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POURQUOI LES RETARDS DE SALAIRES ?
Qui dit que les miracles ne se produisent pas en notre temps. Après des moments de tergiversations, de scepticisme, le gouvernement a réussi tant bien que mal à payer deux mois de salaires aux fonctionnaires (février –mars 2007), deux trimestres de pension aux agents retraités, deux mois de bourses tant aux étudiants locaux qu'à ceux de l'extérieur et à payer les frais de vacations. Ce dont l'annonce laissait planer des doutes est devenu réalité. Voilà bien un miracle. C'est vrai que chaque fois qu'un salaire est payé, fonctionnaires et agents de l'Etat jubilent. Mais quand on explique à un étranger, que ces mêmes fonctionnaires et Agents de l'Etat cumulent près de 50 mois d'arriérés de salaire, il semble tomber en syncope et ne peut comprendre une situation pareille. Et pourtant depuis 1990, c'est dans ces conditions que les agents de l'Etat vivent dans une précarité et une paupérisation qui se sont construites au fil des ans.
Le régime de Kolingba a légué en douze ans de pouvoir une ardoise qui avoisine les dix (10) mois d'arriérés de salaire. Patassé en dix (10) ans a cumulé près de trente deux (32) mois. Le régime du président François Bozizé en quatre (4) ans avait déjà près de neuf (9) mois de retard. Si on retranche les deux mois viennent d'être payés, les fonctionnaires ont encore sept (7) mois d'arriérés. Si les chefs d'Etat qui se sont succédés après Kolingba avaient assuré la continuité de la responsabilité de l'Etat, la RCA serait alors en train de payer les salaires de 2003. Mais comme la RCA est un pays de paradoxe, chaque fois qu'un régime succède à un autre, il gèle les arriérés du précédent, repart à zéro, comme si les agents de l'Etat venaient tous d'être intégrés pour toucher leur premier salaire. Patassé l'a fait pour le régime Kolingba et Bozizé en a fait autant pour les deux régimes qui ont précédé le sien. Mais d'où partent ces cycles vicieux de retard de salaire ? C'est vrai que Bokassa lui-même avait, aussi vers les dernières années de son régime, des difficultés financières qui ont débouché sur des retards dans le paiement des salaires. Mais les raisons de ces retards étaient différentes de celles qui ont affaibli les autres régimes. Sous le régime Kolingba, tout est parti d'un fait qu'on pouvait qualifier d'anodin. Il s'agit de la lettre, sorte de pamphlet adressée par M. François Gueret au Chef de l'Etat de l'époque, le général d'Armée André Kolingba. Cette lettre dénonçait les tares et les incohérences du régime. Les effets de cet écrit ont été dévastateurs pour le régime et ont puissamment contribué à l'affaiblir. Toutes les forces qui militaient dans l'ombre se sont subitement réveillées et ont fait circuler une pétition pour recueillir des signatures. La pétition réclamait plus de transparence dans la gestion de la chose publique et plus de démocratie. Le régime a répondu par la répression sur les fonctionnaires signataires de la pétition et la « Boîte de Pandore » a été ouverte. Les revendications ont donné naissance à la création du Comité de Coordination pour la Convocation de la Conférence Nationale (CCCCN). Le mouvement de contestation ne pouvait mieux tomber puisqu'au même moment, le régime autorisait la reprise des activités syndicales avec la résurrection de l'USTC. C'était une aubaine pour les hommes politiques proches de Patassé. Ils ont adhéré en masse au syndicat. Beaucoup, ont même occupé des places importantes au bureau pour mieux orienter et peser sur les actions du mouvement syndical. Pendant que la pression s'abattait sur les « 4CN », le syndicat s'organisait et durcissait sa position. Ce qui est connu maintenant, Patassé, de son exil demandait à ses partisans au sein du syndicat de tout mettre en œuvre pour briser la chaîne économique pour priver le régime des ressources nécessaires à sa survie. Aussi des grèves interminables ont commencé à partir du 1990. Même les régie financières, pourvoyeuses de ressources ont cessé le travail. Le régime le plus démenait pour remonter la pente. Mais chaque fois que les fonctionnaires percevaient un salaire, ils repartaient s'installer dans la grève. Les arriérés de salaire ont commencé à s'accumuler et le sort du régime était scellé. Les régies financières n'étant pas opérationnelles, l'incivisme fiscal s'est emparé des opérateurs économiques, habitués par ces temps de crise à ne payer que des pots-de-vin en lieu et place des impôts à l'Etat. La douane et les impôts indirects n'étaient pas du reste. Les agents en cette période de grève préféraient se remplir les poches au lieu de penser aux caisses de l'Etat, oubliant que le budget de l'Etat est un budget de fiscalité. Dans ce système, quand les commerçants paient les impôts, l'Etat paie les fonctionnaires et ces derniers achètent les marchandises chez les commerçants et le cycle reprend. Or avec la dureté de la grève, un des maillons de la chaîne était brisée, sonnant le glas du régime Kolingba. En 1993, Patassé accède au pouvoir par les urnes. Les premières années furent euphoriques. Les partenaires au développement ont ouvert la vanne en débloquant les fonds destinés au régime Kolingba, qui étaient gelés. Si le premier ministre Jean Luc Mandaba a coulé des jours tranquilles, il n'en est pas de même pour M. J.E Koyambonou .Avec l'apparition des premiers signaux, le premier ministre Koyambonou lance l'idée d'un empreint obligataire. Le maillon de la chaîne, brisé à l'époque