Pour avoir publié dans son organe un article dans le n°141 du 20 décembre 2007, un Sylvain N'Doutingaï et Come Zoumara, indexés sur la perception d'un chèque AREVA de sept milliards de Fcfa, notre confrère Faustin Bambou a commis un crime de lèse-majesté et à ce titre, il a été écroué sur ordre du Procureur de la République auprès du Tribunal de Grande Instance de Bangui à la Section de Recherche et d'Investigation (SRI), considérée comme la police politique du régime.
Après la publication de cet article, tout le monde s'attendait à un droit de réplique du gouvernement si l'institution s'était sentie lésée ou d'un droit de réponse que le loi confère aux mis en cause. Ces dispositions sont pourtant prévues dans l'ordonnance n°05-002, relative à la liberté de la Communication en République Centrafricaine. Or depuis le 21 décembre 2007, ni le gouvernement, ni Sylvain N'Doutingaï, ni Côme Zoumara n'a élevé de protestation. Il s'est passé deux semaines où le silence était de mise. Les personnalités mises en cause étaient-elles en train d'ourdir la stratégie en vue de vouloir punir notre confrère pour avoir osé s'attaquer à deux piliers du régime ?
Mais curieusement après la visite à Bangui de M. Joubert et Maréchaux, le jeudi 10 janvier 2008, le confrère Faustin Bambou a été convoqué le 11 janvier par le Procureur pour être écroué à la SRI. Des relations de cause à effet existeraient-elles entre cette visite des Conseillers du président Nicolas Sarkozy et l'arrestation de notre confrère ?
Que reproche-t-on à Faustin Bambou ? En tout cas, on ne peut prétendre que son article serait une incitation à une violence quelconque, qui serait interprétée comme crime par voie de presse. Serait-on en face d'une interprétation tendancieuse d'un fait qui avoisinerait la diffamation. Et si les faits reprochés à Sylvain N'Doutingaï et Côme Zoumara ne seraient pas avérés, pourquoi avoir attendu si longtemps pour réagir ? Les concernés n'avaient-ils pas lu l'article ? Et pourtant l'article incriminé est paru dans un journal qui a été mis sur le marché à la régulière. Si le procureur de la République reproche à notre confrère Bambou d'avoir diffamé MM. N'Doutingaï et Zoumara, pourquoi l'avoir fait arrêter et en vertu de quelles dispositions légales. Quand on sait que les délits de presse que sont l'injure et la diffamation sont dépénalisés en vertu des dispositions de l'ordonnance n°05.002 du 22 février 2005, relative à la Liberté de la Communication en République Centrafricaine, beaucoup d'interrogations ne trouvent pas de réponse.
Peu après les Premiers Etats Généraux des médias Centrafricains, le Procureur Firmin Findiro, lors d'un atelier organisé par l'Union des Journalistes de Centrafrique (UJCA), clamait haut et fort qu'un journaliste ne peut être arrêté pour un cas de diffamation ou d'injures qui constitue un délit par voie de presse. Il vait à titre de rappel cité l'article 97 de l'Ordonnance n°05.002 du 22 février 2005. concernant la procédure, le Procureur avait cité les dispositions de l'article 111 de l'Ordonnance susvisée. Ces dispositions sont-elles respectées par celui-là même qui donnait l'impression d'être un défenseur des Droits de l'Homme et de la Liberté de la Presse ?
La presse centrafricaine commence bien cette année 2008. après une irruption tapageuse et très remarquée de certains officiers à Radio N'Deké Luka, le Procureur fait écrouer un journaliste avec des dispositions que la loi n'a pas prévues. En un mois, deux incidents et non des moindres. L'année 2008, serait-elle une année sombre pour la jeune presse centrafricaine ? 2007 avait été émaillée par des menaces, l'arrestation et l'emprisonnement de notre confrère Michel Alkhaly – Ngady. A-t-on déjà oublié les satisfécits des années 2005 et 2006, décernés à la RCA par ‘‘Reporter Sans Frontières'' ? Ce serait dommage qu'après de si belles périodes, notre pays se fasse indexé par le bâillonnement de la presse, pendant que les princes qui nous gouvernent rivalisent d'ardeur dans les actes peu orthodoxes.