la Commission Electorale Indépendante, dont seul le rapport, selon les dispositions du Code électoral, devrait permettre au Président de la République de signer un tel décret, était en pleine restructuration de ses effectifs et n’a donc pas pu adopter ledit rapport.

C’est donc la preuve que le Président Bozizé, pour des raisons et des motivations qui lui sont propres, a fait clairement le choix de tourner le dos à une préparation consensuelle des élections avec toutes les entités ayant pris activement part au Dialogue Politique Inclusif de décembre 2008, pour privilégier une aventure solitaire, porteuse de risques pour le  processus électoral et pour notre pays. La situation ainsi créée est dangereuse car, elle peut ouvrir la voie à de fortes contestations post électorales, génératrices de graves troubles préjudiciables à la stabilité du pays. Il vaut mieux prévenir que guérir et l’actualité récente dans un certain nombre de pays africains nous incite  à respecter le consensus.

Je voudrais donc pour finir saisir l’opportunité que m’offre cette rencontre avec la presse internationale pour lancer un appel solennel à la Communauté internationale afin qu’elle mène en urgence des actions auprès des autorités centrafricaines au plus haut niveau, pour stopper cette fuite en avant dans le processus électoral dans lequel s’est engagé le Président Bozizé.

Je demande à tous les pays amis de la République centrafricaine, à l’Organisation des Nations Unies, à l’Union Africaine, à l’Union Européenne, à l’Organisation Internationale de la Francophonie, à la Communauté Economique des Etats de l’Afrique Centrale, à la Communauté Economique et Monétaire en Afrique Centrale et à la Communauté des Etats Sahélo-sahéliens de contribuer à la  préparation sereine et consensuelle des élections, dans le strict respect des dispositions de la loi électorale.

J’appelle les Chefs d’Etat des pays amis et frères de la RCA à mettre tout en œuvre pour aider au retour d’une sécurité effective sur toute l’étendue de notre pays, notamment en appuyant l’accélération du processus de DDR. C’est la réalisation du DDR qui  permettra le retour chez elles des populations déplacées qui ont été contraintes par les troubles de fuir en brousse et celles exilées dans les camps de réfugiés de l’UNHCR des pays voisins. C’est la restauration de la sécurité, de  la paix et de la tranquillité dans ces régions qui créera un environnement propice et facilitera à la CEI le travail de recensement et de confection des listes électorales crédibles sans lesquelles la tenue dans le calme et la sérénité des élections ne pourra être envisagée.

Il n’y a pas lieu d’agiter l’expiration des mandats présidentiel et législatifs comme un épouvantail pouvant justifier l’instrumentalisation de la CEI et les manipulations grossières du processus électoral. La RCA a déjà vécu une situation similaire en 1992 et ses filles et ses fils ont su y  faire face dans la paix et la stabilité.
Je vous remercie.

Martin ZIGUELE
Président du MLPC

Martin ZIGUELE
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Mardi 16 Mars 2010

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