de Kolingba n'étant pas soudé, les arriérés de salaire pointent leur nez. Le régime de Patassé avait l'air de l'arroseur arrosé. La grogne devenait perceptible car la population, notamment les fonctionnaires commençaient à déchanter. Les promesses faites lors des campagnes de 1992 à 1993, étaient des rêves chimériques. Par une véritable campagne populiste à très forte dose démagogique, le Président Patassé avait su au départ capitaliser l'adhésion populaire autour de ses promesses. Patassé est véritablement à bout de souffle au bout de deux ans et demi, quand éclate la première mutinerie le 18 avril 1996. Les militaires révoltés opposent des revendications corporatistes auxquels le régime ne peut faire face. Les partisans du régime, qui avaient infiltré le syndicat ont déserté les rangs du l'USTC et sont tous aux affaires. Ils sont maintenant confrontés à la dure réalité du pouvoir. La première mutinerie, mal négociée, teintée de menaces, débouche sur la deuxième mutinerie le 18 mai 1996, soit juste un mois après la première. Cette seconde grogne des militaires sortis des casernes a été plus dévastatrice que pour l'économie que la première. Pendant des jours, on a assisté à des scènes de pillage, et de destruction des unités commerciales et industrielles. La plupart des sociétés du secteur formel qui payaient régulièrement les impôts à l'Etat ont été mises à sac ou sont parties en fumée. Les actes de vandalisme ont affecté les opérateurs économiques et les projets générateurs de revenus ont été saccagés. Beaucoup ont commencé à délocaliser. Ce phénomène n'est pas sans conséquences pour les recettes fiscales et douanières. Comme un malheur ne vient jamais seul, les cours du coton et du café ont commencer à chuter de manière drastique. Sous la pression des syndicats le décret d'application de la loi 99.016, procède au relèvement des points indiciaires des agents de l'Etat. Cet acte a eu pour conséquence directe l'augmentation de la masse salariale. Le régime, incapable de payer régulièrement les salaires, creusait aussi sa propre tombe. Les arriérés s'accumulaient pour culminer à des niveaux insoutenables pour les agents de l'Etat. La grogne des syndicats s'amplifiait. A la grogne les travailleurs, le gouvernement a brandi les muscles. Les muscles des leaders syndicaux devenaient la bête noire des autorités. La situation devenait insoutenable pour Patassé, les confronté aux crise du 28 mai 200, du 25 octobre 2002 et le régime a fini par être emporté par les évènements du 15 mars 2003. Le Président François Bozizé en accédant au pouvoir brandit le carton rouge pour les arriérés de Patassé et Kolingba estimés après 42 mois. Abel Goumba, la caution morale du nouveau régime, à la tête du gouvernement a tenté des efforts les premier mois. Mais très vite le régime a montré ses limites. Alors personnes ne s'y attendaient, les retards de salaires ont pointé leur nez des Août septembre 2003. a l'arrivée de M. Célestin Leroy Gaoumbalet à la primature, l'ardoise commençait à s'accumuler. Syndicats, observant une trêve tacite, observaient sans rien dire. Les arrivées gagnaient en importance jusqu'à l'arrivée de M. Elie Doté à la tête du gouvernement. Depuis presque depuis 17 ans, gouvernements ont expérimenté toutes les stratégies sans réussite. Celui qui était en passe de réussi le pari et qui a été freiné dans son élan était M. Jean Paul Ngoupandé qui avait bénéficié d'appuis extérieurs conséquents. Les grèves, les destructions des unités économiques, les délocalisations et les fermetures de société ²et d'usines ont eu de conséquences très graves pour les recettes publiques. Les sociétés du secteur formel se comptent dorénavant au bout des doigts. Il y a même disent les observateurs d'un air goguenard, plus de partis politiques que de sociétés en République Centrafricaine. Quand on ajoute à toutes ces difficultés, la mal gouvernance, la prédation, le désir d'enrichissement facile des autorités et l'opacité dans la gestion de la chose publique et surtout des finances publiques, il n'y a pas lieu de s'étonner que l'Etat, malgré les maigres recettes, ne puisse pas faire face à ses dépenses régaliennes. La RCA est à la recherche d'un nouveau souffle, qui tarde à venir. Les regards étaient tournés vers l'avenir avec De Beers, Uramin, Aurafrique qui avaient pour vocation d'explorer et d'exploiter le sous-sol centrafricain. De Beers a claqué la porte pour des raisons encore nébuleuses. Uramin a été rachetée par Areva et un contentieux demeure sur ce dossier. Aurafrique est toujours à pied d'œuvre et fixe sa phase opérationnelle à l'orée de l'an 2010. pendant ce temps, les fonctionnaires et agents de l'Etat devront-ils prendre leur mal en patience ? Difficile de penser à une telle éventualité. Mais au gouvernement on demeure serein car tous les regards sont tournés vers Bruxelles et on fonde beaucoup d'espoir sur l'initiative PPTE, qui allège les dettes de la RCA, pour permettre à l'Etat de souffler quelque peu. Mais que faire sans activités génératrices de revenus pour l'Etat ? Lors des vœux de l'an 2007, le Chef de l'Etat avait lancé que 2007 serait l'année du décollage économique de la RCA. Il ne reste plus que quelques mois et le décollage tarde à venir. Trouvera-t-on un jour la solution à ce cycle vicieux des arriérés et retards des salaires ? Comme pour plagier un ancien Chef d'Etat, l'avenir nous le dira. Mardi 16 Octobre 2007
Par Dinawade Mokambo Junior
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