Ce coup de force contre les institutions républicaines a été dénoncé sur les ondes de la radio nationale par le général Jules Bernard Ouandé, ministre de la Sécurité, de l’Ordre public et de l’Immigration. Le général Jules Bernard Ouandé n’a pas manqué de présenter l’opération dans les menus détails tels que conçus par ses commanditaires :’’ En ce moment, il est marqué plan d’attaque. Le 15 mars, c’est la rencontre et la vérification des éléments, des commandos, des mercenaires, des Kamikazes ainsi que des milices. Mardi 16 mars 2010, c’est la distribution des armes, des munitions, des tenues, des brassards, des couteaux commando, des sacs et des gilets pare-balles. Mercredi 17 mars 2010, c’est la répartition des Chefs des opérations et la distribution des tenues, des talkies, des Thuraya, des jumelles. Le jeudi 18 mars 2010, la remise des sous, c’est-à-dire argent et instructions, reconnaissance du terrain.
Le vendredi 19 mars 2010 à 21 h 00, c’est la coupure de toutes les ligues téléphoniques. Ils vont couper même les lignes des portables. Ils vont actionner des lignes opérationnelles, le renfort des éléments dans le domicile de AFP, la police va le savoir. A 22 h 00, arrivée de ………, au centre ville (discrétion de ……..,(discrétion) à l’aéroport Bangui M’Poko. A 24 H 00…….tous les Chefs de zone de l’opération devaient être en ville, au camp de Roux. M. X…., Au Camp Kassaï, le général…..au RDOT 1, le capitaine…..Au camp Beal, le Sergent………. A la Gendarmerie l’Adjudant……. Au port pétrolier, M.Y…., Au Soutien, le Capitaine…. A 1 H 00 du matin, Hymne national. A 10 H00 déclaration du porte-parole des mouvements. A 15 H00, ouverture des frontières et déclaration du Chef de l’Etat (discrétion)’’.
Patassé dénonce un complot ourdi contre lui
Ainsi s’exprimait le samedi 13 Mars 2010, le général Jules Bernard Ouandé, ministre de la Sécurité Publique, qui a affirmé avoir été en possession de ces informations depuis le vendredi 12 mars dans la soirée. Dans la dénonciation du ministre Jules Bernard Ouandé, les initiales AFP sont ressorties.
AFP, donc Ange Félix Patassé, l’ancien président revenu d’exil il y a quelques mois, n’a pas tardé à faire connaître sa réaction. L’ancien Chef d’Etat a déclaré qu’il a téléphoné personnellement au ministre de la Sécurité publique qui lui a répondu qu’il n’était nullement accusé. Mais à sa grande surprise, AFP, c’est-à-dire Ange Félix Patassé, serait impliqué dans cette tentative de coup d’Etat. Le ‘’Barbu National’’ s’étonne qu’en tant que candidat, il puisse faire un coup d’Etat, d’autant qu’il est bien placé pour gagner les futures élections au premier tour. Pour Ange Félix Patassé, la panique se serait emparée des autorités qui ne savent plus à quel saint se vouer d’où des déclarations à l’emporte-pièce.
La polémique s’est amplifiée
Cette annonce brutale de la préparation d’un coup d’Etat en préparation, si elle n’a pas créé de panique, elle a provoqué une sueur froide dans le dos des Centrafricains et surpris la communauté internationale. Tout le monde sait que depuis l’annonce des élections présidentielles et législatives de 2010 pour le 25 avril 2010, la polémique s’est amplifiée autour de cette date et l’ambiance semblait morose. Alors que les tenants du pouvoir tiennent mordicus que les élections aient lieu le 25 avril 2010 pour échapper à un vide constitutionnel, les partis d’opposition, notamment le Collectif des Forces du Changement, M. Boukanga, de l’URD, et recensement M. Martin Ziguélé, du MLPC, trouvent cette date irréaliste et de jour en jour les événements semblent leur avoir donné raison. le DDR ne vient que d’amorcer son départ avec un début de solution à Kaga Bandoro avec les éléments de l’APRD. Le problème sécuritaire est loin d’être résolu. Les listes de 2005 ne sont pas les vrais problèmes à la résolution de l’épineuse question du recensement électoral. Les Comités locaux sont encore loin d’être tous mis en place. Et puis la communauté internationale rechigne à mettre la main à la poche pour décaisser les fonds nécessaires en vue du financement des opérations électorales. La période semble très sensible et c’est en ce moment que, contre toute attente, le général Jules Bernard Ouandé dénonce la préparation d’un coup d’Etat dont le gouvernement et, notamment les services de sécurité, déteindraient la preuve.
Effets d’annonces
Dans tous les milieux, les observateurs se demandent si le moment est indiqué pour une telle dénonciation, surtout qu’il s’agit d’un complot grave visant à porter atteinte aux institutions de l’Etat. Ce qui surprend quelque peu dans la déclaration du général Jules Bernard Ouandé, ministre de la Sécurité publique, c’est qu’il reconnaît n’avoir été informé de la préparation du complot que le vendredi 12 mars et a préféré faire sa déclaration le samedi 13 mars 2010.
Les services de renseignements ont-ils pris la précaution de procéder aux vérifications et recoupements nécessaires ? Une telle information est tellement grave qu’on ne peut la manipuler qu’avec délicatesse compte tenu des effets boomerang possibles. Pour beaucoup d’observateurs, le ministre Jules Bernard Ouandé, par les effets d’annonce, a voulu, comme à son habitude, jouer au sensationnel en pareille circonstance, surtout qu’il s’agit d’un problème de sécurité intérieure et extérieure de l’Etat qui est d’une délicatesse qui mérite d’être traité avec beaucoup de précaution.
L’argent n’aime pas le bruit
Le catalogue des dispositions prévues par les commanditaires de ce fameux putsch était connu.
Des noms ont été cités. Les dispositions ont été mises à jour. Qu’est-ce qui pouvait empêcher les services de sécurité de prendre des dispositions discrètes mais très sérieuses pour que les commanditaires et les exécutants de ce plan machiavélique tombent dans les mailles du filet? En voulant user de précipitation, le gouvernement a manqué une occasion en or, celle de neutraliser les ennemis de la paix en Centrafrique. L’annonce du ministre Ouandé a eu pour effet négatif de mettre en émoi la Communauté Internationale, dorénavant fatiguée d’être constamment au chevet de la RCA. Avec cette situation, quel partenaire peut oser sortir de l’argent? En situation trouble, pas d’argent, parce que l’argent lui, dit-on, n’aime pas le bruit. Et puis, cette annonce a également réveillé la psychose du Centrafricain qui n’aime plus entendre les coups de feu. Les autorités doivent méditer à ce sujet.